Jacques d'Adelswärd-Fersen

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Jacques d'Adelswärd-Fersen

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Photographie de 1903[1].

Nom de naissance Jacques d'Adelswärd
Autres noms M. de Fersen, baron Fersen
Activités poète, revuiste, romancier
Naissance 20 février 1880
Paris 8e, Drapeau de la France France
Décès 5 novembre 1923 (à 43 ans)
Capri, Drapeau du Royaume d'Italie Royaume d'Italie
Langue d'écriture français
Genres Roman, Poésie

Œuvres principales

  • Messes noires. Lord Lyllian (1905)
  • Akademos (1909)

Le baron Jacques d'Adelswärd-Fersen, né le 20 février 1880 à Paris 8e et mort à Capri le 5 novembre 1923, est un poète et romancier français. Aristocrate et dandy, il est connu pour avoir créé Akademos, la première revue homosexuelle française. L'écrivain Roger Peyrefitte lui a consacré en 1959 un roman, L'Exilé de Capri, en partie inspiré de sa vie.

Premières années[modifier | modifier le code]

Né Jacques d'Adelswärd rue de Constantinople à Paris le 20 février 1880[2], il est apparenté du côté de son père, Axel d'Adelswärd (1845-1887), au comte suédois Axel de Fersen qui avait eu une liaison platonique avec Marie Antoinette. Jacques d'Adelswärd ajouta le nom de Fersen à son patronyme en hommage à ce cousin germain de sa trisaïeule, Eva Helena von Fersen, baronne Adelswärd (1759-1807).

Issue d'une famille d'origine alsacienne et catholique, sa mère, née Louise Émilie Alexandrine Vührer (1855-1921), est la fille d'un ancien administrateur de journaux[3], Alexandre Vührer (v.1817-1886), qui fut également fonctionnaire ministériel sous le Second Empire et qui perdit son fils ainé. Seule héritière, Louise Émilie Alexandrine Vührer est proche de son fils et le soutiendra durant l'été 1903. Ayant perdu très tôt son jeune frère Renold, Jacques a deux sœurs : Juliette (1884-1973) qui épousa le marquis de Bugnano (1871-1942) et donc est issu un fils, Carlo ; et « Solange » (1886-1942).

Axel, son père, est rentier : il meurt, alors que Jacques vient d'avoir 7 ans, lors d'un voyage à Panama. Son grand-père est Oscar d'Adelsward, de confession protestante, élu député à l'Assemblée constituante de 1848, cofondateur de la Société des aciéries de Longwy-Briey, et choisit l'exil aux côtés de Victor Hugo en 1851 pour Jersey. Jacques poursuit ses études entre autres au lycée Janson-de-Sailly et il décroche son baccalauréat avant de partir poursuivre ses études à Genève où il publie son premier recueil de poésie, Contes d'amour (1898).

Son double ascendant patrimonial vaut à Adelswärd-Fersen de devenir extrêmement riche lorsqu'il hérite de la fortune paternelle en 1898, à la mort de son grand-père qu'il semble avoir peu connu. En conséquence, son parti devient très recherché dans les plus hauts cercles, certaines familles souhaitant qu'il épouse une de leurs filles. Il effectue ensuite son service militaire de dix mois entre Charleville et Sedan où il a pour camarade de chambrée Édouard Chimot, puis entreprend des études, hésitant entre diverses carrières, la diplomatie ou la politique, rejoignant brièvement le parti royaliste, avant de choisir ensuite l'écriture. Vers la fin de 1902, il se fiance à Blanche (1884-1951), fille du vicomte de Maupeou. Il publie plusieurs recueils de poèmes dont Ébauches et Débauches, préface par Edmond Rostand et L'Hymnaire d'Adonis. En tant que poète, Jacques n'est connu que d'un cercle restreint, et cherche la reconnaissance, correspondant avec Jean Lorrain ou Robert de Montesquiou, lesquels ne le prennent pas au sérieux. En tant qu'héritier en vue, il est invité à tous les salons.

Dès avant son adolescence, Jacques prend conscience de son attirance pour les garçons, et il s'en ouvrit très tôt dans sa poésie, souvent de façon assez explicite, et bien entendu dans sa correspondance, entretenant des liens étroits avec l'écrivain belge Georges Eekhoud. Durant l'été 1903, sa pédérastie es révélée au grand public suite à un scandale : une affaire qui brisa son projet de mariage et l'éloigna en partie de la société française.

