Jacques Villiers

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Jacques Villiers

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Jacques Villiers

Naissance 26 août 1924
Vaucresson
Décès 13 mars 2012 (à 88 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Pays de résidence Drapeau de la France France
Diplôme
Profession Haut fonctionnaire
Formation
Distinctions
Légion d'Honneur

Jacques Villiers est un ingénieur et haut fonctionnaire français né le 26 août 1924 à Vaucresson et décédé le 13 mars 2012 (88 ans)[1]. Il a été le fondateur du Centre d'études de la navigation aérienne, et le cocréateur[2]du CAUTRA, le système informatique de gestion du trafic aérien français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jacques Villiers est issu d'une famille lorraine. Tout jeune, il rejoindra la résistance et le maquis du Vercors, d'où il échappera à la mort en 1944.

A la libération, il intègre l'École Polytechnique (X 45) (1945-1948), dont il sortira dans le corps des ingénieurs de la navigation aérienne (devenu par la suite corps des ingénieurs de l'aviation civile, puis fusionné aujourd'hui au sein du corps des Ingénieur des ponts, des eaux et des forêts). Après avoir fait son école d'application à l'École nationale de l'aviation civile (1948-1950), il rejoint le Service de la Navigation Aérienne (SNAé), où il militera dès 1957 pour que la France s'équipe de matériel moderne de calculs pour permettre au système de navigation aérienne français de se moderniser. En 1960, à la suite d'une réorganisation du SNAé, le directeur de la navigation aérienne lui permet de créer le Centre d'études de la navigation aérienne (CENA). Il y pose les principes de l'automatisation du système de navigation aérienne français[3],[4],[5], une approche qui reste "human centered". L'homme reste au centre du développement du système, et celui-ci est conçu de façon à demander à l'opérateur le moins d'effort possible en terme d'interactions et de saisie. Jacques Villiers invente ainsi dès les années 60 le Digitatron, un moyen de saisie tactile permettant aux opérateurs de modifier de façon intuitive les plans de vol des avions.

C'est aussi à cette époque qu'il développe la théorie des filtres, qui sépare les actions de contrôle sur les flux de trafic en plusieurs filtres dont l'horizon temporel est différent. Dans un article de 1968[6], il décrit ainsi 4 niveaux de filtres :

  • un filtre accident de dernier secours
  • un filtre radar permettant de distinguer les paires d'avions en conflit
  • un filtre "aux procédures" permettant d'alimenter en informations utiles le contrôleur
  • un filtre en amont de gestion des flux permettant d'éviter la surcharge des secteurs.

Cette théorie préfigure de façon exacte ce qu'est devenu le système de contrôle aérien, que ce soit au niveau français, européen ou mondial, avec :

  • un organisme de gestion des flux (la CFMU en Europe),
  • des systèmes de détection de conflits par paires,
  • des systèmes plus évolués permettant de regrouper ces conflits élémentaires en ensemble de problèmes
  • les systèmes d'anti-collision, connu aujourd'hui sous le nom de concept ASAS (et normalisé dans le cadre du Traffic Collision Avoidance System).

Directeur du CENA de 1959 à 1970, il y sera donc le visionnaire (suivant l'expression même de ses anciens collègues[7]) du lancement[8] du système de contrôle aérien français, le CAUTRA (Coordonnateur Automatique du TRafic Aérien), dont il verra le développement des version I et II.

En 1970, il est appelé à d'autres responsabilités et devient directeur de la région aéronautique Nord, et laisse alors la direction du CENA à son adjoint, Dominique Alvarez. Il continuera cependant de s'intéresser à l'automatisation du système de contrôle, rédigera plusieurs rapports[9] et de nombreux articles dans des revues ou des colloques internationaux[10],[11],[12],[13],[14].

Il est par la suite responsable de l'inspection générale de l'aviation civile et membre du conseil d'administration d'Aéroports de Paris.

Il est président du conseil d'administration de l'ÉNAC de 1979 à 1989[15], période pendant laquelle il rédigera le schéma directeur de l'école ENAC2000. Ce schéma pose ainsi les bases d'une école rénovée et moderne, et les différents directeurs successifs de l'ENAC s'en inspireront. Il est également membre de l'Académie Nationale de l'Air et de l'Espace, où il s'occupe de la section morale, droit, sociologie et économie. Profondément humaniste, c'est dans ce cadre qu'il s'intéresse à l'économie comme en temoigne certains articles qu'il a publiés à ce sujet[16].

Il développe au début des années 2000 un concept original, le contrôle subliminal, qu'il va transformer en un nouvel ensemble d'outils pour le contrôle du trafic aérien, le système ERASMUS[17],[18],[19]. Cet ensemble d'outils donnera lieu à un important projet de R&D européen, qui portera le même nom[20],[21]. Ce projet fera travailler ensemble pendant plusieurs années des organismes européens (Eurocontrol), des fournisseurs de service aérien nationaux (DSNA[22],..), des équipementiers aéronautiques (Honeywell[23]), etc. Les résultats de ce travail seront à la base[24] d'une des tâches (4.7.2) les plus importantes du projet de ciel unique européen SESAR. Il dépose d'ailleurs un brevet sur ce sujet[25]. Il consacre les dernières années de sa vie à developper et promouvoir ce système, par de nombreux articles[26] et conférences, qui auront des échos dans la presse scientifique nationale[27].

