Islam en Roumanie

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Le dôme de la grande mosquée de Constanza, élevée en 1911 par le roi Carol I pour la communauté musulmane de la ville.

L’islam en Roumanie est une religion pratiquée par environ 0,3 % de la population, présente depuis plus de 600 ans dans le pays, en particulier dans la région traditionnelle de Dobrogée, une province de la côte de la mer Noire qui a fait partie de l'Empire ottoman pendant presque cinq siècles (1422-1878).

La Roumanie compte environ 58 000 musulmans, en majorité sunnites hanéfites[1]. La plupart d'entre eux sont issus de la communauté turco-tatare de Roumanie, et près de 85 % de ces musulmans vivent dans le Județ de Constanza, 12 % dans celui de Tulcea et les autres vivent dans des centres urbains comme Bucarest, Brăila, Călărași, Galați, Giurgiu et Drobeta Turnu-Severin.

Ethniquement, les musulmans de Roumanie sont en majorité Tatars (Tatars de Crimée avec un certain nombre de Nogaïs), suivi de Turcs, d'Albanais, d'une partie des Roms ainsi que de quelques dizaines de milliers de Libanais, Syriens, Égyptiens, Jordaniens ou Palestiniens (c'est de ces derniers qu’est issu le Secrétaire d’État à la Santé depuis 2007, le dr. Raëd Arafat). La communauté musulmane roumaine est représentée par la Liga Islamică și Culturală din România (Ligue culturelle et islamique de Roumanie).

Histoire[modifier | modifier le code]

Mosquée Carol I de Constanza.

Contrairement à ce qui se passe en Europe occidentale où beaucoup de musulmans sont des immigrés récents, souvent en situation socio-économique modeste et issus d'anciens empires coloniaux, en Roumanie les musulmans, Roms exceptés, sont en général d’implantation fort ancienne, et ont été, durant des siècles, en situation socio-économique et politique dominante, notamment aux époques de la “Horde d'or“ tatare (XIIIe siècle) et de l’Empire ottoman turc (du XVe siècle au XIXe siècle). De ce fait, ils ont un niveau d’instruction généralement élevé, leur islam (sunnite hanéfite) est modéré, et beaucoup sont propriétaires fonciers (même s’ils en ont été privés durant le régime communiste). Les Arabes venus du Moyen-Orient depuis la fin du XXe siècle ont aussi un niveau d’éducation élevé, et pratiquent un islam sunnite hanéfite. Traditionnellement, les musulmans considèrent la Roumanie comme située dans le “Dar el Ahd“ (arabe : دار العهد, terme décrivant la relation de l’Empire ottoman avec les principautés roumaines tributaires).

La communauté musulmane s’est historiquement constituée à partir d’apports venus à différentes époques et de différents horizons :

Après la Première Guerre mondiale, le gouvernement de Ion Brătianu a accordé le maintien des droits civiques aux non-chrétiens. Après la Seconde Guerre mondiale, la communauté musulmane, comme les autres confessions de Roumanie, a été sujette à la répression de l’État pendant la dictature communiste, qui, officiellement, était athée[4]. Les écoles turques et tatares ont été fermées en 1957, le séminaire musulman de Medgidia qui formait les cadres religieux a été fermé en 1967. De plus, les publications musulmanes ont longtemps été interdites, ainsi que le pèlerinage à La Mecque. Les libertés ont été rétablies, les écoles et le séminaire rouverts après la Libération de 1989.

Les Tatars Criméens et “Nogay“ sont surtout présents dans le département de Tulcea, principalement dans les villes de Isaccea et de Babadag. Une partie des Tatars ont quitté la région après la guerre russo-turque de 1877-1878.

Aujourd’hui, 85 % des musulmans d’origine turque et tatare vivent en Dobrogée où ils formant 6 % de la population totale. Ils sont représentés au Parlement par l’Union démocratique des Tatars turco-musulmans de Roumanie. Le centre culturel de l’islam de Roumanie reste la ville de Constanza mais c’est dans la ville de Mangalia que se trouve l’une des plus grandes mosquées de Roumanie, construite en 1525.

Le patrimoine historique et culturel des musulmans de Roumanie est renommé sur plusieurs plans :

  • à Medgidia, la mosquéeAbdülmecit Cami“ (du nom du 101-ème et dernier Calife) est un monument historique classé, de même que celle d’“Esmahan Sultan Cami“ de Mangalia, la plus ancienne du pays, construite en 1456, trois ans seulement après la chute de Constantinople ;
  • à Constanza, on montre dans la vieille ville l’ancienne mosquée ottomane “Hünkiyâr Cami“ faisant face à l’ancienne synagogue “des Romaniotes“ ;
  • musique, cuisine, tissage de kilims et élevage de chevaux de race sont également des activités liées au patrimoine culturel de la communauté et font l’objet de festivals réguliers.

La communauté musulmane de Roumanie est à l’origine de la fondation de deux villes : Babadag et Medgidia, où elle reste très présente. En tant que communauté, elle envoie deux députés au Parlement de Bucarest (un turc et un tatar), puisque la constitution roumaine permet l’existence de partis politiques ethniques.

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Référence et notes[modifier | modifier le code]

  1. Source: Recensement de 2002 en Roumanie sur [1]
  2. Les Onoghoures, Khazars, Pétchénègues et Coumans venus auparavant étaient turcophones, mais non musulmans.
  3. À ce moment, les Russes étendent le nom de “Bessarabie“ à toute la Moldavie orientale, y compris la partie qui n'était pas province turque
  4. Selon Victor Frunză : Histoire du communisme en Roumanie, ed. EVF, Bucarest, 472 pp., ISBN 978-973-9120-50-0, la Roumanie communiste était athée, mais non laïque, car l’état rémunérait les membres des clergés encore autorisés à exercer, mais le Parti exigeait en échange qu’ils informent régulièrement la Securitate de leurs activités et de la vie de la paroisse.