Une affaire de mœurs homosexuelles[modifier | modifier le code]

Scandale à la Une[modifier | modifier le code]

Le 9 juillet 1903, Jacques d'Adelswärd-Fersen est arrêté et conduit à la Santé pour y être questionné. La plupart des journaux s'emparent de cette affaire, et au départ, le nom d'Adelswärd n'est pas mentionné, ni celui de son « complice », lequel est en fuite. La presse déforme à loisir les faits, cependant bien réels, les qualifiant de « messes noires », grossissant les traits, empruntant des métaphores au roman Là-bas de Joris-Karl Huysmans, ajoutant des détails qualifiés de « pornographiques », etc. Le 11 juillet, le journaliste Fernand Hauser du quotidien La Presse s'entretient avec le juge d'instruction Charles de Valles lequel remet les pendules à l'heure : « Cette affaire n'est pas aussi compliquée que vous pouvez le croire ; il s'agit, simplement, pour nous, de protéger l'enfance... Voilà le fait, très simple et très net : des enfants on été emmenés dans la maison de l'avenue de Friedland ; c'est là un crime prévu et puni par la loi ; M. d'A... est arrêté ; MM. De W... seront, je l'espère, bientôt entre nos mains ; quand à des complices, s'il y en a, ils n'appartiennent ni au clergé, ni au monde politique ».

Ce crime n'a toujours pas de nom mais Jacques est placé en garde à vue sous l'inculpation d'attentat à la pudeur et d'excitation de mineurs à la débauche[4].

Ces « MM. De W... » est en fait le jeune marquis Albert Hamelin de Warren, 22 ans (son jeune frère ne sera pas inquiété). Les noms des principaux protagonistes sont révélés de manière fantaisiste le 12 juillet, tandis que certains journaux dont Le Petit Parisien choisissent de « jeter un voile pudique » sur le déroulé de l'instruction par « égard à nos lecteurs ». Cette affaire en rappelle d'autres : ainsi, Le Matin rapporte les faits qui s'étaient déroulés fin 1889 à Londres dans « la fameuse maison de Cleveland Street » et où furent compromis « nombre de personnalités de l'aristocratie anglaise, lord Somerset en tête ». Le même jour, l'affaire est rebaptisée « Un nouvel Oscar Wilde » et Huysmans, sollicité, conclue « Croyez-vous, qu'il y avait une femme pour se prêter à cette cérémonie chez ces messieurs ? Non n'est-ce pas ? Donc pas de messe noire, pas de cérémonies démoniaques, mais simplement des individus de mœurs bien tristes »[5]. Le 14 juillet, c'est toute la noblesse jugée décadente qui se retrouve attaquée via L'Aurore : l'affaire devient politique. Le 17 juillet, c'est le futur romancier Gaston Leroux, chroniqueur judiciaire au Matin qui met en lumière l'inadéquation du droit pénal quant aux questions de mœurs :

« Ainsi, où commence l'outrage à la pudeur ? Où finit-il ? Qui le dira jamais ? La Cour de cassation ? Mais la Cour de cassation elle-même avoue son impuissance en variant sa jurisprudence, de telle sorte qu'il est des circonstances dans la vie où l'on ne sait pas si l'on accomplit honnêtement son devoir ou si l'on commet le plus compromettant des crimes. Il y a le cas, par exemple, des voyages de noce. Je prends le cas conjugal parce qu'il est plus moral et que je veux ignorer l'autre. On est deux qui s'aiment bien, tout seuls dans un compartiment. Tout seuls ! La Cour de cassation avait décidé jusqu'alors qu'il ne fallait pas dépasser certaines limites, à cause du contrôleur qui pouvait survenir, et que le contrôleur a droit à ce qu'on respecte sa vertu. Eh bien ! Maintenant, c'est le contrôleur qui a tort ! Le contrôleur ne doit pas survenir quand le train est en marche. Le contrôleur doit laisser les gens tranquilles. Ainsi vient de le décider dernièrement la Cour de cassation. Tant pis pour le contrôleur ! ».

