J'irai cracher sur vos tombes

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J'irai cracher sur vos tombes
Auteur Boris Vian
Genre Roman policier
Pays d'origine Drapeau de la France France
Éditeur Jean d'Halluin
Éditions du Scorpion
Date de parution 21 novembre 1946
Nombre de pages 192

J'irai cracher sur vos tombes est un roman policier de Boris Vian, publié sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, paru pour la première fois en 1946 aux éditions du Scorpion. Ce livre, comme plusieurs autres, a été d'abord édité sous le nom de « Vernon Sullivan » dont Vian se présentait comme le traducteur.

L'histoire, comme les autres histoires de Vian sous le pseudonyme de Sullivan, se déroule dans le Sud des États-Unis et met en scène les difficultés des Noirs américains dans leur vie quotidienne face aux Blancs.

Résumé[modifier | modifier le code]

Lee Anderson, un homme né d'une mère mulâtresse, mais qui a la peau très claire, voire blanche, quitte sa ville natale après la mort de son frère qui a été lynché parce qu'il était amoureux d'une Blanche.

Arrivé dans cette autre ville, Lee, qui a franchi la ligne (se faire passer pour un blanc), devient libraire et entre dans la petite bande locale de jeunes en manque d'alcool, mais sexuellement très actifs. Son but est de venger la mort de son frère.

Particularité du roman[modifier | modifier le code]

Loin du style des autres romans de Vian, ce récit est le plus violent, le plus cru et le plus représentatif de la série « Sullivan » où Vian dénonce le racisme ambiant et la condition précaire des Noirs dans le Sud des États-Unis.

Peu après sa parution, étant considéré comme pornographique et immoral, ce livre est interdit (en 1949), et son auteur condamné pour outrage aux bonnes mœurs. Une édition illustrée par Jean Boullet a été publiée en 1947.

Genèse et accueil[modifier | modifier le code]

Au début de l'été 1946, Vian fait la connaissance d'un jeune éditeur, Jean d'Halluin, un assidu du Flore qui vient de créer Les éditions du Scorpion. D'Halluin demande à Vian de lui faire un livre dans le genre de Tropique du Cancer d'Henry Miller, qui plaît beaucoup. En quinze jours, du 5 au 23 août, Vian s'amuse à plagier la manière des romans noirs américains[1], avec des scènes érotiques dont il dit qu'elles « préparent le monde de demain et frayent la voie à la vraie révolution[2]. »

L'auteur est censé être un noir Américain nommé Vernon Sullivan que Boris ne fait que traduire. D'Halluin est enthousiaste[3]. Vian, en introduction du livre, prétend avoir rencontré le véritable Vernon Sullivan et reçu son manuscrit de ses mains[4]. Il y voit des influences littéraires de James Cain, il met en garde contre la gêne que peuvent occasionner certaines scènes violentes. Jean d'Halluin a même prévu de publier des « bonnes feuilles » dans Franc-Tireur. Tous deux espèrent un succès sans précédent. À la parution du roman le 21 novembre 1946[5], les premières critiques indignées leur donnent l'espoir que le scandale sera égal à celui soulevé par la publication du roman de Miller, et la critique du roman par Les Lettres françaises, qui le traite de « bassement pornographique », fait monter les enchères[6].

Mais il leur faut bien vite déchanter lorsque France Dimanche et l'hebdomadaire L'Époque réclament des poursuites pénales identiques à celles qu'a connues Henry Miller[7]. D'autre part, on annonce la parution d'un deuxième Vernon Sullivan. Mais déjà, Jean Rostand, l'ami de toujours, se déclare déçu. Boris a beau se défendre d'être l'auteur du livre, un certain climat de suspicion règne chez Gallimard, qui refuse du même coup L'Automne à Pékin. Selon Philippe Boggio, seul Queneau a deviné qui était l'auteur et trouvé le canular très drôle[8].

Le sort fait à Henry Miller touche aussi Boris Vian, qui est attaqué en justice[9] le 7 février 1947 par le « Cartel d'action sociale et morale » dirigé par l'architecte protestant Daniel Parker[8]. Vian risque deux ans de prison et 300 000 francs d'amende. Ce même mois, Vian écrit un second Sullivan, Les morts ont tous la même peau qui paraît en 1948 et dont le héros, trois fois assassin, porte le nom de Dan Parker[10].

Le scandale s'aggrave lorsqu'il est accusé d'être un « assassin par procuration » ; en effet, en avril 1947 la presse rapporte un fait divers particulier : un homme a assassiné sa maîtresse en laissant un exemplaire annoté de J'irai cracher sur vos tombes au chevet du cadavre[11]. Boris doit prouver qu'il n'est pas Vernon Sullivan et, pour cela, il rédige en hâte un texte en anglais qui est censé être le texte original. Il est aidé pour ce travail par Milton Rosenthal, un journaliste des Temps modernes[11].

Finalement, en août 1947, le tribunal suspend les poursuites. En novembre 1948, après la loi d'amnistie de 1947, Boris Vian reconnaît officiellement être l'auteur de J'irai cracher sur vos tombes sur les conseils d'un juge d'instruction, pensant être libéré de tout tracas judiciaire. C'est compter sans Daniel Parker et son cartel moral qui attend la traduction en anglais de l'ouvrage sous le titre I shall spit on your graves et le deuxième tirage de l'ouvrage pour lancer cette procédure. Cette fois, le livre de Boris est interdit en 1949. Entre-temps, le romancier a vendu 110 000 exemplaires de son œuvre, ce qui lui a rapporté 4 499 335 francs de l'époque (10 % de droits en tant qu'auteur, 5 % en tant que traducteur), si bien que le fisc lui réclame des indemnités faramineuses qu'il ne peut payer, l'obligeant à saisir les reliquats de droits du roman[12].

L'histoire complète du livre, de la pièce de théâtre et du film est contée par Noël Arnaud dans « Le Dossier de l'affaire J'irai cracher sur vos tombes », publié en 1974[13] et réédité en 2006 chez Christian Bourgois.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Au théâtre[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Richaud, p. 65
  2. Richaud, p. 66
  3. Richaud, p. 70
  4. Boggio, p. 193
  5. Noël Arnaud, Dossier de l'affaire « J'irai cracher sur vos tombes », Christian Bourgois Editeur,‎ 2006, p. 9
  6. Boggio, p. 198
  7. Richaud, p. 72
  8. a et b Boggio, p. 202
  9. La plainte s'appuie sur le décret-loi du 29 juillet 1939 relatif à la famille pour taxer ce « roman pornogrphique » d'incitation à la débauche.
  10. Jean-François Jeandillou, Michel Arrivé, Supercheries littéraires. La vie et l'oeuvre des auteurs supposés, Librairie Droz,‎ 2001, p. 362
  11. a et b Richaud, p. 75
  12. Richaud, p. 97
  13. Richaud, p. 171

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : ouvrages consultés pour les sources

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]