Jacques Lelong

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Jacques Lelong, né à Paris en 1665, décédé à Paris le , est un prêtre de l'Oratoire, religieux, bibliographe et historien français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il fut reçu très jeune au nombre des clercs de l'ordre de Malte, et'n'était âgé que de onze ans lorsqu'il passa dans cette île. Peu de temps après son arrivée, la peste s'y étant déclarée, il eut l'imprudence de suivre le convoi d'un homme mort de la contagion. À peine fut-il rentré dans sa maison, qu'on en mura les portes, de peur qu'il ne communiquât au-dehors la maladie dont on le supposait attaqué. Cette espèce de prison lui sauva la vie en le séquestrant de la société des pestiférés. Un tel accident, joint à la dureté du maître des clercs, le dégoûta du séjour de l'île.

Il prétexta l'intérêt de sa santé pour obtenir la permission de se rembarquer, et vint à Paris reprendre ses études à l'Oratoire. Ses supérieurs l'envoyèrent au collège de Juilly, pour enseigner les mathématiques, et, quelques années après, au séminaire de Notre-Dame-des-Vertus, près Paris, afin qu'il pût se livrer plus particulièrement à ce genre d'étude, pour lequel il avait de grandes dispositions. Devenu bibliothécaire de cette maison, son goût pour la bibliographie se manifesta d'une manière si décidée, qu'il fut appelé à Paris pour y remplir le même emploi dans la maison de Saint-Honoré. À la connaissance des langues orientales, de l'hébreu et de ses différents dialectes, il joignait celle de plusieurs langues modernes, telles que l'italien, l'espagnol, le portugais et l'anglais. Il possédait également l'histoire littéraire et topographique.

Enfin peu de savants pouvaient lui être comparés dans cette partie. Pendant vingt-deux ans qu'il fut chargé de cette bibliothèque, l'une des plus riches de Paris, surtout en manuscrits orientaux, il l'augmenta au moins d'un tiers avec des fonds très modiques, et il en fit trois différents catalogues. Sa passion pour l'étude était inconcevable : il ne s'en distrayait que pour l'accomplissement des devoirs de son état, pour sa correspondance suivie avec la plupart des savants de l'Europe ; et il regardait ses longues et fre'quentes insomnies comme un avantage qui lui laissait plus de temps pour s'y livrer. Une vie si laborieuse dut altérer la santé d'un homme dont la complexion était déjà très faible. II éprouva de violents maux d'estomac accompagnés d'une fièvre lente qui le consuma peu à peu, et rendit inutile tout l'art des médecins. Il mourut chez Pierre-François Ogier, son neveu, receveur général du clergé de France, le , âgé de 56 ans.

Ce savant avait une piété sincère et sans ostentation, un caractère doux et modeste, des manières polies et engageantes. Rempli de charité pour les pauvres, il se félicita d'avoir trouvé dans un riche héritage des moyens de satisfaire son penchant pour cette vertu. Le P. Malebranche, son intime ami, le raillant un jour sur toutes les peines qu'il se donnait pour découvrir une date ou une anecdote littéraire : La vérité est si aimable, lui répondit-il, qu'on ne doit rien négliger pour la découvrir, même dans les plus petites choses. Ses ouvrages indiquent des recherches immenses. On désirerait seulement qu'il se fût appliqué à en rendre le style plus correct.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Supplément à l'Histoire des dictionnaires hébreux de Volfius, dans le Journal des savants de janvier 1707 ;
  • Nouvelle Méthode des langues hébraïque et chaldaïque, avec un dictionnaire de ces deux langues, Paris, 1708, in-8°. Cette Méthode, suivie d'un dictionnaire hébraïque en vers français fait sur le modèle des Racines grecques de Port-Royal, est du P. Renou, de l'Oratoire ; le P. Lelong n'en a été que l'éditeur.
  • Bibliotheca sacra, seu Syllabus omnium ferme sacrœ Scripturœ editionum acversionum, Paris, 1709, 2 vol. in-8° ; réimprimée la même année à Leipzig par les soins de Boerner, avec des augmentations et des notes historiques et critiques tirées des manuscrits et des livres imprimés en Allemagne, qui n'avaient point été connus du P. Lelong. Celui-ci s'était occupé, dans les dernières années de sa vie, de corriger cet ouvrage, et de l'augmenter d'une seconde partie contenant le catalogue de tous les auteurs qui ont travaillé sur les livres de la Bible. Cette seconde édition était prête à être mise sous presse lorsque l'auteur mourut. Il en confia le soin au P. Desmolets, son ami, qui la publia, en 1723, in-fol., précédée d'une notice sur la vie et les ouvrages du P. Lelong. Cet ouvrage, d'un travail immense, est le plus ample, le plus méthodique et le plus exact qui eût paru en ce genre : une nouvelle édition avait été commencée par les soins de A.-G. Marsch ; il n'en a paru que deux parties en 5 volumes in-4°, Halle, 1778-1790.
  • Discours historique sur les principales éditions des Bibles polyglottes, Paris, 1713, in-12. C'est le fruit des recherches que le P. Lelong avait été obligé de faire pour sa Bibliothèque sacrée. Il contient des détails curieux sur les polyglottes, et particulièrement sur celle de Paris (voir : Guy Michel Lejay) ;
  • Histoire des démêlés du pape Boniface VII avec Philippe le Bel, Paris, 1718, in-12. C'est un ouvrage posthume d'Adrien Baillet : le P..Lelong, en le donnant au public, l'augmenta de vingt-deux pièces justificatives qui ne se trouvent pas dans les Actes de Dupuy. Il eut deux éditions en moins de trois mois.
  • Bibliothèque historique de la France, contenant le catalogue des ouvrages imprimés et manuscrits qui traitent de l'histoire de ce royaume, ou qui y ont rapport ; avec des notes critiques et historiques, Paris, 1719, in-fol. L'objet de cet ouvrage est d'indiquer dans un ordre méthodique l'usage qu'on doit faire des grandes collections des pièces concernant l'histoire de France, et de faciliter le travail de ceux qui entreprennent de l'écrire. Ce gros volume fut composé dans l'espace de trois ans, et l'auteur le copia trois fois de sa propre main. Il se proposait de l'augmenter considérablement dans une seconde édition. Les matériaux qu'il avait rassemblés et un exemplaire chargé de ses notes ont passé entre les mains de Charles-Marie Fevret de Fontette, qui s'en est servi dans son édition en 5 volumes in-fol., Paris, 1768 ;
  • Lettres à M. Martin, ministre d'Utrecht, Paris, dans le Journal des savants de juin de la même année. Ce ministre, dans sa dissertation sur le fameux passage de saint Jean (Ep. 1, cap. S, Très xunt qui testimonium, etc.), avait dit que Robert Estienne l'inséra dans son édition de la Bible, d'après plusieurs manuscrits de la bibliothèque du roi. Le P. Lelong soutient que ce passage ne se trouve dans aucun des manuscrits de cette bibliothèque. Cet homme infatigable avait entrepris un recueil des historiens de France beaucoup plus ample que celui de Duchesne ; il se proposait d'en faire imprimer deux ou trois volumes chaque année : ce fut ce travail qui abrégea ses jours. Tous les matériaux étaient rassemblés pour les premières livraisons ; il ne lui restait plus qu'à les collationner avec les manuscrits et les imprimés, pour les publier avec des notes critiques, chronologiques et géographiques. Ce projet a été exécuté par les bénédictins de Saint-Maur, et la continuation en a été confiée depuis à lAcadémie des inscriptions.

Source[modifier | modifier le code]