Jacques Cassard

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Jacques Cassard
Jacques Cassard d'après une gravure de PierrenHistoire de la Marine française illustrée, Larousse, 1934.
Jacques Cassard d'après une gravure de Pierren
Histoire de la Marine française illustrée, Larousse, 1934.

Naissance 30 septembre 1679
à Nantes (Loire-Atlantique)
Décès 21 janvier 1740 (à 60 ans)
à la forteresse de Ham (Somme)
Origine Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Arme Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Grade Capitaine de vaisseau
Années de service 16931731
Conflits Guerre de la Ligue d'Augsbourg
Guerre de Succession d'Espagne
Faits d'armes Expédition de Carthagène
Bataille de Syracuse
Distinctions Chevalier de Saint Louis (1718)

Jacques Cassard, né à Nantes le 30 septembre 1679[Note 1] et mort dans la forteresse de Ham (Somme) le 21 janvier 1740, après quatre ans de détention, est un marin et un corsaire français des XVIIe et XVIIIe siècles. Moins connu que son ami René Duguay-Trouin et que son célèbre cousin Robert Surcouf[1], Jacques Cassard se distingue par l'audace avec laquelle il capture les navires marchands sur les côtes de l'Angleterre; il s'illustrera également en escortant des convois en Méditerranée et dans les Antilles. Ruiné et souffrant du manque de reconnaissance dont il était victime, il s'emporte contre le cardinal de Fleury à qui il était venu réclamer justice; il termine sa vie en prison.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et jeunesse[modifier | modifier le code]

Né le 30 septembre 1679 dans une famille de « marchands à la Fosse[Note 2] », des négociants armateurs nantais, Jacques Cassard est huitième enfant[2] de Guillaume Cassard, marchand ou négociant armateur, et de Jeanne Drouard. Il perd son père alors qu'il est encore jeune[3], la famille étant sans ressources, sa mère obtient qu'il s'embarque sur un terre-neuva, et qu'il participe à des campagnes de pêche au large des Grands Bancs[4]. Il entre dans la marine à l'âge de 14 ans sur l'un des navires marchands (caboteur côtier) appartenant à son oncle, le Dauphin de Cayenne.

Le 7 janvier 1697, à l'âge de dix-sept ans, il fait partie de la flotte française qui quitte Brest en direction de l'Amérique du Sud. Il reçoit le commandement de la canonnière L'Éclatante et prend part à l'expédition de Carthagène[Note 3],[5] sous les ordres du chef d'escadre de Pointis. Isolé du reste de la flotte française, lors de la traversée de l'Atlantique, il parvient néanmoins à rejoindre les navires de Pointis à Saint-Domingue, le point de rendez-vous convenu avant le départ. Sur place ils sont rejoints par des flibustiers, commandés par Jean-Baptiste du Casse, le gouverneur de l'île. Au cours de cette expédition, il se distingue particulièrement[6]. Il commande les galiotes de bombardement qui font taire l'artillerie de la place, et, quand une brèche est ouverte, on le voit monter le premier à l'assaut, à la tête d'un corps de flibustiers de Saint-Domingue[7]. Il rentre à Brest le 29 septembre 1697[8], et est mentionné dans le rapport que de Pointis envoie à la Cour à Versailles[9].

La guerre de course[modifier | modifier le code]

Le 25 mai 1700, Cassard accède au rang de capitaine de corvette et à bord du Laurier, armé de six canons par son beau-frère Drouard, il part faire du cabotage aux Indes occidentales (Antilles). Sur place il effectue plusieurs prises, un brick britannique, le William Duncan, chargé de rhum et de sucre, deux Indiamen hollandais et trois navires marchands anglais[10]. Le brick, plus lourdement armé que le navire corsaire et disposant d'un équipage plus nombreux, se défend avec acharnement. Son capitaine et onze hommes d'équipage sont tués pendant le combat, alors que Cassard en perd dix-huit[10].

