Jacques de Savoie

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Jacques de Savoie

Jacques de Savoie (12 novembre 1450 - 30 janvier 1486), était comte de Romont et seigneur de Vaud. Il était fils de Louis Ier de Savoie et de Anne de Lusignan. En 1484, il s'est marié avec Marie de Luxembourg (1462 - 1546) et a eu une fille : Francoise Louise de Savoie (1485 - 1511).

Comte de Romont et Seigneur de Vaud[modifier | modifier le code]

Le Pays de Vaud était la possession de la maison de Savoie depuis le XIIe siècle, après en avoir disputé la suprématie à la maison d'origine sundgavienne des Zähringen. Les Savoie avait étendu leur influence en protégeant la ville de Berne contre la maison de Habsbourg, inquiète de la puissance montante de la ville. Berne devint l'alliée des Savoie après la bataille de Laupen pour se transformer au début des événements des guerres de Bourgogne en ennemie.

En prenant la direction de la maison de Savoie en 1465 avec le titre de duc, Amédée IX de Savoie, donne en apanage le Pays de Vaud, avec le titre de comte de Romont, seigneur de Vaud et des villes de Morat, Avenches, Payerne, Romont, Moudon, Rue et Yverdon à son frère Jacques. De santé fragile, Amédée IX de Savoie laisse sa femme, Yolande de France, et son frère, le comte de Bresse, régner à sa place. Il meurt en 1472, laissant sa succession à son fils Philibert, qui a seulement 6 ans. Sa mère, la duchesse Yolande de France, sœur du roi Louis XI, se déclare alors régente et tutrice.

Dans la famille, plusieurs alliances se mettent en place. Le prince-évêque de Genève, frère du défunt Amédée IX de Savoie, devient le conseiller de Yolande de France et se rapproche de sa cour. Un autre frère, le comte de Bresse se rapproche de Louis XI. Jacques de Savoie, comte de Romont rejoint, quant à lui, les armées du puissant duc de Bourgogne, Charles le Téméraire.

En conflit avec sa belle-sœur, la duchesse régente Yolande, Jacques de Savoie s'empare de plusieurs châtellenies qui étaient restées sous la domination du duc Amédée IX . En 1471, un arbitrage bernois et fribourgeois l'autoriseront à garder ces fiefs.

Mais ces différentes alliances, soutenues par les habiles manœuvres politiques de Louis XI, conduiront à la perte de toutes les possessions appartenant au comte de Romont dans le Pays de Vaud.

La ville de Romont[modifier | modifier le code]

Au service du duc de Bourgogne[modifier | modifier le code]

Blason de Jacques de Savoie

Jacques de Savoie se lie d'amitié avec Charles le Téméraire et devient en 1473 gouverneur de Bourgogne, grand maréchal et commandant en chef d'un tiers des troupes bourguignonnes.

Lors de son absence pour raison de service auprès du duc de Bourgogne, Jacques de Savoie met ses possessions du Pays de Vaud sous la protection de la ville de Berne, alors encore amie de la maison de Savoie. Mais Berne fait désormais partie de la Confédération des VIII cantons et suite aux alliances contractées avec Louis XI (voir Basse Ligue) les Confédérés et les villes impériales alsaciennes se doivent assistance mutuelle en cas de guerre.

En Haute-Alsace, territoire donné en apanage à la Bourgogne par Sigismond de Habsbourg, la révolte contre le parti bourguignon bat son plein. Le bailli de Charles le Téméraire, Pierre de Hagenbach, est arrêté et tué. La réponse bourguignonne ne se fait pas attendre et les territoires révoltés sont ravagés. En octobre 1474, à l'appel des villes impériales, les Confédérés déclarent la guerre à Charles le Téméraire, partent en campagne et mettent le siège devant la ville de Héricourt.

En novembre 1474, Jacques de Savoie rassemble les armées de Bourgogne qui sont sous son commandement pour se porter au secours de la ville de Héricourt, assiégée par les Confédérés et leurs alliés. Mais la ville est déjà tombée et les troupes bourguignonnes subissent une lourde défaite dans l'engagement qui s'ensuit dans les environs de la ville.

Les ravages en Pays de Vaud[modifier | modifier le code]

Le Pays de Vaud ravagé

L'approche de l'hiver met fin à la campagne militaire en Haute-Alsace, mais en avril 1475, les Confédérés, Bernois en tête, lancent des corps francs contre le Pays de Vaud. Les bandes armées ravagent les campagnes, massacrent et violent, pillent et rançonnent. Jacques de Savoie ne pouvant pas se porter au secours de son territoire, ces "bandes suisses" ont tôt fait de conquérir rapidement le pays en s'emparant de Grandson, Orbe, Montagny et Échallens. Morat rejoint la combourgeoisie Berne-Fribourg. Massacre de Nyon, aux Clées, à Jougne. Prise de La Sarraz et de Cossonay. Genève et Lausanne, siège d'évêques, sont lourdement rançonnées. À l'est, les troupes bernoises mettent la main sur Aigle et sur une partie du Chablais. En tout ce sont seize villes et quarante-trois châteaux, dont les habitants, ceux qui n'ont pas été massacrés, prêtent serment à leurs nouveaux maîtres.

