Islam en Europe

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Islam en Europe
En 2010, les musulmans potentiels sont :[1]

Selon le Zentralinstitut Islam-Archiv-Deutschland, le nombre de musulmans en Europe en 2007 était d'environ 53 millions, dont 16 millions dans l'Union européenne, 25 millions en Russie, 5,7 millions dans la partie européenne de la Turquie, 5,5 millions en France, 3,5 millions en Allemagne, 1,5 million en Grande-Bretagne, 1 million aux Pays-Bas et en Italie soit un peu plus de 7 % de la population européenne totale de 730 millions[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Premiers contacts[modifier | modifier le code]

Article connexe : Guerres arabo-byzantines.
Héraclius premier dirigeant européen à entrer en contact avec l'islam

Les premiers contacts entre l'Europe et l'islam sont établis quasiment dès la naissance de la religion musulmane. Des correspondances entre le prophète de l'islam et l'empereur byzantin Héraclius invitant ce dernier à se convertir à l'islam sont attestées par une lettre qu'Héraclius a reçue. Bien que l'empereur byzantin n'ait pas consenti à accepter l'islam, cet évènement marque le début d'une relation plus que millénaire où on verra les deux mondes, Occident et Orient, s'affronter, se haïr, mais aussi échanger, découvrir et se respecter.

Feu grégeois, secret de la résistance byzantine sur la flotte arabe

La première grande bataille verra s'affronter Théodore, frère de l'empereur Héraclius et les musulmans dont le principal général musulman Khalid ibn al-Walid à la bataille de Yarmouk ou les troupes byzantines seront entièrement décimées ouvrant le passage vers le nord du Moyen-Orient aux armées musulmanes. Une à une les grandes villes de la région comme Jérusalem ou Damas future capitale du califat Omeyyade sont prises par les troupes des quatre premiers califes essentiellement, aidés par une population lasse des conditions de vie imposés par les Byzantins. Pendant ce temps là leur extension à l'Est vers l'Empire perse ancien rival des byzantins et à l'Ouest vers l'Afrique du Nord et la péninsule ibérique continuait.

En 674 les Arabes sont devant Constantinople, défaits, ils tenteront vainement une seconde fois en 717. Les murs solides de la ville résistent, le feu grégeois anéantis la flotte arabe, la menace est repoussée mais les empereurs byzantins doivent se rendre à l'évidence, en à peine un demi siècle depuis la lettre à Héraclius, l'islam était aux portes de l'Europe. C'est le début d'une longue tension frontalière au Proche-Orient, qui verra passer les croisades, et qui se prolonge encore aujourd'hui à travers la division de Chypre entre partie nord, d'influence turque et musulmane, et partie sud, d'influence grecque et chrétienne.

Péninsule ibérique[modifier | modifier le code]

Tariq Ibn Ziyad

Quasiment à la même époque que le second siège de Constantinople à l'autre extrémité de l'Europe, la situation était plus favorable aux troupes musulmanes. Après avoir conquis l'Afrique du Nord les troupes musulmanes renforcées par des soldats berbères nouvellement convertis comme le général Tariq ibn Ziyad répondent favorablement à l'appel de Musa ibn Nusair pour une incursion dans la péninsule ibérique.

L'Espagne wisigoth affaiblie par des querelles de pouvoir et les maladies doit affronter subitement l'arrivée d'un nouvel ennemi qui s'ajoute aux Francs et aux Basques dans le nord. En deux mois, lors de la bataille de Guadalete, l'Espagne wisigoths est menée à sa chute et en moins d'une décennie les arabes ont déjà traversés les Pyrénées, Al Andalus est fondé dans la foulée de la conquête. Parallèlement c'est en 718 dans les Asturies, un mouvement de résistance émerge. C'est le noyau de la future Reconquista. La péninsule ibérique sera suite à la chute des Omeyyades à Damas le siège du nouveau califat qui contrairement au abbassides de Bagdad tournés vers l'Inde, la Chine et l'empire byzantin, assoira regardera essentiellement sur l'Europe et particulièrement sur la Méditerranée qui ne tarde pas à devenir un lac musulman. Les califes de Cordoue se lanceront dans une série de constructions comme de châteaux forts comme le château de Gormaz, de mosquées comme la Grande mosquée de Cordoue ou de palais.

Au XIe siècle le califat de Cordoue s'effondre et laisse place à une vingtaine de taïfas. Bien que divisés les taïfas vont revivifier des parties de la péninsule jusque là ignorés du temps du califat. Un demi-siècle plus tard, les Almoravides réunifieront la péninsule et ralentiront la Reconquista avant d'être renversés par les Almohades en 1147. La reconquête chrétienne ne s'arrête pas pour autant et en 1238 on ne dénombre plus qu'un seul État musulman, le royaume de Grenade qui mourra lentement jusqu'en 1492 qui marque la fin de la Reconquista en Espagne.

France[modifier | modifier le code]

Article connexe : Islam en France.

