James Angleton

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James Angleton

James Jesus Angleton (9 décembre 1917 à Boise, Idaho- 11 mai 1987) est un Américain surtout connu pour son rôle de « chasseur d'espions » qu'il exerça à la Central Intelligence Agency (CIA).

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père, James Hugh Angleton, d'abord militaire fait une carrière dans le civil dans la NCR Corporation, compagnie de caisses enregistreuses qu'il représente en Italie dont il admire le dirigeant Benito Mussolini (féru de poésie, son fils étudiant en littérature et en droit à Yale et Harvard se liera avec le poète antisémite et fasciste Ezra Pound)[1]. Il rencontrera la mère de James Angleton, Carmen Mercedes Moreno, pendant son service au Mexique.

James Angleton est envoyé étudier au Malvern College, une école publique dans le Worcestershire. En 1937, il étudie à Yale. C'était un élève pauvre mais il réussit le concours en automne 1941 avec un BA. Après avoir épousé Cicely d'Autremont, Angleton intègre pendant la Seconde Guerre mondiale le nouvel Office of Strategic Services (OSS) formé alors par les membres du Secret Intelligence Service (SIS ou « MI6 ») britannique : il est initié au métier par l'agent double Kim Philby avec qui il sympathise. Lieutenant à l'OSS, il travaille en Italie à partir de 1944 contre les réseaux fascistes et nazis, participe à l'opération Paperclip et contribue notamment à la victoire des chrétiens-démocrates (financement de journaux et syndicats) aux dépens des communistes aux élections de 1948 en Italie ou à y former des agents du réseau Gladio[1]. Remarqué à Washington, il intègre en 1949 la jeune CIA à l'Office of Special Operations (OSO, « bureau des opérations spéciales »), assure la liaison avec le renseignement israélien, avant de créer le Bureau de contre-espionnage de l'agence. Via sa liaison avec les services de renseignement israéliens, il obtient le « rapport secret » du leader soviétique Nikita Khrouchtchev dénonçant les crimes de Staline. Il remet ce texte à Allen Dulles qui le fait publier dans le New York Times, révélant au monde entier les crimes de Staline encore inconnus à l'époque.

Il est à la tête du contre-espionnage de la CIA de 1954 à 1974, avant d'être démis de ses fonctions pour avoir fait preuve de trop de zèle. En effet, sa paranoïa instaure un climat délétère au sein de la CIA : Angleton surveille tout le monde et traque la moindre trace de pro-communisme. Il va jusqu'à soupçonner Joseph McCarthy, dont l'anticommunisme zélé lui semble suspect. Cette paranoïa pourrait être due à la découverte du fait que son vieil ami Kim Philby, officier de liaison du MI6 à Washington, était en réalité un membre infiltré du KGB. Certains spécialistes du renseignement considèrent qu'il aurait été lui-même un agent double[2].

Par la suite, sa paranoïa déclenche chez lui une obsession à voir des agents doubles de partout, notamment au sein de l'administration américaine, à commencer par le secrétaire d'État Henry Kissinger qu'il soupçonne d'être sous influence soviétique. Ses doutes le portent au-delà de l'Atlantique, notamment sur le directeur du service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) français Paul Grossin (aidé de Philippe Thyraud de Vosjoli, il donne foi aux révélations du transfuge soviétique Anatoliy Golitsyne qui considère que le SDECE est noyauté par le KGB, ce qui déstabilise le service français), et même sur le Premier ministre britannique Harold Wilson. Il en vient également à penser, sur le plan des relations internationales, que le clivage entre l'URSS et la Chine n'est qu'un simulacre pour intoxiquer les États-Unis. Le directeur de la CIA William Colby se débarrasse de cet élément au passé lourd en le portant pour responsable des événements noirs de l'opération CHAOS.

Durablement affecté voire discrédité par la disparition, en 1978, dans d'étranges circonstances de John Paisley, un de ses agents chargés de débusquer les agents doubles, cet homme distingué toujours vêtu de noir (il est surnommé le « fantôme gris » par ses collègues de la CIA) reste considéré comme un des membres les plus célèbres du contre-espionnage américain.

Passionné par la pêche à la mouche et les orchidées dont il remporte des concours dans les salons spécialisés, il est surnommé « l'homme aux orchidées ». Le surnom de « Mother » est entièrement apocryphe.

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

La personnalité d'Angleton a inspiré plus ou moins librement des personnages de divers romans dont Orchids for Mother (Aaron Latham, 1977) ; La Sape [« The Spike »] (Arnaud de Borchgrave et Robert Moss, 1984) ; La Fraternité de la rose [« The Brotherhood of the Rose »] (David Morrell, 1986) ; Harlot et son fantôme [« Harlot's Ghost »] (Norman Mailer, 1992) ; Spytime: The Undoing of James Jesus Angleton (William F. Buckley, Jr., 2000) ; The Passenger (Chris Petit, 2006).

La Compagnie : le grand roman de la CIA (2003) de Robert Littell fait la part belle à James Angleton dans son rôle de chasseurs de taupes. Dans la mini-série The Company (2007) qui a été tirée de ce roman, le rôle d'Angleton est joué par Michael Keaton.

Dans le film Raisons d'État (réalisé par Robert De Niro, 2007), le personnage d'Edward Wilson, interprété par Matt Damon, est inspiré d'Angleton.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Patrick Pesnot, émission Rendez-vous avec X sur France Inter, 26 avril 2003
  2. Roger Faligot et Rémi Kauffer, Les maîtres espions, Robert Laffont, 1994

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Edward Jay Epstein, Legend : The Secret World of Lee Harvey Oswald, New York, McGraw Hill,‎ 1978
  • David C. Martin, KGB contre CIA ou la cruauté des miroirs [« Wilderness of Mirrors »], Paris, Presses de la Renaissance,‎ 1981 (ISBN 2-85616-205-3)
  • Peter Wright, Spycatcher : l'autobiographie sincère d'un officier supérieur du Renseignement britannique, Paris, R. Laffont,‎ 1987 (ISBN 2-221-05536-5)
  • Edward Jay Epstein, Intox CIA-KGB : La guerre des mots [« Deception »], Paris, Stock,‎ 1989 (ISBN 2-234-02192-8)
  • (en) Tom Mangold, Cold Warrior : James Jesus Angleton: The CIA's Master Spy Hunter, New York, Simon & Schuster,‎ 1991
  • David Wise, La stratégie du soupçon : enquête sur la paranoïa de la CIA [« Molehunt »], Paris, Plon,‎ 1994 (ISBN 2-259-02703-2)
  • Gérard Arboit, James Angleton : le contre-espion de la CIA, Paris, Nouveau Monde éditions,‎ 2007, 175 p. (ISBN 978-2-84736-228-2)
  • (en) Tennent H. Bagley, Spy Wars : Moles, Mysteries, and Deadly Games, New Haven, Connecticut, Yale University Press,‎ 2007

Articles

  • (en) Cleveland C. Cram, Of Moles and Molehunters : A Review of Counterintelligence Literature, 1977-92, Washington, DC, Center for the Study of Intelligence,‎ 1993 (lire en ligne)
  • (en) Cleveland C. Cram, « Of Moles and Molehunters », Studies in Intelligence, vol. 38, no 5,‎ 1995, p. 129-137 (lire en ligne)
  • (en) David Robarge, « The James Angleton Phenomenon : “Cunning Passages, Contrived Corridors”: Wandering in the Angletonian Wilderness », Studies in Intelligence, vol. 53, no 4,‎ décembre 2009, p. 43-55 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]