Jan Sanders van Hemessen

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Femme à la balance d'or, circa 1520, Staatliche Museen, Berlin
Parabole du retour du fils prodigue, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles
La joyeuse compagnie, v. 1545-1550, Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe
L'Excision de la pierre de Folie, 1555, Musée du Prado, Madrid
Tarquin et Lucrèce, Palais des beaux-arts de Lille
Allégorie de Catharina van Hemessen en Chrétien de Morien (?), v. 1550, Rijksmuseum Amsterdam

Jan Sanders van Hemessen, peintre de sujets religieux, de scènes de genre et de portraits, né à Hemiksem vers 1500 et mort à Haarlem vers 1566, est un peintre flamand maniériste de la Renaissance du Nord.

Biographie[modifier | modifier le code]

Élève de Hendrik Van Cleve à Anvers en 1519, il devint franc maître en 1523[1]. ll se fixa probablement à Haarlem v. 1551. Il n'est pas exclu qu'il ait séjourné en Italie v. 1530. Certains historiens d'art l'identifient avec le Monogrammiste de Brunswick. Les œuvres signées et datées de Van Hemessen s'échelonnent entre 1531 et 1557. Avec Aertsen, Beuckelaer et Van Reymerswaele, il appartient à ce groupe de peintres anversois qui s'inspirent de la réalité quotidienne. Esprit positif et peintre de genre réaliste, il actualise toujours ses sujets, tandis que, par un sens populaire, il sécularise complètement les thèmes religieux. Ses œuvres présentent un caractère monumental, des volumes accusés, des raccourcis audacieux, un modelé vigoureux, des mouvements véhéments et désordonnés, des détails grotesques, des couleurs intenses et contrastées, et suscitent à tout point de vue une impression d'énergie libérée. Par sa manière directe et par la plasticité de son langage, il est considéré comme l'un des principaux précurseurs de Pieter Bruegel. Son tableau le plus ancien, un Saint Jérôme (Lisbonne, M. A. A.), date de 1531. Déjà le peintre s'y fait remarquer par l'audace de la figuration, par la recherche du raccourci et par son style dramatique et monumental. Ce caractère révolutionnaire se révèle moins dans l'Adoration des mages des collections royales de Grande-Bretagne (1534), tableau assez semblable à ceux de ses contemporains anversois. La personnalité du peintre s'affirme beaucoup mieux dans l'étonnante Vanité du musée de Lille, où l'on voit un ange pourvu d'ailes de papillon montrer un crâne reflété dans un miroir, et dans l'Enfant prodigue (1536) du M. R. B. A. de Bruxelles, où la parabole évangélique est transposée en une scène populaire et anecdotique. Dans un bordel, le fils prodigue gaspille son héritage au milieu de filles de joie et de mauvais garçons. Le peintre introduit le spectateur d'une façon directe et vivante. Il représente les personnages à mi-corps, très grands au premier plan du tableau. Il renie l'ordonnance classique pour une composition naturelle, voire désordonnée, où tout est fonction de la réalité : la vivacité du récit, la vérité des détails et la matérialité des objets et des personnages. L'exécution minutieuse et traditionnelle y met assez paradoxalement en valeur la conception monumentale de l'ensemble. Si l'Allégorie de la musique et de la jeunesse (Mauritshuis, La Haye) semble plus inféodée par son atmosphère aux exemples italiens, les mêmes tendances réalistes nouvelles se retrouvent dans la Vocation de saint Matthieu (1536, Munich, Alte Pin.), où Hemessen représente l'officine d'un percepteur d'impôts. Aucun élément nouveau ne s'introduit dans la Suzanne et les vieillards (1540, passée en vente à Paris en 1925), dans la Sainte Famille de Munich (1541, Alte Pin.), dans le Saint Jérôme du musée de Prague (1541), dans la Suzanne et les vieillards d'une coll. part. de Barcelone ni dans le Saint Jérôme de l'Ermitage (1543). Mais un changement se présente dans les œuvres de 1544, surtout dans l'Ecce homo du K. M. de Düsseldorf et dans la Vierge et l'Enfant de Stockholm (Nm). L'artiste y parvient à un rendu plus convaincant de l'espace, tant dans la disposition des personnages que dans l'élaboration des plans du paysage. Dans Isaac bénissant Jacob (1551, Suède, Oesterby), Hemessen, à la façon des maniéristes italiens, agrandit les personnages, qui, par des effets de lumière et par des raccourcis, donnent l'impression de bondir hors du tableau. La même volonté d'insister outre mesure sur les raccourcis qui projettent les personnages trop agités au tout premier plan du tableau se retrouve dans le Jeune Tobie rendant la vue à son père (1555, Louvre). La composition chaotique et l'exécution lourde du grand tableau qu'est le Christ chassant les marchands du Temple (1556, musée de Nancy) marquent le point culminant du style de Hemessen. Son dernier tableau (1557, Londres, coll. part.) représente de nouveau Saint Jérôme. À ces œuvres signées et datées s'ajoutent quelques tableaux portant une signature, mais pas de date ; un des plus importants attribués à Hemessen est la Joyeuse Compagnie du musée de Karlsruhe. Il se rapproche de l'Enfant prodigue de Bruxelles (M. R. B. A.) aussi bien par la représentation moralisante d'un homme aux trois âges de la vie devant la tentation du plaisir que par l'esprit narratif et l'exécution soignée.

