James Ellroy

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James Ellroy

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James Ellroy au Festival du livre de Los Angeles en avril 2009

Nom de naissance Lee Earle Ellroy
Activités Romancier
Naissance 4 mars 1948 (66 ans)
Los Angeles
Langue d'écriture Anglais américain
Genres Roman noir
Distinctions Trophées 813
Prix Mystère de la critique 1990

Œuvres principales

James Ellroy, de son vrai nom Lee Earle Ellroy, (né le 4 mars 1948 à Los Angeles en Californie) est un écrivain de polars américain.

S'affirmant comme « conservateur » et « réactionnaire »[1], il dépeint dans son œuvre un monde particulièrement pessimiste et corrompu, dans lequel perce néanmoins la notion de rédemption, fil conducteur de nombre de ses ouvrages. Parmi ceux-ci, on peut citer la série de quatre livres sur Los Angeles dont font partie Le Dahlia noir et L.A. Confidential, sa trilogie Underworld USA qui retrace son histoire des États-Unis de 1958 à 1973, ainsi que son récit autobiographique Ma part d'ombre.

Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma. Il est surnommé American Dog ou le Dog.

Biographie[modifier | modifier le code]

James Ellroy est né à l'hôpital du Bon Samaritain de Los Angeles le 4 mars 1948 d'un père comptable (Armand Ellroy) de 50 ans et d'une mère infirmière, originaire du Wisconsin. Ses parents divorcent six ans plus tard. Sa mère obtient la garde de l'enfant et celui-ci a dix ans lorsqu'elle emménage dans un quartier populaire de Los Angeles, El Monte. James est déjà un fervent lecteur de littérature policière. À ce propos, il dira : « J'étais un lecteur vorace »[2].

Geneva Hilliker Ellroy (1915-1958), sa mère, est assassinée le 22 juin 1958 et retrouvée par une bande de jeunes près du lycée Arroyo. L'assassin ne sera jamais arrêté. James est confié à son père et il est livré à lui-même. Il sombre peu à peu dans la délinquance. C'est à cette époque qu'il commet ses premiers cambriolages. Il fait la connaissance de Randy Rice en 1961, à qui est d'ailleurs dédié Brown's Requiem. Ils sont deux petits voyous qui font les quatre cents coups, partageant leur goût pour les romans noirs[3].

James Ellroy est renvoyé du collège à 17 ans, sans diplôme. Alors que la santé de son père se dégrade, Ellroy s'engage dans l'armée en 1965 et fait ses armes en Louisiane. Le père succombe rapidement d'une crise cardiaque. Sa mort marque le début d'une lente descente aux enfers. Ellroy se fait réformer de l'armée, il retrouve son ami Randy et sombre avec lui dans la consommation d'alcool et de drogue.

Ellroy vit plus de dix ans sans domicile, parfois dans de petites chambres d'hôtel miteuses, de boulots sporadiques, de larcins, dormant dans les parcs, s'introduisant chez les gens, moins pour cambrioler (il vole des sous-vêtements, de l'alcool, de l'herbe, des cartes de crédit), que pour ressentir le grand frisson, déclarera-t-il plus tard[4].

En 1975, un abcès au poumon ainsi qu'une double pneumonie le font renoncer aux abus d'alcool[5]. Il prend des amphétamines jusqu'en 1977, avant d'arrêter définitivement toutes substances toxiques. Il brise le cercle infernal dans lequel il s'est enfermé. Il devient caddie de golf à Los Angeles et commence une vie plus rangée. En 1978, il s'inspire de son expérience de caddie, de son amour pour la musique classique, pour poser la trame de fond d'un premier roman : Brown's Requiem, publié en 1981, et écrit selon son auteur « debout, dans une chambre d'hôtel miteuse ». Il poursuit avec Clandestin (1982), tente de donner corps à une autre de ses obsessions, le gangstérisme juif des années trente et quarante, dans Confessions of Bugsy Siegel, mais le livre ne verra jamais le jour[5].

Ses agents de l'époque, Otto Penzler de Mysterious Press et Nat Sobel, le convainquent de réécrire American Death Trip, livre complètement fou, qui donnera finalement Lune Sanglante. C'est à partir de ce moment que débute la série des Lloyd Hopkins (1984 - 1986), et au-delà, le commencement de sa carrière littéraire. Cette série n'est pas menée à terme (cinq opus étaient initialement prévus), James Ellroy ayant décidé d'abandonner le personnage de Lloyd Hopkins, trop encombrant à ses yeux. En réalité, les motivations de l'écrivain sont ailleurs, écrire un livre sur le Dahlia Noir, avant que quelqu'un d'autre ne s'en empare.

