Jacques Couture

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Jacques Couture (Québec, 23 novembre 1929 - Saint-Jérôme, 10 août 1995) est un homme politique et un missionnaire jésuite québécois. Il a été ministre du Travail et de l'Immigration dans le premier gouvernement de René Lévesque, entre 1976 et 1980.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Québec en 1929, il est le fils de Joseph-Ubald Couture, qui fut haut fonctionnaire au cabinet des premiers ministres québécois Louis-Alexandre Taschereau, Adélard Godbout et Jean Lesage. Après des études au Collège des Jésuites, Il reçoit une formation de travailleur social[1] à l'Université Laval et devient jésuite en 1954. Il recevra une formation à la faculté des Jésuites de Montréal puis obtiendra une licence en philosophie de l'Université de Montréal en 1958. Il décidera alors d'aller apprendre la langue chinoise à Taïwan. Après un an et demi d'exil, il revient à Montréal où il obtient un baccalauréat en théologie, encore une fois à l'Université de Montréal. Il est ordonné prêtre catholique le 18 juin 1964.

Il sera très impliqué dans la vie communautaire du quartier Saint-Henri à Montréal durant les années qui suivent. Il est à l'origine des premiers camps familiaux au Québec, du Groupement familial ouvrier (GFO) et du journal l'Opinion ouvrière, de comités de citoyens, du CLSC de Saint-Henri et de divers autres organismes. Il aura un temps sa chronique dans le périodique Voix populaire.

Homme politique[modifier | modifier le code]

L'activisme du père Couture l'amène à prendre la tête d'un mouvement de contestation du maire de Montréal. Jean Drapeau, qui régnait sans partage sur la métropole québécoise, était de plus en plus contesté en raison notamment des retards et des dépassements de coûts du Parc olympique de Montréal. Il participe à la fondation du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM), un parti politique municipal qui regroupe des militants syndicaux et communautaires francophones et anglophones et devient le candidat à la mairie de ce nouveau parti.

Selon le journaliste Jean-Claude Leclerc, « ses supérieurs de la Société de Jésus avaient permis qu'il se lance en politique, car à l'époque rares étaient à Montréal les personnalités capables d'y cristalliser un mouvement de renouveau »[2].

Durant la campagne, Couture dénonce l'administration sortante et « [s]es projets de grandeur qui ne profitent qu'à une classe privilégiée », tout en réclamant une décentralisation et une démocratisation de l'administration de la métropole qui profiterait aux groupes défavorisés[3]. Le 10 novembre 1974, le maire Drapeau est réélu avec 149 643 voix contre 106 217[4] pour le père Couture, mais le RCM réussit à faire élire 18 conseillers sur 52[5].

Impressionné par sa performance à l'élection municipale de 1974, le chef du Parti québécois, René Lévesque, lui offre la nomination de son parti dans la circonscription de Mercier, qui était détenue à l'époque par le premier ministre Robert Bourassa[6]. Couture refuse, préférant plutôt rester en terrain connu dans son quartier de Saint-Henri — le « bas de la ville », comme on l'appelait familièrement[2].

Le 15 novembre 1976, il est élu député à l'Assemblée nationale du Québec sous la bannière du Parti québécois dans le comté de Saint-Henri. Le premier ministre Lévesque le nommera ministre du Travail et de la Main d'œuvre et ministre de l'Immigration, le 26 novembre 1976. Il est considéré par Bernard Landry comme l'un des « grand[s] progressiste[s] » de ce premier gouvernement Lévesque[7].

Dans la controverse, le prêtre ouvrier devenu ministre fait adopter deux augmentations significatives du salaire minimum en moins de six mois[8], le faisant passer de 2,87 $ à 3 $ l'heure, le 1er janvier 1977, puis à 3,15 $ le 3 juin 1977 [9]. Quelques semaines plus tard, le 6 juillet 1977, Lévesque confiera le dossier du Travail et de la Main d'œuvre à Pierre-Marc Johnson.

À titre de ministre de l'Immigration, auquel il donne une envergure nouvelle en ouvrant la porte du Québec aux réfugiés et en facilitant la régularisation du statut de 5 000 Haïtiens. L'entente Couture-Cullen, signée en février 1978 avec le ministre fédéral, George «Bud» Cullen, accordait plus de pouvoir au Québec en matière de sélection des immigrants[8]. Il aura également la tâche, en tant que ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, de mettre en œuvre des mesures de francisation des nouveaux arrivants, après l'adoption de la Charte de la langue française et de mobiliser les Québécois en faveur des boat people du sud-est asiatique.

Selon le biographe de René Lévesque, Pierre Godin, le premier ministre a songé lui retirer ses responsabilités ministérielles lors du remaniement ministériel de 1979, mais s'est ravisé, considérant le travail de rapprochement effectué par Couture auprès des communautés culturelles[10]

Arrivé en politique par idéalisme, il remet en question sa carrière politique après l'échec référendaire du 20 mai 1980[11]. Il démissionne du cabinet le 5 novembre 1980, puis comme député en le 30 janvier 1981[12].

