Jérôme Gratien

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Jérôme Gratien de la Mère de Dieu
Image illustrative de l'article Jérôme Gratien
Jérôme Gratien Dantisco
Père
Naissance 6 juin 1545
Valladolid
Décès 21 septembre 1614 (à 69 ans) 
Bruxelles (Belgique)
Nom de naissance Jérôme Gratien Dantisco
Autres noms Père Gratien
Nationalité Drapeau de l'Espagne Espagnol
Fête 21 septembre

Jérôme Gratien Dantisco (1545 - 1614) est un prêtre et carme espagnol. Il fut le premier provincial de la branche du carmel déchaussé, ami et confesseur de Thérèse d'Avila, il lui a été d'une grande aide pour sa réforme du Carmel. Il a également été un prédicateur et un écrivain.

Après le décès de Thérèse d'Avila, Jérôme Gratien est chassé de l'ordre des Carmes déchaux par son successeur, le père Nicolas Doria. Capturé par les pirates barbaresques, il passe 2 ans en prison à Tunis. Après avoir fait appel au Pape, il se réfugie chez les Carmes chaussés et finit sa vie dans le couvent de Bruxelles. Il décède le 21 septembre 1614.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Jérôme Gratien est né le 6 juin 1545 à Valladolid, fils de Diego Gratien Alderete de Lucas et de Jeanne de Dantisco. Son père est le secrétaire de Charles Quint (puis sera celui de Philippe II). Sa mère est la fille de l'ambassadeur de Pologne à la cour d'Espagne.

Jérôme Gratien étudie dans un premier temps au collège des Jésuites à Madrid. Il se rend ensuite à l'université d'Alcalá pour étudier la théologie et la philosophie. Il est ordonné prêtre en 1569[1].

Entrée et rôle au Carmel[modifier | modifier le code]

Alors que la position sociale de sa famille, ainsi que ses talents personnels peuvent ouvrir au père Gratien les plus hautes charges, celui-ci, après avoir rencontré des carmélites déchaussées, décide d'entrer dans la réforme du carmel débutée par Thérèse d'Avila. En 1572, il se rend à Pastrana où Thérèse vient juste de fonder un couvent de carmélites réformées, et le 25 mars 1572, il entre chez les Carmes déchaux sous le nom de Jérôme-Gratien de la Mère de Dieu. Le 28 mars 1573, il est nommé visiteur apostolique[2] des Carmélites déchaussées de la province d'Andalousie. Il fonde également un couvent de frères Carmes à Séville, dont il devient le prieur. Il approuve et soutient la fondation de différents couvents de religieuses et de frères déchaux[1].

Jérôme Gratien rencontre pour la première fois Thérèse d'Avila au printemps 1575, à Beas de Segura alors qu'elle vient juste de fonder ce nouveau couvent (le 24 février)[3]. Jérôme Gratien devient le confesseur et l’ami de sainte Thérèse d'Avila qui lui sera très attachée[2].

En mai 1575, lors du chapitre général du Carmel à Plaisance, sainte Thérèse et Jérôme Gratien sont tous deux condamnés, à la suite de quoi, le père Gratien est "mis au cachot" à Pasrana[4]. En juin 1577, le père Gratien est consigné dans le couvent l'Alcalà. En 1580, la persécution contre les Carmes déchaux se termine. Le pape Grégoire XIII détache alors les carmes déchaux, de la juridiction carmélitaine de la province de Castille (avec qui ils sont en conflit), et le pape soumet ces carmes réformés directement au prieur général de l'Ordre du Carmel. Jérôme Gratien est élu premier provincial de la branche des déchaux[1].

Expulsé du Carmel[modifier | modifier le code]

En 1585, lors du Chapitre de Lisbonne qui doit élire le successeur du Père Gratien, celui-ci favorise l’élection du Père Nicolas de Jésus-Marie Doria (qui vient d'une grande famille génoise). Mais le Père Doria est à la tête d'un groupe de carmes pour qui l'idéal de vie religieuse consiste en une observance stricte de la règle en excluant toute vie de prière intérieure. Jérôme Gratien avec Jean de la Croix et plusieurs autres carmes et carmélites s'opposent à cette vision de la vie religieuse carmélitaine (très éloignée de l'esprit de la réforme Thérésienne). Ils sont cependant mis en minorité. Après le décès de Jean de la Croix en 1591, Nicolas Doria décide d'éliminer son principal adversaire en la personne de Jérôme Gratien. Doria accuse alors Gratien d'avoir écrit des textes défavorables à ses supérieurs, et en s'appuyant sur des documents falsifiés, il fait condamner Jérôme Gratien le 17 février 1592 a être expulsé de l'Ordre des Carmes Déchaux. Cette condamnation est confirmée par le roi d'Espagne et le nonce apostolique. Les autorités de Rome recommandent alors au père Gratien d'entrer dans un autre ordre religieux. Cependant, les Chartreux, les Franciscains et les Dominicains refusent de le recevoir[1].

La captivité et l'exil[modifier | modifier le code]

Le père Gratien prend alors le bateau pour rejoindre Rome et faire appel au Pape. Mais, en octobre 1592, en quittant l'escale de Gaeta, il est capturé par des pirates et emprisonné pendant deux ans à Tunis. Là-bas, il travaille dans le bagne de Tunis au milieu d'autres esclaves chrétiens. Au risque de sa vie, il soutient ceux dont la foi vacille, et convertit ceux qui avaient renié leur foi chrétienne. Il obtient également la libération de différents prisonniers grâce aux dons qui lui avaient été envoyés[5],[1]. Après dix-huit mois de captivité un marchand juif tunisien, Simon Askenazi, paye sa rançon, vers la fin de l'été 1594, et lui rend ainsi sa liberté[6].