Il publie ensuite Un tueur sur la route, récit à la première personne du parcours d'un « serial killer ». Cet ouvrage est devenu une des références majeures des écoles de formation de policiers tant il décrit avec précision la psychologie de la majeure partie des tueurs en série.

Il se lance ensuite dans l'écriture du livre qui lui fera connaître la célébrité : Le Dahlia noir, qui est une œuvre de fiction basée sur une histoire vraie légendaire du Los Angeles des années quarante, à savoir le meurtre le plus sanglant et le plus sadique qu'ait connu la ville ; meurtre d'une jeune starlette, Elizabeth Short, qui a été surnommée Le Dahlia noir par un journaliste, en référence au Le Dahlia bleu, film de série B de l'époque avec Veronica Lake notamment, qui a marqué les esprits. L'affaire du Dahlia Noir n'a, à proprement parler, jamais été résolue. James Ellroy semble avoir utilisé ce fait-divers, pour commencer à exorciser le souvenir du meurtre de sa propre mère qui a eu lieu environ 11 ans et 5 mois après celui du dahlia, Elizabeth Short ayant été assassinée en janvier 1947. En réalité, James Ellroy a découvert cette histoire dans un livre que son père lui avait offert pour ses dix ans, quelques mois avant le meurtre de sa mère, d'où la « providence », le livre s'intitulant The Badge de Jack Webb, lequel a été quarante ans plus tard, préfacé par Ellroy lui-même. Dans L.A. Confidential, Jack Vincennes est inspiré de Jack Webb, flic vertueux et de droite du LAPD.

Il écrira à la suite trois autres romans ayant pour cadre la ville de Los Angeles dans les années 1940-1950 et pour thème le crime et la corruption. Il s'agit de : Le Grand Nulle Part, L.A. Confidential et White Jazz (certains des personnages du Quatuor apparaissent déjà dans Clandestin, comme Dudley L. Smith).

Toujours obsédé par l'histoire de sa mère il va tenter de résoudre, près de 40 ans après les faits, le meurtre de sa mère avec l'aide d'un policier de L.A. à la retraite (Bill Stoner). Ce sera l'occasion pour lui de retracer le parcours de sa mère et de se réconcilier avec elle, donc avec une part de lui-même. Il en écrira le récit dans un livre autobiographique : Ma part d'ombre.

Il se présente comme un ermite vivant en vase clos pour éviter que l'univers de ses romans, qui se passent dans les années 1940 à 1970, soit perturbé par le monde contemporain[6].

Après avoir fui son Los Angeles natal et vécu à New York, Kansas City, il revient vivre à Los Angeles à partir de 2006. Il se sépare à cette époque d'Helen Knode, journaliste et écrivain, à qui est d'ailleurs dédié White Jazz.

James Ellroy est à présent l'un des auteurs de roman noir américains les plus populaires, bien que peu apprécié et peu lu dans son pays [réf. nécessaire]. Il a publié plus de quinze romans en trente ans. Il parle sans concession de ses années difficiles dans Destination morgue.

En attendant le troisième et dernier volume de la trilogie Underworld U.S.A. (publié durant l'été 2009 aux États-Unis, et en janvier 2010 en France : d'ailleurs, le titre du dernier volume n'est pas American Madness, comme annoncé depuis plusieurs années mais Underworld USA[7]), les Éditions Payot & Rivages publient en octobre 2007 deux ouvrages : un essai réactualisé sur Ellroy, Revue Polar Spécial James Ellroy (déjà publiée en 1992) et Tijuana mon amour, qui contient la nouvelle Tijuana mon amour, deux nouvelles publiées dans la version américaine de Destination:morgue! ainsi que des articles publiés par le magazine américain GQ entre septembre 1998 et juillet 2002.

En 2008, James Ellroy est au scénario de Au bout de la nuit, film sorti aux États-Unis en avril 2008, avec notamment Keanu Reeves dans le rôle principal. Il avait déjà, en 2002, écrit le scénario de Dark Blue (de Ron Shelton, avec Kurt Russell).