Suivant les mots de Michel Wachenheim[28] :

«  On peut considérer Jacques Villiers comme l'un des principaux fondateurs de "l'école française de navigation aérienne" avec tout ce que cela comporte de compétences scientifiques, de savoir-faire technologique et d'expérience opérationnelle. Il a compris très vite que la France pouvait et devait jouer un rôle de premier plan dans ce secteur, en raison de son histoire aéronautique, de ses capacités à former des spécialistes de haut niveau, mais aussi de ses ambitions mondiales et de la géographie européenne. Il a conservé jusqu'au bout la certitude que nous pouvions exercer un leadership technique au niveau international, j'ai en mémoire des entretiens avec lui sur cet aspect. Le plus bel hommage à lui rendre est certainement de continuer dans cette voie. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • En collaboration avec Paul Funel, Le transport aérien français : rapport au ministre d'État, ministre des Transports, La documentation française, Paris 1982 (ISBN 978-2110010148) Lire en ligne.
  • Académie nationale de l'air et de l'espace et Lucien Robineau (dir.) (préf. Pierre Miquel), Les français du ciel, dictionnaire historique, Le Cherche-Midi éditeur, coll. « Ciels du monde »,‎ juin 2005, 782 p. (ISBN 2-7491-0415-7), p. 523, Villiers, Jacques
  • Sophie Poirot-Delpech, Mémoire et histoires de l'automatisation du contrôle aérien : Sociobiographie du CAUTRA, Editions L'Harmattan, 11 septembre 2009

Références[modifier | modifier le code]

  1. Newsletter ENAC - n°101 / Mars 2012, consulté sur site www.enac.fr le 12 avril 2012
  2. Aviation Civile magazine, Mai 2007, 60 ans de contrôle aérien "en-route", page 19 [1]
  3. Perspectives sur l'automatisation du contrôle de la circulation aérienne, Revue "Navigation", 1961[2]
  4. L'approche française de l'automatisation du contrôle de la circulation aérienne, 1966 [3]
  5. L'automatisation de l'exploitation: l'exemple du contrôle de la circulation aérienne, bulletin du PCM, 1967 [4]
  6. Perspectives pour le contrôle de la circulation aérienne dans les phases avancées d'automatisation: la méthode des filtres, Revue "Navigation", 1968 [5]
  7. Discours prononcé par Yves Lambert, ancien directeur de la navigation aérienne, Mars 2012 [6]
  8. Sophie Poirot Delpech, une biographie du Cautra Pour la France, l'idée initiale vient d'un jeune ingénieur sorti de l'X puis de la première promotion des Ingénieurs de la Navigation Aérienne de la toute jeune ENAC (Jacques Villiers). Un dessein l'occupe et le passionne depuis 1957: les perspectives d'automatisation de la navigation aérienne
  9. Rapport des sages, 1985 [7]
  10. Automatisation du contrôle de la navigation aérienne: de la décision à l'aide à la décision, Revue Navigation, 1974 [8]
  11. L'intelligence artificielle dans le contrôle de la circulation aérienne, ITA magazine, 1987 [9]
  12. Le mur de la capacité, ITA magazine, 1990 [10]
  13. Aéroports du futur, des carrefours saturés, Science et Vie Hors série no 207, Aviation 99, juin 1999 [11]
  14. La mémoire des opérateurs dans la conduite des systèmes complexes: le cas de l'ATC, Forum homme-machine, ANAE 2000 memoire_operateur_2000.pdf
  15. Newsletter ENAC, Mars 2012 [12]
  16. Productivité et équité: la fin d'un rêve, La Jaune et La Rouge, Janvier 2002 [13]
  17. The ERASMUS project: a friendly way for breaking the capacity barrier, Revue "The controller" [14]
  18. ERASMUS, une voie conviviale pour franchir le mur de la capacité, Revue ITA, vol 58, juin 2004 [15]
  19. Automated air traffic control for an innovative and efficient "single sky". A joint road to a joint goal, ECAC 27 [16]
  20. Site web du projet ERASMUS [17]
  21. Revue technique de la Direction des Services de la Navigation Aérienne [18]
  22. Erasmus de nouveaux concepts pour les systèmes de contrôle, Mai 2006 [19]
  23. Subliminal ATC Utilizing 4D Trajectory Negotiation, R. Weber (Honeywell) [20]
  24. ERASMUS, strategic deconfliction to benefit SESAR, Rosa Weber (Honeywell), Air Traffic Management international conference [21]
  25. Dispositif et procédé d'assistance automatisée aux contrôleurs de la circulation aérienne [22]
  26. Conflict and wind forecast: how to best benefit from wind forecasting, The Journal of Air Traffic Control, Vol 53, No 4, Automne 2011[23]
  27. Les voies du ciel s'ouvrent à l'ordinateur, Science et Vie no 1090, Juillet 2008 pp. 90-93
  28. Jacques Villiers sur le site des amis du CENA [24]