L'année suivante, la guerre de Succession d'Espagne éclate. Louis XIV, informé des exploits passés du marin, lui octroie le grade de lieutenant de frégate[Note 4] et une gratification de 2 000 livres[Note 5],[11]. Il se convertit alors à la guerre de course. En juin 1705, il devient capitaine du navire corsaire Le Saint-Guillaume[Note 6]. Sa première sortie, le 27 juin est un échec et il doit rentrer à Brest pour ravitailler, mais les suivantes seront couronnées de succès. En mars 1706, il repart de Saint-Malo et met les voiles vers Kinsale, dont il s'approche sous pavillon anglais, une ruse courante chez les corsaires. Pris pour un garde côte, il s'approche de six navires de commerce anglais, auxquels il rançonne la somme de 650 £[12], avant de rentrer désarmer à Brest, le 6 avril. Ces petites prises au sud des côtes de l'Irlande, sont bientôt suivies de succès plus importants. Dans les mois qui suivent, il capture douze navires marchands dans le port de Cork en Irlande et pille la ville. Deux ans après, il avait capturé treize navires marchands supplémentaires avec Le Duchesse Anne, 16 canons et 104 hommes d'équipage. Ces vaisseaux sont vendus, par l'Intendant de la Marine à Saint-Malo, pour le compte de Cassard, pour la somme de 37 000 livres[13].

Redoutable manœuvrier[Note 7], le nombre et l'abondance de ses prises finissent par le rendre célèbre, autant que son respect des lois. Son oncle janséniste, l'abbé Nicolas Cassard, lui aurait enseigné, très jeune, le sens du devoir[14]. Lorsqu'il est condamné à payer des amendes[Note 8], il les paye sans discuter. Il est vrai que ses activités lui rapportent alors beaucoup d'argent et sa famille, d'origine modeste, connait à l'époque une certaine aisance[14].

Il reçoit, à Dunkerque, le commandement du Jersey, 40 canons, une frégate du roi capturée aux Anglais en 1691, avec lequel il prend six navires de commerce et en pille trente-trois autres en septembre 1708 au large des Sorlingues[14],[15],[Note 9].

Escorteur en Méditerranée[modifier | modifier le code]

Mais le roi de France a besoin de corsaires en mer Méditerranée pour escorter les convois de blé en provenance d'Afrique, harcelés par les Anglais. La Provence étant, à l'époque, proche de la famine[Note 10]. Promu commandant en 1709, Cassard se rend en Méditerranée avec seulement deux navires, L'Éclatant (68 canons) et le Le Sérieux. La municipalité de Marseille le charge d'escorter un convoi de nourriture de 25 bateaux depuis l'île de Tabarca, en Espagne. Malgré le peu d'attrait que présente pour lui ce genre de mission[Note 11], il s'y rend, évite les barbaresques, mais pas la marine anglaise. Le 29 avril, à hauteur de Bizerte, il est assailli par quinze navires anglais. Aux commandes de L'Éclatant, et avec le soutien du Sérieux, il prend l'initiative et attaque l'escadre au canon. Il coule cinq des quinze navires et contraint les autres à se replier sur Malte pour réparations, permettant au convoi d'atteindre sans risque Marseille[Note 12].

Cependant, L'Éclatant ne sort pas indemne de l'accrochage et il doit faire face à huit voies d'eau[14]. Pendant qu'il répare, les 25 navires destinés au ravitaillement de Marseille poursuivent leur route et arrivent à bon port. Deux jours plus tard, il atteint Marseille et réclame son « droit d'escorte ». En vain, les échevins de la ville lui refusent au prétexte que les navires sont arrivés seuls. Pour obtenir son dû, il intente un procès, mais c'est là encore peine perdue[Note 13]. Il finit par être reçu par le ministre qui le félicite et lui octroie le brevet de capitaine de brûlot (juin 1709). Il refuse une première fois la Croix de Saint-Louis, qu'il estime ne pas mériter[Note 14].