Concernant les œuvres à venir et contrairement à ce qu'il avait annoncé au cours de ces dernières années de ne plus écrire sur Los Angeles, Ellroy s'attaque à un nouveau Quatuor se déroulant dans la Cité des Anges. Ses romans auront lieu pendant la Seconde Guerre mondiale, époque qu'il connaît peu, selon ses termes, et traiteront entre autres thèmes des prisons secrètes où les Japonais furent internés. Plusieurs personnages apparus dans le précédent Quatuor et dans la trilogie Underworld USA seront présents. Le premier roman sortira mi-2014 aux États-Unis, sous le titre Perfidia, chez William Heinemann, qui a acquis les droits pour les quatre romans[8],[9].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Le style d'Ellroy s'affirme par une inventivité verbale crue et acide, dépeignant avec rudesse les recoins sombres de la société américaine. La littérature noire est un espace critique mis à profit par les auteurs pour développer des mondes ambivalents, des personnages complexes aux moralités floues, des récits politiques et des vues sociologiques. Ellroy ne déroge pas à la règle.

Ellroy emploie dans certains de ses romans (notamment dans les deux premiers de la trilogie Underworld U.S.A : American Tabloïd et de façon encore plus prononcée dans American Death Trip[10]) un style dépouillé à l'extrême, délibérément télégraphique, type : « Sujet verbe complément. Sujet verbe complément. » Du point de vue de l'auteur, ce style est employé « pour une raison : redéfinir le langage. Redéfinir le langage car c'est la seule façon de décrire l'extrême violence de la narration, c'est-à-dire la violence de l'Histoire, et de la même façon, la violence de la vie intérieure et extérieure des trois personnages principaux. » (interview d'Ellroy[11] au sujet du livre American Death Trip).

À l'instar d'un Melville retranscrivant le vocabulaire des marins de son époque et l'utilisant dans son Moby Dick, Ellroy reprend avec une précision étonnante l'argot (slang en anglais) et les expressions des policiers et de la pègre des années 1950 et 1960. Sont également présents dans les livres de la trilogie Underworld USA l'argot des "Klansmen" (Ku-Klux-Klan) des états du sud des États-Unis, et le jargon employé par les militants du mouvement nationaliste noir américain des années 1960 (dans Blood's a Rover, littéralement : « Le sang circule »). Cette trilogie représente un travail titanesque, enrichi de références scrupuleuses, qui revêt une dimension historique. Ellroy mêle personnages réels et personnages fictifs, sur une trame de faits historiques avérés, interprétés à sa façon. Il s'intéresse aux coulisses du pouvoir des administrations Kennedy, Johnson, puis Nixon, ainsi qu'au fonctionnement des pratiques policières du F.B.I. notamment, à travers le personnage omnipotent et diabolique que représente J. Edgar Hoover dans ces trois romans.

James Ellroy, au cours de sa carrière, s'est inspiré des pionniers du roman noir tel Raymond Chandler, auteur du Big Sleep, auquel fait écho son Big Nowhere.

Personnages[modifier | modifier le code]

Galerie non exhaustive des personnages les plus représentatifs de l'œuvre de James Ellroy :

  • Daniel Thomas Upshaw, ou Danny Upshaw, (1922-1950) : Inspecteur adjoint à la brigade criminelle d'Hollywood Ouest. Un des personnages sans doute les plus attachants qu'ait jamais créés Ellroy. Flic désabusé du Grand Nulle Part, il découvre son homosexualité à travers une enquête sur une série de meurtres avec mutilations.
  • Dudley Liam Smith : Flic d'une carrure imposante, rougeaud de figure, irlandais et à l'accent chantant. Figure emblématique du LAPD. Seul personnage récurrent, à la fois dans trois des livres du Quatuor de Los Angeles (Le Grand Nulle Part, L.A. Confidential et White Jazz) ainsi que dans Clandestin. L'as de la « contention » du crime à Los Angeles.
  • Lloyd Hopkins : Sergent du LAPD à l'intelligence élevée. Sens de la droiture. Il dit vouloir sauver les « innocences ». Héros de Lune Sanglante, À cause de la nuit et de La Colline aux suicidés.
  • Martin Michael Plunkett : principal protagoniste d'Un tueur sur la route, ce tueur en série coupable de plusieurs dizaines de meurtres sexuels couvrant tout le territoire des États-Unis sur une période de dix années relate son parcours criminel dans une sorte de journal-testament. Son degré d'auto-analyse permet une description très fine de sa psychologie, ce qui fait de lui un serial killer très réaliste, loin des clichés habituels.
  • Pete Bondurant : maquereau et dealer d'Howard Hugues, tueur professionnel et « roi de l'extorsion » pour la pègre. Apparaît brièvement dans White Jazz. Il est l'un des trois personnages principaux des livres American Tabloid et American Death Trip. Uniquement guidé au départ par l'appât du gain, il se caractérise ensuite par une volonté farouche de survivre à tout prix.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Trilogie Lloyd Hopkins[modifier | modifier le code]

