Jacques d'Adelswärd-Fersen

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Le baron Jacques d'Adelswärd-Fersen, né le 20 février 1880 à Paris 8e et mort le 5 novembre 1923, est un aristocrate, écrivain, dandy et poète français. Il est connu pour avoir créé la première revue homosexuelle en France, Akademos. L'écrivain Roger Peyrefitte lui a consacré un livre : L'Exilé de Capri.

Premières années[modifier | modifier le code]

Né Jacques d'Adelswärd à Paris, il est apparenté du côté de son père à Axel de Fersen, le fameux comte suédois qui avait eu une liaison platonique avec Marie Antoinette. Jacques d'Adelswärd ajouta le nom de Fersen à son patronyme en hommage à ce cousin germain de sa trisaïeule, Eva Helena von Fersen, baronne Adelswärd (1759-1807).

Son grand-père Oscar d'Adelswärd (1811-1898), député à l'Assemblée constituante de 1848, avait cofondé la Société des Acieries de Longwy-Briey, ce qui valut à Adelswärd-Fersen de devenir extrêmement riche lorsqu'il hérita à l'âge de vingt-deux ans. En conséquence, il était très recherché dans les plus hauts cercles, certaines familles souhaitant qu'il épouse une de leurs filles.

Il effectua son service militaire, puis entreprit diverses études avant se consacrer à l'écriture. Il publia plusieurs recueils de poèmes, dont Chansons Légères, L'Hymnaire d'Adonis et des romans.

Il eut très tôt conscience de son attirance pour les garçons, et il s'en ouvrit dans sa poésie. Sa pédérastie allait l'éloigner de la société française.

Le procès[modifier | modifier le code]

En juillet 1903, il est arrêté sous l'inculpation d'attentat à la pudeur et d'excitation de mineurs à la débauche. Au 18 avenue de Friedland, il avait organisé des soirées lors desquelles des « tableaux vivants » mettaient en scène, entre autres, des élèves du lycée Carnot, fréquenté par la crème de la société parisienne. Seule l'accusation d'excitation de mineurs à la débauche fut retenue et il fut condamné en décembre 1903 à une peine de six mois de prison, à cinquante francs d'amende et à la perte de ses droits civiques pour cinq ans.

Le scandale qui le frappa possède quelques ressemblances avec le procès d'Oscar Wilde en 1895, l'écrivain connut une importante dégradation sociale après un procès public qui le jugea coupable d'« outrage à la pudeur avec des personnes de sexe masculin ». Il est possible que Jacques d'Adelswärd-Fersen ait eu la chance d'avoir eu, parmi les participants à ses fêtes, des figures notables de la haute société, ce qui pourrait avoir incité la cour à abandonner certaines charges afin de minimiser l'impact du scandale.

À Capri[modifier | modifier le code]

Nino Cesarini, amant d'Adelswärd-Fersen, peint par Paul Hoecker (1904)

Le procès anéantit les projets de mariage du jeune homme, qui fit un tour du monde, puis vint se fixer dans l'île de Capri qu'il avait visitée dans sa jeunesse. Il décida d'y bâtir une maison. Il acheta un terrain au sommet d'une colline à l'extrême nord-est de l'île, près de l'endroit où l'empereur romain Tibère avait fait construire sa Villa Jovis deux mille ans plus tôt. Sa maison, d'abord appelée Gloriette, fut finalement baptisée Villa Lysis (et ensuite simplement connue comme la Villa Fersen) en référence au dialogue socratique Lysis qui aborde l'amitié, et ce que nos conceptions modernes nomment l'amour homosexuel.

Il semble que Jacques d'Adelswärd-Fersen se soit suicidé en absorbant un cocktail de champagne et de cocaïne, dans sa villa Lysis où séjournait alors son jeune ami Corrado Annicelli. Ses cendres sont conservées dans le cimetière non catholique de Capri.

La Villa Lysis-Fersen, construite en 1905, a été achetée par le Conseil municipal de Capri, et peut être visitée. Elle se trouve sur la route qui mène à la Villa Jovis. C'est une construction de "Stile Liberty" selon certaines descriptions, mais il ne s'agit pas d'Art nouveau à la manière française. Le style serait mieux qualifié de "décadent néoclassique". Le vaste jardin est relié à la villa par une volée de marches qui mènent à un portique orné de colonnes ioniennes. Dans l'atrium, un escalier de marbre à balustrade de fer forgé, mène au premier étage où les chambres s'ouvrent sur des terrasses panoramiques. Le rez-de-chaussée comprend un salon décoré de majoliques bleues et de céramiques blanches, faisant face au golfe de Naples. Le sous-sol abrite une « chambre chinoise » où il est dit que l'on fumait de l'opium.

Lord Lyllian[modifier | modifier le code]

Nino Cesarini, gisant nu à la Villa Lysis. Son portrait par Paul Hoecket est sur le mur devant lui.

Lord Lyllian, publié en 1905, est l'un des romans d'Adelswärd-Fersen. Il y fait la satire du scandale qui l'entoura à Paris, avec des allusions aux relations Oscar Wilde - Lord Alfred Douglas. Le héros, Lord Lyllian, part pour une odyssée de débauche sexuelle, séduit par Harold Skilde. Il s'éprend de filles et de garçons, et il finit par être assassiné par un jeune compagnon. L'indignation publique au sujet des fêtes que Jacques d'Adelswärd avait organisées et que la presse avait qualifiées de "messes noires" y est aussi caricaturée. L'œuvre est un mélange audacieux de réalité et de fiction, avec quatre personnages qui représentent des facettes du baron d'Adelswärd-Fersen lui-même[1].

Akademos[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Akademos.

Akademos. Revue Mensuelle d'Art Libre et de Critique (1909)[2] était la revue mensuelle de Jacques d'Adelswärd-Fersen. Chaque numéro était imprimé sur papier de luxe, avec des contributions d'auteurs célèbres tels que Colette, Henry Gauthier-Villars, Laurent Tailhade, Joséphin Peladan, Marcel Boulestin, Maxime Gorki, Georges Eekhoud, Achille Essebac, Claude Farrère, Anatole France, Filippo Tommaso Marinetti, Henri Barbusse, Jean Moréas et Arthur Symons.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ouvrage réédité par QuestionDeGenre/GKC, 2011 avec préface et étude de Jean de Palacio et postface de Jean-Claude Féray - (ISBN 978-2-908050-68-4).
  2. Voir Mirande Lucien, Akademos. Jacques d'Adelswärd-Fersen et 'la Cause Homosexuelle'. Lille, Cahiers Gay-Kitsch-Camp, 2000 (152 pp.).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Source[modifier | modifier le code]

Biographies[modifier | modifier le code]

  • Patrick Cardon (éd.), Dossier Jacques d'Adelswärd-Fersen, Lille, Cahiers Gay-Kitsch-Camp, 1993
  • Norman Douglas, Looking Back, 1933
  • Wolfram Setz [ed.], Jacques d'Adelswärd-Fersen - Dandy und Poet, Bibliothek Rosa Winkel, 2006. (ISBN 3-935596-38-3)
  • James Money, Capri : Island of Pleasure, 1986
  • Jacques Perot «Le destin français d'une famille suédoise : les barons Adelswärd», Bulletin du musée Bernadotte no 26, 1986, p. 13-29.
  • Robert Aldrich, The Seduction of the Mediterranean, Routledge, 1996. (ISBN 0-415-09312-0)

Fictions[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Les paroles de la chanson "Les Amants solitaires", de la soprano Nicole Renaud reprennent trois poèmes du baron de Fersen.

Liens externes[modifier | modifier le code]