Isabelle de France (1295-1358)

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Isabelle de France

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Isabelle retournant en Angleterre avec son fils Édouard III, par Jean Fouquet

Titre

Reine consort d'Angleterre

25 janvier 130825 janvier 1327
(19 ans, 0 mois et 0 jour)

Prédécesseur Marguerite de France
Successeur Philippa de Hainaut
Biographie
Dynastie Capétiens
Naissance v. 1295
Paris (France)
Décès 22 août 1358
Château de Castle Rising (Angleterre)
Père Philippe IV de France
Mère Jeanne Ire de Navarre
Conjoint Édouard II d'Angleterre
Enfants Édouard III Red crown.png
Jean d'Eltham
Aliénor d'Angleterre
Jeanne d'Angleterre
Religion Catholicisme
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Liste des reines d'Angleterre

Isabelle de France (v. 1295 à Paris-22 août 1358), reine d'Angleterre, était la seule fille parmi les enfants survivants de Philippe IV le Bel et de son épouse Jeanne de Champagne, reine de Navarre. La reine Isabelle était connue à son époque pour sa beauté, son habileté diplomatique et son intelligence. Contrairement à une idée largement répandue, elle ne fut jamais surnommée la « Louve de France » par ses contemporains – épithète utilisée pour la première fois par W. Shakespeare au sujet de Marguerite d'Anjou, et appliquée plus tard à Isabelle au XVIIIe siècle. Elle fut reine et épouse d’Édouard II d’Angleterre.

Isabelle vint en Angleterre à 12 ans, dans une période de conflit grandissant entre le roi et la puissante faction des barons du royaume : son nouvel époux comblait notoirement de grâces son favori le comte de Cornouailles, Pierre de Gabaston, (ou Piers Gaveston), au détriment des anciennes familles du royaume. Cependant, Isabelle apporta son soutien à son mari dans ces premières années, usant de ses relations avec la cour de France pour asseoir du même coup sa propre autorité dans son pays d’adoption. Après la mort de Gabaston en 1312 entre les mains des barons, Édouard choisit un nouveau favori, Hugues le Despenser le Jeune, et tenta de se venger : il en résulta la Guerre des Despenser, et une période de répression à l’intérieur du royaume. Isabelle ne pouvait accepter le nouveau favori. En 1325, le couple royal était au bord de la rupture.

Voyageant en France sous le prétexte d’une mission diplomatique, Isabelle entama une relation adultérine avec le comte de March, Roger Mortimer. Tous deux convinrent de déposer Édouard et de se débarrasser de la famille Despenser. En 1326, la reine revint en Angleterre avec une petite armée de mercenaires ; l’armée royale fit rapidement défection. Isabelle déposa Édouard, devint régente au nom de son fils, le futur Édouard III. Beaucoup supposent qu’Isabelle fut par la suite l’instigatrice de l’assassinat de son mari. Le gouvernement d’Isabelle et de Roger Mortimer commença à chanceler, en partie à cause des dépenses somptuaires de la régente, en partie à cause de sa façon, efficace mais impopulaire, de résoudre les problèmes récurrents comme la situation en Écosse.

En 1330, Édouard III déposa Mortimer à son tour, reprit son pouvoir et fit exécuter l’amant de sa mère. La reine ne fut pas poursuivie, vécut encore longtemps entourée de beaucoup de considération, mais loin de la cour d'Angleterre, jusqu’à sa mort en 1358. Au fil du temps, Isabelle devint une figure de « femme fatale » dans la littérature, habituellement représentée comme une femme belle, mais cruelle et manipulatrice.

Naissance et mariage : 1295–1308[modifier | modifier le code]

Isabelle naquit à Paris à une date incertaine – si l’on s’en tient aux chroniqueurs de l’époque et la date de son mariage, probablement entre mai et novembre 1295. Les Annales de Wigmore la font naître en 1292, en accord avec Pierre de Langtoft, ou Piers Langtoft, qui lui donne sept ans en 1299. Le chroniqueur français Guillaume de Nangis et Thomas Walsingham disent qu’elle a 12 ans à l’époque de son mariage en janvier 1308. La dispense papale de Clément V en novembre 1305 permit son mariage immédiat par procuration, en dépit du fait qu’Isabelle dût alors avoir dix ans alors. Puisqu’on devait attendre les sept ans canoniques de l’enfant avant de la fiancer en mai 1303, et celui de douze pour le mariage en janvier 1308, Isabelle serait donc née entre mai et novembre 1295[1]. Ses parents étaient Philippe IV de France et son épouse la reine Jeanne de Champagne, reine de Navarre ; ses frères, Louis, Philippe, Charles, tous plus tard rois de France.

Isabelle naît à l’intérieur d’une famille (les Capétiens) qui gouverne alors le plus puissant royaume d’Europe. Son père, le roi Philippe, dit « le Bel » du fait de sa beauté, est un homme étrangement froid ; l’un de ses contemporains, l’évêque de Pamiers Bernard Saisset, dira de lui : « Ce n’est ni un homme, ni une bête. C’est une statue » ; les historiens modernes notent que Philippe cultive l’image d’un roi chrétien et n’éprouve que peu les faiblesses de la chair"[2]. Il consolide la centralisation du pouvoir royal dans le pays, affrontant les conflits nécessaires pour étendre ou asseoir l’autorité française dans ses possessions, mais se retrouve régulièrement à court d’argent dans ses projets tout au long de son règne. Il paraît presque obsédé par les richesses et les terres, choses dont plus tard sa fille sera elle-même accusée[3]. Quant à la mère d’Isabelle, elle meurt en couches alors que l’enfant n’a pas 10 ans.

Le Louvre au XVe siècle,
miniature dans Les Très Riches Heures du duc de Berry
Les tours de César et d’Argent
en 2010

Isabelle est élevée à l’intérieur et aux alentours du Louvre et du Palais de la Cité, à Paris[4], par sa nourrice Théophania de Saint-Pierre. Elle reçoit une bonne éducation, apprend à lire et développe le goût des livres, qu’elle conservera toute sa vie[4]. Comme il était d’usage à cette époque, tous les enfants de Philippe sont mariés jeune pour des raisons politiques. Un rôle de premier plan est assuré à la princesse Isabelle de France, unique fille survivante du roi Philippe le Bel et de Jeanne de Champagne sur l'échiquier européen. Déjà durant les négociations en vue d'une trêve franco-anglaise, en 1298 (elle n’a que deux ans), Isabelle est proposée à l'héritier du roi d'Angleterre Édouard Ier – dans l’intention de résoudre les conflits entre France et l’Angleterre au sujet des possessions continentales de Gascogne des rois d’Angleterre, et leurs prétentions sur l’Anjou, la Normandie et l’Aquitaine[5] : le pape Boniface VIII lui-même presse au mariage qui achoppe sur le contrat. En 1299, afin de cimenter la conclusion de la trêve, le roi d'Angleterre prend pour épouse la propre tante d'Isabelle, la jeune Marguerite de France. En 1303, des rumeurs courent selon lesquelles le volontaire roi d'Angleterre souhaite ne pas s'engager plus avant avec son beau-frère de France, en dépit de ses protestations d'amitié et d'amour, car il envisagerait désormais un mariage espagnol pour son fils. Mais ces rumeurs tournent court et, la même année, peu après la confirmation de la trêve permanente, les fiançailles de la princesse Isabelle et du prince Édouard sont annoncées.