Missionnaire[modifier | modifier le code]

Après quatre années intenses de vie politique, Jacques Couture décide de retourner à sa vocation de religieux. L'occasion se présente lorsque le provincial des Jésuites du Québec l'informe de la situation du quartier d'Andohatapenaka, l'un des plus pauvres de Tananarive, capitale de Madagascar[13].

Il arrive dans la capitale malgache en 1982 et y découvre un dénuement sans aucune mesure avec ce qu'il avait connu dans les quartiers ouvriers de la métropole québécoise ou dans la basse-ville de Québec. Le quartier d'Andohatapenaka est régulièrement inondé et insalubre, et la criminalité y est omniprésente[14]

Il fonde, avec des gens du quartier, le Conseil de développement d'Andohatapenaka (CDA), un organisme communautaire qui organise un système d'entraide collective, d'éducation, de santé, de réinsertion sociale des jeunes contrevenants et de coopératives de production. L'organisme, devenu une ONG en juin 1987, est cité en exemple pour le rôle qu'il donne aux 35 000 résidents du quartier dans leur propre développement, qu'il s'agisse de reconstruire des ponts ou des maisons ou par le développement d'industries légères qui financent le projet tout en créant des emplois locaux[13],[14].

Cette « démarche de développement à la mesure des gens »[15], comme il la décrira à un journaliste québécois en 1990, lui valent l'estime et l'admiration de ses nouveaux concitoyens qui l'ont surnommé « Rakoutoumalala, c'est-à-dire Jacques le bien-aimé »[13].

Cependant, l'état de santé de du missionnaire commence à décliner à compter de 1988. Il revient au Québec pour des traitements plus ou moins longs. Il profite de ces occasions pour inciter le gouvernement québécois à mettre en place une politique nataliste et à favoriser l'accueil et l'intégration de nouveaux immigrants tout en plaidant en faveur de la création d'un ministère québécois de la Population[16] et d'un autre pour prendre en main le dossier de la Coopération internationale[15].

Rapatrié de Madagascar en raison de problèmes de santé au printemps 1995, Jacques Couture, premier député-missionnaire de l'histoire du Québec[17], meurt le 10 août 1995 à l'âge de 65 ans, des suites d'une longue maladie pulmonaire[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis-Guy Lemieux, « Des Couture marquants », Le Soleil,‎ 20 août 2006, p. 15
  2. a et b Jean-Claude Leclerc, « Un curé au Bloc - Raymond Gravel fera-t-il mieux que ses prédécesseurs ? », Le Devoir,‎ 30 octobre 2006, B5 (lire en ligne)
  3. Rassemblement des citoyens de Montréal. Publicité électorale, dans L'Alliance, novembre 1974, p. 35.
  4. Marsolais. Claude V. et al. (1993) Histoire des maires de Montréal. Montréal:VLB Éditeur. Page 314.
  5. Claude-V. Marsolais, « Jean Drapeau (2): les années tourmentées », La Presse,‎ 18 octobre 1992, A5
  6. Le poète Gérald Godin acceptera l'offre du PQ et délogera le premier ministre sortant dans sa circonscription.
  7. Marc Thibodeau, « L'ex-ministre Jacques Couture décède des suites d'une longue maladie », La Presse,‎ 11 août 1995, B1
  8. a, b et c Brian Myles, « Jacques Couture meurt à 65 ans », Le Devoir,‎ 11 août 1995, A10
  9. Ministère des Finances du Québec. Comparaison de l'évolution du salaire minimum au Québec, en Ontario et aux États-Unis. Direction des politiques économiques. Février 2002.
  10. Godin, Pierre (2001). René Lévesque. Tome 3 : L'espoir et le chagrin. Boréal. Montréal. Page 457.
  11. Fraser, Graham (2001) René Lévesque and the Parti Québécois in Power. Second Edition. McGill-Queens University Press. p. 246-247.
  12. Assemblée nationale du Québec. Jacques Couture. — Page consultée le 15 juillet 2007.
  13. a, b et c *Bourgoing, Robert. Jacques le bien-aimé: ou comment un ex-ministre péquiste est devenu missionnaire à Madagascar, dans La Presse, le 15 avril 1995, p. B6.
  14. a et b Razanarison, Josée et Raobijaona, Bruno. Diagnostic de l'insécurité urbaine et stratégie de prévention à Antananarivo PNUD-CNUEH. Février 2001. 96 pages.
  15. a et b Trottier, Eric. Jacques Couture blâme la Commission B.-C. pour son manque de réflexion envers le tiers-monde, dans La Presse, 16 décembre 1990, p. A8.
  16. Tasso, Lily. Jacques Couture pose un regard critique et optimiste sur le Québec : l'ancien ministre s'exprime sur divers sujets vitaux pour le Québec, dont la dénatalité, dans La Presse, le 17 novembre 1988, p. E12.
  17. Assemblée nationale du Québec Un banquet de la faim pour soutenir L'œuvre de l'ancien député Jacques Couture. Communiqué de presse. Le 26 novembre 1996.

Lien externe[modifier | modifier le code]