It's a Long Way to Tipperary

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It's a Long Way to Tipperary (info)
It's a Long Way to Tipperary chantée par Albert Farrington en 1915.

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It's a Long Way to Tipperary est un air de music-hall écrit par Jack Judge et Harry Williams en 1912. Son refrain mondialement connu est :

It's a long way to Tipperary,
It's a long way to go.
It's a long way to Tipperary
To the sweetest girl I know!
Goodbye Piccadilly,
Farewell Leicester Square!
It's a long long way to Tipperary
But my heart's right there.

Traduction française

La route est longue jusqu'à Tipperary
La route est longue pour y aller.
La route est longue jusqu'à Tipperary
Jusqu'à la fille la plus douce que je connaisse !
Au revoir Piccadilly
Adieu Leicester square !
La route est longue longue jusqu'à Tipperary
Mais c'est là qu'est mon cœur.

Chantée pour la première fois sur une scène de Music-hall britannique en 1913 par Florrie Forde, la chanson fut popularisée par les Connaught Rangers lorsqu'ils traversèrent Boulogne-sur-Mer le 13 août 1914. Ceci fut noté par le correspondant du Daily Mail George Curnock, et publié dans ce journal le 18 août 1914. L'air est dès lors régulièrement repris par d'autres soldats de l'Armée britannique.

La chanson fit également partie de la comédie musicale Oh! What a Lovely War de 1968. Elle est également chantée par des prisonniers dans le film de Jean Renoir La Grande Illusion, par l'équipage du U-96 dans le film Das Boot de Wolfgang Petersen en 1982 (en un arrangement avec les chœurs de l'Armée rouge), et dans l'épisode final de The Mary Tyler Moore Show. C'est également la seconde partie (les deux autres sont Has Anyone Seen the Colonel? et Mademoiselle from Armentières) de la marche de régiment de la Princess Patricia's Canadian Light Infantry. On peut également l'entendre dans le film Gallipoli de Peter Weir en 1981.

La chanson ne doit pas être confondue avec Tipperary (1907). Les deux furent par ailleurs interprétées par Billy Murray.

Contexte[modifier | modifier le code]

It's a Long Way to Tipperary... (couverture de partition ancienne).

Harry Williams est né à Erdington, dans le district d'Aston (en), Birmingham le 23 septembre 1873. Il fut baptisé Henry James Williams. Il fut le premier enfant de Mary Ann et Henry Sketchley Williams.

Son père organisait des spectacles, et la famille se déplaça d'auberge en auberge durant toute son enfance. Alors qu'ils se trouvaient à Aston, Harry tomba d'un escalier menant à une cave, et se brisa les deux jambes. Il se retrouva fortement handicapé pour le reste de sa vie. Il montra dès le plus jeune âge un grand talent d'écriture. Il le développa en écrivant des chansons. Il passa son adolescence à étudier la musique et la poésie, devenant même un pianiste et joueur de mandoline de talent.

Son frère Benjamin devint sociétaire du Malt Shovel, où Harry se rendit régulièrement pour animer le public présent, jouant ses propres compositions pour piano ou mandoline.

La rencontre des deux auteurs[modifier | modifier le code]

Au cours d'une de ses visites au Malt Shovel, Harry rencontra Jack Judge avec qui il commença à collaborer à l'écriture de nombreuses chansons. C'est de cette collaboration que surgira la plus populaire des chansons de la Première Guerre mondiale.

Il y a toujours eu une controverse autour de la paternité de la chanson. 1900 à 1910 fut une période cruciale pour les deux hommes. Ils écrivirent de très nombreuses chansons, bien que peu eurent du succès. Elles étaient généralement composées par les deux hommes, chacun y mettant sa personnalité, l'un introverti, l'autre extraverti. Harry était un pianiste de talent et un bon compositeur. Jack Judge était plutôt un interprète, avec une voix faite pour le Music Hall.

