Ismail Enver

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Ismail Enver
Enver Pacha
Ismail Enver
Ismail Enver

Naissance
Constantinople, Empire ottoman
Décès (à 40 ans)
Turkestan, RSFSR
Allégeance Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman
Unité 3e armée
Grade Birinci Ferik
Ministre de la Guerre
Conflits Guerre italo-turque
Guerres balkaniques
Bataille de Sarıkamış
Révolte basmatchi
Première Guerre mondiale
Autres fonctions Révolutionnaire

Ismail Enver (né le à Constantinople, mort le ), connu par les Européens pendant sa carrière politique sous les noms d'Enver Pacha (turc : Enver Paşa ) ou Enver Bey, était un officier militaire turc, qui fut l'un des chefs de la révolution Jeunes-Turcs et le ministre de la guerre de l'Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et famille[modifier | modifier le code]

Il naquit à Constantinople le , au sein d'une famille d'origine gagaouze[1] convertie à l'Islam au XVIIIe siècle en Crimée. Son père, un employé ferroviaire turc, voulait qu'Enver ait la meilleure éducation possible, c'est ainsi que ce dernier effectua une partie de ses études en Allemagne. Il entra dans l'armée ottomane quelques années plus tard et reçut une formation militaire moderne dans la garde prussienne où il fut fortement influencé par les idées occidentales.

La carrière militaire et la révolution des Jeunes-Turcs[modifier | modifier le code]

En 1902 il fut affecté en Macédoine pour lutter contre les maquisards nationalistes grecs et bulgares.

Il rejoignit en 1906 les Jeunes-Turcs, un groupe politique libéral et réformiste. Il fut l'un des principaux organisateurs de la révolution militaire qui obligea le sultan Abdülhamid II à rétablir la constitution ottomane de 1876, et il fut également responsable du coup d'État qui obligea le sultan à abdiquer. Il passa par la suite quelque temps à Berlin, puis on lui demanda de revenir à Istanbul pour écraser la contre-révolution islamiste qui visait à rétablir le pouvoir du sultan.

En 1911, il épousa Nadjié (née en 1899), petite-fille du Sultan Abdulmedjid et nièce du Sultan Mehmed V. Il devint ainsi membre de la famille impériale. Il s'agissait d'un mariage arrangé pour des raisons politiques, les mariés se rencontrèrent pour la première fois après le mariage.

En 1911 et en 1912, il dirigea les guérillas en Tripolitaine, durant le conflit contre l'Italie. Il revint à Istanbul pour la guerre des Balkans qui marqua la fin de la souveraineté ottomane dans les Balkans, après la révolte des Jeunes-Turcs en janvier 1913.

Les années de pouvoir[modifier | modifier le code]

Lors du coup d'état ottoman de 1913 (en), il convoqua le comité directeur d'« Union et Progrès » et avec des officiers radicaux, il décida de prendre le pouvoir. En janvier 1913, il envahit le siège du gouvernement (la Sublime Porte), tua à bout portant le ministre de la guerre Nazim Pacha et chassa Kamil Pacha et les membres du cabinet. Après avoir renversé le gouvernement, il constitua un triumvirat composé de lui-même, de Talaat Pacha et de Djemal Pacha, connus comme les « Trois pachas ». Le triumvirat se fit alors octroyer les pleins pouvoirs par une chambre terrorisée et mit le parlement en vacances. Un groupe de politiciens protesta contre les agissements autoritaires d'Enver, ils furent arrêtés et pendus.

En juillet 1913, il s'engagea en Bulgarie où il reprit Edirne. On le nomma dès lors le conquérant d'Edirné. Il créa l'Organisation spéciale, destinée à des actions de subversion[2].

Après l'assassinat du grand vizir Mahmoud Chevket le , les fédéralistes libéraux sont énormément affaiblis et les unionistes reprennent le pouvoir. Épousant Naciye, la nièce du sultan, il renforce sa position et obtient une certaine immunité face à ses adversaires politiques.

La Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Article connexe : Génocide arménien.

Persuadé qu'il aurait un grand avenir, il engage l'Empire ottoman dans le camp des puissances centrales durant la Première Guerre mondiale. L'Allemagne a tellement confiance en lui que les autorités allemandes parlent d'Enverland pour désigner la Turquie. Dans son esprit, la guerre lui permettrait de devenir le chef incontestable et incontesté de l'Empire ottoman, et de pouvoir mettre en œuvre ses idées panturquistes. Il transforme le Sultan Mehmed V, vieux et craignant de subir le sort de ses deux frères détrônés et emprisonnés, en un chef d'État qui n'a aucun pouvoir réel et qui signe tout ce qu'on lui envoie sans poser la moindre question. À ce point que Mehmed V n'était même pas au courant que son État allait entrer en guerre aux côtés de l'Allemagne.