Il faut dire que le Pays de Vaud est un territoire stratégique du point de vue commercial et militaire, porte ouverte sur les cols alpins et transit vers la Méditerranée et l'Italie. Les Bernois voulaient aussi stopper le transit de mercenaires italiens qui traversaient les Alpes et le Pays de Vaud pour rejoindre les troupes en campagne de Charles le Téméraire.

Le 14 octobre 1475, Berne, avec des prétextes futiles (les Bernois se plaignent de l'hostilité déclarée des populations vaudoises qui avaient été par eux massacrées et rançonnées), déclare la guerre à Jacques de Savoie. Ses troupes envahissent de nouveau le Pays de Vaud et massacrèrent les garnisons qui résistent. Faute de pouvoir obtenir un quelconque secours, les autres bourgs vaudois capitulent avant d'avoir été attaqués.

Mais la contre-attaque savoyarde ne se fait pas attendre. Charles le Téméraire est vainqueur sur tous les champs de bataille d'Europe et Jacques de Savoie peut maintenant se concentrer sur ses possessions dans le Pays de Vaud. En début 1476, il réussit à reprendre possession de tous ses territoires, aussi parce que les Suisses s'étaient prudemment repliés d'un peu partout à la perspective de l'arrivée de la puissante armée de Charles le Téméraire.

Les villes fiefs[modifier | modifier le code]

Perte définitive du Pays de Vaud[modifier | modifier le code]

Dans les mois suivants, les victoires décisives des Suisses sur Charles le Téméraire à Grandson et à Morat entraînèrent une nouvelle conquête du Pays de Vaud, qui à partir de ce moment est définitivement perdu pour le comte Jacques de Savoie. Les Bernois exigent la mainmise sur le Pays de Vaud. À leur tour, Genève et toute la Savoie sont menacées par les Suisses. Entre temps la duchesse Yolande est tombée entre les mains de Charles le Téméraire. Louis XI intervient, s'empare de la tutelle du duc Philibert de Savoie et oblige les Suisses à une suspension d'armes. Sous son patronage attentif, le 14 août 1476, après vingt-deux jours de conférences, un traité de paix est conclu entre les Suisses et la maison de Savoie

Par le Traité de Friboug, les Suisses rendent une bonne partie du Pays de Vaud contre rançon. Mais en fait les Bernois en restent les occupants, la maison de Savoie n'ayant pas les moyens de payer la rançon demandée. De plus, le Traité de Fribourg stipule "que la baronnie de Vaud ne sera plus détachée à l'avenir du duché de Savoie à titre d'apanage, et que le comte de Romont en demeurera perpétuellement exclu." Jacques de Savoie, le comte de Romont, perd ainsi définitivement toute prétention sur ses fiefs.

Nouveaux fiefs et mort[modifier | modifier le code]

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Après la perte de ses possessions dans le Pays de Vaud et la mort de Charles le Téméraire à Nancy, Jacques de Savoie se met au service de Marie de Bourgogne et de l'empereur Maximilien Ier de Habsbourg. Il est adoubé chevalier de l'Ordre de la Toison d'or[1] en 1478. On le retrouve en 1479 à Guinegatte, où il est blessé et fait preuve, parmi d'autres chevaliers, de beaucoup de courage.

Jacques de Savoie épouse, en 1484, Marie de Luxembourg, petite-fille de Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol. Charles VIII octroie alors à Jacques de Savoie les fiefs du comté de Saint-Pol, et d'autres fiefs en Flandre et en Brabant, échus de la succession de Louis de Luxembourg[2].

Jacques de Savoie meurt le 30 janvier 1486 au Château de Ham, ancienne seigneurie du comte de Saint-Pol.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bauchau Blanche, Jacques de Savoie (1450-1486) : histoire d'un portrait et portrait historique, à l'occasion du 500e anniversaire de la réunion du 15e chapitre de l'Ordre de la Toison d'Or à Malines en 1491. Actes du colloque international « L'Ordre de la Toison d'Or à Malines en 1491 », pages 117-147, Malines, 7 septembre 1991, publ. mai 1992.

Verdeil Auguste, Histoire du Canton de Vaud, Martignier et Compe., Lausanne 1849-1852, chapitre IX.

Aerny Francis (préface de Coutaz Gilbert), L'evêché de Lausanne: VIe siècle-1536, Collection Archives vivantes, Vol. 28, pages 66-67, Editions Cabedita, Yens 1991, ISBN 2-88295-060-8.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Statuts, Ordonnances et Armorial de l'Ordre de la Toison d'Or. Manuscrit en velin n° 76 E 10 Fol. 78v, Southern Netherlands, 1473-1491. Publié dans Koninklijke Bibliotheek, The Hague, NL.
  2. Centre historique des archives nationales, Série J, Trésor des chartes, Supplément. Mouvance féodale du comte de Saint-Pol. Pièces J1047 du 7-10 décembre 1482. Inventaire par Henri de Curzon, 1914-1915. Mais la datation de cette pièces semble sujette à caution.



Figures de son temps[modifier | modifier le code]