Article détaillé : Bataille de Syracuse.

Malgré cette mésaventure, il accepte l'année suivante, d'escorter un nouveau convoi en Méditerranée. À la demande de Pontchartrain, il est placé — par l'Intendant de la Marine à Toulon, Monsieur d'Aligre de Saint-Lié — à la tête d'une escadre comportant Le Parfait (74 canons), Le Toulouse[Note 15], Le Sérieux (58 canons)[Note 16], La Sirène (60 canons) et Le Phoenix[Note 17], chargée de se porter au secours d'un convoi de 84 bateaux de Smyrne, en Turquie, qui était bloqué à Syracuse par une flotte britannique. Au cours de la bataille de Syracuse du 9 novembre 1710, il capture le HMS Pembroke (en), 64 canons, commandé par le capitaine Charles Constable, alors que Le Sérieux obtient la capitulation du HMS Falcon, 36 canons. Le convoi peut alors atteindre Toulon, le 15 novembre. Cassard est nommé capitaine de frégate en janvier 1711, mais ses ennuis avec les commanditaires marseillais continuent et il est mal payé pour les risques qu'il prend. Alors qu'il vient de sauver un convoi estimé à 8 millions de livres tournois, ces derniers refusent toujours de lui payer les 10 000 livres qu'il leur réclame depuis l'année passée[16].

Le blocus de Catalogne[modifier | modifier le code]

Appelé à l'aide par le duc de Vendôme, en Catalogne où il est soumis à un blocus, Cassard s'y rend en rompt le blocus et avance pour ce faire 200 000 livres de sa poche. Reconnaissant, le duc de Vendôme le remercie, mais ne lui paye ni les 200 000 livres ni les quinze jours d'escorte. Cassard ne reverra jamais cette somme, qui sera par la suite la cause de son emprisonnement.

En 1711, Cassard escorte un dernier convoi de 43 bateaux de ravitaillement pour la ville espagnole de Peñíscola. Mais, il rêve de nouveaux horizons, de gloire et de mers chaudes, d'autant plus que Duguay-Trouin s'est couvert de gloire en prenant Rio de Janeiro, cette année-là.

Les Antilles[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Expédition Cassard.

Le 2 décembre 1711, il obtient du roi le commandement d'une escadre de trois vaisseaux et de cinq frégates et embarque une expédition durant laquelle il pille des colonies anglaises, hollandaises et portugaises au Cap-Vert et dans les Caraïbes. Pendant vingt-sept mois, il pille et rançonne des navires ennemis. Il s'empare notamment du fort de Praia sur l'île de Santiago au Cap-Vert

« Il ruina complètement Santiago, entrepôt du commerce des Portugais avec la côte occidentale d'Afrique. Il y fit un si grand butin, à ce que disent les Mémoires du temps, que, pour ne pas surcharger son escadre, il dut en abandonner une partie, qu'on évalua à plus d'un million de francs[17]. »

Il fait escale à la Martinique pour réparations, et dépose les butins enlevés au Cap-Vert. Les flibustiers de Saint-Domingue qui n'avaient pas oublié ses actions pendant le siège de Carthagène viennent le trouver et demandent à se joindre à lui. À la tête d'une petite flotte, il s'empare des îles anglaises de Montserrat et d'Antigua avant de se diriger vers les possessions hollandaises de Suriname[Note 18] qu'il assiège et qu'il prend[Note 19]. Le gouverneur de la place lui propose de racheter l'établissement, ce que Cassard accepte et fixe le montant de la rançon à 2 400 000 livres[Note 20].

Après avoir également mis à contribution Berbice et Askebe (ou Essequibo), deux autres établissements de la Guyane hollandaise, Cassard rentre encore une fois à la Martinique, sous les acclamations des colons français, émerveillés de voir s'accumuler dans leur port tant de richesses enlevées aux ennemis de la patrie. Mais Cassard ne devait pas s'en arrêter là et il met les voiles vers l'île de Saint-Eustache, appartenant également aux Hollandais, qu'il rançonne de la même manière que les établissements du Suriname[Note 21].

