Jacques Ier d'Aragon

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Jacques Ier d'Aragon
Jacques le Conquérantpar Manuel Aguirre y Monsalbe (1885).
Jacques le Conquérant
par Manuel Aguirre y Monsalbe (1885).
Titre
Roi d'Aragon
12131276
&&&&&&&&&&02296462 ans, 10 mois et 15 jours
Prédécesseur Pierre II le Catholique
Successeur Pierre III le Grand
Biographie
Titre complet Roi de la Couronne d'Aragon
Dynastie Maison de Barcelone
Nom de naissance Jaume d'Aragó
Date de naissance 2 février 1208
Lieu de naissance Montpellier
Date de décès 27 juillet 1276 (à 68 ans)
Lieu de décès Alcira
Père Pierre II d'Aragon
Mère Marie de Montpellier
Conjoint Aliénore de Castille
Yolande de Hongrie Arpad
Enfant(s) Alphonse (es) ( 1260)
Yolande ( 1301)
Constance ( 1269)
Pierre ( 1285)
Jacques ( 1311)
Sancha ( 1262)
Isabelle ( 1271)
Marie ( 1267)
Sanche( 1275)

Jacques Ier d'Aragon
Rois d'Aragon

Jacques Ier d'Aragon dit le Conquérant (en catalan Jaume I el Conqueridor ; Jaime I el Conquistador en castillan ; Chaime I o Conqueridor en aragonais), est né le 2 février 1208 à Montpellier, et mort le 27 juillet 1276 à Alcira, non loin de Valence. Il fut roi d'Aragon, comte de Barcelone et seigneur de Montpellier à partir de 1213. En 1229, il devient aussi roi de Majorque, puis roi de Valence à partir de 1232.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Fils de Pierre II le Catholique, roi d'Aragon et Marie, dame de Montpellier, il descend de deux prestigieux lignages : par son père, il est l'héritier des rois d'Aragon, et par sa mère il est apparenté à la famille impériale byzantine des Comnènes. Il eut une enfance très difficile. Son père, qui s'était marié pour mettre fin aux intrigues des nobles catalans qui réclamaient un héritier, finit par répudier la reine après être parvenu à asseoir son pouvoir sur la seigneurie de Montpellier.

Il est âgé de deux ans lorsque son père conclut un mariage entre lui et Amicie, la fille de Simon de Montfort, l'infant Jacques est livré à ce dernier. Il restera reclus au château de Carcassonne.

En 1213, en pleine croisade des Albigeois, son père meurt à la bataille de Muret. Jacques devient le prisonnier de Simon de Montfort, et ce dernier ne se résigne à le libérer que grâce aux pressions du pape Innocent III. Durant le reste de sa minorité, il est confié aux templiers. Il sera élevé au château de Monzón à partir de 1215 avec son cousin Raymond-Bérenger V de Provence. Pendant ce temps, son grand-oncle Sanche d'Aragon, principal acteur de la libération de Jacques, est reconnu régent d'Aragon. Jacques hérite de la seigneurie de Montpellier à la mort de sa mère en 1213.

Orphelin, il avait six ans lorsqu'il fut reconnu roi par les cortes de Lérida en 1214. C'est dans la même ville qu'en septembre 1218, les premiers cortes généraux d'Aragon et de Catalogne se réunissent et le déclarèrent majeur.

En janvier 1221, il épouse Aliénor de Castille, fille d'Alphonse VIII de Castille, en la cathédrale de Tarazona. Le roi n'était âgé que de treize ans, elle en avait dix-neuf. Ce mariage répondait à des intérêts politiques, mais Jacques répudia son épouse en 1229, invoquant une trop proche parenté. Le 8 septembre 1235, il contracte un second mariage avec la princesse Yolande de Hongrie Arpad, fille du roi André II de Hongrie. Par le testament de son cousin Nuno Sanchez, il hérite les comtés du Roussillon et de Cerdagne en 1241.

