Jérôme Peignot

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Jérôme Peignot

Activités Poète, romancier, essayiste, critique d'art
Naissance 10 juin 1926 (88 ans)
Distinctions Prix Sainte-Beuve (1962)

Jérôme Peignot est un romancier, un poète, un spécialiste de la typographie, et un pamphlétaire, né le 10 juin 1926. Auteur d'une trentaine d'ouvrages, il s'est fait connaître en obtenant le Prix Sainte-Beuve, en participant à diverses actions politiques, en publiant Les Écrits de Laure, et en dirigeant un ouvrage important sur la « Typoésie ». Il est le neveu de l'écrivaine Laure et le fils de Charles Peignot, directeur de la fonderie Deberny et Peignot. Il est connu également pour avoir lancé la notion d'acousmatique dans les années 1960[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jérôme Peignot découvre au Lycée Louis-le-Grand les ravissements de la culture savante en même temps que la cruauté de la guerre (il en parle abondamment dans ses nouvelles et sera décoré pour faits de résistance). Bachelier en 1945, il s'inscrit en Sorbonne pour y obtenir un certificat d’esthétique de la licence libre en 1946; parallèlement, il suit la scolarité de l'École Estienne. C'est dans la même Sorbonne qu'il soutient bien des années plus tard (1982) un doctorat d'État (sur travaux) devant un jury prestigieux (Julia Kristeva, Gilbert Lascault, Jean Laude, Marc Le Bot, Louis Marin, Bernard Teyssèdre) sur un sujet qui a occupé une place centrale dans sa vie : « De la calligraphie latine ».

Engagé tôt en littérature, sous l'influence de Michel Leiris en particulier (L'âge d'homme lui ayant tracé la voie), Jérôme Peignot travaille néanmoins dans l'édition (services de fabrication des Éditions Dunod et des Éditions Arts et métiers graphiques, 1948-1949; Service de fabrication puis rédacteur à Sélection du Reader’s Digest, 1950-1963; lecteur puis rédacteur aux Éditions Denoël, 1963-1967).

À partir de 1961, le monde de la radio fait appel à lui. Il est un pilier de l’émission Le masque et la plume sur les ondes de la radio publique française : jusqu'en 1964, il en est coproducteur et coréalisateur. Puis, de 1972 à 1983, il produit diverses émissions littéraires et philosophiques pour France Culture: Les chemins de la connaissance, Les nuits magnétiques, La matinée littéraire... Il fait même le comédien dans un long-métrage de Michel Polac, La chute d'un corps.

Enfin, entre 1981 et 1991, Jérôme Peignot revient en Sorbonne pour se charger d'un cours sur l'écriture et la typographie.

Mais c'est encore l'écriture qui est son métier principal : une trentaine d'ouvrages, romans, pamphlets, nouvelles, essais, albums pour enfants, chez des éditeurs prestigieux ou en voie de le devenir (Gallimard, Seuil, Christian Bourgois, Grasset, Pauvert, Chêne, Cendres...)

