Jacques Berthieu

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Jacques Berthieu
Image illustrative de l'article Jacques Berthieu
Jacques Berthieu, missionnaire à Madagascar
Saint
Naissance 28 novembre 1838
Polminhac, Auvergne, France
Décès 8 juin 1896  (à 58 ans)
Ambiatibe, Madagascar,
Nationalité Flag of France.svg Française
Vénéré à Drapeau de Madagascar Madagascar
Béatification 17 octobre 1965 à Rome
par Paul VI
Canonisation 21 Octobre 2012
par Benoît XVI
Vénéré par l'Église catholique
Fête 8 juin

Jacques Berthieu, né le 27 novembre 1838 à Polminhac, Cantal, (France) et mort (fusillé) le 8 juin 1896 à Ambiatibé (Madagascar), était un prêtre jésuite français, missionnaire à Madagascar. Mort pour la foi chrétienne lors de la rébellion Menalamba de 1896 il fut le premier bienheureux et martyr malgache. Il a été canonisé par le pape Benoît XVI le 21 octobre 2012[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et jeune prêtre[modifier | modifier le code]

Né de solides et austères paysans auvergnats, sur le domaine de Montlogis (Polminhac), Jacques fait ses études secondaires au petit-séminaire de Pleaux avant de passer, pour la préparation au sacerdoce, au grand-séminaire de Saint-Flour (Cantal). Ordonné prêtre le 21 mai 1864 pour le diocèse de Saint-Flour, il est nommé vicaire de Roannes-Saint-Mary. Mal accepté par le curé (qui attendait la nomination d’un autre) Berthieu fait montre de patience et s’adapte à la situation.

Souhaitant partir en pays de mission il demande son admission dans la Compagnie de Jésus. Alors que son évêque prévoyait de le nommer curé, Il entre au noviciat de Pau le 31 octobre 1873 : il a 35 ans. En 1874 il se trouve au scolasticat de Vals-près-le-Puy pour un bref ‘rappel’ du cours de philosophie. Au contact de Henri Ramière qui s’y trouve, il développe une profonde dévotion pour le Sacré-Cœur.

Départ pour les missions[modifier | modifier le code]

En 1875 Berthieu est envoyé à l’île de La Réunion d’où il passe bientôt sur Sainte-Marie (aujourd’hui: Nosy Boraha), une île au large de la côte nord-est de Madagascar, pour y étudier la langue malgache. Avec deux autres jésuites et les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny il forme une équipe missionnaire dynamique. Il y fait du travail pastoral durant cinq ans, jusqu’en mars 1880.

Dans la grande île: Madagascar[modifier | modifier le code]

Le 29 mars 1880 les jésuites sont expulsés de tous les territoires français. Cela contraint Berthieu à passer sur la grande île de Madagascar, alors royaume indépendant. Il y travaille comme missionnaire parmi les Betsileos dans le district de Ambohimandroso, au sud de Antananarivo, de 1881 à 1883. Au cours de la première guerre franco-malgache (1881-1885) les citoyens français sont arrêtés et rassemblés dans des camps de concentration: Berthieu se retrouve ainsi à Tamatave où il se porte volontaire comme aumônier militaire.

Libéré il est nommé dans le district d’Ambositra. De 1886 à 1891 il y dirige la mission catholique et y augmente le nombre de postes missionnaires (de 6 à 15). L’éducation scolaire retient particulièrement son attention.

En 1891 Berthieu est envoyé au nord de Antananarivo, à Andrainarivo (Anjozorofady) où il est placé en charge de deux postes. La situation y est souvent délicate ; les rivalités entre protestants et catholiques y sont vives. De plus la tension monte entre la France et Madagascar. La pression colonialiste française conduit à un ultimatum (1894) qui est rejeté. Une deuxième guerre coloniale franco-malgache (1894-1895) s'ensuit et se termine par l’imposition d’un protectorat français humiliant pour les Malgaches. Durant cette guerre le missionnaire est contraint de se replier sur la Réunion.

Insurrection de 1896[modifier | modifier le code]

De retour sur la grande île, à Ambatomainty, Berthieu est rapidement pris dans les convulsions de la violente insurrection politico-religieuse - opposition au christianisme comme au pouvoir français - du mouvement Menalamba opposé à l’accord de 1895 et à l’idée de protectorat. En mai 1896 éclate la rébellion. Les chrétiens sont souvent menacés car l’expansion du christianisme est perçue comme affaiblissant la puissance des idoles et autres fétiches qui soutiennent le pouvoir des autorités traditionnelles.