Ailleurs en Europe l'arrivée de cette nouvelle nation n'est pas prise comme une menace du moins tout au départ. Le continent déjà en proie aux différents païens venus du Nord ou de l'Est comme les Hongrois ou les peuples Germains considérait tout au plus ce nouvel arrivant comme un nouveau peuple païen venu du Sud.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Une approximation donne pour chiffre en 2007 environ 53 millions de musulmans en Europe (en incluant les parties européennes de la Turquie et de la Russie) dont environ 16 millions dans l'Union européenne[2]. La grande majorité des musulmans en Europe occidentale sont des immigrants, ou descendant d'immigrants, arrivés dans les années 1960 et 1970. Les musulmans habitant les Balkans sont des populations européennes qui furent converties durant la présence ottomane et il existe une importante communauté musulmane en Russie.

On compte cinq pays à majorité musulmane en Europe : l'Albanie, l'Azerbaïdjan, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo et la Turquie.

Ci-dessous la liste des dix pays d'Europe ayant la plus forte proportion de musulmans :

  1. Turquie (98 %)
  2. Azerbaïdjan (98 %)
  3. Kosovo (92 %)
  4. Albanie (82 %)
  5. Bosnie-Herzégovine (45-50 %)
  6. Macédoine (35 %)
  7. Chypre (23 %)
  8. Montenegro (18 %)
  9. Bulgarie (8-13 %)
  10. Russie (12 %)

Conversions[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

En France, selon une étude de l'INED et de l'Insee publiée en octobre 2010, il y aurait de 70 000 à 110 000 convertis[3],[4],[5],[6],[7], et 4 000 personnes se convertiraient à l'islam par an[8].

Djelloul Seddiki, directeur de l'Institut de Théologie El Ghazali de la Grande Mosquée de Paris, avance le chiffre de 1 million de convertis en France en 2013[9].

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Au Royaume-Uni, le nombre de convertis à l'islam est passé d'environ 60 000 en 2001 à plus de 100 000 en 2011. Environ 5 200 hommes et femmes ont adopté l'islam en 2011, dont 1 400 à Londres. Près des deux tiers étaient des femmes, plus de 70 pour cent étaient blancs et l'âge moyen de conversion est de 27 ans[10].

Identités musulmanes en Europe[modifier | modifier le code]

Olivier Roy indique que le fait d'être musulman n'est qu'un élément parmi d'autres de l'identité des immigrants de la première génération. Leur identification avec l'aire d'origine est beaucoup plus forte : ils sont tout d'abord Algériens, Marocains, Tunisiens d'autres s'identifient par leur culture ou leur langue Arabes, Berbères (Kabyles, Chleuhs, Rifains), etc. Ce n'est pas aussi vrai avec la seconde génération, qui bien souvent ne parle même pas la langue des parents. Cette observation, pourtant, n'est généralement pas valable dans le cas de certaines minorités comme les Turcs qui peuvent largement maintenir leurs liens culturels avec leur pays d'origine grâce au développement international des médias de leur pays. Toujours selon Olivier Roy, on assiste progressivement, sous les effets de la mondialisation et de la déculturation, au découplage entre religion et culture traditionnelle, comme cela s'est fait dans le christianisme. Ainsi l'islam qui prend racine en France et en Europe n'est pas un islam « civilisationnel » mais se veut « pure religion ». Selon lui, cette déculturation du religieux est la condition nécessaire à l'émergence d'un islam européen (en), même si le contenu théologique ne change pas plus que celui du catholicisme au cours des siècles[11].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jocelyne Dakhlia et Bernard Vincent (dir.), Les musulmans dans l'histoire de l'Europe - Tome I : une intégration invisible, Albin Michel, coll. « Bibliothèque Histoire »,‎ 2011, 652 p. (ISBN 978-2-226-20893-4).
  • Mohammed Arkoun, Histoire de l'islam et des musulmans en France, Albin Michel,‎ 2006, 1220 p. (ISBN 978-2-226-17503-8).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pew Forum, étude[1][2] janvier 2011[3][4]; recensement Bulgarie 2011; recensement République d'Irlande 2011;
  2. a et b In Europa leben gegen­wärtig knapp 53 Millionen Muslime, Zentralinstitut Islam-Archiv-Deutschland, 2007
  3. Mosquées : à 2,1 ou 5 millions, les musulmans manquent toujours de places, SaphirNews, Interview de Patrick Simon, lundi 21 mars 2011
  4. France : comment est évalué le nombre de musulmans, Le Figaro, 7 avril 2011
  5. Site "Trajectoire et Origine" de l'INED
  6. (en) Craig S. Smith, « Europe Fears Islamic Converts May Give Cover for Extremism », sur The New York Times,‎ 19 juillet 2004 (consulté en 1er août 2009)
  7. Claire Chartier, « La France des convertis », sur L'Express,‎ 26 janvier 2006 (consulté en 1er août 2009)
  8. Ralph Stehly, Professeur d'histoire des religions
  9. Kalmel Meziti, Dictionnaire de l'islamophobie, Bayard Jeunesse, 2013, p.351
  10. How 100,000 Britons have chosen to become Muslim... and average convert is 27-year-old white woman, Daily Mail, 5 juin 2011
  11. Olivier Roy, « L'islam européen n'est pas un islam civilisationnel » in Le monde des religions, no 37, septembre-octobre 2009, p. 49

Voir aussi[modifier | modifier le code]