Jacques Bingen

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Jacques Bingen

Naissance 16 mars 1908
Paris, Seine
Décès 12 mai 1944 (à 36 ans)
Chamalières, Puy-de-Dôme,
Nationalité France Français
Profession Ingénieur
Homme d'affaires
Formation
Distinctions
Famille
André Citroën, son beau-frère

Jacques Bingen, né à Paris le 16 mars 1908 et mort à Chamalières le 12 mai 1944 (à 36 ans), est une figure éminente de la Résistance française, membre de la France libre dès 1940 puis délégué du général de Gaulle auprès de la Résistance intérieure française, du 16 août 1943 à son arrestation par la Gestapo le 12 mai 1944. Il se suicida pour ne pas parler, et son corps n'a jamais été retrouvé. Il est Compagnon de la Libération. Il est le beau-frère d'André Citroën.

Jean Lacouture le considère comme « l'un des trois ou quatre personnages les plus exceptionnels qu'ait révélés la Résistance[1]. »

Biographie[modifier | modifier le code]

Jacques Bingen est né le 16 mars 1908 à Paris dans une famille juive d'origine italienne. Son père Gustavo (+ 1933) était financier. Élève au lycée Janson-de-Sailly à Paris, Bachelier avec mention en 1924 et 1925, Jacques Bingen est reçu au Concours de l'Ecole des Mines de Paris en 1926. Ingénieur, il est également diplômé de l'École des Sciences politiques.

Il a une sœur, Giorgina (1892-1955), et un frère, Max (+ 1917, mort pour la France).

En 1929, il préside la section française à l'Exposition universelle de Barcelone. Il fait son service dans l'Artillerie comme élève officier de réserve en 1930-1931. Beau-frère d'André Citroën, dont il est l'un des plus proches collaborateurs, il devient après la mort de celui-ci en 1935, Directeur de la Société Anonyme de Gérance et d'Armement (SAGA). Parallèlement, Jacques Bingen est Secrétaire du Comité central des Armateurs.

Lieutenant de réserve, il est mobilisé en 1939 et sert en qualité d'officier de liaison auprès de la 51st (Highland) Infantry Division. Il est blessé à la cuisse par un éclat d'obus, le 12 juin 1940, à Saint-Valery-en-Caux, et échappe à l'ennemi en gagnant à la nage une barque de pêche qui le conduit à un dragueur de mines. Débarqué à Cherbourg, il y passe une journée à l'hôpital puis trois à celui de Valognes avant d'être évacué par train sanitaire vers le sud-ouest. À La Rochelle le 20 juin, refusant l'armistice, il quitte l'hôpital et gagne par bateau Casablanca. De là, déguisé en pilote polonais, il parvient à Gibraltar le 2 juillet, caché sur un navire école polonais. Embarqué en convoi sur le Har-Zion, il atteint finalement Liverpool le 18 juillet 1940. Il se présente au général de Gaulle le 23 juillet 1940 et se met au service de la France libre naissante.

Sa compétence pour les affaires maritimes le conduit naturellement à prendre la direction des services de la Marine marchande de la France libre à Londres, créés officiellement le 12 août 1940, au tonnage au demeurant assez fantomatique, mais qui représente un attribut symbolique de souveraineté auquel de Gaulle est forcément sensible.

Travailleur acharné, en liaison avec le Ministry of Shipping britannique qui abrite ses bureaux, Jacques Bingen se languit toutefois de l'action. Très indépendant d'esprit, il n'hésite pas à critiquer en face de Gaulle pour ses penchants autoritaires et sa rudesse de caractère, tout en lui restant indéfectiblement fidèle. Après quinze mois à la tête des services de la Marine marchande française libre, il démissionne le 1er octobre 1941, en désaccord avec le vice-amiral Muselier, nommé le 25 septembre 1941 Commissaire national à la Marine de guerre et à la Marine marchande du tout nouveau Comité national français.

Jacques Bingen signe un acte d'engagement dans les Forces Françaises Libres le 27 novembre 1941 et entre au Commissariat National à l'Intérieur comme adjoint au chef du service AFN (Afrique du Nord). Il entre au BCRA en 1942 et s'occupe des liaisons civiles avec la France occupée. Il rencontre Jean Moulin venu à Londres en février 1943.

Après l'arrestation de Jean Moulin le 21 juin 1943, il se porte volontaire pour aller aider sur place son vieil ami Claude Bouchinet-Serreulles, successeur ad interim de Moulin à la tête de la Délégation générale de Londres en métropole. Un avion Lysander de la RAF le dépose près de Tours dans la nuit du 15 au 16 août 1943 avec un ordre de mission le désignant comme Délégué du Comité français de la libération nationale en Zone Sud. Dans la lettre qu'il laisse à sa mère avant de partir, il mentionne, parmi ses raisons de choisir cette mission dangereuse :

« J’ai acquis un amour de la France plus fort, plus immédiat, plus tangible que tout ce que j’éprouvais autrefois quand la vie était douce et somme toute facile. Et mon départ peut – c’est une chance inattendue – servir la France autant que beaucoup de soldats. J’espère d’ailleurs qu’avant ma fin, j’aurai rendu une grande partie de ces services.
Il y a enfin, accessoirement, la volonté de venger tant d’amis juifs torturés ou assassinés par une barbarie comme on n’en a point vu depuis des siècles. Et là encore la volonté qu’un juif de plus (il y en a tant, si tu savais) ait pris sa part entière et plus que sa part dans la libération de la France. »

Jacques Bingen doit faire face à une situation très difficile. Après la mort de Jean Moulin, l'unité de la Résistance subsiste mais beaucoup de mouvements souhaitent recouvrer une plus grande autonomie vis-à-vis de Londres et de ses directives. L'afflux aux maquis des réfractaires au STO pose d'innombrables problèmes de ravitaillement, de financement, d'armement et d'encadrement. Enfin, contrairement aux espoirs répandus, le débarquement allié en France ne se produira pas pour 1943, et il faut à la Résistance affronter un nouvel hiver de clandestinité et de lutte.