Enfin, il se met en tête d'attaquer Paramaribo et Curaçao[6],[18]. Curaçao, était un établissement plus considérable et plus riche, que les précédents, mais également bien mieux défendu[Note 22]. Cette expédition dans les Antilles est un succès total; et, après une nouvelle escale à la Martinique, il rentre en France avec un butin estimé à dix millions de livres.

Retour en France[modifier | modifier le code]

Il est promu capitaine de vaisseau en novembre 1712 mais la paix d'Utrecht, signée entre les royaumes de France, de Grande-Bretagne et d'Espagne en avril et juillet 1713, l'oblige à mettre fin à cette vie de corsaire. En 1718, il est fait chevalier de l'ordre de Saint-Louis.

Mais, sur le butins considérable qu'il a ramené des Antilles, Jacques Cassard n'a pratiquement rien touché; et ces promotions, symboliques, lui permettent à peine de subsister. Aussi, il se met en tête de demander réparation pour les frais qu'il a engendré lors de ses expéditions au service du Roi et des armateurs marseillais. Peut-être y serait-il parvenu sans l'orgueil et le mauvais tempérament qui le caractérisaient. Dans son Histoire des marins illustres, Louis-Nicolas Bescherelle écrit :

« On prétend qu'il fut lui-même l'artisan de son infortune par la dureté et la sauvagerie de son caractère; c'est-à-dire qu'on donne pour excuse de l'injustice dont il fut victime le résultat même de cette injustice. On avait rendu à cet homme, dont la carrière avait été pleine de dévouement, l'humanité haïssable, et on lui faisait un crime de sa misanthropie! Le ministre Maurepas, pour mettre un terme à ses incessantes et légitimes réclamations, s'avise un jour de lui offrir une maigre pension sur je ne sais quel produit des fermes.
— “Gardez votre aumône, répondit-il fièrement à une offre si peu généreuse et si peu décente; je n'en veux pas. Je ne veux pas que,' sous titre de faveur ou de rémunération, on me donne des dépouilles du peuple. Je me suis ruiné pour le service du roi; je demande seulement que le roi me rembourse les trois millions que j'ai avancés pour lui.”
Le ministre le congédia comme un ingrat ou un maniaque. »

La misère et l'oubli[modifier | modifier le code]

René Duguay-Trouin et Jacques Cassard chez le cardinal de Fleury

Ruiné[Note 23] et fatigué par le manque de reconnaissance dont il est victime, il se rend tous les jours dans l'antichambre du cardinal de Fleury pour plaider sa cause. À cette époque, il vit misérablement à Paris avec l'argent que lui envoient ses deux sœurs restées à Saint-Malo.

En plus de devoir affronter cette situation humiliante, il doit faire face aux regards moqueurs des courtisans[19]. Un matin du mois de mars 1728, alors que Cassard patiente à son habitude dans l'antichambre du ministre, il rencontre le non moins célèbre corsaire Duguay-Trouin, qui sentant l'injustice vécue par Cassard, s'exclame devant l'assistance :

« Vous ne connaissez pas cet homme, messieurs? Tant pis pour vous! C'est le plus grand homme que la France ait à présent : c'est Cassard! Je donnerais toutes les actions de ma vie pour une des siennes. Il n'est pas connu ici, mais il est craint et redouté chez les Portugais, chez les Anglais, chez les Hollandais dont il a ravagé les possessions en Afrique et en Amérique. Avec un seul vaisseau il faisait plus qu'une escadre entière. »[19],[14],[20],[Note 24]

Jacques Cassard se retire définitivement en 1731.