Règne[modifier | modifier le code]

Durant les quinze premières années de son règne, Jacques est aux prises avec la noblesse aragonaise, qui parvient même à le faire prisonnier en 1224. En 1227, il doit faire face à une nouvelle révolte nobiliaire, dirigée par son oncle l'infant Ferdinand. Jacques ne sauve son trône que grâce à l'intervention papale par l'entremise de l'archevêque de Tortosa, les accords d'Alcala du 22 mars 1227 marquent le triomphe de la royauté sur la noblesse. Après ces accords, la situation se stabilise suffisamment pour permettre au roi de lancer de nouvelles campagnes contre les musulmans. Les réussites du roi finiront par apaiser la noblesse.

En effet Jacques le Conquérant va beaucoup contribuer au renforcement du pouvoir royal notamment en menant avec fermeté la normalisation du droit dans chacun des territoires de la couronne d'Aragon. Il charge ainsi l'évêque d'Huesca, Vidal de Canyelles, de codifier le droit coutumier du royaume d'Aragon, entreprise qui aboutit lors des cortes d'Huesca de 1247, qui imposent un droit unique au royaume au-dessus des droits particuliers. En Catalogne, ce sont les usages de Barcelone qui s'imposent peu à peu à tout le pays. D'autre part, il développe le système des cortes, sortes de parlements généraux réunissant des délégués nobles, ecclésiastiques et citadins autour du roi. Chacun des royaumes de la Couronne a ses propres cortes, excepté le royaume de Majorque, qui envoie des délégués aux corts de Catalogne.

Poursuite de la Reconquista[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Reconquista.

Le règne de Jacques Ier marque une nouvelle vague de progression des armées chrétiennes face aux musulmans.

Conquête de Majorque[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Conquête de Majorque.

Depuis le début des années 1220, les marchands de Barcelone, Tarragone et Tortosa demandent de l'aide au roi d'Aragon pour qu'il mette fin à la menace des pirates majorquins. En décembre 1228, une réunion de marchands barcelonais décide de financer une expédition. Des navires sont mis à la disposition de nobles catalans qui acceptent de participer à cette aventure en échange de la concession de domaines territoriaux et la promesse d'un important butin. Lors d'une autre réunion à Lérida, les nobles aragonais acceptent une telle entreprise, mais suggère au roi de la diriger plutôt contre les musulmans de Valence.

La conquête de Majorque par les troupes de Jacques Ier d'Aragon.

Le roi est réticent, mais n'ayant pas beaucoup à perdre, il accepte que l'expédition soit menée en son nom, tout en incitant les chevaliers aragonais à ne pas y participer, ils seront finalement très peu. Ce sont donc en majorité des Catalans qui partent le 5 septembre 1229 à la conquête de Majorque. On compte 155 navires, 1500 chevaliers et 15 000 soldats. Le 11 septembre 1229, les troupes aragonaises débarquent à Santa Ponsa et battent celle du wali almohade Abu Yahya à la bataille de Portopi le 12 septembre 1229. Les musulmans se retranchent alors derrière les murs de Madina Mayurqa. Les troupes de Jacques mette le siège devant la ville le 15 septembre 1229 et finissent, après un peu plus de trois mois, par massacrer la population musulmane de la ville, en décembre 1229, en réponse aux exactions des musulmans. La quantité de cadavres était telle qu'une épidémie se déclare et décime l'armée de Jacques. Les nobles catalans se disputent le butin, provoquant des échauffourées qui affaibliront la puissance militaire du roi. En quelques mois, la conquête de l'île est faite, seul un petit groupe de musulmans résistera jusqu'en 1232 dans la Sierra de Tramontana. En grande majorité, les musulmans fuient vers l'Afrique lorsqu'ils ne sont pas réduits en esclavage, tandis que l'île est repeuplée par des Catalans.

