Jack Barron et l'Éternité

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Jack Barron et l'Éternité
Auteur Norman Spinrad
Genre Roman
Science-fiction
Version originale
Titre original Bug Jack Barron
Langue originale Anglais américain
Pays d'origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Lieu de parution original États-Unis
Date de parution originale 1969
Version française
Traducteur Guy Abadia
Lieu de parution Paris
Éditeur Robert Laffont
Collection Ailleurs et Demain
Date de parution 1971
Type de média Livre papier
Nombre de pages 368

Jack Barron et l'Éternité (titre original : Bug Jack Barron) est un roman de science-fiction de Norman Spinrad publié en 1969.

« Vous êtes le présentateur-vedette d'une émission de télévision très populaire, mais très dérangeante pour les hommes politiques au pouvoir. Et si un jour on voulait acheter votre silence contre un faramineux contrat d'immortalité ! Que feriez-vous ? »

Ce roman est l'une des œuvres majeures de la littérature de science fiction américaine des années 60-70.

Résumé[modifier | modifier le code]

Jack Barron, ancien révolutionnaire communiste désabusé, est devenu le présentateur-vedette d'une émission de télévision américaine très populaire : « Bug Jack Barron ». Principe de l'émission : un téléspectateur appelle Jack Barron en direct pour pousser un « coup de gueule » contre la société et Jack Barron organise ensuite le débat entre le téléspectateur en colère et la personnalité du monde politique ou financier qu'il a choisi pour lui répondre. Jack Barron, toujours très cynique, mène la vie dure aux personnalités qu'il appelle pendant son émission et son sens aigu de la repartie fait de lui l'homme public le plus redouté de toute la classe politique américaine, bien que son émission apparaisse aussi comme une soupape de sécurité entre le pouvoir en place et le peuple. De fait, Barron choisit soigneusement les « cas » traités et s'arrête toujours avant la ligne rouge. Deux événements politiques importants marquent l'actualité : l'élection du futur président des États-Unis et le passage devant le Congrès d'un projet de loi autorisant l'État à financer la « Fondation pour l'Immortalité Humaine », l'entreprise du richissime Benedict Howards qui a pour but de cryogéniser des clients payants le temps que la science découvre le moyen de prolonger la vie, voire de la rendre éternelle. Lorsque Benedict Howards se rend compte que l'émission de Jack Barron met en péril ses projets, il lui propose de partager son secret et de signer un contrat d'immortalité contre son silence et sa coopération. Quand Jack Barron découvrira l'abominable secret de l'immortalité que cache Benedict Howards, il interrogera sa conscience léthargique et sera de nouveau confronté à ses idéaux de jeunesse.

Commentaire[modifier | modifier le code]

Et si un jour était découvert le moyen de rendre l'homme immortel, mais à un prix effroyable, quelle force pourrait s'opposer au chantage de ceux qui en détiendraient le secret ? Spinrad pense que seuls les mass media pourraient constituer un recours, à condition qu'un homme seul puisse y accéder en direct et ait la volonté de le faire. Politique et médias s'entrechoquent dans ce roman, chef-d'œuvre qui assura la célébrité de son auteur. En filigrane, l'ouvrage constitue aussi un réquisitoire sur l'exploitation du tiers monde. Lors de sa prépublication dans le magazine anglais New Worlds à la fin des années soixante, ce roman souleva un véritable scandale au Royaume-Uni, au point qu'il fut évoqué par les députés à la Chambre des communes[1].

