Jacob Spon

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Jacob Spon

Jacob Spon né le à Lyon et mort le à Vevey (canton de Vaud), est un médecin, archéologue et érudit français de confession protestante. Durant toute sa vie, il sera un fervent pratiquant et un fervent défenseur de la religion réformée.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

La famille Spon, originaire d'Ulm en Souabe, s'est enrichie grâce aux affaires bancaires et au négoce. Elle s'installe à Lyon en 1551 et se fait naturaliser française au début du XVIIe siècle. Elle s'intègre rapidement aux élites lyonnaises. Jacob est le fils de Charles Spon, docteur et helléniste réputé de la République des Lettres. Il hésite entre des études de théologie et de médecine mais est encouragé par son père à entreprendre une carrière médicale. Il part à Strasbourg, en 1662, pour étudier le grec ancien et le latin nécessaires aux études de médecine. Il y rencontre Charles Patin (fils de Guy Patin et ami de son père), 29 ans, un passionné de numismatique. On peut penser que c'est à son contact que le jeune Jacob, alors âgé de 15 ans, se prend de curiosité pour la science des médailles et des inscriptions.

Études parisiennes[modifier | modifier le code]

Il se rend ensuite à Paris où il est hébergé par Guy Patin qui est alors doyen du Collège de médecine. Il étudie la médecine à la faculté mais il semble peu probable que Jacob Spon ait obtenu un diplôme de la faculté de médecine de Paris. En effet, pour obtenir le premier diplôme de la faculté, le baccalauréat, il faut nécessairement y avoir suivi quatre années d'études, être âgé de 22 ans et être de religion catholique[1]. Or Jacob Spon n'est pas catholique, n'a pas l'âge requis et son inscription à la faculté de médecine de Montpellier en 1664 montre qu'il n'a passé que deux ans à Paris. Quoi qu'il en soit, il a certainement fréquenté les enseignements privés ou publics qui étaient des enseignements préparatoires ou de répétition.

Études lyonnaises[modifier | modifier le code]

Le , il est immatriculé à la faculté de médecine de Montpellier. Le , il obtient son baccalauréat, le 24 décembre sa licence et le son doctorat de médecine. Au mois de novembre 1668, Jacob Spon est agrégé au Collège royal de médecine de Lyon. On compte à cette époque peu de protestants dans cette institution. Le prestige de Charles Spon a certainement permis à son fils d'y accéder[2]. Il ne s'installe pas immédiatement, puisque durant les années 1669, 1670 et 1671, après un séjour à Paris, il se rend en Allemagne en passant par Strasbourg. Il voyage avec le médecin et numismate Charles Patin, rencontré chez le professeur Boecler jusqu'en Hollande, puis Jacob revient à Paris où il recherche des médailles pour le compte de son ami numismate. Il fréquente le Cabinet des médailles du roi tenu par le Lyonnais Pierre de Carcavi.

Recherche des antiquités et curiosités de la ville de Lyon par Jacob Spon (1673).

Pratique médicale[modifier | modifier le code]

En juillet 1671, il rentre et pratique la médecine à Lyon pour la clientèle de marchands fortunés de la ville. À 28 ans, il édite un premier livre sur l'usage du café, du thé et du chocolat. En 1673, il se fait remarquer par sa première publication, Recherche des antiquités et curiosités de la ville de Lyon, qui l'installe dans le cercle de la République des Lettres. Il devient alors un correspondant apprécié des ecclésiastiques érudits, comme l'abbé Nicaise de Dijon ou Charles du Cange à Paris, des cercles érudits gravitant autour du Grand Dauphin et du duc d'Aumont. Sa correspondance est fournie en noms prestigieux : Bossuet, Pierre Bayle, Pierre de Carcavi, La Chaise ou encore François Charpentier. Il rencontre Jean Mabillon de retour d'Allemagne lors de son passage à Lyon en 1682.

Voyage en Orient[modifier | modifier le code]

En 1674, Jacob Spon avait prévu de rejoindre Jean Vaillant, antiquaire du roi, à Marseille pour l'accompagner dans son voyage en Grèce. Il musarde en route, s'attarde à Aix-en-Provence et pour finir rate le bateau. Vaillant part donc sans lui. À Marseille, il rencontre le libraire Marc Mayer qui part à Rome pour le jubilé. Ils décident de faire route ensemble : Spon passe cinq mois à Rome à prendre des notes sur la ville et à recopier des inscriptions. Il y rencontre George Wheler, botaniste anglais, et tous deux partent vers le nord. Ils séjournent à Florence, Bologne, Ferrare et, en mai 1675, arrivent à Venise. En juin, ils embarquent pour Constantinople, leur navire cabote le long des côtes dalmates alors possessions vénitiennes, puis grecques. De Constantinople, ils longent les côtes d'Asie Mineure, visitant les ruines d'Alexandrie de Troade, puis l'île de Delos. Après moult péripéties, les voyageurs arrivent à Athènes. Il se sépare de Wheler en Béotie. Le retour vers Lyon se fait par Venise, Padoue, et le canton des Grisons en Suisse. Jacob Spon publia en 1678 une relation de voyage qui fit référence jusqu'au XIXe siècle et dont Chateaubriand se servit lors de son voyage vers Jérusalem.

Mort en exil[modifier | modifier le code]

En janvier 1680, il se brouille avec son protecteur, le père de La Chaise, confesseur de Louis XIV, qui le pressait de se convertir à la foi catholique. Il publie durant la même année la première Histoire de Genève puis, en 1685, un recueil d'épigraphie : les Miscellanea eruditae antiquitatis, recueil d'inscriptions latines glanées durant plusieurs années où il définit le premier ce qu'est l'archéologie. Lorsque l'Édit de Nantes est révoqué le , Spon préfère partir pour Zurich où il a droit de bourgeoisie plutôt que d'abjurer sa foi. Cependant, privé de tout argent — ses bagages lui sont volés — et de santé fragile, il s'éteint à l'hôpital cantonal de Vevey, le 25 décembre 1685, des suites d'une tuberculose chronique à l'âge de 38 ans.

Il reste pour la postérité comme un homme d'érudition et de tolérance respecté dans la République des Lettres. Son travail minutieux de compilation des inscriptions et sa certitude d'avoir trouvé là un matériau fiable pour écrire l'histoire ont permis de jeter les bases de l'épigraphie.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Docteur A. Corlieu, L'ancienne Faculté de médecine de Paris, éd. Adrien Delahaye et Cie, Paris, 1887
  2. Jacob Spon. Un humaniste lyonnais du XVIIe siècle (sous la direction de Robert Etienne et Jean-Claude Mossière), publication de la bibliothèque Salomon-Reinach, Lyon,1993