Après le décès du roi Édouard Ier, Édouard II agrandit le douaire d'Isabelle à la demande de Philippe le Bel et, malgré les désaccords continuels entre les rois de France et d'Angleterre au sujet des droits d'Édouard II sur l'Aquitaine, le mariage d'une mémorable splendeur a lieu à Boulogne-sur-Mer le 25 janvier 1308, en la remarquable présence de cinq rois et trois reines. La garde-robe d’Isabelle nous renseigne sur la richesse et les goûts de l’épousée – robe de baudequin, de velours, de taffetas, ainsi que de nombreuses fourrures ; 72 coiffes ; deux couronnes d’or ; un couvert d’or et d’argent ; enfin, 383 mètres de toile de lin[6]. À l’époque de son mariage, Isabelle a probablement douze ans, et Geoffroi de Paris la désigne « beauté parmi les beautés du royaume, si ce n’est de l’Europe entière ». Cette description n’est pas forcément pure flatterie de chroniqueur : le roi son père mais aussi ses frères étaient considérés comme fort beaux par leurs contemporains, et le mari d’Isabelle la surnommera « la belle Isabelle », « Isabella the Fair »[6]. Tout au long de sa vie, on relèvera le charme et la diplomatie de la reine, avec une adresse particulière pour convaincre et amener les esprits à ses vues[7]. Inhabituel pour l’époque, les contemporains relèvent aussi sa grande intelligence[8].

La reine aux côtés de son époux[modifier | modifier le code]

En tant que reine, Isabelle va devoir relever de nombreux défis : son époux a une relation très forte à son favori Piers Gaveston – puis, plus tard, avec Hugues Despenser le Jeune. De plus, Édouard va se retrouver en conflit avec les barons du pays, en particulier avec son cousin Thomas de Lancastre, tout en poursuivant la guerre avec l’Écosse, héritage du règne de son père. Usant de ses propres soutiens à la Cour d’Angleterre, mais aussi de celle de France, Isabelle va tenter de trouver ses propres marques à l’intérieur de ce paysage politique troublé. Si l’alliance qu’elle va former avec Gaveston va se révéler positive, la mort du favori tombé entre les mains du baron va la mettre dans une situation très précaire. Et lorsqu’Édouard, dans son désir de revanche sur ses ennemis, va profiter d’une alliance encore plus brutale avec le clan Despencer, Isabelle va se retrouver à son tour en conflit à la fois avec le roi son époux, mais aussi avec Hugues le Jeune, le nouveau favori. En conséquence, Isabelle va à son tour chercher à prendre le pouvoir, trouver des alliés à l’extérieur et finalement, envahir son propre royaume[9].

Le mariage[modifier | modifier le code]

En dépit de sa jeunesse et de son inexpérience, la nouvelle reine d'Angleterre est bien plus liée à la cour anglaise que nombre de ses prédécesseurs et, par conséquent, mieux à même, semble-t-il, de trouver sa place et d'influer sur le sort de son nouveau pays : sa tante est la reine douairière Marguerite, qu'Édouard II affectionne particulièrement ; ses beaux-frères de Kent et de Norfolk sont ses cousins ; et le plus puissant comte du royaume, Thomas Plantagenêt, comte de Lancastre, n'est autre que son oncle, par sa mère Jeanne de Navarre (Jeanne et Thomas étaient issus des deux différents lits de Blanche d'Artois). Et cependant, dès le début, des problèmes apparaissent : avant même que le couple n'ait atteint l'Angleterre, on apprend que le roi a fait don des présents et bijoux offerts par le roi Philippe à son favori Gaveston[10]. Les oncles d'Isabelle, Charles de Valois et Louis d’Évreux, qui l'accompagnent en Angleterre pour le couronnement, s'alarment bientôt de la façon dont Édouard traite son épouse : à leur arrivée, Édouard s'est jeté dans les bras de Gaveston, en l'appelant « frère », conduite qui déplaît grandement à la reine, à ses oncles, et pousse nombre de personnes à s'inquiéter de la force de la relation entre les deux jeunes gens. Même si Isabelle et son entourage décident de passer outre ce comportement pour le moins inopportun, ils vont devoir très vite affronter une humiliation publique sans commune mesure puisque le couronnement, organisé par Gaveston, va se révéler un fiasco et une insulte envers la nouvelle reine.

Le couronnement[modifier | modifier le code]

Bien que la beauté d'Isabelle ait gagné l'admiration de la cour et que son costume de sacre soit, selon les témoignages, magnifique, il semble que son mari n'ait d'attention qu'envers Gaveston le jour du couronnement. Non seulement outrage-t-il les hauts seigneurs en confiant les plus importantes tâches du cérémonial – dont le soin de porter la couronne de Saint Édouard – à son favori, mais l'apparition de ce dernier, vêtu plus somptueusement que le roi lui-même – « si paré qu'il ressemblait plus au dieu Mars qu'à un mortel ordinaire » – d'une robe de pourpre impériale enrichie de perles, couleur réservée normalement aux rois, achève de blesser l'orgueil des seigneurs anglais. L'un d'eux, dit-on, est si outré que « seule la considération qu'il avait pour la sensibilité de la reine et la sainteté de l'abbaye le retinrent d'en venir aux coups dans l'église elle-même ». Soit Gaveston a pris ses dispositions sans le moindre jugement, soit ses ordres ne sont pas suivis, toujours est-il que la journée se déroule dans la confusion et le désordre le plus total. Un chevalier est piétiné à mort par la presse de la foule, les cérémonies sont interminables, la nourriture du banquet n'arrive qu'à la nuit tombée et, de plus, mal cuite, mal présentée et mal servie. Mais la reine et sa suite doivent encore endurer une dernière insulte, puisque le roi préfère s'asseoir aux côtés de Gaveston[11], dans la salle où des tapisseries suspendues représentent les armes du roi et celles de son favori… Aucune de la reine.

