Ivoire végétal

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artisanat d'Équateur
Lombards Museum
fruits d'ivoire végétal
Souvenir de Namibie, fabriqué d'ivoire végétal

L'ivoire végétal, appelé aussi tagua ou corozo, est l'albumen du fruit du palmier à ivoire (les espèces de genre Phytelephas) qui pousse dans des forêts denses et ombragées, au flanc des vallées, entre 300 et 1 200 mètres d'altitude. On le trouve au cœur de la forêt amazonienne en Équateur, en Colombie, au Pérou, et dans d'autres pays du monde où il a été introduit. Lorsque les fleurs s'épanouissent, elles dégagent un parfum suave qui embaume toute la contrée. Avant de mûrir, le fruit de ces palmiers contient un lait sucré que les Indiens apprécient. Puis cet albumen se durcit pour devenir l'ivoire végétal. Il existe de nombreuses autres espèces de palmiers fournissant un ivoire végétal : les genres Aphandra, Ammandra ("tagua blanca" en Equateur), Hyphaene (par exemple Hyphaene petersiana ou Umukoko au Burundi) et Metroxylon en Polynésie[1].

Les fruits sont des caryopses. Ils possèdent une première coquille dure qui se détache rapidement et puis une deuxième coquille qui colle à la graine. C'est en retirant cette dernière que l'on obtient la boule d'ivoire végétal. Lorsqu’elles sont mûres, les Indiens les ramassent. La pulpe jaune, qui entoure la graine, au goût agréable, est parfois commercialisée sous forme de boisson. Les arbres produisent chaque année environ 20 kilogrammes de graines, parfois beaucoup plus. C'est à peu près le poids des défenses récupérées sur un éléphant de 6 tonnes.

Les Indiens consomment aussi le bourgeon terminal de ce palmier et se servent de ses immenses feuilles (jusqu'à 6 mètres de long) pour recouvrir leurs huttes. Dès le moment de sa découverte par les Européens, l'ivoire végétal connaît un certain succès. On exploite quelques espèces de palmier à ivoire, en particulier le Phytelephas macrocarpa, dont les fruits peuvent atteindre 25 centimètres de diamètre. Pour élaborer un bouton, il utilise seulement 7 %, le reste, qui représente 93 %, est utilisé de plusieurs façons. D’abord, le résidu moulu en poudre sert comme aliment pour les animaux, les coquilles comme combustible. Par exemple, la peau de la tagua s’utilisait pendant très longtemps pour paver les rues.

La production totale de tagua en Équateur est de 100 000 tonnes : 50 000 à Manabi, 30 000 à Esmeraldas, 20 000 dans la Cordillère des Andes. Autour de 35 000 personnes travaillent pour la tagua, 10 000 à Esmeraldas, 5 000 dans d’autres provinces [réf. nécessaire].

Histoire[modifier | modifier le code]

Découverte et succès[modifier | modifier le code]

En 1798, les Espagnols Ruiz et Pavon, revenant d'explorer la jungle péruvienne du haut Amazone, sont les premiers à décrire le palmier que les Indiens quechuas utilisent pour façonner des bijoux et divers objets. Par la suite, on découvrira dans le nord-ouest de l'Amérique du Sud, entre le Panama et la Bolivie, huit espèces de ces Phytelephas ou « éléphants végétaux ».

Un jour de 1865, un vapeur quitte le port d'Esmeraldas, en Équateur à destination de Hambourg. Presque vide, il accepte de prendre à bord une cargaison de tagua. Les Allemands découvrent l'ivoire végétal et commencent en fabriquer des boutons et de petits objets d'ornement.

En Europe, l’origine de la tagua est un secret que les Allemands ne tiennent pas à divulguer, en effet les artisans italiens sont obligés d’aller chercher la matière première jusqu’en Allemagne. Certains pensaient que l’ivoire végétal provenait d’Afrique. Jusqu’à l’ouverture du canal de Panama, qui augmenta le flux de bateaux dans la région, ainsi des espions purent découvrir que le secret commercial de la tagua provenait de l’Équateur. Des ports de Guayaquil et d'Esmeraldas, la tagua est embarquée vers l'Allemagne, I'Italie, la Grande-Bretagne, la Tchécoslovaquie et la France ; puis plus tard vers l'Argentine et les États-Unis. En 1913, l'Équateur et la Colombie en exportaient 42 000 tonnes (environ 30 000 tonnes pour l’Équateur et 12 000 tonnes pour la Colombie).

Son déclin[modifier | modifier le code]

Bien que l'armée américaine ait décidé de s'équiper de boutons en ivoire végétal, la Seconde Guerre mondiale porte un coup fatal à ce commerce. En 1952, l'Équateur ne vendait plus que 6 000 tonnes, soit cinq fois moins qu'en 1913. La concurrence du plastique fait tomber la tagua en désuétude. Il faut dire que la récolte de l'ivoire végétal n'est pas facile. Les tagueros, qui le récoltent, doivent vivre dans la jungle humide pendant quatre mois et transporter les lourds fruits à travers la végétation inextricable jusqu'aux embarcations qui amèneront la récolte à la ville. Le déclin du caoutchouc naturel dans les années 1950 n'arrange pas la situation, les deux produits étant traditionnellement commercialisés ensemble pour réduire les coûts de transport autrement trop élevés.

Reprise[modifier | modifier le code]

Suite aux actions de quelques associations, comme Robin des Bois en France, l'ivoire végétal a fait sa réapparition en Europe. En 1968, quelques fabricants italiens ont visité l’Équateur pour la réactivation du commerce de la tagua. On ne trouve en Europe que des noix de la taille d'un œuf environ. La Tagua est une source de développement dans certains pays (commerce équitable,...) et même si cet ivoire est un matériau limité en volume, il n'en reste pas moins une alternative pour certains domaines (touches de piano, boutons de veste, bijoux et coutellerie).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dufayard Romain "Des graines et des hommes", Ed. Sang de la Terre, 2010