Jackie Vautour

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Jackie Vautour

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Jackie Vautour et son épouse Yvonne, devant leur maison en 2010

Nom de naissance John L. « Jackie » Vautour
Naissance 1930
Claire-Fontaine, Drapeau du Nouveau-Brunswick Nouveau-Brunswick
Nationalité Drapeau du Canada Canada
Profession

John L. « Jackie » Vautour est un pêcheur canadien, né vers 1930 à Claire-Fontaine, au Nouveau-Brunswick. Il est surtout connu pour son combat contre l'expropriation de 250 familles, au début des années 1970, pour créer le parc national de Kouchibouguac sur les terres anciennement occupées par huit villages.

Origines et famille[modifier | modifier le code]

Jackie Vautour naît vers 1930[1] à Claire-Fontaine.

Jackie Vautour épouse une certaine Yvonne et le couple a neuf enfants[2], dont Roy et Ron [3].

Il est surnommé le « Louis Riel de l'Est » et le « rebelle de Kouchibouguac[4] ».

Affaire Jackie Vautour[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1960, les Acadiens du comté de Kent sont les habitants les plus pauvres et Louis Robichaud, à la fois député de Kent et premier ministre, souhaite les sortir de la misère en créant un parc national[2].

Le parc est donc créé en 1969, durant l'expansion du réseau des parcs nationaux canadiens dans les provinces de l'Atlantique[5], un entente est signée entre le gouvernement provincial de Louis Robichaud et le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau afin de créer le parc national de Kouchibouguac. Une exigence du gouvernement fédéral est toutefois l'expropriation totale des terres servant à créer le parc[6].

Sept villages sont expropriés et 228 familles, représentant 1200 personnes[7], sont déplacées dont la famille de Jackie Vautour[6]. Ces familles, établies depuis plusieurs générations, vivaient de la pêche et de l'agriculture[8][réf. insuffisante]. Ils sont surtout Acadiens, peu instruits et peu fortunés[9][réf. insuffisante].

Auguste Landry négocie le rachat des maisons et des terres par le gouvernement[2]. Les familles reçoivent en moyenne entre 10 000$ et 12 000 selon la valeur des propriétés et près de la moitié acceptent l'offre[2]. Certains expropriés crient à l'injustice car ils reçoivent beaucoup moins que les autres[2]. Les expropriés se sentent aussi à l'étroit dans les autres communautés où ils s'établissent et les propriétaires leur demandent trop cher[2]. Ils perdent aussi leur profession car ils doivent céder leur droits de pêche[2].

Lors des manifestations étudiantes de la fin des années 1960, la question des expropriés est l'une des causes suscitant l'intérêt des étudiants, avec notamment la grève des mineurs de Nigadoo, les grèves étudiantes de l'Université Sainte-Anne et de l'Université de Moncton ainsi que la défense des droits des francophones à Moncton[5]. L'un de ces étudiants, récemment diplômé, est Gilles Thériault, qui devient animateur social à la tête du CRASE (Conseil régional d'aménagement du Sud-est), un organisme financé par le gouvernement provincial[2]. L'organisme est très actif et Jackie Vautour s'y démarque[2]. Vautour est aussi le président du comité des citoyens de Claire-Fontaine et dirige la résistance à la création du parc[9][réf. insuffisante]. Le 5 novembre 1976, le shérif du comté de Kent arrive à Claire-Fontaine avec un mandat d'éviction[9][réf. insuffisante]. La maison est démolie[5] et les effets personnels sont envoyés dans un entrepôt[9][réf. insuffisante]. La famille est logée aux frais du gouvernement provincial dans un motel de Richibouctou[5]. Le gouvernement cesse ensuite de payer les frais[4] et ils sont expulsés en mars 1977[5] par la Gendarmerie royale du Canada, qui utilise du gaz lacrymogène[4]. Les accusations sont levées[4] et, en juillet 1978, neuf familles dont les Vautour retournent vivre dans le parc[9][réf. insuffisante]. En 1978, 600 expropriés signent en vain un pétition demandant de ravoir leur propriétés[2]. Plusieurs affrontements ont lieu avec la police[8][réf. insuffisante]. Il refuse toute offre de terres ou d'argent de la part du gouvernement; ces derniers lui proposent 20 670 $ alors qu'il en demande 150 000$[5]. En 1979, il conteste l'expropriation en cour mais le tribunal juge l'expropriation légale[4]. Deux cent personnes causent alors une émeute dans le parc, suivie d'une autre quelques semaines plus tard[4]. Ces émeutes précipitent la création d'une commission d'enquête, qui blâme le gouvernement fédéral et donne aux expropriés une compensation de 1,6 million de dollars[4].

Le parc national de Kouchibouguac près de Claire-Fontaine

En 1980, Louis Robichaud déclare que les citoyens « étaient heureux d'être expropriés ». Certains des intéressés répliquent en brûlant en public un mannequin à son effigie[6].

En 1998, Jackie Vautour, son épouse Yvonne ainsi que leurs fils Roy et Ron sont arrêtés pour avoir pêché illégalement des coques dans le parc[3]. En 1999, ils sont reconnus coupables en vertu de la Loi sur les parcs nationaux du Canada[3]. Ils portent ensuite la décision en appel et sont acquittés[10]. Jackie et l'un de ses fils obtiennent ensuite un second procès afin d'évoquer leur droits ancestraux. Le procès, qui devait commencer en 2002, est reporté à plusieurs reprises jusqu'en 2006[3]. En 2008, Jackie Vautour annonce avoir découvert des preuves qu'ils n'aurait jamais dû être exproprié[8][réf. insuffisante]. En 2009, il revient en cour, défendu par l'avocat Robert Rideout. Sa défense se base sur la présomption que les anciens habitants de Kouchibouguac sont des Métis, autrement dit qu'ils descendent à la fois de Micmacs et d'Européens, et que son client a donc un droit ancestral de pêche aux coques, d'après la constitution canadienne[10].

