Islam au Sénégal

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La grande mosquée de Saint-Louis du Sénégal

L'islam est la religion prédominante au Sénégal, où les musulmans sont estimés à 94 %[1] de la population, affiliés dans leur immense majorité au soufisme. La structuration de la société autour du soufisme et des marabouts fait du Sénégal un pays à part dans le monde musulman, bien qu'il fasse partie de l'OCI. Il existe des rivalités entre les confréries, qui ont une influence politique sur le pays. Du fait de l'hétérodoxie de certaines pratiques religieuses propres au Sénégal, un mouvement plus orthodoxe et plus rigoriste a pris de l'ampleur au début des années 2000, le mouvement Ibadou Rahmane[2].

L'islam est présent au Sénégal depuis plus de mille ans, mais il est devenu majoritaire assez tardivement, au début du XXe siècle, lorsque différents peuples se sont unis pour lutter contre la colonisation française.

Histoire[modifier | modifier le code]

Apparition de l'islam au Sénégal[modifier | modifier le code]

À la fin du XIe siècle, la dynastie almoravide établie au Maghreb et en Andalousie entreprend l'islamisation de la région du Sénégal[3]. Elle s'effondre au milieu du XIIe siècle, mais affaiblit malgré tout l'empire du Ghana déjà déclinant. Cet empire va être intégré dans l'empire du Mali, officiellement musulman, qui apparaît au XIIIe siècle. L'empire Djolof apparaît à la même époque, et réunit plusieurs peuples du Sénégal dans la région de Sénégambie. Dans cet empire qui crée une culture homogène et une langue commune, les musulmans cohabitent avec la religion traditionnelle des Wolofs, le ceddo. L'islam y gagne une influence avec les marabouts mandingues, soninkes ou peuls. Au XIXe siècle, alors que la domination coloniale se fait plus grande, des conflits apparaissent entre le clergé ceddo et musulman. Cette domination européenne conduit à des djihads en Afrique de l'Ouest, qui font progresser l'islam. C'est ainsi que la noblesse Djolof se convertit complètement à l'islam à la fin du XIXe siècle.

photographie d'Ahmadou Bamba, fondateur du mouridisme

La colonisation française et l'islam moderne[modifier | modifier le code]

De nombreuses batailles vont avoir lieu entre différentes forces musulmanes et l'armée coloniale pour contrôler le territoire du Sénégal. L'islam parvient mal à faire l'unité en dépassant les chefferies locales. Dès avant l'arrivée des colons, elles se faisaient la guerre et maintenaient en esclavage les classes les plus basses. En 1852, Oumar Tall lance un premier djihad à l'Est du Sénégal. De son côté, Louis Faidherbe gouverne la colonie française qui commence à se structurer entre 1854 et 1865. Il repousse Oumar Tall et les Toucouleurs au siège du fort de Médine en 1857. Au Cayor, Lat Dior commence à régner en 1861. Il bat à Ngolgol les Français alliés à Madiodio. Après une interruption, il régnera jusqu'en 1883. Finalement, les djihads lancés par différents chefs régionaux vont échouer. En 1875, la bataille de Samba Sadio voit la victoire des Français alliés à Lat Dior sur le cheikh Ahmadou Ba. Des marabouts ou des cheikhs commencent à fonder des confréries dans de nouvelles villes, comme Ndiassane, fondée en 1883 par le cheikh Bou Kounta, dans une logique de développement de l'islam sous un pouvoir colonial avec lequel on peut coopérer.

Cette même année, Ahmadou Bamba fonde le mouridisme. Ce chef spirituel était vénéré par de nombreux chefs musulmans qui luttaient contre l'armée coloniale. Il a une aura immense auprès de la population, qui lui vaudra d'être exilé au Gabon en 1895, puis après son retour, en Mauritanie en 1903[4]. Son mausolée à Touba, la ville sainte du mouridisme, est visité par des milliers de pèlerins.

Le pouvoir colonial français triomphe en octobre 1886 avec la défaite et la mort de Lat Dior à la bataille de Dékhélé[5]. Il en résulte l'annexion du Cayor. D'autres territoires vont être annexés, et l'Afrique-Occidentale française est créée en 1895. Elle sera dissoute en 1958, et deux ans plus tard, le Sénégal proclame son indépendance, au sein de l'éphémère Fédération du Mali.

L'islam actuel[modifier | modifier le code]

Les marabouts[modifier | modifier le code]

Cela fait partie de la foi musulmane au Sénégal que les marabouts ont le pouvoir de guérir les maladies et de garantir le salut[6] des fidèles. La plupart des marabouts ont reçu cette fonction de leur père. Ils doivent enseigner et conseiller les fidèles, bien connaître le Coran, présider des cérémonies variées. Ils fabriquent des amulettes pour attirer la chance. Dans certains cas, ils guident activement la vie des fidèles[7]. Ils vivent des donations et l'obligation de leur venir en aide se transmet de génération en génération au sein des familles.

Structuration des confréries[modifier | modifier le code]

Les membres des confréries soufies vouent une grande obéissance à leur marabout, c'est-à-dire au chef spirituel, qui est l'héritier de la baraka du fondateur de la confrérie. Les fondateurs de chaque confrérie sont considérés comme des mujaddids de l'islam par leurs disciples[8]. Au Sénégal, les marabouts sont organisés selon une hiérarchie très structurée, où les plus élevés ont de fait un statut de dirigeant.

Les confréries soufies[modifier | modifier le code]

entrée de la grande mosquée de Touba, l'une des plus grandes d'Afrique

Les musulmans sénégalais sont quasiment tous membres d'une confrérie soufie. Les deux principales sont la confrérie mouride et la tidjaniyya. La confrérie qadiriyya est aussi présente, de même que la confrérie des layènes. En général, on devient membre d'une confrérie par tradition familiale ou par adhésion au marabout.

La confrérie Mouride a été fondée par Ahmadou Bamba au début du XXe siècle[9], et est basée à Touba. Elle constitue une véritable entité administrative et sa gestion est autonome, sans forces de police, par exemple. Le chef de la cité, le calife, est Sérigné Sidy Mukhtar Mbacké[10].

La tidjaniyya a été fondée en Afrique du Nord à la fin du XVIIIe siècle par Ahmed Tijani. Elle est maintenant répandue principalement en Afrique de l'Ouest, surtout au Sénégal, en Mauritanie et au Mali. Au Sénégal, elle est basée principalement à Tivaouane.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Présentation du Sénégal sur le site du Ministère français des Affaires étrangères
  2. Article de SlateAfrique sur les enjeux de l'islam au Sénégal
  3. Histoire de l'islam sur le site Senegal-Online
  4. Biographie d'Ahmadou Bamba sur un site sénégalais
  5. Chronologie du Sénégal, sur le site Senegal-Online
  6. La notion chrétienne de salut n'existe quasiment pas dans l'islam orthodoxe. Néanmoins celle de jugement après la mort est très importante.
  7. Description des marabouts sur un site sénégalais
  8. Cette interprétation s'appuie sur un hadith d'Abu Daoud (livre 37, n°4278) affirmant qu'Allah envoie pour l'oumma tous les cent ans des hommes qui renouvellent la foi musulmane.
  9. Article sur les confréries au Sénégal
  10. Site officiel de la confrérie mouride