Sa fille Catharina (Anvers 1528 – id. apr. 1587) fut probablement son élève. Après s'être attachée à la cour de Marie de Hongrie, elle épousa, en 1554, un musicien de la reine, Chrétien de Morien.

Le Corpus[modifier | modifier le code]

Vanité (vers 1535), Palais des beaux-arts de Lille
  • Le Christ et la femme adultère (1525), localisation inconnue
  • Saint Jérôme pénitent (1531), Lisbonne, Museo Nacional de Arte Antiga
  • Vanité (ca 1535), huile sur bois, 90 × 73 cm, Palais des beaux-arts, Lille
  • L'enfant prodigue (1536), Bruxelles, Musées royaux des beaux-arts de Belgique
  • La vocation de saint Matthieu (1536), Munich, Alte Pinakotheke[2]
  • Jugement dernier (circa 1536/1537), Anvers, Sint-Jacobskerk
  • Le Christ de pitié (1540), Linz, Landesmuseum
  • Le voyageur au bordel (1543), Hartford, Wardsworth Atheneum
  • Musicien et sa muse (circa 1544), collection privée
  • La société perdue ou La joyeuse compagnie (1545-1550), Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe
  • Le Christ portant la croix (1549), musée Santa Cruz de Tolède
  • Judith (1549/1550), Chicago, Art Institute
  • Tarquin et Lucrèce (circa 1550), 72,8 × 92 cm, Palais des beaux-arts, Lille
  • Christ aux outrages (circa 1550), Douai, Musée de la Chartreuse
  • Le Christ raillé, Munich, Alta Pinokothek
  • Le Coupeur de pierre (1550-1554)
  • Le jeune Tobie, aidé de l'archange Raphaël, rend la vue à son vieux père Tobit (1555), Paris, Musée du Louvre[3]
  • L'extraction de la pierre de folie (1556), Musée du Prado, Madrid
  • Les marchands chassés du Temple (1556), Nancy, Musée des Beaux-Arts
  • Parabole du retour du fils prodigue, huile sur bois, 140 × 198 cm, Bruxelles, Musées royaux des beaux-arts de Belgique
  • La peseuse d'or, Staatliche Museen Berlin, Gemäldegalerie
  • Jeune fille jouant du clavicorde, Worcester, Massachusset Art Museum
  • Jeune fille écrivant, Londres, National Gallery (copie)
  • La Sainte Famille, Valenciennes, musée des beaux-arts[4]
  • Triptyque du martyre de saint Sébastien, Paris, Musée du Petit Palais[5]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jaerboek der vermaerde en kunstryke Gilde van Sint Lucas -registre de la guilde de St-Luc de 1434 à 1795 - p223
  2. « La vocation de saint Matthieu », sur Réunion des musées nationaux (consulté le 29 octobre 2012)
  3. « Jan Sanders van Hemessen, Le jeune Tobie, aidé de l'archange Raphaël, rend la vue à son vieux père Tobit, 1555 », sur Musée du Louvre (consulté le 29 octobre 2012)
  4. « La Sainte Famille », sur Joconde (consulté le 29 octobre 2012)
  5. « Triptyque du martyre de saint Sébastien », sur Réunion des musées nationaux (consulté le 29 octobre 2012)

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) O. Eisenmann, « Rezension W. von Bode. Studien zur Geschichte der holländischen Malerei », in Repertorium für Kunstwissenschaft, t. VII, 1884, p. 207.
  • G. Marlier, Erasme et la peinture flamande de son temps, Damme, 1954, passim.
  • (de) D. Schubert, Die Gemälde des Braunschweiger Monogrammisten, Cologne, 1970, pp. 47-52 et passim.
  • Max Jakob Friedländer, E.N.P., XII, 1975, pp. 44-52.
  • (en) B.E. Wallen, J.S. Van Hemessen, An Antwerp Painter between Reform and Counter Reform, Ann Arbor, 1983.
  • (en) J. Bruyn, De Meester van Paulus en Barnabas, in Rubens and his world, Anvers, 1985, pp. 17-29.

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