À partir d'octobre 1943, Jacques Bingen est officiellement adjoint, avec Serreulles, d'Emile Bollaert, Délégué général du CFLN en France occupée. Jacques Bingen joue un rôle déterminant dans l'unification des forces militaires de la Résistance, qui aboutit à la création le 1er février 1944 des Forces françaises de l'intérieur (FFI), qui rassemblent l'Armée Secrète gaulliste, les FTP communistes et l'ORA giraudiste. Pour financer la Résistance en pleine croissance, il organise le COFI, ou Comité Financier. Il réorganise ou soutient les diverses commissions liées au Conseil national de la Résistance, ainsi le NAP chargé de préparer la relève administrative, le Comité d'Action contre la Déportation, qui lutte contre le STO, le Comité des Œuvres Sociales de la Résistance (COSOR), confié au R.P. Pierre Chaillet, qui vient en aide aux familles des clandestins arrêtés et emprisonnés. Le 15 mars 1944, Bingen contribue à l'adoption du programme du CNR, qui jette les fondements de la réforme du pacte social et de la démocratie en France.

Suite au départ de Serreulles pour Londres et à l'arrestation d'Emile Bollaert, qui est remplacé par Alexandre Parodi en mars 1944 comme Délégué général, Jacques Bingen est renvoyé comme Délégué en Zone Sud, malgré les menaces qu'il sait peser sur lui.

Le 12 mai 1944, la trahison de l'agent double de l'Abwehr Alfred Dormal permet à la Gestapo d'arrêter Jacques Bingen en gare de Clermont-Ferrand. Il s'échappe en assommant un des gardes chargés de sa surveillance, mais une employée de la Banque de France, ne comprenant pas ce qui se passe, indique son chemin aux poursuivants. Repris, et craignant sans doute de révéler sous la torture les secrets importants de la Résistance qu'il détient, Jacques Bingen se donne la mort en avalant sa capsule de cyanure devant les locaux du SD, 2bis avenue de Royat à Chamalières. Son corps n'a jamais été retrouvé.

Encore trop méconnu du grand public, malgré l'importance de son rôle historique, Jacques Bingen est reconnu par ses camarades de combat, mais aussi par les spécialistes de la Résistance comme l'une des plus pures figures du combat clandestin, aussi l'une de ses plus courageuses, jusqu'au sacrifice de sa vie.

Dans une lettre qui sera la dernière reçue de lui à Londres, il disait le 14 avril 1944:

« J'écris ces lignes parce que, pour la première fois, je me sens réellement menacé et qu'en tous cas, ces semaines à venir vont apporter sans doute au pays tout entier et certainement à nous, une grande, sanglante et, je l'espère, merveilleuse aventure. Que les miens, mes amis, sachent combien j'ai été prodigieusement heureux pendant ces huit derniers mois. Il n'y a pas un homme, sur mille, qui durant une heure de sa vie, ait connu le bonheur inouï, le sentiment de plénitude et d'accomplissement que j'ai éprouvé pendant ces mois. Aucune souffrance ne pourra jamais prévaloir contre la joie que je viens de connaître si longtemps. Qu'au regret qu'ils pourraient éprouver de ma disparition, mes amis opposent dans leur souvenir la certitude du bonheur que j'ai connu. »

Il est fait Chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume et Compagnon de la Libération.

Hommages[modifier | modifier le code]

  • Une rue du 17e arrondissement de Paris porte son nom.
  • Une place de Chamalières porte son nom.
  • Un boulevard de Clermont-Ferrand porte son nom.
  • Un timbre-poste a été émis en son honneur le 21/4/1958.
  • La promotion 2013 de l'École Nationale de la Sécurité et de l'Administration de la Mer, qui réunit les inspecteurs, officiers du corps technique et administrateurs des affaires maritimes en fin de formation, porte le nom de Jacques Bingen.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Lacouture. De Gaulle. Tome I : Le Rebelle (1890-1944, Seuil, Paris, 1984, p. 729.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Cordier, Jean Moulin. La République des catacombes, Gallimard, 1999
  • Laurent Douzou, La Résistance, une histoire périlleuse, Points-Seuil, 2005
  • Jacques Bingen sur le site de l'Ordre de la Libération
  • Jacques Bingen sur le site de Mémoire et espoirs de la Résistance
  • Joseph Zimet, « Jacques Bingen, un condottiere pour la France Libre? », De Gaulle chef de guerre, Fondation Charles de Gaulle, Paris, Plon, 2008
  • Joseph Zimet, thèse d'histoire contemporaine