Ivoirité

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Politique en Côte d'Ivoire
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L’ivoirité est un concept politique ivoirien, définissant les caractères nationaux de la Côte d'Ivoire.

Certains auteurs le rapprochent du concept de préférence nationale[1].

Notions préalables[modifier | modifier le code]

La Côte d'Ivoire abrite plus de 64 ethnies regroupées en grands ensembles. Chaque groupe ethnique se distingue par un ensemble de codes, d'us et de coutumes traditionnels :

  • au nord-est : le groupe des Dioulas Malinkés (Dioula signifie en bambara « commerçant », Dioula n'est donc pas l'appellation d'un peuple mais d'un ensemble de peuples mandingues)
  • au nord-ouest : les Sénoufos (dont les différentes langues sont de famille "gur" -autrefois désignée par "voltaïque"). Leurs langues et traditions sont très différentes de celles des Mandingues.
  • à l'ouest : les Krous (Bétés, Didas, Wés...) et des peuples Mandés (Gouros, Dans (Yacoubas) et les Gagous)
  • du centre au sud-est : les Akans (Abron, Agnis, Appoloniens (Nzima), Baoulés...).

Ces 4 groupes occupent des zones spatiales relativement grandes, et les peuples à l'intérieur même sont souvent hétéroclites, mais non antagonistes.

L'islam et le christianisme sont très implantées et des pratiques animistes traditionnelles sont toujours présentes.

Le concept d'ivoirité[modifier | modifier le code]

L'ivoirité est un concept visant à définir la nationalité ivoirienne dans un processus de démocratisation et d'unification nationale d’une société en manque d'imaginaire « globalement national ». Il s'appuie sur des notions culturelles et vise à promouvoir les cultures et productions nationales. Le concept d'ivoirité est apparu en 1945 à Dakar, avec des étudiants ivoiriens. Il réapparaît avec Henri Konan Bédié en 1994 dans un contexte de crise économique.

L'ivoirité se manifeste par des appels à l'élan national via des spots publicitaires (radio, affichage public, télévision et journaux de presse) avec un slogan simple : « Consommons ivoirien » le message se veut clair et simple.

L'aspect politique[modifier | modifier le code]

Le mot est employé d'abord par le président Henri Konan Bédié en 1993. Il met en place le concept selon lequel une personne serait ivoirienne seulement si ses quatre grands-parents sont nés en Côte d'Ivoire, ce qui permet d’écarter son opposant Alassane Ouattara. Ce rejet de Ouattara est facilité par le contexte de "méfiance identitaire". À une différence ethnique, s'ajoute en effet une différence de religion : les Ivoiriens du nord, musulmans, sont soupçonnés d'être de mauvais Ivoiriens, et sont donc rejetés par les Ivoiriens du sud. Mais il aboutit à un sentiment d'exclusion des populations du nord, notamment les Malinkés dont les patronymes ont le plus facilement une consonance étrangère.

La Côte d'Ivoire est une population cosmopolite du point de vue culturel et ethnique : au recensement de 1998, elle compte 26 % d'étrangers[2].

Mais la mixité ne se fait pas uniquement entre nations mais aussi entre groupes ethniques et même entre religions. Très peu de familles à Abidjan, la capitale économique, sont entièrement d'une ethnie ou d'une religion.

Pourtant, une partie de la population est victime d’exclusion, et Alassane Ouattara comme Henri Konan Bédié sont censurés. Le PDCI comme une large part du FPI y adhèrent[3]

Cette notion d'ivoirité est dénoncée par la FIDH comme étant à la base d'un « système xénophobe », qui dénonce également la loi sur la nationalité et la loi foncière, qui violent selon elle les droits civils, politiques, économiques et sociaux protégés par les pactes de l'ONU. Le problème foncier restant un problème de manque accru d'organisation qui mine les sociétés dans les pays en voie de développement.

Un concept économique[modifier | modifier le code]

L'ivoirité est un concept visant à définir la nationalité ivoirienne dans un processus de démocratisation et d'unification nationale pour une société en manque d'imaginaire "globalement national". Il s'appuie sur des notions culturelles simples et vise à promouvoir les cultures et productions nationales. Le concept d'ivoirité apparaît dans un contexte économique de crise. La production nationale connaît un très fort ralentissement, et tandis que les prix des matières premières nationales café et cacao poursuivent leur chute, les produits importés continuent d'augmenter. Le principe d'ivoirité vise donc à renverser ou au moins réduire le problème de la balance commerciale déficitaire (tout comme les transferts de capitaux, situation aggravée par la dévaluation).

Si la Côte d'Ivoire est un des rares pays à n'avoir pas vu sa population souffrir de la dévaluation, c'est parce qu'elle avait plus facilement accès aux crédits internationaux que ses voisins de la zone UEMOA. Mais ces crédits devenant trop lourds dans le PIB il fallait à tout prix que la Côte d'Ivoire développe une industrie pérenne tournée vers l'exportation (objectif majeur de la dévaluation) et réussisse à diminuer le montant de ses importations (notamment de produits finis).

L'ivoirité appelait à l'élan national via des spots publicitaires (radio, affichage public, télévision et journaux de presse) avec un slogan simple : "Consommons ivoirien" le message se voulait clair et simple, vantant les consommations alimentaires des différentes régions du pays et tout le pays du nord au sud et de l'est à l'ouest.

Dimension religieuse[modifier | modifier le code]

La dimension religieuse de l'ivoirité est apparue avec l'ancien Premier Ministre Alassane Dramane Ouattara qui justifia son inéligibilité à la présidentielle en affirmant : "On ne veut pas que je sois président parce que je suis musulman et nordiste."

La controverse[modifier | modifier le code]

Ce concept conduit notamment à l'élimination du candidat Alassane Ouattara et à la naissance d'un mouvement d'exclusion au sein de la population ivoirienne, alors qu'une part importante des travailleurs immigrés, protégés par Houphouët-Boigny, avaient bénéficié des distributions généreuses de cartes d’identité ivoiriennes. Le problème s’est posé lors du retour de fonctionnaires licenciés (ajustement structurel type FMI) dans leur village natal, où ils ont vu les emplois tenus par des étrangers[4].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles de Wikipédia[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Colette Braeckman. Aux sources de la crise ivoirienne, Manière de voir no 79, février-mars 2005, ISSN 1241-6290, p 80.
  2. Entretien avec Marc Le Pape et Claudine Vidal, la Documentation française, 2003.
  3. Colette Braeckman. Aux sources de la crise ivoirienne, Manière de voir no 79, février-mars 2005, ISSN 1241-6290, p 81.
  4. Colette Braeckman. Aux sources de la crise ivoirienne, p 80-81.