La réhabilitation[modifier | modifier le code]

Le père Gratien, enfin parvenu à Rome peut rencontrer le pape Clément VIII. Après avoir fait le récit de ses aventures et de ses souffrances, le pape s’écrie : « Cet homme est un saint ». Le pape demande le réexamen de sa condamnation, et celle-ci est finalement annulée le 6 mars 1596. Cependant, son retour dans l'ordre des carmes déchaux risquant de raviver les dissensions anciennes, Jérôme Gratien est autorisé à entrer chez les carmes de l'Antique observance ou carmes chaussés avec tous les honneurs et privilèges[1]. Il est également autorisé à pratiquer la règle de la réforme[7].

Le père Gratien va se rendre à Ceuta et Tétouan pour prêcher le jubilé (1600-1605). Il se rend ensuite à Valladolid pour assister sa mère mourante. Enfin, en 1606, il est appelé à Bruxelles par son ami et protecteur l'archiduc Albert d'Autriche. Il y termine sa vie dans le couvent des Carmes de Bruxelles le 21 septembre 1614[8],[1].

Sépulture et reliques[modifier | modifier le code]

Le père Gratien est enterré dans le couvent principal des Carmes chaussés de Bruxelles. Ses reliques seront transférées à plusieurs reprises. Au cours de la Révolution française, ses reliques sont définitivement perdues[1].

Ses écrits[modifier | modifier le code]

  • (es) Jérôme Gratien, Dilucidario del verdadero espíritu, Madrid, P. Madrigal,‎ 1604, 147 p. (lire en ligne), réédité en 1608 à Bruxelles. Il y présente la mystique thérésienne.
  • D'autres traités ascétiques et mystiques sont publiés comme
    • (es) Jérôme Gratien, Lampara encendida : Compendio de la perfeccion, Madrid,‎ 1604, 100 p. (lire en ligne).
    • (es) Jérôme Gratien, El arte breve de amar a Dios,‎ 1612 ; sur les devoirs spirituels.
  • (es) Jérôme Gratien et Giovanni Maria Bertini, Peregrinación de Anastasio : Diálogos de Las Persecuciones, Juan Flors,‎ 1966 (1re éd. 1905), 287 p. ; il y relate les persécutions qu'il eut à supporter
  • (es) Jérôme Gratien et Giovanni Maria Bertini, Obras : del p. Jerónimo Gracián de la Madre de Dios, vol. 1 à 3, Silverio (of St. Teresa),‎ 1933 (1re éd. 1616) ; fait partie de la publication Biblioteca mistica carmelitana (Volumes 15 à 17)

Le père Gratien occupe une place prépondérante dans les Lettres de Thérèse de Jésus (voir : Thérèse d'Avila et Bernard Sesé, Oeuvres complètes : Thérèse d'Avila, vol. 2, Le Cerf,‎ 20 décembre 1995, 1096 p. (ISBN 978-2204053259)).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Carlos Ros Carballar, Jerónimo Gracián, el amigo de Teresa de Jesús, Édition Monte Carmelo,‎ mai 2014, 434 p. (ISBN 978-84-8353-611-7).
  • (es) Estudios sobre historia de la ciencia y de la técnica : IV Congreso de la Sociedad Española de Historia de las Ciencias y de las Tecnicas, Junta de Castilla y Leon, Consejeria de Cultura y Bienestar Social,‎ 1988, 1118 p. (ISBN 978-84-5057-144-8), p. 829-832. Publication suite au IVe Congrès de la Société Espagnole d'Histoire des Sciences et des Techniques à Valladolid (du 22 au 27 septembre 1986). Article de Francisco Javier Martín Gil et Jesús Martín Gil intitulé Sobre las contribuciones científicas del erudito y polígrafo vallisoletano Jerónimo Gracián de la Madre de Dios (1545-1614).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références et notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h (en) « Jerome Gratian », sur newadvent.org, Catholic Encyclopedia (consulté le 16 juin 2014)
  2. a et b Claude, « Jérôme-Gratien », sur martyretsaint.com, Martyrs et Saints,‎ 30 septembre 2009 (consulté le 16 juin 2014).
  3. « Chronologie Thérèse de Jésus », sur carmel.asso.fr, Le Carmel en France (consulté le 21 juin 2014).
  4. José Perez, Thérèse d'Avila, Fayard,‎ 31 janvier 2007, 374 p. (ISBN 978-2213618708).
  5. Il n'était pas rare que des religieux, voyant arriver leur rançon, financée par des dons d'amis ou de fidèles, renoncent à leur propre libération pour payer la rançon d'autres esclaves, moins connus, et ne pouvant donc rassembler la somme de leur propre rançon. Voir aussi, l'Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci, consacré au rachat des prisonniers.
  6. (en) « Jerónimo Gracián de la Madre de Dios », sur oroc-crlc.paris-sorbonne.fr, Groupe de Recherches Orient/Occident (consulté le 16 juin 2014)
  7. Règle de la réforme Thérésienne du carmel, en vigueur chez les carmes déchaussés, et différente de la règle mitigée des Grands-Carmes.
  8. D'autres sources donnent comme date de décès le 28 novembre 1614 (voir le site martyretsaint). Il ne serait pas non plus déclaré vénérable par l'Église, car il n'y a aucune trace de procès en béatification dans les documents du carmel (Éditions du Carmel, « Pour une approche historique de Thérèse d’Avila » [PDF], sur institutjeandelacroix.org, Institut Jean de la Croix,‎ mars 2012 (consulté le 19 juin 2014), p. 64)