L'emprisonnement et la mort[modifier | modifier le code]

En 1736, Jacques Cassard va réclamer justice au Cardinal de Fleury, précepteur et principal ministre du roi Louis XV, ainsi que les sommes qui lui étaient dues. Mais son caractère fier n'arrange en rien la situation. Il se heurte à l'attitude hautaine du diplomate. Hors de lui, il insulte (et bouscule ?) le ministre. Déclaré fou, il est interné dans la forteresse de Ham dans la Somme, où il meurt après quatre ans de détention[21].

Il décède le 21 janvier 1740, à l'âge de 60 ans, quatre ans après la mort de Duguay-Trouin. Il est enterré le lendemain dans la paroisse Saint-Martin de Ham[Note 25].

Hommages[modifier | modifier le code]

Frégate anti-aérienne Cassard
  1. Un vaisseau de 74 canons (1795-1806)
  2. Un vaisseau de 86 canons (1803-1815)
  3. Un brick de 20 canons (1832-1850)
  4. Une corvette à hélice (1846-1882)
  5. Un aviso de 1re classe (1859-1879)
  6. Un aviso de 1re classe (1866-1894)
  7. Un croiseur protégé (1896-1924)
  8. Un cargo construit en Angleterre et réquisitionné pendant la deuxième guerre mondiale.
  9. Un contre-torpilleur type Vauquelin (1931-1942)
  10. Un escorteur d'escadre (D623) (1953-1974)
  11. Une frégate antiaérienne Cassard (D614) (1985-)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Norman 2004, p. 107 date sa naissance à l'année 1672.
  2. La Fosse est un quartier de Nantes
  3. Carthagène des Indes est une ville située dans l'actuelle Colombie. Elle ne doit pas être confondue avec la ville espagnole de Carthagène (Murcie)
  4. Titre avant tout honorifique, mais donnant droit à des « équivalences »
  5. Le Roi lui aurait dit « Monsieur, vous faites beaucoup parler de vous. J'ai besoin dans ma marine d'un officier de votre mérite. Je vous ai nommé lieutenant de frégate, et j'ai ordonné qu'on vous donnât deux mille livres de gratification. » (Richer 1789, p. 34)
  6. Le Saint-Guillaume est un vaisseau marchand, reconverti pour la course, basé à Saint-Malo. Modeste, il n'est armé que de huit canons et manœuvré par soixante huit hommes d'équipage.
  7. Merrien 2005, p. 135 écrit : « Il agissait, en effet, presque toujours seul, se donnant l'apparence d'un paisible caboteur et sachant à merveille se faufiler entre les cailloux. Ensuite, pointeur remarquable, il se servait beaucoup de son artillerie, démâtait et rasait l'ennemi qui, démoralisé, ne résistait que peu à l'abordage »
  8. Pour ne pas avoir fait prisonniers des troupes ennemies, transportées par les navires marchands anglais qu'il arraisonnait.
  9. Norman 2004 affirme, contrairement à d'autres biographes, que Cassard a commandé le Jersey en 1698 et non en 1708
  10. Gréhan 1842, « En 1709, la France, à la suite du plus terrible hiver que l'on ait vu de mémoire d'homme, fut affligée d'une disette générale. »
  11. Escorter des navires de ravitaillement était bien moins rémunérateur que la guerre de course, et les prises de valeurs qui en découlaient.
  12. « En 1709, époque de disette en France, Cassard fut chargé par la ville de Marseille de se porter, avec deux frégates de la marine royale, au-devant d'une flotte de vingt-six bâtiments que le corps municipal de cette ville avait envoyée dans les ports barbaresques pour en rapporter des blés. Cassard fut obligé d'armer et d'équiper, à ses frais, les deux vaisseaux mis à sa disposition. Ayant rallié la flotte marseillaise dans les eaux de Tunis, il fut rencontré le 29 avril, à quelques lieues de la côte, par quinze vaisseaux de guerre anglais, escortant une flotte marchande partie de Symrne. Sans s'effrayer de la supériorité de l'ennemi qu'il a en présence, Cassard n'est préoccupé que d'une pensée : procurer à son convoi les moyens d'échapper aux dangers de cette rencontre, en lui faisant gagner le large sous l'escorte du plus faible de ses vaisseaux, tandis que, avec celui qu'il monte, il donnera maille à partir à toute l'escadre anglaise. Ce plan dressé, et ses instructions données en conséquence, il va se présenter fièrement devant l'escadre ennemie, et affronte sans sourciller le feu de toutes ses batteries. C'était un trait d'audace encore inouï dans les fastes maritimes ; mais le résultat qui suivit tient du prodige. Telles furent la vigueur et la précision, avec lesquelles Cassard répondit au feu de ses adversaires, la promptitude, l'habileté et le bonheur de ses évolutions, qu'il démâta deux de leurs vaisseaux, en coula un troisième, et força les autres à se retirer, après un combat qui s'était prolongé pendant douze heures! » (Bescherelle 1868, p. 56)
