Jacinthe d'eau

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Eichhornia crassipes

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Echhornia crassipes

Classification de Cronquist (1981)
Règne Plantae
Sous-règne Tracheobionta
Division Magnoliophyta
Classe Liliopsida
Sous-classe Liliidae
Ordre Liliales
Famille Pontederiaceae
Genre Eichhornia

Nom binominal

Eichhornia crassipes
(Mart.) Solms, 1883

Synonymes

  • Eichhornia speciosa Kunth
  • Piaropus crassipes (Mart.) Raf.
  • Heteranthera formosa
  • Piaropus mesomelas
  • Pontederia crassipes Mart.

Classification APG II (2003)

Ordre Commelinales
Famille Pontederiaceae

La Jacinthe d'eau ou camalote (Eichhornia crassipes) est une plante aquatique des rivières, canaux et lacs des régions tropicales, de la famille des Pontederiaceae. On pense que la jacinthe d'eau provient de la cuvette amazonienne et des grands lacs et marais de la région du Pantanal dans l'ouest du Brésil[1].

Description[modifier | modifier le code]

Inflorescence de jacinthe d'eau

La jacinthe d'eau, qui ne fait pas partie de la famille de la jacinthe véritable, est un macrophyte aquatique dont les tiges forment des tapis flottants denses.

Ses feuilles sont épaisses, cireuses, arrondies et lustrées, et se tiennent bien au-dessus de la surface de l'eau sur des tiges. Elles sont grossièrement oviformes à circulaires, de 10 à 20 centimètres de diamètre, ourlées sur les bords, qui sont ondulés. Les nervures des feuilles sont denses, nombreuses, en amande et longitudinales. Les hampes florales sont droites, mesurent environ 50 centimètres de long et portent chacune de 8 a 15 fleurs voyantes rassemblées en épi. Les fleurs ont six pétales, bleu violacé à rosâtres, le pétale du sommet montrant une tache jaune. Le fruit forme une capsule qui peut contenir jusqu'à 450 graines.

Eichhornia crassipes dispose d'un rhizome bulbeux et spongieux mesurant jusqu'à 6 centimètres de diamètre et 30 centimètres de longueur. Les racines sont noires violacées et plumeuses[2], peuvent mesurer jusqu'à 300 centimètres et constituer plus de 50 % de la biomasse d'une population de jacinthes d'eau.

La croissance de cette plante est une des - voire la - plus rapide du règne végétal : les jacinthes d'eau peuvent pousser de 2 à 5 m par jour dans certains sites d'Asie du sud-est[2].

Une espèce envahissante[modifier | modifier le code]

Berge de l'île Ndere étouffée par les jacinthes d'eau, Lac Victoria, Kenya.

En l'absence de ses consommateurs naturels, la jacinthe d'eau devient facilement hors de contrôle, causant de nombreux problèmes sociaux et environnementaux. Introduite dans de nombreuses régions pour son attrait esthétique, elle est maintenant présente dans toutes les régions des tropiques, dans plus de 50 pays sur les cinq continents[3], et considérée comme envahissante par plusieurs d'entre eux. Aux États-Unis, l'espèce est notamment inscrite aux listes de plantes envahissantes de Californie[4] et de Floride[5]. pays où on l'a introduit. En Nouvelle-Zélande, E. crassipes apparaît dans le National Pest Plant Accord (en), ce qui en interdit la propagation et la distribution dans ce pays[6]. En Afrique, l'espèce a totalement ou partiellement envahi certains plans d'eau dont le lac Victoria[7].

Les sections suivantes résument les impacts écologiques et sociaux que E. crassipes a ou pourrait engendrer là où elle est envahissante.

Impacts sur les écosystèmes[modifier | modifier le code]

La jacinthe d'eau est devenue l'un des fléaux les plus importants pour les étendues d'eau douce, rivières et lacs des tropiques. Dans les régions où elle a été introduite, la elle menace la biodiversité. Peu d'espèces végétales peuvent résister à la croissance rapide d'E. crassipes. Cette dernière finit par étouffer les espèces natives en formant de denses tapis monospécifiques qui bloquent la lumière aux strates inférieures.

La jacinthe d'eau menace non seulement la biodiversité végétale, mais aussi celle de la faune. En effet, certains oiseaux spécialistes des milieux humides pourraient être négativement affectés par la présence de cette espèce[8].

Lorsque l'importante biomasse produite par E. crassipes entre en décomposition, de grandes quantité de nutriments sont libérés dans l'eau, menant à l'eutrophisation du milieu[9]. Si elle pompe les nitrates excédentaires de l'eau, elle bloque les rayons UV qui désinfectent naturellement l'eau.