Majorque devient un royaume de la Couronne d'Aragon et obtient une charte de franchise en 1230. La création de la municipalité de Majorque, devenue la ville de Palma, en 1249, a largement contribué à l'institutionnalisation du royaume.

Conquête d'Ibiza[modifier | modifier le code]

Le roi n'était pas en mesure de conquérir Minorque en raison de divisions internes au sein de l'armée. Les musulmans minorquins acceptent néanmoins de devenir les vassaux du roi d'Aragon en 1231. La vassalité de Minorque ne devait être transférée au royaume de Majorque qu'après la conquête définitive de l'île sous le règne d'Alphonse III (suite à la capitulation d'Abû Umar en 1287). L'île est alors petit à petit repeuplée par des Catalans, en même temps que les musulmans sont peu à peu bannis.

En 1235, Jacques concentre ses efforts sur une cible plus facile, les îles d'Ibiza et Formentera sont rapidement conquises. Le roi cède la soumission à plusieurs nobles catalans, dont Guillaume de Montgri, archevêque de Tarragone et son frère Bernard de Santa Eugenia. L'île a été repeuplée par des agriculteurs d'Ampurias à partir de 1236.

Conquête de Valence[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Conquête du royaume de Valence.
Entrée de Jacques Ier à Valence (1884).

La conquête de Valence, contrairement à celle de Majorque, a été faite avec un important contingent d'Aragon. En 1231, Jacques rencontre Blasco de Alagon et le maître de l'ordre de l'Hôpital à Alcaniz, ensemble ils établissent les plans pour conquérir Valence. Blasco de Alagon suggère d'attaquer la population et d'éviter les fortifications. La première phase de la conquête consista à s'emparer de deux enclaves montagneuses : Morella, qui fut rapidement prise par Blasco de Alagon du fait de la faiblesse du gouvernement musulman local ; et Arès, qui fut conquise par Jacques. La conquête de ce qui plus tard allait devenir le royaume de Valence commence donc véritablement en 1232 avec la capture de Morella.

En 1233 les troupes chrétiennes prennent Burriana et Peniscola. Elles se dirigent ensuite vers le sud pour atteindre le Jucar et la ville d'Alcira, qui est conquise le 30 décembre 1242. Entre 1243 et 1245, les troupes aragonaises atteignent les limites imposées à l'Aragon par le traité d'Almizra de 1244. Jacques Ier et l'infant Alphonse de Castille s'étaient entendus pour délimiter leurs zones respectives d'expansion dans les territoires musulmans. Les terres situées au sud de la ligne Biar-Villajoyosa sont dévolus à la Castille, y compris donc ce qui va devenir le royaume de Murcie, que le traité d'Elche de 1305 donnera à l'Aragon.

À la fin des années 1240, Jacques doit faire face à toute une série de révoltes dirigée par le seigneur musulman Al Azraq. Jacques en sort néanmoins victorieux, il parvient à convertir les terres conquises, parfois de manière assez violente, et à les intégrer dans la Couronne d'Aragon, tout en respectant un grands nombre de leurs coutumes. Ainsi Jacques Ier prète serment de respecter les fors de Valence et les pormulgue lors d'une réunion des corts valenciennes. La création du royaume va mettre un coup d'arrêt à la conquête et même si elle permet de stabiliser les frontières, elle mécontente la noblesse aragonaise qui se voit privée de ses possibilités d'expansion en terres valenciennes.

Politique ultra pyrénéenne[modifier | modifier le code]

Par le traité de Corbeil de 1258, Jacques Ier renonce à ses prétentions sur l'Occitanie hérités des ses ancêtres les comtes de Barcelone. En retour, le roi Louis IX de France s'engage à renoncer à ses propres prétentions sur les comtés catalans. En effet, en tant que descendants de Charlemagne, les rois de France ont toujours conservé leurs droits sur l'ancienne marche hispanique.

Conquête de Murcie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaume de Murcie.