La chute de Gaveston : 1308–1312[modifier | modifier le code]

Édouard II était un personnage original si l’on se réfère aux mentalités médiévales. S’il semble remplir la partition d’un roi Plantagenêt à la perfection (il est grand, bien fait, athlétique et largement populaire parmi la population au début de son règne)[12], d’autres aspects de sa personnalité l’en éloignent : il se désintéresse de la chasse, des joutes et de la guerre – occupations traditionnellement associée à la noblesse et la royauté. Mieux : il apprécie la musique, la poésie mais aussi certains travaux manuels[13]. De plus se pose la question de sa sexualité : il semble avoir autant d’attirance pour les hommes que pour les femmes, à une époque où les relations entre même sexe étaient punies de mort, ainsi que le crime de « sodomie ». Mais aucun témoignage de l’époque n’établit avec certitude l’orientation sexuelle du roi[14]. Et Isabelle aura de son époux quatre enfants, conduisant quelques historiens à penser que les relations d’Édouard avec ses favoris ne furent que platoniques[14].

Reine à treize ans, Isabelle dut rapidement faire preuve d'habileté et d'assurance dans ses premières années de souveraine : le comte de Cornouailles – « un soldat arrogant, ostentatoire », à la personnalité « téméraire et opiniâtre », qui visiblement plaisait à Édouard[15] – régnait en maître. Malgré toutes ses relations à la cour, elle dut s'en remettre à ses propres instincts, sa tante Marguerite s'étant retirée peu après le couronnement, tandis que ses oncles étaient retournés en France. Peu entourée, elle était cependant déterminée à se faire entendre : elle écrivit au roi son père pour se plaindre de la place qu'occupait Gaveston auprès de son mari, sans faire secret de son déplaisir, et de ce que ses revenus propres étaient insuffisants. On est en une période trouble : la plus grande partie des barons anglais désire le départ de Gaveston, tandis que l'autre cherche à l'utiliser pour influer sur le roi.

La relation d’Isabelle au favori de son époux est complexe. L’opposition baronniale conduite par le comte Thomas de Lancastre ne cesse de croître, et Philippe le Bel commence à la financer secrètement, usant d’Isabelle et de sa Maison comme intermédiaires[16]. Édouard doit se résoudre à exiler son favori une première fois en Irlande en 1308, et commence à montrer un plus grand respect envers son épouse, lui accordant de vastes terres et grâces ; car en retour, Philippe le Bel cesse de soutenir l’opposition.

Lorsque Gaveston revient l’année suivante, la reine, le roi et le favori semblent vivre ensemble assez pacifiquement[17]: Édouard sait que, sans démonstration de respect de sa part pour sa femme, point de Gaveston à la Cour. Mais cette situation fait apparaître Isabelle comme une alliée du comte de Cornouailles pour le comte de Lancastre. Cependant, Isabelle a commencé de son côté à se constituer son propre entourage, principalement la famille de Beaumont, opposée elle-même au parti de Lancastre. Avec l’aide de son frère Henri de Beaumont, Isabelle de Vesci devient une amie proche de la jeune reine.

L’année 1311, Édouard conduit une campagne malheureuse contre les Écossais de Robert de Bruce – durant laquelle le roi et Isabelle n’échappent que de justesse à la capture. Entretemps, les barons exaspérés ont mis sur pied un comité de 21 membres qui, en éditant une série d'ordonnances à fin de réformer le gouvernement du pays et la conduite de la Maison royale, gravement endettée, tend à limiter l'autorité du roi, les Ordonnances de 1311, qui renferment des menaces contre Gaveston et prévoient le renvoi d’Isabelle de Vesci et d’Henri de Beaumont de la Cour[18]. En novembre, Gaveston part pour un nouvel exil. En 1312, au retour de Gaveston en dépit de tous les accords, Lancastre prend les armes contre le roi pour le forcer à se débarrasser définitivement de son favori. Isabelle reste aux côtés d’Édouard, envoyant des lettres véhémentes à ses oncles Évreux et Valois pour obtenir des soutiens[18]. Isabelle accompagne son époux et son favori dans leur fuite vers Newcastle mais, contre la volonté de la reine, le roi la quitte au prieuré de Tynemouth, dans le Northumberland, alors qu’il tente sans succès d’affronter les barons[19]. Incapable de porter secours à son ami qu'il avait laissé d'abord à Scarborough, le roi apprend l’arrestation de Gaveston par Guy de Beauchamp, comte de Warwick, et son exécution par le parti de Lancastre. Édouard est inconsolable et, selon un contemporain, « le roi pleura sur Piers comme pleure un père sur son fils ; car plus grand est l'amour, plus grand est le chagrin ». Mais si Gaveston, la cause des troubles, a disparu, la situation en Angleterre reste profondément instable.

Isabelle et Édouard[modifier | modifier le code]

Malgré les remous des premières années de leur mariage, les relations entre le roi et la reine ne sont pas totalement malheureuses : Édouard dispense plusieurs fois son pardon, ou distribue terres, argent et offices, à la demande de son épouse. En dépit du temps qu'il passe avec Gaveston, Édouard ne néglige pas la couche de la reine et, en 1312 (Isabelle a alors autour 18 ans), celle-ci donne le jour à un fils, Édouard (le futur Édouard III), né à Windsor le 13 novembre (conçu bien avant la mort de Gaveston). En novembre 1313, il semble qu'Isabelle ait fait une fausse-couche, mais les rapports royaux ne s'interrompent pas puisqu'un second fils, Jean d'Eltham, nait le 15 août 1316, suivi de deux filles : Aliénor de Woodstock, le 18 juin 1318 ; et Jeanne de la Tour, le 5 juillet 1321.

