Isolationnisme américain

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L'isolationnisme est une tendance de la politique étrangère des États-Unis promouvant une intervention minimale dans les affaires du monde. Il est historiquement défendu par les deux franges de l’échiquier politique américain.

Slogan dans une manifestation anti-guerre antérieure à l'attaque de Pearl Harbor, tel que représenté dans le film de propagande Why We Fight (1942), destiné à retourner l'opinion publique sur ce sujet.

Histoire[modifier | modifier le code]

George Washington[modifier | modifier le code]

À l’origine historique de l’isolationnisme américain, on trouve la volonté de maintenir une politique consensuelle vis-à-vis des anciennes puissances colonisatrices (Royaume-Uni essentiellement, France, etc.). En effet, George Washington, lors de son second mandat, doit faire face à deux courants. Le premier, défendu par le secrétaire au Trésor Alexander Hamilton, souhaite un rapprochement avec le Royaume-Uni au détriment de la France. Le second mené par Thomas Jefferson s’oppose à toute concession aux ex-colonisateurs.

C’est pourquoi, il déclare dans son « message d’adieu » : « La grande règle vis-à-vis des nations étrangères est, en étendant nos relations commerciales, de n’avoir avec elles aussi peu de liens politiques possibles […]. L’Europe a toute une série d’intérêts de premier plan qui ne nous concernent pas ou qui ne nous touchent que de très loin […]. Notre véritable politique doit être d’éviter des alliances permanentes avec quelque partie que ce soit du monde étranger ». La souveraineté absolue et l’entière liberté des États-Unis est ainsi posée.

La doctrine Monroe[modifier | modifier le code]

Le 2 décembre 1823, lors d'un discours au congrès, le président James Monroe énonce le principe de ce qui deviendra la doctrine Monroe. Cette dernière annonce que le continent américain est dès lors fermé à toute tentative de colonisation européenne, qu'aucune intrusion dans la politique américaine de la part des Etats européens ne sera tolérée, et qu'en contre partie, toute intervention américaine en Europe est inenvisageable.

Woodrow Wilson[modifier | modifier le code]

Avec le retour des démocrates à la Maison Blanche en 1912, l’isolationnisme devient la matrice de la politique étrangère américaine. Après s’être opposé à toute grande intervention extérieure, Woodrow Wilson est réélu avec le slogan : « Il nous a gardé hors de la guerre[1] » .

À partir de la signature des traités de paix suivant la première guerre mondiale, Wilson tente de promouvoir sa doctrine d'une diplomatie ouverte et pacifique. Pour cela, il compte sur la Société des Nations dont il soutient la création. Le Congrès des États-Unis refuse cependant de le suivre et ne ratifie pas le traité fondateur de l'organisation.

Celle-ci n'est pas respectée par les régimes autoritaires, et son échec lors de la Seconde guerre italo-éthiopienne scellera son sort. Les États-Unis entrent alors dans une période d'isolationnisme. Cette tendance se renforcera avec la crise de 1929 et le président Roosevelt ne parviendra pas à intéresser ses concitoyens au conflit qui se déroule en Europe et à l'Extrême-Orient.

Il faudra attendre la Charte de l'Atlantique et l'attaque de Pearl Harbor le pour que les États-Unis reviennent aux affaires du monde.

Droite du parti républicain[modifier | modifier le code]

À la toute droite de l'échiquier politique, on retrouve une frange d'isolationnistes fondant leur conviction sur un point de vue moral voire religieux du monde et de la place que doivent y occuper les États-Unis.

Ainsi, les fondamentalistes chrétiens pensent que seuls les États-Unis peuvent leur offrir un cadre au niveau de leur exigence morale. C’est pourquoi ils critiquent violemment l’ONU, comme le pasteur Pat Robertson affirmant qu'il existe un complot onusien pour étouffer la première puissance mondiale.

Cette tendance peut, à l’instar de leurs pendants libéraux, s’ajouter à une critique du libre-échange. C’est ainsi que l’ALENA a été la cible de leurs critiques. De même, Ross Perot, candidat à la présidence en 1992, et Pat Buchanan, candidat en 2000, dénoncent le commerce avec le Mexique ou défendent un repli de l’Amérique sur elle-même et ses valeurs.

Cette tendance se traduit enfin par la réticence des États-Unis à s’acquitter de leur contribution aux Nations unies. C’est ainsi que Jesse Helms, sénateur de Caroline du Nord et président de la commission sénatoriale des Affaires étrangères bloque cette contribution. Il déclare : « Les Américains sont alarmés par les prétentions de la part de l’ONU d’exercer un monopole de légitimité internationale. Ils y voient une menace aux libertés qui viennent de Dieu, une exigence politique sur l’Amérique et ses dirigeants élus sans le consentement de la population »[2].

Parti républicain[modifier | modifier le code]

Le programme de George W. Bush, lors de son élection, contient des éléments isolationnistes. Cela se traduit par exemple par un désengagement du conflit israélo-palestinien avant le 11 septembre 2001, à partir duquel l'administration Bush rejette l'isolationnisme pour se rapprocher du point de vue des néoconservateurs.

Parti démocrate[modifier | modifier le code]

Gauche du parti démocrate[modifier | modifier le code]

À partir de la fin du XIXe siècle, un mouvement s'oppose aux politiques impérialistes de l'époque. Il oppose les moyens engagés dans ces politiques aux politiques sociales internes et aux valeurs de démocratie. William Jennings Bryan est à la tête d'un mouvement qui le portera trois fois à la candidature à la présidence.

Pour William Appleman Williams, les États-Unis ont bâti leur prospérité sur ce qu'ils ont pris aux autres pays. Il dénonce un « empire comme mode de vie[3] ».

Plus récemment, une frange plus extrême de la gauche rejette le capitalisme mondial et la politique extérieure actuelle. Elle souhaite consacrer une part importante du PIB aux programmes sociaux plutôt qu'aux programmes de défense. C'est une partie de la ligne de Ralph Nader, candidat du parti Vert en 2000.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « He kept us out of war »
  2. Discours du 20 janvier 2000
  3. Empire as a Way of Life, Oxford University Press, New York, 1980