D'autres témoignages surgissent, prenant cette fois la défense de Jacques, comme ceux de Charles-Louis Philippe[6] et d'Alfred Jarry publiés dans Le Canard sauvage.

Et puis les choses se calment durant trois mois durant lesquels Jacques restent en prison. De Warren, lui, revenu des États-Unis, se rend aux autorités.

Que s'était-il donc passé ?[modifier | modifier le code]

Du fait de la loi française de protection des identités et des familles, le dossier de cette affaire n'a été connu du public qu'en 2003.

En une garçonnière située 18 avenue de Friedland et qu'il louait à deux pas de l'appartement familial où il vivait avec sa mère, Jacques organisait les mercredis et dimanches des après-midis au cours desquelles lui et quelques amis arrangeaient des « tableaux vivants » ou « poses plastiques » qui mettaient en scène, entre autres, des élèves plus ou moins dénudés du lycée Carnot. La plupart de ces garçons ont moins de 21 ans et pour certains sont issus de la bonne société parisienne.

Dès le départ, des contradictions apparaissent entre les témoignages des lycéens, au nombre de 14, et ceux des garçons appelés des « professionnels », au nombre de 6, qui se font payer et dont l'activité relève de la prostitution ; certains auraient fait chanter les deux hommes. La police aurait été mise au courant dès avril 1903.

Il apparaît aussi que Warren dispose de sa propre garçonnière, avenue Mac-Mahon, où avaient également lieu des « séances ». Que les deux hommes allaient ensemble racoler des lycéens à la sortie de l'école ou dans le parc Monceau voisin. Et que si Fersen avait de l'argent, Warren, moins doté, ne lui en demandait pas. Aucun de ces faits ne sera nié par Jacques.

Le docteur Socquet, médecin légiste chargé d'examiner les enfants, « n'a constaté sur aucun d'eux de traces de souillure ».

Le procès[modifier | modifier le code]

L'audience, ouverte le 28 novembre à la 9e chambre du Tribunal de la Seine, se termine le 3 décembre 1903 et se tint à huis clos, présidée par le juge Bondoux, la partie civile étant représentée par le substitut Lescouvé[7]. Là encore, la presse va jouer un rôle fondamental en minorant les faits, car au même moment reprend l'affaire Dreyfus, avec la réouverture du procès.

Les limites du droit français sont posées à cette époque en ces termes : selon le code pénal, il s'agit tout d'abord de savoir si les victimes avaient plus ou moins de treize ans, si les enfants avaient passé l'âge de treize ans, Jacques d'Alderswald ne passerait pas en cour d'assises. Toutefois suivant l'article 334 du code, il reste passible de six mois à deux ans de prison et de cinquante à cinq cent francs d'amende si les victimes n'avaient pas atteint vingt et un ans, la jurisprudence veut que cet article ne soit applicable que « qu'à ceux qui excitaient habituellement à la débauche pour le plaisir des autres ». Si il est prouvé que le baron n'était le pourvoyeur de personne, alors il ne resterait que l'« outrage public » à la pudeur, qui « ne peut, en principe, être commis que dans un lieu public ou accessible aux regards » et est alors passible de correctionnelle.

Jacques est défendu par Edgar Demange, avocat du capitaine Dreyfus, Warren par Henri-Robert, surnommé le « maître des maîtres de tous les barreaux ». Durant les différentes auditions de témoins, il apparaît que Jacques a été dénoncé par l'un des lycéens, qui, pressé par son père d'expliquer ses nombreuses absences en soirée, aurait lâché le nom de Jacques et son adresse. Aux accusations, Jacques rétorque : « Je reconnais m'être livré à des actes de débauche [i.e. : masturbation mutuelle, fellation, exhibitionnisme][8], mais ils se passaient chez moi, avec des personnes qui y étaient venues volontairement », quand à l'incitation de mineur à la débauche, il reporte sur son ami Albert Hamelin de Warren, toutes les fautes [i.e. : le recourt à la prostitution]. Le magistrat opère alors à l'ouverture des scellés : « M. Jacques d'Adelsward a pu revoir ainsi les objets bizarres saisis avant-hier chez lui : têtes de mort, cierges, étoles, peignoirs sombres, tuniques, corsets, photographies sadiques et aussi lettres édifiantes échangées entre lui et son complice, le marquis de Warren »[9]. En fait de « photographies sadiques », il s'agit tout simplement de photos de nus à la manière antique.