Freiner l'expansionnisme russe dans le Caucase devient alors un impératif absolu. Ismail Enver dirige personnellement la bataille de Sarıkamış en décembre 1914 contre les Russes. Insuffisamment préparée, cette opération est un désastre stratégique. En janvier 1915, l'armée est ensevelie sous les neiges et 80 000 des 100 000 soldats engagés sur le font russe meurent, non pas en raison des affrontements mais du froid. Il sauve sa propre vie de justesse et ne participe plus à aucune opération militaire. De peur de briser le moral national, une censure sévère est appliquée sur cette page sombre de l'Histoire dont les détails n'ont été divulgués que des années plus tard.

En avril 1915, en pleine guerre, il donne l'autorisation à Talaat Pacha, le ministre de l'intérieur, d'organiser la persécution des peuples chrétiens de l'empire, ce qui aboutit aux massacres des Assyriens et des Grecs pontiques ainsi qu'au génocide arménien.

Quelques jours après la victoire des Alliés en 1918 et la signature de l'armistice de Moudros le 30 octobre 1918, il démissionne et s'enfuit le , à bord d'un sous-marin allemand, pour l'Allemagne puis en Asie centrale. Les trois pachas sont condamnés à mort par contumace en 1919 par les cours martiales turques pour leur participation au génocide arménien ; néanmoins les autorités ne font rien pour les retrouver.

Après la guerre : panturquisme[modifier | modifier le code]

Il se réfugie en Allemagne à Neubabelsberg. Il tente de rentrer en Turquie en 1920 pour reprendre la tête du mouvement nationaliste mais l'influence de Mustafa Kemal l'en empêche. Il participe au congrès des peuples d'Orient organisé à Bakou par l'Internationale communiste, et qui réunit les peuples turcophones de la Russie soviétique et de l'étranger.

Il prend alors contact avec des officiers allemands pour continuer la guerre en Asie centrale contre le Royaume-Uni. Son objectif était d'unifier les forces armées turcophones de l'Asie centrale avec les unités de l'armée rouge pour créer un Turkestan indépendant.

Il se rapproche donc par la suite des bolcheviks et il part pour le Turkestan (actuels Ouzbékistan et Tadjikistan) pour réprimer une révolte panislamique, mais il trahit l'URSS pour organiser une résistance musulmane face aux communistes en s'appuyant sur les peuples turcophones de l'Asie centrale dans une optique panturquiste.

Après avoir bataillé pendant plus d'un an et remporté quelques succès éclatants (comme la prise de Douchanbe), il voit ses ressources s'épuiser et ses derniers compagnons de lutte le quitter. Sa petite armée comptait 7 000 hommes au départ. Trotsky envoie contre lui la première armée de cavalerie de Semion Boudienny.

Les circonstances de sa mort ne sont pas très claires. Selon certains, désespéré, abandonné de tous, il monta sur son cheval Derviche, en grande tenue, et décida de charger seul un bataillon de l'armée rouge, à la suite de l'assaut donné contre le village de Chagan, son dernier repaire. Près de Baldzhuan au Tadjikistan, il s'élança à travers la plaine vers les fantassins russes et le commandant du bataillon, l'Arménien Hagop Melkoumyan, donne l'ordre de tirer sur lui. Il est tué le , après sa mort, le bataillon soviétique poursuit sa route comme si rien ne s'était passé.

Au printemps suivant les Russes découvrent son corps couché dans la steppe. Son uniforme de général et ses décorations ont permis de l'identifier, sa poitrine était percée de sept balles[3].

Hommages[modifier | modifier le code]

Le , le corps d'Enver est rapatrié en Turquie depuis le Tadjikistan. Il a été enterré comme un héros national sur la Colline du temple de la Liberté (Abide-i Hürriyet Tepesi), à Şişli, sur la rive européenne d'Istanbul.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (tr) Şevket Süreyya Aydemir, Enver Paşa, Istanbul, Bilgi,‎ .
  2. L’Organisation spéciale.
  3. Jean Mabire, « Enver Pacha sous le signe du croissant et du cimeterre, le rêve d'un empire turc des peuples touraniens », Terre et Peuple, no 17,‎ , p. 33.

Voir aussi[modifier | modifier le code]