La perte de Gaveston a provoqué un rapprochement entre les deux époux, et la reine est devenue plus influente qu'auparavant. Ayant déjà reçu à la mort de sa tante Marguerite, en 1318, la comté de Ponthieu afin d'augmenter ses revenus propres, Isabelle reçoit par la suite la jouissance de son douaire. Isabelle obtient de son époux qu'il favorise sa parentèle, dont la famille de Beaumont. Le respect et la considération dont Édouard II témoigne à sa femme durant ces années rassurent la famille de la reine, en France, qui garde un œil sur les affaires d'Angleterre. Cependant, le couple ne vit ni en paix ni en harmonie. De façon récurrente, Édouard, qui a pourtant tout fait pour hâter son mariage, répète à son épouse qu'il l'a épousée contre sa volonté ; et lui fait reproche des querelles constantes entre la France et l'Angleterre. Pour une jeune femme aussi fière, l'humiliation est dure, d'autant plus que son époux continue à se divertir dans des activités rustiques, en compagnie de gens sans condition, ce qui alimente à travers les cours d'Europe la rumeur de sa bâtardise et, par conséquent, la honte de la reine. Des signes de discorde à l'intérieur du couple et d'indépendance de la part d'Isabelle peuvent être remarqués à l'occasion d'une élection épiscopale, en 1316 : Isabelle, avec le soutien du comte de Pembroke et du roi de France son frère, recherche audacieusement l'approbation du pape au bénéfice de son confesseur, un certain Hamo Hythe, contre le candidat d'Édouard.

Avec le temps, Isabelle donne la preuve d'être plus que capable d'exercer une influence (en 1317, à la demande de sa femme, Édouard soutient la candidature d'un membre de sa parentèle, Louis de Beaumont, à l'évêché de Durham. Mais la jeune femme semble s'être d'abord satisfaite de son rôle de reine consort et soutien de son époux ; et sans Gaveston pour le guider, ce dernier est bien obligé de se fier à ses conseils. Peut-être Édouard ressent-il le poids croissant de son épouse comme une gêne, mais vu les rapports tendus avec les barons anglais et les problèmes avec la France, le roi ne peut qu'être reconnaissant à son épouse de son soutien constant – qu'il l'admette ou non – dans ses relations avec son puissant voisin et ses vassaux, qui lui est vital.

La montée des tensions : 1312–1323[modifier | modifier le code]

Durant cette décennie, les tensions montent progressivement. À la fin de l’année 1312, la Cour d’Angleterre change : Édouard s’appuie toujours sur sa famille française – Louis d’Évreux, par exemple, est envoyé de Paris à la cour d’Édouard pour l’aider – mais Hugh le Despencer l’Aîné fait désormais partie du cercle intime du roi[20]. Les Despencers étaient à la fois opposé au parti de Lancastre, mais aussi à leurs alliés des Marches galloises, où les Despencer avaient des possessions : il était dès lors logique qu’il se rapprochent d’un Édouard qui songeait toujours à venger Gaveston[21].

Principaux protagonistes de l'Affaire de la tour de Nesle un an après le scandale : Philippe le Bel (au centre) et sa famille : (de gauche à droite) ses fils Charles IV et Philippe V, sa fille Isabelle, lui-même, son fils aîné et héritier Louis X, et son frère Charles de Valois. Illustration de 1315

En mai 1313, dans le but de pousser plus loin le soutien du roi de France, le couple royal voyage en France. Mais ce voyage d'Isabelle est resté célèbre pour une tout autre raison : c'est à cette occasion que va débuter ce qui deviendra la désastreuse affaire de la tour de Nesle. Le voyage est agréable, ponctué de festivités – bien qu’Isabelle soit victime de l’incendie de sa tente, qui ravage toutes ses possessions et la blesse grièvement à la main et au bras[22]. Lors de l’une d’elles – un spectacle de marionnettes satiriques – Isabelle offre des bourses brodées à ses frères et leurs femmes respectives, Marguerite, Blanche et Jeanne de Bourgogne[23]. Après l’assurance du renouvellement du soutien français dans la lutte contre les barons, Édouard et Isabelle reviennent en Angleterre. Plus tard, la même année, à l’occasion d’un grand dîner donné en l’honneur de leur retour, à Londres, Isabelle croit s’apercevoir que deux des bourses offertes à ses belles-sœurs pendent aux ceintures de deux chevaliers normands, Gauthier et Philippe d’Aunay[23]. Isabelle suspecte les deux hommes de rapports illicites avec les princesses françaises et lors de sa nouvelle visite en terre de France, l’année 1314, elle en informe son père, Philippe le Bel[24]. Sur ses conseils, le roi Philippe fait mener une enquête et, au grand scandale de tous, il apparaît que les trois princesses ont pris amant – moralement inacceptable mais dynastiquement catastrophique, puisque pouvant entacher la légitimité de toute descendance royale. Le roi est sans pitié : les hommes impliqués (les frères d'Aunay) sont arrêtés, torturés puis exécutés ; les princesses emprisonnées, et une seule d'entre elles parviendra plus tard à convaincre son époux de son innocence (Jeanne, épouse du futur roi Philippe V). Mais la réputation d’Isabelle en France, à cause du rôle qu’elle aura joué dans cette affaire, en souffrira durablement.

Si ces scandales n'ont pu manquer d'avoir un impact sur l'orgueilleuse Isabelle, en Angleterre, d'autres sujets de préoccupations habitent la jeune femme. En octobre 1313 (Isabelle a alors dix-huit ans), aidée de Gilbert de Clare, comte de Gloucester et beau-frère de Gaveston, elle réussit une médiation entre le roi et ses barons, qui restaure la tranquillité ; mais dans le nord, en revanche, la situation tourne au pire. En 1314, Édouard tente de repousser les Écossais dans une nouvelle campagne, qui s’achève par la catastrophique bataille de Bannockburn. Les barons rejettent la responsabilité de l’échec sur le roi. Pour couronner le tout, la « Grande Famine » s’abat sur l’Angleterre dans l’année 1316/1317, provoquant une importante mortalité et accroissant les problèmes financiers[25]. Avec un roi affaibli, le comte de Lancastre en profite pour prendre un pouvoir ascendant en Angleterre. Dès 1316, l'habileté d'Isabelle est de nouveau requise quand, avec l'aide du comte de Hereford, Humphrey de Bohun, elle aide à la conclusion d’une paix définitive entre Édouard et son oncle Thomas de Lancastre : en 1318, elle participe aux négociations du Traité de Leake – pour un gain décevant : Thomas de Lancastre, fort de son nouveau pouvoir, se retourne également contre Isabelle et son entourage, réduisant le train de sa Maison, qu’il harcèle[26]. Le pays commence à se détacher de son souverain : l’affaire autour de John Deydras et sa popularité le prouve : en 1318, un jeune clerc, John Deydras, apparaît à Oxford en se prétendant être le « vrai » Édouard II, échangé au berceau[27]. La rumeur se propage rapidement, trouve écho et si, finalement, Deydras est arrêté et exécuté, il semble que toute cette histoire ait profondément contrarié Isabelle. Devant l’affaiblissement du pouvoir royale et la perte d’autorité de son mari, Isabelle décide d’asseoir sa propre position, en approfondissant ses liens avec l’ennemi de Lancastre, Henri de Beaumont, ou en prenant une part croissante dans le gouvernement en assistant au Conseil, ou encore en acquérant de nouvelles terres[28]. Aussi, lorsque James Douglas, chef de guerre sous Robert Ier d’Écosse, fait le pari de capturer Isabelle en personne et y parvient presque en 1319 à York, où elle se trouve alors – Isabelle ne dut son salut qu’à la fuite[29] - suspecte-t-on Lancastre ; et l’un des chevaliers d’Édouard, Edmund Darel, est arrêté sous l’accusation d’avoir révélé l’emplacement de la reine, mais sans preuves réelles[30]. En 1320, Isabelle et son mari retournent en France, après qu'Isabelle est parvenue à faire fléchir Édouard, qui vient enfin rendre hommage au nouveau roi, Philippe V, deuxième frère d'Isabelle, pour la comté de Ponthieu. Ils en profitent pour convaincre encore et toujours le roi de France de fournir de nouvelles troupes contre les barons anglais[30].