Harry passait des heures à expliquer à Jack les mélodies qu'il avait composées. Ils en écrivirent des dizaines ensemble. Comme à l'époque Gilbert et Sullivan ou Rodgers et Hart, « écrit et composé par Jack Judge et Harry Williams » devint l'un des partenariats immortels.

Pour subvenir à sa famille grandissante, Jack commença à explorer des possibilités de gagner sa vie autrement qu'en vendant du poisson. Il fit ses débuts en tant qu'amuseur public avec le John Bull’s Cold à un concert à Birmingham. Il eut du succès et put chanter ses chansons et en distribuer les partitions dans des magasins. Il avait 38 ans et Harry 36.

Le Connemara au lac[modifier | modifier le code]

Le premier succès de Jack fut How Are Yer? en 1912. D'autres textes populaires furent The Way The Wind Blows et When The Band Begins To Play. Ironiquement, son succès capital avait déjà été écrit. Depuis 1909, une chanson intitulée It’s A Long Way to Connemara avait été écrite et restait au fond des tiroirs (la version manuscrite des paroles de la chanson est toujours en possession de la famille Williams). La famille de Jack était originaire du Comté de Mayo. Comme de nombreux émigrants, ils avaient la nostalgie de leur pays. It’s A Long Way to Connemara était une tentative de Jack et Harry de profiter de la popularité des ballades irlandaises sentimentales.

Jack change son fusil d'épaule[modifier | modifier le code]

Trois ans après que la chanson a été composée, Jack se produisait au Grand Théâtre de Stalybridge, à proximité de Manchester. Un compagnon de planches lança à Jack le défi de composer et interpréter une chanson en 24 heures. Jack Judge n'envisageant pas perdre le pari, il choisit de faire sortir cette vieille chanson non publiée. Connemara avait été choisie après de vives discussions. Jack remplaça Connemara par Tipperary pour s'accorder avec les termes du pari. Harry fut très mécontent de ne pas avoir été consulté sur la publication et les changements dans la chanson.

Lorsque les deux auteurs-compositeurs envoyèrent leur « nouvelle » œuvre à Bert Feldman, il fit deux suggestions :

  • la proposition de ballade sentimentale ne fut pas retenue, au profit de l'air entraînant ;
  • la répétition du mot long fut intégrée dans les chœurs d' It’s a long, long way to Tipperary.

Le premier enregistrement[modifier | modifier le code]

Le nouvelle version fut publiée en 1912. Elle fit rapidement parler d'elle. En 1913, Florrie Forde, une artiste de music hall populaire à l'époque, décida de la mettre à son tour de chant lors de sa tournée de l'île de Man. Le premier enregistrement fut l'œuvre de John McCormack en 1914. Vint alors la Première Guerre mondiale.

La Grande guerre et la renommée mondiale[modifier | modifier le code]

La chanson doit essentiellement sa renommée à une coïncidence. Le 13 août 1914, un journaliste du Daily Mail, George Curnock, se trouvait en vacances à Boulogne-sur-Mer. Il suivit l'arrivée de la British Expeditionary Force en France, et écrivit en son journal l'anecdote du défilé des troupes entonnant la chanson.

George Curnock, « avec un cœur plein de fierté et d'envie » observa les soldats anglais, écossais, gallois et irlandais marcher vers le camp sur les hauteurs de Boulogne. « Chaque homme, dans la force de l'âge, sans un gamin parmi eux, clamant le slogan des Anglais :
“— Sont-ils abattus ?
— No-o-o-o-o-o-o-!
— Allons nous vaincre ?
— Ye-e-e-e-e-e-s-s.”
Leurs chemises sont ouvertes, et alors qu'ils chantent, l'on peut voir les muscles de leur poitrine, leurs bouches grandes ouvertes et leur dents éclatantes… »