Berthieu cherche à placer ses chrétiens sous la protection des troupes françaises. Contraint par le pouvoir militaire à être évacué, tout un village chrétien, sous la direction du Père Jacques Berthieu, son pasteur, qui ne veut pas abandonner ses ouailles, se met en route et se dirige vers Antananarivo. Mal protégée par les soldats du colonel Combes (très mal disposé vis-à-vis de Berthieu car celui-ci n’avait pas hésité à lui reprocher des faits immoraux), la colonne de villageois est attaquée par les Menalamba le 7 juin 1896. Comme les chrétiens qu’il accompagnait, Berthieu est arrêté et soumis à des mauvais traitements.

Mort du missionnaire[modifier | modifier le code]

A la fois fanatiques, cruels et craintifs (crainte du pouvoir des 'amulettes' de Berthieu que sont ses chapelet et crucifix ...) les insurgés décident de le conduire auprès de leur chef, Rabozaka, à une quinzaine de kilomètres de là. Pour Berthieu, déjà blessé et en sang, cette longue marche est un calvaire. Plusieurs fois il lui est proposé d’abandonner sa religion, de ‘communiquer son pouvoir’, et d’avoir ainsi la vie sauve : « nous ferons de toi un chef ». Berthieu refuse : « je ne puis consentir à cela ; je préfère mourir ».

Passant par Ambohitra un poste chrétien ayant son école, son église et un petit presbytère, Berthieu demande aux chrétiens de lui donner un ‘lamba’ (vêtement’) car il avait été dépouillé des siens, et il avait froid. Terrorisés, les chrétiens ne font rien. Il demande également qu’on l’autorise à visiter l’église où il avait souvent célébré la messe. Ses gardes le lui refusent. Il se contente de s’agenouiller devant la porte et de réciter à haute voix le ‘Notre Père’. Le cortège poursuit ensuite sa route. Trois kilomètres de plus sur un chemin en raide montée et très difficile, et Berthieu n’en peut plus. On est arrivé à Ambiatibé, à quelque 60 km d’Antananrivo.

Monument érigé sur le lieu du martyre (Ambiatibé)

Le 8 juin au soir, Berthieu n’a plus de force. De plus les insurgés se demandent si le père, avec ses puissantes amulettes, ne va pas contaminer les idoles se trouvant au camp où on le conduit. Aussi décident-ils d’en finir avec lui. Porté à une cinquantaine de mètres du village d’Ambiatibé il est fusillé. Au cinquième coup de feu Berthieu est mort. Comme, à genoux, il semble toujours les regarder, on lui fracasse la tête d’un coup de gourdin. À la tombée du jour son corps est jeté dans une rivière voisine, la Mananara. Il ne sera jamais retrouvé. Sur les six meurtriers de Saint Jacques Berthieu, les Français en ont fusillé trois. Des trois autres, le Père Théophile Weber, originaire d'Alsace (Rorschwihr), missionnaire dans le district où le Père Berthieu a été martyrisé, en a confessé l'un peu avant sa mort et en a baptisé deux.

Béatification[modifier | modifier le code]

Canonisation[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

« Dieu sait si j'aimais et si j'aime encore ‘et patriae fines et dulcis Alverniae arva’ (‘le sol de la patrie et la terre chérie de l'Auvergne’). Et cependant Dieu me fait la grâce d'aimer bien plus encore ces champs incultes de Madagascar, où je ne puis que pêcher (et bien péniblement) à la ligne quelques âmes pour Notre Seigneur.[3] »
« La mission progresse, bien que les fruits ne soient encore qu'en espérance en bien des endroits et peu visibles en d'autres. Mais que nous importe, pourvu que nous soyons de bons semeurs : Dieu fera pousser en son temps»

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • A. Boudou: Le P. J. Berthieu, Paris, 1935.
  • B. Blot: Il les aimai jusqu'au bout, Fianarantsoa, 1965.
  • Victor Sartre: Le Bienheureux Jacques Berthieu, martyr à Madagascar, Lille, 1996.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.kipaapic.ch/index.php?pw=&na=0,0,0,0,f&ki=228905
  2. Site officiel des Jésuites
  3. Ed. A. Boudou, Le P. Jacques Berthieu, Beauchesne, 1935, pp. 342, 344-345