  13. « […] le corps municipal de Marseille se montra peu reconnaissant du généreux dévouement que le capitaine breton avait déployé à son service. Quand il réclama le remboursement des avances qu'il avait faites pour l'armement de ses deux vaisseaux, on lui répondit peu généreusement, peu honnêtement surtout, qu'il ne lui était rien dû, puisque ce n'était pas lui qui avait ramené la flotte. Indigné, exaspéré, comme on peut le penser, de tant d'ingratitude, il porta sa réclamation devant le parlement d'Aix, mais il n'en put jamais obtenir un jugement. » (Bescherelle 1868, p. 56)
  14. Qui avait déjà été octroyée à Jean Bart, en 1694, avant qu'il ne soit anobli la même année.
  15. Le Toulouse est alors commandé par le capitaine de Lambert
  16. Le Sérieux est alors commandé par le capitaine de Laigle
  17. Le Phoenix est alors commandé par le capitaine du Haies
  18. En 1712, il fait parvenir au gouvernement un mémoire intitulé « Relation de la descente faite par Mr Cassard dans la colonie de Surinam ».
  19. « Le tour des Hollandais était venu. Cassard se porta directement sur leur riche établissement de Surinam, dans la Guyane. La ville, qui s'élève sur la rive gauche du beau et large fleuve de ce nom, et à vingt milles environ de son embouchure dans la mer, était doublement fortifiée par le génie de l'homme et par la nature. Les Hollandais s'étaient préparés à une vigoureuse résistance : plus de quatre-vingts pièces de canon défendaient l'approche du rivage, tandis que, sur les remparts de la ville, plus de cent trente bouches à feu étaient prêtes à vomir la mort. La descente était donc aussi difficile que périlleuse, et, pour surmonter tous les obstacles, il fallait autre chose encore que du courage et de la témérité. Mais si Cassard était un habile marin, il n'était pas un moins habile ingénieur. Ses connaissances dans cet art, qu'on avait utilisées naguère pour les fortifications de Toulon, lui furent d'un grand secours dans cette circonstance. Il prouva, en outre, qu'il possédait encore à un haut degré le coup d’œil et le génie du stratégiste. Par une suite de combinaisons habiles et hardies, il parvint à éluder ou à surmonter les plus grandes difficultés de son entreprise. Avec une partie de ses forces débarquées sur un point de l'île très éloigné de l'embouchure du fleuve, il s'empara de positions importantes, et se mit en mesure de foudroyer la ville par terre et par mer. » (Bescherelle 1868, p. 58)
  20. « Les Hollandais se défendirent vaillamment; mais les bombes de Cassard faisaient tant de ravages dans la ville, que, prévoyant une ruine totale s'il prolongeait sa résistance, le gouverneur dépêcha un parlementaire vers le capitaine français pour lui offrir une rançon. Cassard accepta cette offre, et fixa la rançon de Surinam à deux millions quatre cent mille livres, sans aucune restitution du butin recueilli dans les habitations de l'île tombées au pouvoir des Français. Cette rançon, qui représentait une année du revenu de la colonie, fut souscrite et acquittée sans délai. Les valeurs données furent de l'argent, du sucre et des nègres. » (Bescherelle 1868, p. 58)
  21. «  Mais les Hollandais avaient aussi des possessions dans les Antilles; c'est par elles que Cassard crut devoir terminer son expédition. Il se présenta d'abord devant l'île Saint-Eustache, dont la colonie s'empressa d'offrir sa rançon. Le terrible capitaine n'exigea, cette fois, qu'une somme très modérée, parce que la capitulation était allée au-devant de l'attaque, et que la colonie était pauvre. » (Bescherelle 1868, p. 59)
  22. « Curaçao avait déjà vu échouer contre elle une tentative de l'amiral Jean II d'Estrées, en 1678, et les officiers de Cassard cherchèrent à le détourner d'une entreprise où ils craignaient de lui voir compromettre sa gloire et la fortune de son escadre. La ville était forte, défendue par une nombreuse garnison et pourvue d'une artillerie formidable. Belles raisons, vraiment, pour un oseur de la trempe de notre capitaine! Cassard démontra à ses Officiers que non seulement l’entreprise était possible, mais que le succès était certain. Il déclara que Curaçao lui devait une rançon de six cent mille livres, et qu'il ne se retirerait pas avant de l'avoir reçue. L'attaque fut donc décidée. Elle commença, le 18 février 1713, par une descente opérée dans la baie de Sainte-Croix, à cinq lieues de la ville, et se termina sept jours après (le 24) par la capitulation de la place, qui paya, en effet, la rançon de six cent mille livres fixée d'avance par l'inflexible et obstiné Breton.