Les Despensers[modifier | modifier le code]

C’est dans cette période de trouble que s'élèvent alors les deux nouveaux favoris royaux, à la consternation d'Isabelle : le seigneur Hugues Despenser l’Aîné, qui avait toujours été l'un des plus fervents soutiens du roi et de Gaveston quelques années auparavant, et son fils également prénommé Hugues. C'est avec le fils, Hugues le Jeune, qu'Édouard se montre le plus intime (il est son neveu par alliance, marié à Éléonore de Clare, fille de Jeanne d'Acre, sœur du roi et de Gilbert de Clare). Hugues a le même âge que le roi. On pense assez généralement qu’Édouard et Hugues ont débuté une relation d’ordre sexuelle à cette époque[31]. Ironie du sort, Hugues le Jeune, apparenté au Beauchamp de Warwick par sa mère, avait un temps été un féroce opposant à Gaveston. Selon les Chroniques, Hugues est un ambitieux, qui devient les oreilles et les yeux du roi d'Angleterre, et son principal conseiller contre les comtes et barons anglais. Mais alors qu’Isabelle avait pu travailler de conserve avec Gaveston, il apparaît vite qu’un tel compromis ne sera jamais possible entre la reine et le nouveau favori. Les Despensers sont de rudes ennemis du parti Lancastre et, avec l’appui d’Édouard, ils commencent à étendre leur pouvoir sur les marches galloises, se faisant également un ennemi de Roger Mortimer de Chrirk et de son neveu, Roger Mortimer, leurs rivaux dans la région[32]. Comme Gaveston avant lui, Hugues le Jeune s'attire la haine des barons, qui veulent à terme s'assurer de l'exil des Despenser. En 1321, le parti Lancastre passe à l’action : fort de ses troupes postées à Londres, il demande leur départ. Aymer de Valence, comte de Pembroke, un modéré aux fortes attaches françaises, demande à Isabelle d’agir, afin d’éviter une guerre [33]; malheureusement pour Isabelle, elle est encore brouillée avec la faction rival des Lancastre et n’a que peu de marge de manœuvre[34]. Isabelle s’agenouille publiquement devant le roi pour le supplier d’exiler les Despensers, lui donnant ainsi l’opportunité de sauver la face en accédant à une supplique ; et si le roi se soumet, il n’attend en fait qu’une occasion pour les rappeler[35]. Les efforts d’Isabelle pour sauver la paix ont néanmoins contribué à la rendre populaire auprès de ses sujets, mais le royaume reste fragile et les efforts d'Isabelle de peu d'effets à long terme, que ce fût dans son ménage ou à l'extérieur.

Le retour des Despensers, 1321-1326[modifier | modifier le code]

Malgré ce court répit, dès l’automne de la même année, les tensions entre les deux factions – le roi, la reine, les Despensers d’un côté ; le parti baronnial conduit par Lancastre de l’autre – sont au point le plus haut : des forces sont mobilisées par tout le pays[36]. La déflagration sera provoquée par un incident célèbre, dont les historiens pensent qu’il fut orchestré par Édouard lui-même[37] : Isabelle avait entrepris un pèlerinage à Cantorbéry, durant lequel elle avait quitté la route habituelle pour faire halte au château de Leeds (une des propriétés personnelles des reines d'Angleterre), une forteresse qu’Édouard avait cédée à Barthélemy de Badlesmere, lieutenant de la Maison du Roi, qui a rejoint l’opposition en 1321. Badlesmere absent, Isabelle se voit refuser catégoriquement l'entrée du château de Leeds par l'épouse de ce dernier, Marguerite de Clare : six des hommes d'Isabelle périrent dans l'échauffourée qui suit, et Édouard prend promptement pour prétexte l'insulte faite à la reine pour attaquer les barons : c’est le début de ce qui va devenir la Guerre des Despenser[38].

Thomas Plantagenet (à gauche) avec saint George. Enluminure

Tandis qu’Édouard organise ses forces et assiège Leeds, Isabelle se voit confier le grand sceau d'Angleterre et le contrôle de la Chancellerie royale depuis la tour de Londres[38]. Après s’être rendue aux forces royales, le 31 octobre 1321, la comtesse Marguerite de Badlesmere et ses enfants sont conduits à la Tour de Londres, et treize des hommes de la garnison de Leeds pendus. En janvier 1322, l’armée d’Édouard, accrue de celle des Despenser de retour, défait les Mortimer et, en mars, Thomas de Lancastre est capturé à l’issue de la bataille de Boroughbridge le 16 mars, et exécuté le 22[39]. Le roi triomphe au Parlement de York en mai de la même année[39].