Seule l'accusation d'excitation de mineurs à la débauche fut retenue : Jacques et Warren furent condamnés le 3 décembre 1903 à une peine de six mois de prison, à cinquante francs d'amende et à la suspension de leurs droits civiques, civils et de famille pour une durée de cinq ans. Jacques, qui avait fait son temps en préventive, fut relâché le soir même.

Entre Capri, l’Extrême-Orient et Paris[modifier | modifier le code]

La villa Lysis[modifier | modifier le code]

Nino Cesarini, amant d'Adelswärd-Fersen, peint par Paul Hoecker (1904)
Un modèle allongé nu dans un salon de la villa Lysis. Le portrait de Nino Cesarini peint par Hoecker est au mur, à gauche (Photo de Guglielmo Plüschow).

Le procès anéantit les projets de mariage du jeune homme : Blanche de Maupeou refusa de le recevoir et d'entendre ses excuses. Jacques eut d'abord l'idée de se suicider mais y renonça. Puis il décida de s'enrôler dans la Légion étrangère (qui acceptait les dégradés civils), mais sa santé étant chancelante, il ne put passer l'examen d’admission.

Les raisons pour lesquelles Jacques choisit ensuite d'aller vivre à Capri restent mystérieuses : outre qu'il était venu là enfant, la plupart de ses biographes estiment que c'est à cause de la présence active d'une communauté d'artistes internationaux. Il commence par descendre à l'hôtel Quisisana et de là, achète un terrain et commande la construction d'une maison, et, en attendant, entreprend un long voyage vers Ceylan avec quelques amis. Durant le voyage en bateau, il rédige en partie son roman Lord Lyllian. Arrivé sur place, il découvre l'opium et l'hindouisme. Il revient au début de l'été 1904 et loge dans la villa Certosella, entourée d'un petite colonie d'excentriques américains et d'artistes italiens.

À Capri, la propriété de Jacques s'élève au sommet d'une colline à l'extrême nord-est de l'île, près de l'endroit où l'empereur romain Tibère avait fait construire la villa Jovis deux mille ans plus tôt. Sa maison, d'abord appelée « Gloriette », fut finalement baptisée « villa Lysis » (appelée ensuite « villa Fersen ») en référence au dialogue socratique Lysis qui aborde l'amitié (dont la philia). En juillet, un accident sur le chantier entraine la mort d'un ouvrier ; une enquête est diligentée et Jacques choisit de s'éloigner afin de se protéger de la colère des habitants. Il rejoint Rome où il rencontre Nino Cesarini, jeune vendeur de journaux âgé de 15 ans, dont il tombe amoureux. En accord avec la famille du jeune-homme, Jacques décide d'emmener Nino pour un long voyage en Sicile. Il y croise le photographe Wilhelm von Gloeden et commence à rédiger Une Jeunesse (été 1905).

D'Adelswärd-Fersen ne renonça pas pour autant à revenir de temps en temps à Paris où il conservait des liens d'amitié et où il gérait ses affaires éditoriales. On connaît désormais une partie de sa correspondance et sa biographie a été publiée en 2014 en Suède par Viveka Adelswärd[10]. Ses liens avec le peintre Édouard Chimot, entre autres, éclairent sous un jour nouveau la vie homosexuelle en France avant la Première Guerre mondiale. Contrairement à ce que l'on croyait, Chimot n'est pas l'architecte de sa villa[11].

La villa est inaugurée à la fin de l'été 1905.

Lord Lyllian, un règlement de comptes[modifier | modifier le code]

Couverture du roman Messes noires. Lord Lyllian (1905).