    Devant Curaçao, comme devant Surinam, Cassard s'était montré ingénieur plein de ressources et homme de guerre consommé; car il avait eu à diriger un siège dans toutes les règles, et à lutter contre les difficultés spéciales d'un sol très accidenté. En effet, dans l'espace de cinq lieues qui séparait son point de débarquement de la ville, il lui avait fallu franchir des passages dangereux et vigoureusement défendus, emporter de haute lutte plusieurs postes avancés, et forcer des retranchements redoutables; il avait fallu amener de l'artillerie à travers mille obstacles naturels, ouvrir des tranchées, élever des batteries, attaquer et se défendre tout à la fois. Cassard, qui suffisait à tout, et qu'on retrouvait toujours au poste le plus périlleux, reçut, dans un des nombreux engagements qu'il eut à soutenir, une grave blessure au pied, qui ne l'empêcha pas de continuer à donner des ordres et à veiller à leur exécution. Il revint une dernière fois à la Martinique pour s'y rétablir de sa blessure, régler le compte des flibustiers, qui lui avaient été si utiles, et préparer son retour en France avec le produit matériel de ses exploits, qu'on n'évaluait pas à moins de neuf ou dix millions. » (Bescherelle 1868, p. 59-60)
  23. Gréhan 1842 écrit « Cassard, qui avait versé au trésor des sommes immenses, n'avait gardé pour lui que la gloire; il était pauvre, et dut commencer son rude métier de solliciteur »
  24. Louis-Nicolas Bescherelle en livre une version légèrement différente (p. 54):
    Un jour que la foule était grande, dans l'antichambre royale, de ces héros en disponibilité ou en espérance, on vit tout à coup apparaître au milieu d'elle un véritable loup de mer du bon vieux temps : front renfrogné, regard dur et farouche, teint bronzé parle soleil et le vent de mer, attitude fière, allure brusque et saccadée; un homme, enfin, sentant la poudre et le goudron. Il passait et repassait, taciturne et sombre comme un fantôme, au milieu des flots pressés de cette foule brillante et affairée, coudoyant tout le monde, sans adresser un mot à personne. Son costume, qui datait de l'autre siècle et qui trahissait une pauvreté voisine de la misère, ajoutait encore à l'étrangeté de toute sa personne. La surprise était grande, parmi les familiers de l'antichambre, qu'on eût laissé pénétrer cette espèce d'ours mal léché jusque dans les appartements du roi. Mais Duguay-Trouin se trouvait là; il avait reconnu celui dont la présence donnait lieu à des commentaires si peu bienveillants, et, s'adressant à quelques-uns des plus scandalisés commentateurs : « Apprenez, Messieurs, leur dit-il, que cet homme est une des gloires de notre marine! C'est le capitaine Cassard, le plus grand homme de mer que la France possède aujourd'hui, puisque Duquesne et Jean Bart ne sont plus. Je donnerais toutes les actions de ma vie pour une des siennes. Avec un seul vaisseau, il faisait plus que d'autres avec une escadre entière. Vous ne le connaissez pas; mais demandez aûx Portugais, aux Hollandais, aux Anglais surtout, s'ils l'ont connu ! »
  25. Texte de l'acte de décès « Le vingt-deux janvier de la présente année mil sept cent quarante, le corps de messire Cassard, capitaine des vaisseaux du roy, chevalier de Saint-Louis, décédé hyer au château de cette ville et paroisse, y étant détenu par ordre du Roy, âgé d'environ soixante ans, après avoir reçu tous les Sacrements de l'Église, a été inhumé par nous, curé, soussigné, dans l'église, en présence de Monsieur Dutillet, ayde-major et commandant des ville et château, chevalier de Saint-Louis, demeurant en la paroisse de cette ville, soussigné, et du sieur Blousch, lieutenant en la compagnie d'Usar, en garnison en ce château, demeurant en cette paroisse.
    Fait double le jour et an que dessus.
    Signé : Dutulet, Blonsch, Langeoii, Delobertie, vicaire. »