  1. 1984 : Lune sanglante (Blood on the Moon)
  2. 1984 : À cause de la nuit (Because of the Night)
  3. 1986 : La Colline aux suicidés (Suicide Hill)

Quatuor de Los Angeles[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Quatuor de Los Angeles.
  1. 1987 : Le Dahlia noir (The Black Dahlia) (Trophée 813 du meilleur roman 1988)
  2. 1988 : Le Grand Nulle part (The Big Nowhere) (prix Mystère de la Critique 1990)
  3. 1990 : L.A. Confidential
  4. 1992 : White Jazz

Trilogie Underworld USA[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Underworld USA.
  1. 1995 : American Tabloïd (Trophée 813 de la meilleure traduction 1995)
  2. 2001 : American Death Trip (The Cold Six Thousand) (Trophée 813 du meilleur roman étranger 2001)
  3. 2010 : Underworld USA (Blood's a Rover)

Mémoires[modifier | modifier le code]

  • 1996 : Ma part d'ombre (My Dark Places)
  • 2011 : La Malédiction Hilliker (The Hilliker Curse: My Pursuit of Women)

Articles et nouvelles[modifier | modifier le code]

En 2000, un e-book, Breakneck Pace, a été publié en anglais, comportant 4 articles et 1 nouvelle, tous repris dans un des 4 premiers livres publiés en français. En 2012, Ellroy publie un autre e-book contenant uniquement la nouvelle Shakedown[12].

Second Quatuor de Los Angeles[modifier | modifier le code]

  1. 2015 : Perfidia

Préfaces[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

En qualité de scénariste[modifier | modifier le code]

En qualité d'auteur de l'œuvre originale[modifier | modifier le code]

Œuvres secondes[modifier | modifier le code]

Adaptations en bandes dessinées[modifier | modifier le code]

  • Torch song (vol. 1) / Ptoma ; d'après une nouvelle de James Ellroy. Paris : EP Emmanuel Proust éditions, octobre 2004, 47 p. (Noirquadri). ISBN 2-84810-063-X
  • Clandestin (vol. 1 : La dernière saison) / Ptoma ; d'après James Ellroy. Paris : EP Emmanuel Proust éditions, décembre 2005, 48 p. (Noirquadri). ISBN 2-84810-096-6
  • Le dahlia noir[13], Matz, David Fincher et Miles Hyman ; d'après James Ellroy[14]. Paris : édition Casterman, novembre 2013, 178 p. (ISBN 9782203045682)

Études sur l'auteur et son œuvre[modifier | modifier le code]

  • Polar hors série spécial Ellroy, essai collectif, Rivages, 1992. Ré-édité en octobre 2007 : Polar Spécial Ellroy révisé.
  • Petite mécanique de James Ellroy, essai collectif, éditions L'Œil d'or, Paris, 1999.
  • James Ellroy, illustration littéraire de l'emprise, Essai sur les fantasmes organisateurs d'une œuvre (thèse de psychiatrie par Jalil Lahlou, présentée à l'université Claude Bernard- Lyon I).
  • James Ellroy, la corruption du roman noir, Essai sur le Quatuor de Los Angeles, Natacha Lallemand, éditions l'Harmattan, Paris, 2007.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. franceinter.fr, « James Ellroy face à Demorand » 11 janvier 2010.
  2. Revue Polar spécial James Ellroy, éditions Rivages/Noir
  3. Ma part d'ombre, éditions Rivages/Noir
  4. Plusieurs entretiens notamment dans la Revue Polar spécial James Ellroy, éditions Rivages/Noir, (2007)
  5. a et b Entretien Revue Polar spécial James Ellroy, éditions Rivages/Noir, (2007)
  6. (fr) Entretien avec Deborah Solomon du The New York Times, paru en français dans Courrier international
  7. http://www.payot-rivages.net/james_ellroy_underworld_usa.html
  8. http://www.thebookseller.com/news/second-la-quartet-william-heinemann.html
  9. http://www.thechannels.org/features/2012/11/29/the-channels-interviews-james-ellroy/
  10. Ce titre, dans l'édition française, est proche du premier, mais le titre original est The Cold Six Thousand, titre qui aurait d'ailleurs dû être celui du prochain Lloyd Hopkins, s'il avait vu le jour.
  11. http://www.ellroy.com/interview.htm
  12. http://lareviewofbooks.org/article.php?id=1193&fulltext=1
  13. fiche du livre sur le site de l'éditeur
  14. article sur le site des Échos

Liens externes[modifier | modifier le code]

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