Selon l'historien Alan MacEachern, l'affaire Jackie Vautour a marqué l'histoire des parcs nationaux au Canada et la façon dont les terres sont expropriées[11]. Toujours selon le professeur MacEarchern, Parcs Canada a surtout ouvert des parcs dans le nord du pays par la suite, parce qu'il y a moins de résidents et que « l'organisme ne veut pas accepter que, tout comme lui, les expropriés considèrent que certains lieux n'ont pas de prix[11] ». La loi interdit désormais à Parcs Canada d'exproprier des résidents pour créer un parc[8][réf. insuffisante].

En 2009, le gouvernement canadien investit 1,3 million de dollar dans le parc, notamment pour mettre en valeur son histoire et les communautés expropriées[12].

Jackie Vautour dans la culture[modifier | modifier le code]

Panneau installé par Jackie Vautour.

Le musicien louisianais Zachary Richard rencontre Jackie Vautour pour la première fois en 1977[4]. Il organise plus tard un concert bénéfice pour les expropriés[4] et écrit la chanson La Ballade de Jackie Vautour[8].

La chanson Petit Codiac, du groupe Zéro Celcius, mentionne Jackie Vautour.

Une chanson de Daniel Léger figurant sur son deuxième disque rend hommage[13].

Le film Massabielle, réalisé en 1982 par Jacques Savoie, rappelle l'histoire de Jackie Vautour[14]. En 2007, Jean Bourbonnais réalise le documentaire Kouchibouguac. Le film ouvre le Festival international du cinéma francophone en Acadie l'année même. Zachary Richard, le narrateur, demande, dans un message présenté avant la projection, que les gouvernements reconnaissent officiellement « l'injustice qui a été commise envers les familles des expropriés », alors que Jackie Vautour y fait une rare apparition publique, déclarant que « le drapeau qui était hissé dans ma cour. Il est tombé. Le poteau a pourri. Le drapeau a pourri. Je n'ai pas eu d'aide des organismes acadiens[15] ».

Des retrouvailles annuelles sont organisées dans le parc depuis 2006[16]. L'historien Ronald Rudin, de l'Université Concordia, annonce en 2009 vouloir écrire un livre sur l'histoire du parc et créer un site web[16].

La jeune dramaturge acadienne Emma Haché présente en 2011 une pièce de théâtre racontant l'expropriation des terres qui allaient servir à la création du Parc national de Kouchibouguac. Sa pièce, Wolfe, est présentée au Théâtre l’Escaouette de Moncton et au Centre national des arts à Ottawa[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « http://www.capacadie.com/regional/2010/2/15/son-proces-reporte », CapAcadie.com,‎ 15 février 2010 (lire en ligne)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j http://www.radio-canada.ca/actualite/v2/lemondeparlait/archive202_200806.shtml#
  3. a, b, c et d « Le procès de Jackie Vautour commence », Radio-Canada.ca,‎ 25 septembre 2006 (lire en ligne)
  4. a, b, c, d, e, f, g, h et i http://www.canada.com/topics/travel/canada/Atlantic/story.html?id=c3950f4b-1ce5-4a69-b2e5-d4650ac0eaf8&k=36471
  5. a, b, c, d, e et f Nicolas Landry et Nicole Lang, Histoire de l'Acadie, Sillery, Éditions du Septentrion,‎ 2001, p. 292
  6. a, b et c Justin Dupuis, « Des expropriés du parc Kouchibouguac se sont sentis trahis », L'Acadie Nouvelle,‎ 18 juin 2010 (lire en ligne)
  7. Parcs Canada, Parc national du Canada Kouchibouguac : Plan directeur, Gatineau, Sa Majesté la Reine du Chef du Canada,‎ 2010, 98 p. (ISBN 978-1-100-92438-0, lire en ligne), p. 12
  8. a, b, c, d et e « Jackie Vautour dit pouvoir prouver qu'il n'aurait jamais dû être exproprié », branchez-vous.com,‎ 3 juin 2008 (lire en ligne)
  9. a, b, c, d et e Zachary Richard, « La Ballade de Jackie Vautour », sur Zachary Richard.
  10. a et b (en) « Metis rights have been violated », The Daily Gleaner,‎ 18 novembre 2009 (lire en ligne)
  11. a et b Alan MacEachern, Natural selections: national parks in Atlantic Canada, 1935-1970, pages 236-?.
  12. Bruno Richard, « Le Parc Kouchibouguac fait la paix avec son lourd passé », L'Acadie Nouvelle,‎ 16 avril 2009 (lire en ligne)
  13. Sylvie Mousseau, « La vie en équilibre », L'Acadie Nouvelle,‎ 30 octobre 2009 (lire en ligne)
  14. Yves Bolduc, avec Léonard E. Doucet et Marc Johnson, « Culture de l'Acadie », sur L'encyclopédie canadienne.
  15. « Kouchibouguac lance le bal », Radio-Canada.ca,‎ 21 septembre 2007 (lire en ligne)
  16. a et b Pascal Raîche-Nogue, « Kouchibouguac: retrouvailles émotives et divertissantes », L'Acadie Nouvelle,‎ 27 juillet 1999 (lire en ligne)
  17. http://www.umoncton.ca/nouvelles/info.php?id=8308&campus_selection=m

Articles connexes[modifier | modifier le code]