Références[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

En français 
  • Philippe Hrodej, Jacques Cassard - Armateur et corsaire du Roi-Soleil, Rennes, Presses universitaires de Rennes,‎ 2002 (ISBN 2-86847-657-0)
  • Marc Elder, Jacques Cassard: corsaire de Nantes, J. Ferenczi,‎ 1933, 156 p.
  • Armel de Wismes, Jacques Cassard, P. Gauthier,‎ 1979
  • Jean Merrien, Histoire des corsaires, Ancre de Marine Éditions,‎ 2005 (ISBN 2-84141-156-7), p. 134-135
  • M. Prévost et Roman d' Amat, Dictionnaire de biographie française, t. 7, Paris, Letouzey et Ané,‎ 1956, 1528 p.
  • Jean-Gabriel Cappot de Feuillide, Le château de Ham, son histoire, ses seigneurs et ses prisonniers, Paris, Dumont,‎ 1842, p. 236
  • Claude Dervenn, Hommes et cités de Bretagne, Éditions du Sud,‎ 1965, 385 p., p. 151 et suiv.
  • Roger Vercel, Visages de corsaires, Albin Michel,‎ 1943, p. 225
  • S. de La Nicollière-Teijeiro, Jacques Cassard, Eugene Lafolye,‎ 1890, 196 p.
  • Amédée Gréhan, La France maritime, vol. 4, Postel,‎ 1842, p. 229 et suiv.
  • Louis-Nicolas Bescherelle, Histoire des marins illustres de la France, de l'Angleterre et de la Hollande, Ardant,‎ 1868 (lire en ligne), p. 53-60
  • Étienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, éd. maritimes et d'outre-mer,‎ 1991
  • Adrien Richer, Vies des plus célébres Marin, vol. 3,‎ 1789 (lire en ligne), p. 13-118
En anglais 
  • (en) Edward Phillips Statham, Privateers and Privateering, Cambridge University Press,‎ 2011 (1re éd. 1910)
  • (en) Charles Boswell Norman, The corsairs of France, Kessinger Publishing,‎ 2004 (lire en ligne), p. 105 et suiv.