Messes noires. Lord Lyllian est donc publié à la rentrée 1905 à Paris chez son éditeur habituel, Albert Messein, qui avait le chic pour faire payer le tirage à certains de ses auteurs : c'est le premier des romans d'Adelswärd-Fersen[12]. Il y fait la satire du scandale qui l'entoura deux ans plus tôt, avec des allusions aux relations entre Oscar Wilde et Alfred Douglas. Le héros, Lord Lyllian, part pour une odyssée de débauche sexuelle, séduit par Harold Skilde. Il s'éprend de filles et de garçons, et il finit par être assassiné par un jeune compagnon. L'indignation publique au sujet des soirées que Jacques d'Adelswärd et De Warren avaient organisées et que la presse avait qualifiées de « messes noires » y est largement caricaturée. L'œuvre est un mélange audacieux de réalité et de fiction, c'est un roman à clef avec quatre personnages qui représentent des facettes de la personnalité du baron d'Adelswärd-Fersen lui-même. Non sans humour, de nombreux personnages réputés homosexuels apparaissent sous des noms transposés quasi transparents : Supp (Friedrich Alfred Krupp), Sar Baladin (Joséphin Péladan), Montautrou (Robert de Montesquiou), Achille Patrac (Achille Essebac), Chignon (Édouard Chimot), Claude Skrimpton (Claude Simpson), Guy de Payen (Albert de Warren), Jean d'Alsace (Jean Lorrain), etc[13].

Akademos[modifier | modifier le code]

Les années 1907 et 1908 correspondent chez Jacques à son souci de renouer avec sa famille. La condamnation qui le frappait en matière civile est prescrite et il rend visite à ses sœurs. Germaine vient de se marier avec le marquis Alfredo de Bugnano, membre éminent de la société napolitaine. Sa mère et sa sœur acceptent de venir visiter la villa Lysis. De son côté, Nino atteind l'âge de 17 ans et Jacques choisit d'immortaliser sa jeunesse : il commande d'abord un portrait à Umberto Brunelleschi, puis, un bronze au sculpteur napolitain Francesco Ierace.

Article détaillé : Akademos.

Au cours de l'année 1908, Jacques, revenu un temps à Paris où il réside au 24 rue Eugène-Manuel, décide de lancer une revue mensuelle. Ce sera Akademos. Revue Mensuelle d'Art Libre et de Critique qui sort en janvier 1909 et durera un an[14]. Traitant d'homosexualité sous le regard de l'art et de la littérature, elle est la première du genre en France, et va peu à peu publier des essais relativement militants. Chaque numéro était imprimé sur papier de luxe, avec des contributions d'auteurs célèbres tels que Colette, Henry Gauthier-Villars, Laurent Tailhade, Joséphin Peladan, Marcel Boulestin, Maxime Gorki, Georges Eekhoud (qui présente Jacques à Magnus Hirschfeld, Achille Essebac, Claude Farrère, Anatole France, Filippo Tommaso Marinetti, Henri Barbusse, Jean Moréas et Arthur Symons.

Cette même année, il publie Et le feu s'éteignit sur la mer, sous le label d'Akademos, y décrivant Capri et ses habitants sans ambages, ce qui provoque un nouveau scandale. Le conseil municipal de Capri décide de son expulsion le 16 septembre 1909 mais le marquis de Bugnano calme le jeu et demande à Jacques de simplement quitter l'île pour quelques temps. Nino, de son côté, part effectuer son service militaire.

Dernières années[modifier | modifier le code]

En 1910, Jacques choisit d'arrêter sa revue et de quitter Paris pour la villa Mezzomonte à Nice. Rendu à la vie civile, Nino embarque ensuite avec Jacques pour un long voyage de près d'une année en Extrême-Orient.

En avril 1913, il est de nouveau autorisé à rentrer à Capri, événement qu'il célèbre en publiant le poème Ôde à la Terre Promise.

La guerre éclate en août 1914 : mobilisé, Jacques se présente au consulat français de Naples mais est jugé inapte et envoyé dans une clinique, pour une cure de désintoxication. Frustré d'opium, il abuse de la cocaïne. Il rencontre ensuite le sculpteur Vincenzo Gemito. Mobilisé en 1915, Nino est blessé au cours d'une bataille et séjourne dans un hôpital à Milan.

Jacques passe la plupart de ses longs mois de guerre enfermé dans sa villa, écrivant de nombreux poèmes dédiés à l'opium et publiant quelques chroniques sous pseudonyme dans le quotidien Il Mattino.