Édouard triomphant, l'ambition des Despenser se met à atteindre des niveaux jamais atteints et Isabelle comprend par elle-même qu'un rival bien plus dangereux que Gaveston l'a supplantée : Gaveston n'avait jamais blessé son intelligence politique. Hugues le Jeune est à présent solidement établit comme nouveau favori, et ensemble, durant les quatre années suivantes, ils vont imposer à l’Angleterre un sévère gouvernement, « une revanche d’ampleur »[40], caractérisée par des confiscations de terre, des exécutions et punitions touchant aux membres élargis des familles, dont les femmes et les personnes âgées[41]. Les contemporains condamnent tous ce comportement, qui semble avoir également touché la reine [42]: certaines de ces femmes étaient de ses amies[43]. De plus, les Despenser refusent également de payer les pensions dues à la reine, ou de lui rendre les châteaux de Marlborough et de Devizes[44]. Déjà, immédiatement après la bataille de Boroughbridge, Édouard avait commencé à se montrer moins généreux avec Isabelle, et aucune des prises de guerre ne lui était revenue[45]. Pire encore, plus tard dans l’année, Isabelle va se retrouver au centre d’un nouvel échec militaire d’Édouard, alors qu’il a repris sa lutte contre l’Écosse, et qui va définitivement empoisonner les rapports de la reine tant avec son mari qu’avec les Despenser…

Isabelle et Édouard ont voyagé vers le Nord, au début de la campagne d’automne ; à la suite de la désastreuse bataille d’Old Byland, Édouard a chevauché plus au Sud, apparemment pour lever de nouvelles troupes, envoyant Isabelle au prieuré de Tynemouth[46]. L’armée écossaise marchant également vers le Sud, Isabelle se préoccupe de sa propre situation et demande de l’aide à Édouard. Tout d’abord, son mari propose de lui envoyer les forces des Despensers, mais Isabelle refuse catégoriquement, préférant des troupes loyales. Faisant rapidement retraite vers le Sud avec les Despensers, Édouard échoue à débloquer la situation, laissant Isabelle et sa Maison couper de l’armée anglaise par les Écossais, les côtes surveillées par les forces navales flamandes, alliées de l’Écosse[47]. La situation est précaire ; Isabelle est obligée de faire appel à un groupe d’écuyers de sa propre escorte pour tenir à distance l’armée ennemie qui avance, tandis que le reste réquisitionne un navire ; le combat se poursuit alors même qu’Isabelle et sa Maison font leur retraite sur le vaisseau, deux des suivantes d’Isabelle trouvant la mort[47]. Une fois à bord, Isabelle parvient à échapper aux navires flamands, accostant plus au Sud, puis reprenant sa route vers York[47]. Isabelle est furieuse, tant envers Édouard qui, selon elle, l’a abandonnée aux Écossais, qu’envers les Despensers qui ont poussé Édouard à la retraite plutôt que de la secourir[48]. De son côté, Édouard rejette la faute sur Louis de Beaumont – frère d’Isabelle de Vesci et d’Henri de Beaumont – évêque de Durham, allié d’Isabelle[48]. Sur les conseils des Despenser, Isabelle se retrouve bientôt isolée, ses accès au roi réduits. Les heures d'amertume subies sous Gaveston reviennent, mais bien plus aiguës, et Isabelle devient la plus implacable ennemi des favoris royaux. À dater de ce jour, dans les faits, Isabelle se sépare de son mari, le laissant vivre avec Hugues le Jeune. À la fin de 1322, Isabelle quitte la Cour pour un pèlerinage de dix mois[49]. À son retour en 1323, elle rend visite à Édouard, mais refuse de prêter allégeance aux Despenser et se voit refuser tout droit dans l’exercice des grâces royales[49].

Malgré tous les outrages, Isabelle ne peut faire autrement qu'endurer la situation. En septembre 1324, sous la pression de Hugues le Jeune qui contrôle désormais le roi, Édouard, arguant du fait que les relations avec la France vont s'empirant, confisque les possessions personnelles de la reine, prend le contrôle de sa Maison, et fait arrêter et emprisonner toute sa suite française. Ses plus jeunes enfants lui sont enlevés et confiés à la garde des Despensers[50].

Selon la biographe Agnes Strickland, Édouard aurait déclaré « qu'il considérait dangereux de permettre qu'une quelconque partie de ses territoires restât entre les mains de la reine, étant donné qu'elle entretenait une correspondance secrète avec les ennemis de l'État ». La reine accuse les Despenser de la brouille avec son époux, et réitère ses plaintes auprès du nouveau roi de France Charles IV, troisième et dernier frère d'Isabelle. Selon Agnes Strickland, elle écrit à son frère qu'elle n'est « pas plus considérée que la plus petite servante dans le palais de son époux ».

La reine est maintenant sous l'entière dépendance d'Édouard, qui lui a ôté la liberté de ses revenus. Nouveau crime de lèse-majesté pour la jeune souveraine, l'épouse de Hugues le Jeune, Éléonore de Clare (nouvelle ironie du sort, Éléonore était la sœur de l'épouse de Gaveston…) est nommée intendante de la Maison de la reine, avec permission de lire toute la correspondance royale, et d'avoir connaissance de tous ses envois. Isabelle comprend que son mariage est maintenant fini. Quand les Despenser découvrent qu'Isabelle est en contact avec leurs opposants, les évêques de Hereford et de Lincoln – respectivement Adam Orleton et Henri Burghersh – Hugues le Jeune missionne un certain père Thomas Dunhead pour demander au pape de divorcer Édouard et Isabelle : en effet, en raison de sa nationalité et de l'état des relations franco-anglaises, Isabelle continue à être suspectée d'intriguer avec ses parents, en particulier avec son oncle Charles de Valois, chef de l'armée française qui, en 1324, a de nouveau confisqué le duché d'Aquitaine. C’est la reprise des hostilités dans ce duché qui va donner à Isabelle l'occasion d'échapper à sa situation intolérable.

La reine contre son époux[modifier | modifier le code]

En 1325, le mariage d’Isabelle et d’Édouard est fini, et la reine doit affronter des pressions accrues de la part d’Hugues le Jeune. Ses terres confisquées, ses enfants éloignés d’elle, les membres de sa Maison arrêtés, Isabelle doit réfléchir à une nouvelle stratégie. Quand en 1325 le frère d’Isabelle, le roi Charles IV de France, s’empare des possessions françaises d’Édouard, la reine retourne en France, initialement chargée de négocier un nouveau traité de paix entre les deux souverains. Mais sa présence au sein de la Cour de France en fait bientôt un point de ralliement de nombreux seigneurs anglais opposés au gouvernement du roi Édouard. Alliée à Roger Mortimer devenu son amant, Isabelle rassemble une armée contre son mari, et revient en Angleterre : en une campagne éclair, la reine s’empare du pays. Les Despensers sont arrêtés, exécutés et Édouard forcé à abdiquer – le reste de sa vie et son possible assassinat demeurent un vif sujet de discussions parmi les historiens. Isabelle gouverne comme régente jusqu’en 1330, date à laquelle son fils Édouard III dépose Mortimer et prend le pouvoir de plein droit[51].