Puis il nota de quelle façon étrange la chanson devint un hymne militaire. Il se trouvait sur le seuil d'un hôtel de Boulogne. Les troupes défilant chantèrent Soldiers of the Queen, Dolly Grey « et puis vint une chanson d'un autre style, nouvelle et inhabituelle pour moi -avec des chœurs irlandais… » Alors que les Connaught Rangers passaient, on lui demanda :
« — Quelle est donc cet air qu'ils chantent ?
Curnock répondit :
— Je ne sais pas, sans doute un nouvel air d'un de nos music-halls.
— Mais les paroles, m’sieu ?
— Madame, répondit-il alors que passait la deuxième compagnie des Connaught Rangers, ils chantent “It's a long u~ay to Tipperary it's a long uay to go” »

Curnock envoya cette histoire au Daily Mail, qui fut ensuite transmise à travers le monde qui prit connaissance de la chanson. Quand 20 ans plus tard, Curnock rencontra le Capitaine Dryden qui avait défilé à Boulogne, ce dernier lui raconta ce qu'il était arrivé précédemment. « J'ai entendu Tipperary pour la première fois, » expliqua le Capitaine Dryden « joué sur un accordéon par un musicien itinérant dans une rue de Galway. Ce devait être au début de 1913, alors que Florrie Forde la chantait à l'époque au music-hall. Notre bataillon, qui avait été stationné à Tipperary depuis 3 ans, reprit le chœur, et la chanta régulièrement au cours de marches en Irlande. »

« Quand la guerre fut déclarée, nous partîmes à Aldershot et l'air était des plus populaires parmi les hommes lorsque nous arrivâmes en France ; il était donc normal de le chanter à notre arrivée et sur le chemin du camp. »

« Les hommes le chantaient toujours quand ils rejoignirent Mennevret, près de Guise, mais engagés contre l'armée allemande à Mons le 23 août et le lendemain, ils durent creuser des tranchées et eurent peu de temps à consacrer à la chanson. Ils furent alors surpris d'entendre d'autre troupes entonner cet air. »

« C'était étrange que ce devait être les Connaught Rangers qui introduisirent Tipperary, parce qu'à vrai dire, les régiments irlandais n'avaient pas le droit de chanter au pas. »

Harry Williams devint rapidement un homme riche. Le Coventry Evening Telegraph décrivit le pèlerinage de Harry de son domicile à Greyfriar’s Green à Coventry pour effectuer une donation à l'appel de fond des Grands Invalides de la Première Guerre mondiale. De la gare, Harry fut poussé sur sa chaise à travers la foule chantant It’s A Long Way To Tipperary. La somme donnée, 1 000 £, était énorme pour l'époque. Il utilisa une partie des gains de la chanson pour acheter Plough Inn, un terrain et un cottage pour ses parents. De nos jours, l'hôtel a été rebaptisé The Tipperary Inn. Il se trouve à Meer End Road, A4177, Honiley, Kenilworth, sud-ouest de Coventry.

Mort de Harry Williams[modifier | modifier le code]

Harry Williams mourut à l'âge de 50 ans, le 21 février 1924. Il est enterré dans un caveau familial à Temple Balsall. La pierre tombale porte l'inscription suivante :

Author of It’s a Long Way to Tipperary, give me the making of the songs of a nation and let who will make its laws

Soit en français :

Auteur de It’s a Long Way to Tipperary, Confiez-moi le soin d'écrire les chants d'une nation et que d'autres se chargent de rédiger ses lois

Version alternative[modifier | modifier le code]

À noter qu'il existait une version finale grivoise du refrain :

That's the wrong way to tickle Mary,
That's the wrong way to kiss.
Don't you know that over here, lad
They like it best like this.
Hooray pour Les Français
Farewell Angleterre.
We didn't know how to tickle Mary,
But we learnt how over there.

Traduction française

C'est le mauvais chemin pour faire rire Mary
C'est le mauvais chemin pour embrasser.
Ne sais tu pas cela, mon gars
Elles préfèrent comme ceci.
Hourra « pour les Français »
Adieu « Angleterre ».
Nous ne savions pas comment faire rire Mary,
Mais c'est là que nous avons appris comment le faire

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