Impacts sur les populations humaines[modifier | modifier le code]

Les impacts de la jacinthe d'eau sur les activité humaines varient dans leur nature et leur importance selon le contexte. Le lac Victoria, par exemple, fournit de nombreux services aux populations vivant autour de celui-ci. Dans une étude de cas menée auprès des habitants du golfe de Winam, connecté au lac Victoria et envahi par E. crassipes, les locaux questionnés ont fait état de plusieurs problèmes. Les tapis formés par la plante envahissante rendent difficile les déplacements en bateau, or la pêche est l'une des principales activités économiques de la région. Aussi, un point d'approvisionnement en eau a été bloqué par la plante, ce qui a eu de coûteuses répercussions sur l'irrigation des cultures et le traitement des eaux usées[7]. Des problèmes similaires ont été rapportés dans la portion indienne du Brahmapoutre[10].

Si E. crassipes étouffe la végétation native, elle crée des conditions favorables à la reproduction de certains vecteurs de maladies, et pourrait ainsi affecter la santé des populations humaines. Par exemple, Minakawa et al.(2008) ont montré que le moustique vecteur de la malaria Anopheles funestus profite des habitats créés par les tapis de jacinthe d'eau sur le lac Victoria[11].

Utilisations[modifier | modifier le code]

On a utilisé Eichhornia crassipes pour sa capacité à extraire certains éléments nutritifs et métaux lourds des boues, dans des bassins de décantation de traitement des eaux usées[12]. Au Kenya, la jacinthe d'eau a été utilisée expérimentalement[13] comme engrais organique, cependant il y a quelques controverses comme les effets sur les sols dus au pH très alcalin (valeur > 9). L'utilisation de la fleur a aussi été expérimentée[13] en alimentation animale.

En Chine, cette plante a été largement utilisée pour alimenter le bétail des années 1950 aux 1970, durant les grandes pénuries. Elle y avait aussi été utilisée comme engrais. Depuis la fin des années 1980, ces usages sont tombés en désuétude. Son seul usage est maintenant de nourrir les canards et de contribuer à l'épuration des eaux polluées[14].

Aujourd'hui la jacinthe d'eau est utilisée comme principal matériau pour la confection de meubles de qualité[15]. En Birmanie, Thaïlande et au Vietnam, la plante est largement récoltée. Ses racines, bouillies et séchées, sont assemblées en cordelettes puis tressées autour d'une armature en bambou. Cet artisanat a un double avantage, il permet un ralentissement visible de l'invasion de la plante et dynamise sensiblement l'activité économique locale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Barrett 1989, dans Batcher Undated
  2. a et b Gopal 1987, in Batcher Undated
  3. Mansor 1996, Barrett 1989, Gopal 1987, in Batcher Undated
  4. Cal-IPC. 2013. California Invasive Plant Inventory Database
  5. FLEPPC. 2013. List of Invasive Plant Species. Florida Exotic Pest Plant Council.
  6. Liste des espèces inclues dans le National Pest Plant Accord de Nouvelle-Zélande.
  7. a et b Opande,George Ogueno, John Charles Onyango & Samuel Otieno Wagai. 2004. Lake victoria: The water hyacinth (Eichhornia crassipes [Mart. Solms), its socio-economic effects, control measures and resurgence in the Winam gulf.] Limnologica 34(1-2):105-109.
  8. Gunaratne, A. M., S. Jayakody, C. N. B. Bambaradeniya. 2009. Spatial distribution of aquatic birds in Anavilundawa Ramsar wetland sanctuary in Sri Lanka. Biological Invasions 11(4):951-958.
  9. Patel, Seema. 2012. Threats, management and envisaged utilizations of aquatic weed Eichhornia crassipes:an overview. Reviews in Environmental Science and Biotechnology 11:249-259.
  10. Shanab,Sanaa M. M., Emad A. Shalaby, David A. Lightfoot, Hany A. El-Shemy. 2010. Allelopathic effects of Water Hyacinth [Eichhornia crassipes]. PLOS ONE
  11. Minakawa, Noboru, Gorge Sonye, Gabriel O Dida, Kyoko Futami & Satoshi Kaneko. 2008. Recent reduction in the water level of Lake Victoria has created more habitats for Anopheles funestus. Malaria Journal 7:119.
  12. Vietmeyer 1975, in Batcher Undated
  13. a et b The Nation Nairobi, 2004
  14. Jianqing et al. 2001
  15. http://www.onature.net

Référence externes[modifier | modifier le code]

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