Tensions en Gascogne, 1323-1325[modifier | modifier le code]

Le futur Édouard III d'Angleterre rendant hommage à Charles IV de France sous l'égide d'Isabelle mère d'Édouard et sœur de Charles, en 1325. Miniature[52]

Édouard II, en tant que duc d’Aquitaine, doit hommage au roi de France pour ses possessions gasconnes[53]. Les trois frères d’Isabelle n’ayant eu que des règnes très brefs, Édouard a réussi à éviter l’hommage auprès de Louis X, et n’a consenti à celui de Philippe V que sous la pression. À l’avènement de Charles IV, Édouard tente à nouveau d’échapper à la cérémonie, provoquant de nouvelles crispations entre les deux Cours[53]. Un des éléments de discorde est la province frontière de l’Agenais où la construction d’une bastide par un vassal français, à Saint-Sardos, en novembre 1323, a fait monter la tension[54]. Les forces gasconnes ont détruit la bastide et en retour, Charles IV a attaqué l’anglaise Montpezat. Si l’assaut a été un échec, l’oncle d’Isabelle, Charles de Valois, a cependant réussi à neutraliser le contrôle de la région par les Anglais[55] : en 1324, Charles IV déclare la confiscation des biens d’Édouard, et occupe l’Aquitaine, à l’exception des zones côtières[56].

Mais Édouard ne veut toujours pas se rendre en France pour y rendre hommage : la situation en Angleterre est instable ; il y a eu une conspiration visant à assassiner le roi et Hugues le Jeune ; la rumeur a couru qu'un magicien, Jean de Nottingham, a été engagé pour les tuer également au moyen de la nécromancie ; et des bandes criminelles occupent une bonne partie du pays[57]. Édouard sait que s’il quitte le pays, ne serait-ce que peu de temps, les barons prendront les armes pour renverser les Despensers. Charles IV envoie un message au pape Jean XXII pour l’informer qu’il est prêt à lever la confiscation si Édouard cède l’Agenais et rend hommage pour le reste des terres[58] : le pape propose d’envoyer Isabelle comme négociatrice (Isabelle et son frère Charles s'aiment beaucoup) et la reine y voit une opportunité pour secouer le joug des Despensers. Isabelle ayant déjà prouvé son efficacité comme diplomate, et aucun signe d'amélioration ne se faisant jour du côté français, Édouard ne peut que s'y résoudre, de mauvaise grâce. Isabelle promet d’être de retour dès l’été. La Maison de la reine est recomposée avant son départ pour Paris en mars 1325 et, bien qu'une réconciliation soit ménagée entre Isabelle et les Despenser (qui se réjouissent à court terme de la voir s'éloigner), le bruit court déjà que la reine ne reviendra pas en Angleterre tant que les favoris y demeureront.

À Paris, Isabelle parvient rapidement à ménager une trêve en Gascogne, à la condition que le jeune Édouard, prince de Galles et héritier alors âgé de treize ans, viendra rendre hommage au nom de son père[59]. Le prince arrive en France à son tour et l’hommage se déroule en septembre. Mais Isabelle, au lieu de repartir pour l’Angleterre, décide de rester à Paris avec son fils. Pendant ce temps, les rapports de l’agent d’Édouard, Gautier de Stapledon, évêque d’Exeter, ainsi que d’autres, vont s’alarmant : Isabelle a publiquement rebuffé Stapledon ; les ennemis d’Édouard se rassemblent à la Cour de France et menacent les émissaires royaux ; Isabelle s’habille en veuve et dit tout haut que Hugues le Jeune a brisé son mariage « qui est un lien entre mari et femme, et que jusqu’à ce que l’intermédiaire (les Despenser) qui les divise soit parti, elle vivra seule ou dans un couvent » ; enfin, qu’elle réunit une véritable Cour en exil autour d’elle, incluant le frère du roi et comte de Kent, Edmond de Woodstock) ; le comte de Richmond Jean de Bretagne ; et Roger Mortimer, comte de March[59]. Édouard II commence à envoyer de pressantes lettres au pape et à Charles IV, s’inquiétant de l’absence de sa femme, mais sans résultat[59]. Charles IV lui répond que « la reine est venue de sa propre volonté et repartira librement si elle le désire. Mais si elle préfère rester ici, elle est ma sœur, et je refuse de la chasser. » En effet, maintenant qu'elle détient le prince de Galles, Isabelle saisit l'occasion de sa revanche. Officieusement, il semble qu’Isabelle se soit assurée de la protection de son frère en lui révélant que si elle retournait en Angleterre, sa vie serait menacée à la fois par les Despensers et par le roi qui semble, dans un accès de rage, avoir juré de déchirer Isabelle entre ses dents s’il n’avait pas d’arme à côté de lui pour la tuer. Naturellement, le roi de France se range du côté de sa sœur, même si on peut penser que le pragmatique souverain a dans l’idée que ce soutien peut lui faire recouvrir, à terme, l’Aquitaine. D’ailleurs, Charles IV continue à refuser la restitution des terres à Édouard, qui aboutit à un accord provisoire au début de l’année 1326, aux termes duquel Édouard recouvre l’administration des territoires demeurant anglais, tandis que le roi de France continue à occuper le reste[60].

À Paris, Isabelle passe de plus en plus de temps avec les exilés anglais, Roger Mortimer en particulier. Bientôt se répand à travers les Cours européennes le bruit que la reine d’Angleterre aurait une liaison avec le comte exilé et que, sous son influence, elle comploterait activement contre son mari. Pendant ce temps, Édouard II continue à réclamer sa femme et son fils, toujours en vain : le roi de France « ne lui (Isabelle) permettrait pas de revenir sans la garantie qu’elle fût à l’abri du démon qui la menaçait à travers les Despensers. »

Roger Mortimer[modifier | modifier le code]

Roger Mortimer de Wigmore est un puissant seigneur des marches, marié à la riche héritière Jeanne de Geneville (ou « Joinville »), dont il a douze enfants. Mortimer a été emprisonné à la Tour de Londres, à la suite de sa capture en 1322 durant la guerre des Despensers. Son oncle, Roger Mortimer de Chirk, est mort en prison, mais Mortimer a réussi à s’échapper de la Tour en août 1323, en perçant un trou dans le mur de sa cellule puis en passant sur le toit, avant d’utiliser une échelle de corde fournie par un complice et de s’échapper par la Tamise et prendre la direction de la France[61]. Les écrivains victoriens émettent l’idée que la reine aurait déjà eu une liaison avec Mortimer à cette époque, et qu’elle l’aurait aidé à s’échapper ; mais il n’y a aucune preuve certaine de cette allégation avant qu’ils ne se rencontrent à Paris[62].