Après voir publié un dernier recueil de poésie, Hei Hsiang. Le parfum noir (1921), il semble que Jacques d'Adelswärd-Fersen se soit suicidé en absorbant un cocktail de champagne et de cocaïne (substance qu'il trouvait à Naples), dans sa villa Lysis où séjournait alors son jeune ami Corrado Annicelli (1905-1984) que le poète appelait son « petit faune ». Sa sœur Germaine, récemment divorcée et vivant à Turin, débarque à Capri et prend en charge la succession. La mère de Jacques hérite du principal, tandis que Nino reçoit une part importante de l'usine familiale et l'usufruit de la villa, Germaine devenant la propriétaire des lieux. Un procès s'ensuit, qui se solde par le versement de 200 000 lires à Nino qui part ouvrir un bar à Rome où il meurt en 1943.

Les cendres de Jacques sont conservées dans un monument funéraire situé dans l'enceinte du cimetière non catholique de Capri.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Hei Hsiang. Le parfum noir, son dernier livre.
  • 1898 : Conte d'amour, publié à compte d'auteur, Genève [?].
  • 1901 : Chansons légères. Poèmes de l'enfance, préfacés par Edmond Rostand et Fernand Gregh, illustr. de Louis Morin, Paris, Vve Léon Vanier [plusieurs éditions].
  • 1901 : Ébauches et Débauches, poèmes préface par François Coppée, Paris, Vve Léon Vanier, réédité sous le titre Musique sur tes lèvres en 1902 (avec Jean-Louis Vaudoyer).
  • 1901 : L'Hymnaire d'Adonis. Paganisme : à la façon de M. le marquis de Sade, Paris, Léon Vanier-Albert Messein succr, illustr. de Georges Auriol.
  • 1902 : Notre-Dame des mers mortes (Venise), Paris, P. Sevin et E. Rey libraires, couverture de Louis Morin.
  • 1903 : Les cortèges... qui sont passés, Paris, Messein.
  • 1904 : L'Amour enseveli. Poèmes, Paris, Messein.
  • 1905 : Messes noires. Lord Lyllian, roman, Paris, Albert Messein (rééd. en 2011)
  • 1906 : Le Danseur aux caresses, Paris, Messein - réédité sous le titre Le Poison dans les fleurs.
  • 1907 : Ainsi chantait Marsyas..., poèmes, Florence & Paris, Messein.
  • 1907 : Une jeunesse. Le baiser de Narcisse, roman, Paris, Messein, réédité en 1912 par Léon Michaud (Reims) avec des illustrations d'Ernest Brisset.
  • 1909 : Et le feu s’éteignit sur la mer, poèmes, coll. « Éditions de la revue Akademos », Paris, Messein, couv. d'Ernest Brisset.
  • 1911 : Paradinya, poèmes, Paris, Aux éditions de Pan, illustr. de Ciolkowski.
  • 1912 : Le Sourire aux yeux fermés, Paris, Librairie Ambert, illustr. de Brisset.
  • 1913 : Choix de poèmes 1901-1913, Paris, Messein, illustr. de Brisset.
  • 1913 : L'Essor vierge, Paris Librairie Ambert [?].
  • 1913 : Ôde à la Terre Promise, collection « de Pan », Paris, Eugène Figuière.
  • 1914 : 8 poèmes publiés dans la revue Mercure de France.
  • 1920 : Poèmes publiés anonymement dans la revue Pagine d'Isola, Capri, Edwin Cerio (dir.).
  • 1921 : Hei Hsiang. Le parfum noir, Paris, Messein.
  • 2010 : La Neuvaine du petit faune, 9 poèmes inédits écrits en 1920 préfacés par Patricia Marcoz, Paris, Éditions Quintes-Feuilles (ISBN 978-2953288537).

La villa Lysis aujourd'hui[modifier | modifier le code]

La « Villa Lysis-Fersen » a été achetée par le Conseil municipal de Capri, et peut être aujourd'hui visitée. Elle se trouve sur la route qui mène à la Villa Jovis. C'est une construction Stile Liberty selon certaines descriptions, mais il ne s'agit pas d'Art nouveau à la manière française. Le style s'inscrirait plutôt dans le courant « décadent néoclassique ». Le vaste jardin est relié à la villa par une volée de marches qui mènent à un portique orné de colonnes ioniennes. Dans l'atrium, un escalier de marbre à balustrade de fer forgé, mène au premier étage où les chambres s'ouvrent sur des terrasses panoramiques. Le rez-de-chaussée comprend un salon décoré de majoliques bleues et de céramiques blanches, faisant face au golfe de Naples. Le sous-sol abrite une « chambre chinoise » où il est dit que l'on fumait de l'opium.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Source[modifier | modifier le code]