Dimensions du temps[modifier | modifier le code]

Le temps joue à l'évidence un très grand rôle lorsqu'il s'agit de traiter d'un sujet comme l'immortalité et Norman Spinrad sait jouer avec une grande aisance sur tous les plans temporels pour les réunir ensuite dans la promesse même de l'immortalité. Si le personnage de Jack Barron écrase littérairement tous les autres personnages du roman, c'est grâce aux tensions qui existent entre son passé, son présent et son futur potentiel, largement développés par l'auteur. Son passé est marqué par son activisme révolutionnaire communiste et son grand amour, Sara, qui restent dans sa mémoire comme deux expressions d'un même idéal romantique déçu. Son présent s'inscrit en revanche pleinement dans le cynisme d'une société dominée par l'argent et les médias, dans laquelle Jack Barron feint de jouer le rôle d'agitateur public. Il a bien compris que s'il va trop loin dans la provocation, les financeurs de son émission lui retireront son soutien. Ce constat d'échec et d'impuissance à changer le monde, résorbé dans une sorte de fatalisme désabusé, lui laisse un goût amer de solitude. Son possible futur d'immortel est surtout pour Jack Barron la promesse d'une immortalité partagée avec le grand amour de sa vie, Sara, enfin revenue vers lui.

Le temps joue également un rôle primordial dans la conception de l'émission de télévision « Bug Jack Barron ». En effet, Jack Barron utilise à la fois les effets visuels et les délais entre deux pages de publicité pour étriller ses invités de marque. C'est sous la pression de ce temps calculé à la minute près qu'il accule ses interlocuteurs et les pousse dans leurs retranchements. Benedict Howards, ivre d'immortalité, persuadé de détenir ainsi le plus grand des pouvoirs terrestres, ne sera plus capable de saisir la densité symbolique et l'importance politique de l'instant médiatisé, ce moment de télévision suivi par des millions de spectateurs et dont les enjeux politiques et moraux lui sont devenus totalement étrangers. Quelques minutes de télévision auront finalement raison de son rêve d'éternité.

Critique sociale[modifier | modifier le code]

Le roman de Norman Spinrad passe au crible de nombreux aspects de la société américaine :

  • le monde politique y apparaît comme miné par les calculs de pouvoir et la corruption, les républicains les plus racistes décident de s'allier temporairement aux ex-communistes menés par un sénateur noir pour gagner les prochaines élections présidentielles, l'assassinat politique et les pots-de-vin sont toujours d'actualité
  • le monde des médias télévisés, avec ses contraintes politiques et financières, donne l'impression d'une totale vacuité morale
  • la communauté noire instruite se débat pour trouver sa place au sein de la société américaine, le rêve du sénateur Lukas Greene de devenir un jour président des États-Unis semble pour le moins irréalisable, les classes populaires noires se distinguent par la misère économique dans laquelle elles vivent, poussant certaines familles à « vendre » leurs enfants contre les promesses d'un avenir meilleur
  • les idéaux révolutionnaires de toute une génération, tués par le cynisme de la réalité et les dégâts des psychotropes, n'ont plus qu'une apparence fantomatique dans les esprits de personnages lessivés par le réel

Un nouveau style[modifier | modifier le code]

Le style de Norman Spinrad est littéralement décapant, aussi bien par les thèmes qu'il aborde que par sa manière de réinventer une écriture au rythme psychédélique, aux rugosités décuplées par l'usage de l'argot et de descriptions érotiques crues.

Un extrait : « Rues nocturnes. Rues nocturnes de Harlem, Watts, Fulton, Bedford-Stuyvesant, East-Village, Evers, rues moroses et brûlantes chargées de populace, d'odeurs de graillon et de pisse de poivrots de came et de parfum bon marché ; bruits de nuit feutrés ruelles inquiétantes du samedi soir... », chapitre 14.

Classique de la science-fiction[modifier | modifier le code]

Ce roman est considéré comme un grand classique de la science-fiction dans les ouvrages de références suivants :

  • Annick Beguin, Les 100 principaux titres de la science-fiction, Cosmos 2000, 1981 ;
  • Jacques Sadoul, Anthologie de la littérature de science-fiction, Ramsay, 1981 ;
  • La Bibliothèque idéale de la SF, Albin Michel, (1988) ;
  • Enquête du Fanzine Carnage mondain auprès de ses lecteurs, 1989 ;
  • Lorris Murail, Les Maîtres de la science-fiction, Bordas, coll. « Compacts », 1993 ;
  • Stan Barets, Le science-fictionnaire, Denoël, coll. « Présence du futur », 1994 ;
  • Bibliothèque idéale du webzine Cafard cosmique.

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]