Normalement, au terme du traité d'Almizra, Murcie était sous domination castillane. Durant plus de vingt ans, la coexistence entre chrétiens et musulmans amena à une période de grande prospérité. Toutefois, l'intolérance chrétienne face aux coutumes et traditions étant de plus en plus marquée, à partir de 1264, la région est en proie à de nombreuses révoltes des mudéjars murciens qui sont soutenues par les Nasride de Grenade et les Almohades d'Afrique. Le roi de Castille Alphonse X le Sage ne parvient pas à imposer son autorité, si bien que sa femme la reine Yolande, fille de Jacques Ier, demande de l'aide à son père. Les troupes aragonaises entrent en Murcie fortes de 10 000 hommes, Pierre d'Aragon réussit à obtenir la victoire sur Muhammad ibn Hûd Biha al-Dawla, faisant passer Murcie dans le giron aragonais.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Gisant de Jacques Ier au monastère de Poblet.

En 1262, il nomme Guillaume de Roquefeuil, lieutenant-gouverneur de Montpellier. En septembre 1269, il lève une armée et part de Barcelone pour se rendre en Terre sainte combattre Baybars. Mais leurs navires sont dispersés par une tempête et le roi est forcé de débarquer à Aigues-Mortes pour finalement renoncer à l'expédition.

Jacques Ier était présent au second concile de Lyon de 1274. Le concile délibéra des aspects financiers d'une nouvelle croisade. On décida que pendant six années la dîme de tous les bénéfices de la chrétienté devrait revenir à la croisade. Jacques souhaitait organiser l'expédition immédiatement, mais les templiers s'y opposèrent, rendant la prise de décision difficile. Contrarié par l'indécision des autres participants, Jacques Ier prend congé du pape et quitte le concile avec ses barons. Cette croisade n'aura finalement jamais lieu.

Le roi avait commencé à dicter ses mémoires en catalan et le Llibre dels fets deviendra la première des quatre grandes chroniques de la Couronne d'Aragon. Après un règne de presque soixante-trois ans, le roi décède à Alcira le 27 juillet 1276. Il était âgé de soixante-huit ans.

Les restes du roi sont déposés à Sainte-Marie de Valence, ils y restent jusqu'en mai 1278, date à laquelle ils ont été transférés au monastère de Poblet, panthéon des rois d'Aragon depuis Alphonse Ier. Cependant, après les confiscations de Mendizabal, le monastère fut abandonné et le corps de Jacques Ier fut à nouveau transféré en 1843, mais cette fois à Tarragone. Un mausolée fut construit derrière la cathédrale pour accueillir les restes du roi, il sera inauguré en 1856. Le roi termine finalement son voyage en 1952, année qui marque le retour du corps du roi à Poblet.

Descendance[modifier | modifier le code]

Alors qu'il est âgé de treize ans, le 6 janvier 1221, il épouse en la cathédrale de Tarazona Aliénor de Castille, fille du roi Alphonse VIII de Castille. De ce premier mariage, est issu :

Après avoir répudié sa première femme en 1229, il épouse en secondes noces le 8 septembre 1235, Yolande de Hongrie Arpad, fille du roi André II de Hongrie. De ce second mariage sont issus :

Le troisième mariage de Jacques Ier est plus incertain, mais il semble que le roi ait épousé secrètement son amante, Thérèse Gil de Vidaure. Le roi l'abandonna lorsque cette dernière contracta la lèpre. De leur liaison sont issus :

Héritage[modifier | modifier le code]

Testaments successifs de Jacques Ier
Aragon Catalogne Valence Majorque Roussillon Montpellier
1223 Alphonse
1241 Alphonse Pierre
1244 Alphonse Pierre Jacques
1248 Alphonse Pierre Jacques Pierre Ferdinand
1253 Alphonse Pierre Alphonse Jacques Pierre Jacques
1262 Pierre Jacques

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]