Biographies[modifier | modifier le code]

  • Robert Aldrich, The Seduction of the Mediterranean, Routledge, 1996 (ISBN 0-415-09312-0).
  • Patrick Cardon (éd.), Dossier Jacques d'Adelswärd-Fersen, Lille, Cahiers Gay-Kitsch-Camp, 1993. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Norman Douglas, Looking Back: An Autobiographical Excursion, Vol. I, Harcourt Brace, 1933.
  • James Money, Capri: Island of Pleasure, Faber & Faber, 1986 (rééd. 2012).
  • Will H.L. Ogrinc, « Frère Jacques: A Shrine to Love and Sorrow. Jacques d’Adelswärd-Fersen (1880-1923) » in revue Paidika. The Journal of Paedophilia, 3:2 (1994, rév. 2006), p. 30-58 - Will H.L. Ogrinc, lire en ligne. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jacques Perot, « Le destin français d'une famille suédoise : les barons Adelswärd », in Bulletin du musée Bernadotte, no 26, 1986, p. 13-29.
  • Wolfram Setz (éd.), Jacques d'Adelswärd-Fersen - Dandy und Poet, Bibliothek Rosa Winkel, 2006 (ISBN 3-935596-38-3).

Fictions et essais inspirés de Fersen[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

  • Les paroles de la chanson Les Amants solitaires, de la soprano Nicole Renaud reprennent trois poèmes du baron de Fersen.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cette photo fait partie d'une série prise pour la publication du recueil de poèmes Les Cortèges qui sont passés publiés sous le nom de Jacques d'Adelswärd (Albert Messein, 1903).
  2. Et non en 1879 comme l'indique à tort sa tombe à Capri.
  3. Administrateur de Paris-Journal, auteur d'un ouvrage d'économie remarquée : Histoire de la dette publique en France, Berger-Levrault & Cie, 1886.
  4. Juillet 1903. Affaire de mœurs, compte-rendu détaillé en 14 chapitres, in Livrenblog, en ligne.
  5. in La Presse, 12 juillet 1903.
  6. « O Jacques d'Adelsward, il en est d'autres. Il est des hommes de grand cœur que la Nature a confondus et qui portent cette étrange passion comme un fardeau. Ils n'ont besoin ni des préfaces d'Edmond Rostand, ni des corsets, ni des bijoux, ni de la messe noire. Ils se portent avec fièvre, mais avec simplicité. Et qui de nous les condamnera ? Qui est assez hardi pour condamner son semblable dans sa chair et dans son sang ? ».
  7. Archives nationales (Paris), cote BB18 2255, dr. 1468 A 1903.
  8. Cf. dossier d'instruction, Archives nationales, op. cit.
  9. Livrenblog, 2, op. cit.
  10. Viveka Adelswärd, « Allför adlig , allför rik, alltför lättjefull » [Trop noble, trop riche, trop paresseux] : Jacques d'Adelswärd Fersen, Stockholm, Carlsson Bokförlag, 2014.
  11. « Ce que révèlent les lettres (1904-1908) de Jacques d'Adelswärd à Édouard Chimot » par Jean-Claude Féray et Raimondo Biffi, revue Inverses, n° 13, 2013, p. 88-103.
  12. Paru sous le nom de « Mr. de Fersen » chez Albert Messein avec une couverture signée Claude Simpson et l'incipit suivant : « L'amour a pour moi deux ennemis : les préjugés et ma concierge. (Oscar Wilde) ».
  13. Cet ouvrage a été réédité par QuestionDeGenre/GKC en 2011 avec préface et étude de Jean de Palacio et une postface de Jean-Claude Féray - (ISBN 978-2-908050-68-4).
  14. Voir Mirande Lucien, Akademos. Jacques d'Adelswärd-Fersen et la « Cause Homosexuelle ». Lille, Cahiers Gay-Kitsch-Camp, 2000 (152 pp.).
  15. Publié dans sous le nom de Edward Prime-Stevenson, in Her enemy, some friends and other personages, stories and studies mostly of human hearts, G. & R. Obsner, 1913.

Liens externes[modifier | modifier le code]