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • En 1965, en tant que délégué du Comité d'entreprise au Reader's Digest, il organise une grève contre la suppressions d'une prime ; grève victorieuse, mais J. Peignot est mis à la porte, malgré 13 ans de service (sous prétexte de l'obtention du Prix Sainte-Beuve : "si vous savez écrire pour des happy few, vous semblez ne toujours pas avoir découvert quel était le style qui convient à la surface imprimée la plus lue après la Bible", écrivait le rédacteur en chef dans sa lettre de congédiement). Il en tire un roman, Grandeur et misère d’un employé de bureau, publié chez Gallimard en 1965.
  • En 1965, invité au Séminaire international d'Harvard par Henry Kissinger, il publie dans le journal de l'Université, faute d'avoir pu intervenir sur la situation au Viêt Nam, un article visant à se désolidariser des membres du séminaire, plutôt favorables. Conséquence: on lui supprime son visa[2].
  • En 1970, il mène la « bataille d'Ivry », en soutenant des éboueurs originaires du Mali, qui habitent un bâtiment insalubre à Ivry-sur-Seine et font une grève du « loyer » contre le propriétaire malien. Avec Michel Leiris et Jean-Pierre Faye et une escouade d'étudiants, ils organisent un sit-in dans le logement du logeur : le quartier est cerné par les CRS, les meneurs embarqués dans le « panier à salade », et ils passent 3 jours dans une cellule du commissariat du XIIIe arrondissement[3].
  • En 1968, il participe à l'occupation de la Société des gens de lettres, pour faire valoir les droits sociaux des écrivains. Peu après, il est de ceux qui fondent l'Union des écrivains et il fait partie du Comité de fonctionnement afin de poursuivre la lutte en ce sens[2].
  • En 1972, son pamphlet Les gens du monde au pouvoir ou la 5e République et la Culture (Éd. Éric Losfeld) est saisi par la police, et les ouvrages détruits[4].
  • En 1972 toujours, Jérôme Peignot se fait connaître également par l'affaire "Sartorus", un cargo soviétique en cale sèche à Dunkerque. Des ouvriers immigrés illégaux y travaillent dans des conditions insensées (dans l'anonymat total, 21 d'entre eux y trouvent la mort). En compagnie de Jean-Pierre Faye et quelques autres, Jérôme Peignot intervient en justice contre l'employeur, qui est finalement condamné à une amende d'1 franc symbolique. L'ouvrage collectif Lutte de classe à Dunkerque (Éd. Galilée) s'en fait l'écho.
  • En 1976, il édite (contre la volonté de son père qui en détenait les droits juridiques) Les écrits de Laure chez Jean-Jacques Pauvert. Deux ans plus tard, ayant retrouvé des manuscrits inédits de Laure, il parvient à une seconde édition augmentée chez Robert Laffont, avec une préface personnelle intitulée "Ma mère diagonale". Le conflit avec son père s'épaissit; ce dernier demande la "destruction des plombs devant huissier". Conseillé par l'avocat Roland Dumas, Jérôme Peignot décide de créer une Association des amis de Laure, composée de Marguerite Duras, Michel Foucault, Claude Mauriac, et une centaine d'autres. À la suite d'une presse très abondante, et louangeuse, le père de Jérôme Peignot finit par consentir à une troisième édition chez Pauvert, bientôt suivie d'une collection de poche et de traductions nombreuses.
  • En 1982, il est l'instigateur d'une Commission interministérielle sur le graphisme et la typographie, présidée par le Ministre de la culture, Jack Lang. À cette occasion, il rédige un rapport, L'apprentissage de la lecture et de l'écriture dans l'enseignement public.
  • En 1996, sur la demande de Jack Lang, Ministre de l'éducation nationale, il est chargé de mission sur l'écriture, son apprentissage, son histoire, ses techniques...

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • 1957. Jérômiades I (Paris: Seuil). Roman
  • 1959. Jérômiades II (Paris: Seuil). Roman
  • 1962. L'Or des fous, Jérômiades III (Paris: Seuil). Prix Sainte-Beuve. Roman
  • 1965. Grandeur et misère d’un employé de bureau (Paris: Gallimard). Roman
  • 1967. De l’écriture à la typographie (Paris: Gallimard, coll. "Idées"). Essai
  • 1967. L'amour a ses princes (Paris: Gallimard). Roman
  • 1971. La Tour (Paris: Christian Bourgois). Roman
  • 1972. Les Gens du monde au pouvoir ou la 5e République et la Culture (Paris: Éric Losfeld). Pamphlet.
  • 1974. Le Pense-bêtes (Paris: Grasset Jeunesse, avec des illustrations de Colette Portal). Poésie visuelle
  • 1974. Les Jeux de l’amour et du langage (Paris: Christian Bourgois, coll. "10/18"). Essai.
  • 1976 (2003). Le Pied de la lettre (Paris: Éd. Delarge Jeunesse, avec des illustrations de Robert Constantin). Poésie visuelle
  • 1978. Du calligramme (Paris: Éd. du Chêne). Essai
  • 1978. Le Petit Gobe-mouches (Paris: Christian Bourgois, avec des illustrations de Valerio Adami). Poésie visuelle
  • 1981. Typocédaire (Paris: Éd. de l’Équerre). Poésie visuelle
  • 1982. Du chiffre (réédition augmentée, Éd. Jacques Damase). Essai. Publié une première fois en 1969 pour le compte de la Banque Le Crédit Lyonnais (Paris: Laurent Tisné).
  • 1983. Du trait de plume aux contre-écritures (Paris: Jacques Damase). Essai
  • 1986 (1990). Puzzle I (Paris: Âge d’homme). Nouvelles (cf. extraits)
  • 1988 (2005). Moïse ou la preuve par l’alphabet de l’existence de Iahvé. Petit essai d'épigraphie polémique (Paris: Jérôme Millon). Essai (cf. extraits)
  • 1988. Affiches-posters d’Air France, 1933-1983 (Paris: F. Hazan).
  • 1989. Pierre Leroux, inventeur du Socialisme (Paris: Klincksieck). Essai
  • 1993 (2005). Typoésie (Paris: Imprimerie nationale éditions). Poésie visuelle
  • 1993. Un printemps à Pékin (Paris: Calmann-Lévy). Roman
  • 1995. L'Alphabet des Lettres, ou le petit hamburgefons (Paris: Imprimerie nationale)
  • 1996. Le Petit Peignot (Paris: Éd. des Cendres)
  • 1996. Puzzle II (Belgique : Talus d’approche). Préface de Bernard Noël. Nouvelles
  • 1996. Toutes les pommes se croquent (Paris: Éd. des cendres)
  • 2000. Petit traité de la vignette (Paris: Imprimerie nationale). Essai
  • 2001. Je vous donne de mes nouvelles (Paris: Éd. des cendres). Nouvelles
  • 2004. Typoèmes (Paris: Seuil, 240 pages). Poésie visuelle
  • 2005 (J. Peignot & Marcel Cohen, dir.). Histoire et art de l'écriture (Paris: Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1179 pages). Essais
  • 2005. Broyer du bleu, Paris: Éditions du Rocher, Paris (197 pages). Nouvelles (ISBN 2268056139)
  • 2008. Les Cent Sonnets de Ker Borny. (Paris: Éd. des cendres). Poésie (ISBN 2867421608)
  • 2010. Le Gai Savoir de la mort. (Paris: Éd. des cendres). Essai (ISBN 978-2-86742-173-0)
  • 2012 (ré-édition). Les Jeux de l’amour et du langage (Paris: Rue des cascades). Essai.
  • 2014 (ré-édition). Pierre Leroux, inventeur du Socialisme (Paris: Chryséis éditions, format Amazon Kindle). Essai

Articles[modifier | modifier le code]

Les articles ont été publiés dans de nombreuses revues, françaises ou étrangères: Communication et langages, La gazette de Lausanne, Connaissance des arts, Opus international, la NRF, le Mercure de France, les Cahiers du Sud, les Cahiers des saisons, Esprit, L’œil, Vogue, Obliques, Monde nouveau, la Parisienne, Le Monde, L’Observateur, Combat...

Articles en ligne[modifier | modifier le code]

Archives personnelles[modifier | modifier le code]

Jérôme Peignot a versé ses archives personnelles et manuscrits à la Bibliothèque de l'Arsenal (Paris) en 2007.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jérôme Peignot, 1960. « De la musique concrète à l'acousmatique », Esprit, nº 280 (janvier), p. 116.
  2. a et b Jérôme Peignot, 2001. Je vous donne de mes nouvelles (Éd. des Cendres)
  3. Jérôme Peignot, 1970. « La bataille d'Ivry ». Combat. Voir également un article dans Les Temps modernes
  4. Jean Schuster, 1972. Le Monde

Liens externes[modifier | modifier le code]