Mortimer est à nouveau conduit auprès de la reine par la cousine d’Isabelle, la comtesse Jeanne de Hainaut, épouse de Guillaume d'Avesnes, fils du comte Guillaume Ier de Hainaut, Hollande et Zélande, qui semble l’avoir approchée dans le but d’un mariage entre le prince de Galles et la fille de la comtesse, Philippa, qui unirait leurs deux familles[63]. La liaison passionnée de Mortimer et d’Isabelle débute en décembre 1325. Isabelle prend un énorme risque en faisant cela : l’adultère féminin était un des plus lourds crimes dans l’Europe médiévale, comme l’affaire de la Tour de Nesles l’a montré – les deux belles-sœurs d’Isabelle en sont d’ailleurs mortes[64]. Les motivations d’Isabelle ont été sujettes à discussion : la plupart des historiens s’accordent sur la forte attirance sexuelle des deux protagonistes, leur intérêt commun pour le cycle arthurien, leurs goûts pour les Beaux-Arts et la magnificence[65]. Un historien a décrit leur liaison comme l’une des « grandes romances du Moyen Âge »[66]. Mais ils partagent aussi le même ennemi : le régime d’Édouard II et des Despensers.

En mars 1326, des rumeurs circulent encore disant qu’Isabelle pourrait regagner l’Angleterre et en mai, le pape Jean XXII tente une conciliation ; mais impliquant un éloignement des Despenser, Édouard refuse de l'envisager, jurant cependant de recevoir honorablement sa femme et son fils s'ils revenaient en Angleterre. Devant le refus persistant d’Isabelle, les Despensers parviennent à convaincre le roi de déclarer la reine et son fils hors-la-loi. Dans le même temps, Isabelle, de plus en plus proche des seigneurs anglais exilés qui ont formé un parti anti-Despensers et désespèrent de lever des fonds en vue d’un débarquement sur les côtes anglaises, commence à envisager le mariage de son fils avec Philippa de Hainaut. Malgré le premier soutien apporté à sa sœur, il semble que les rumeurs autour d’Isabelle et Mortimer aient refroidi les relations entre Charles IV et Isabelle : c’est une chose d’offrir protection et refuge à sa sœur et son neveu ; c’en est une autre de laisser penser qu’on ferme les yeux sur un adultère – encore plus au regard de l’affaire de Nesles dont Charles IV fut victime à travers son épouse.

Isabelle, le prince Édouard et Mortimer quittent la Cour de France dans l’été 1326, voyageant vers le Nord, vers la Cour du comte de Hainaut où, en échange d’un dot conséquente, les fiançailles du jeune prince et de Philippa sont conclues[67]. Isabelle utilise alors l’argent du comte, augmentée d’un don de Charles IV[68], pour lever à travers le Brabant une armée de mercenaires, qui rejoindra une petite armée du Hainaut commandée par Mortimer et le frère du comte de Hainaut, Jean[69]. Guillaume fournit également quelques navires de guerre et de plus petits vaisseaux. Bien que désormais Édouard redoute une invasion, le secret reste bien gardé, et Isabelle persuade Guillaume de retenir les émissaires de son mari[69]. Il semble également qu’Isabelle ait conclu un accord secret avec les Écossais pour la durée de la campagne à venir[70]. Le 22 septembre, Isabelle, Mortimer et leurs modestes forces font voile vers l’Angleterre[71].

L’invasion de l’Angleterre (1326)[modifier | modifier le code]

Isabelle (à gauche) dirigeant le siège de Bristol en octobre 1326

Ayant échappé à la flotte qu’Édouard avait envoyée pour les intercepter[72], Isabelle et Mortimer accostent à Orwell, à l’Est du pays, le 24 septembre. Les estimations concernant les forces d’Isabelle varient de 200 à 2 000 hommes – 1 500 semblant être le plus probable[73]. Isabelle fait rapidement route vers l’intérieur du pays, symboliquement revêtue de ses habits de veuve[74]. L’argent collecté pour l’arrêter change bientôt de destinataire, et dès le jour suivant, Isabelle est à Bury St Edmunds ; peu après, on la trouve à Cambridge[72]. Sur sa route, elle est rejointe par nombre de barons, comtes (ou même habitants de Londres) : ainsi, son beau-frère Thomas de Brotherton, comte de Norfolk ; ou encore Henri Plantagenêt, comte de Leicester et nouveau comte de Lancastre (il est le frère cadet de feu le comte Thomas, et également oncle d’Isabelle)[72].

Le 27, à Londres, la nouvelle de l’invasion est arrivée au roi et aux Despenser[72]. Édouard envoie des ordres aux shérifs locaux afin qu’ils se mobilisent contre Isabelle et Mortimer, mais Londres elle-même devient dangereuse, en raison de troubles locaux, et Édouard commence à envisager la fuite[72]. Isabelle frappe à nouveau, à l’Ouest, et atteint Oxford le 2 octobre, où elle est accueillie en « salvatrice » – et Adam Orleton, évêque de Hereford, soutien d’Isabelle, sort de sa cachette pour donner une conférence à l’Université sur les méfaits des Despenser[75]. Le même jour, Édouard quitte Londres en direction du pays de Galles[76]. Isabelle et Mortimer sont maintenant alliés effectifs du parti Lancastre, entraînant le ralliement de tous les opposants au roi[77].

la campagne d'Isabelle et d'Édouard en 1326[78]

Isabelle marche maintenant vers le Sud, en direction de Londres. Elle marque une pause en dehors de la cité, à Dunstable, le 7 octobre[79]. Londres est alors en proie à la foule, bien que globalement favorable à la reine. L’évêque Stapeldon, Lord Trésorier d’Édouard, ne sait pas prendre la mesure de la haine qu’inspire désormais le pouvoir royal et tente une intervention armée afin de protéger ses possessions contre les fauteurs de trouble ; détesté, il est rapidement attaqué à son tour, pris et massacré le 15 octobre – sa tête est plus tard envoyée à Isabelle par ses soutiens sur place[80]. Pendant ce temps, Édouard a atteint Gloucester le 9, dans l’espoir de lever des troupes, tâche impossible tant il apparaît clairement que la population du pays voit désormais en Isabelle la seule capable de sauver le royaume. Au contraire d’Isabelle qui semble se plaire dans l’action, Édouard est incapable de prendre des décisions dans ces moments cruciaux, et envoie des lettres pathétiques au pape et au roi de France, demandant leur aide ou leur médiation. Quant à Isabelle, elle marche rapidement vers l’Ouest, atteint Gloucester une semaine après Édouard qui a trouvé refuge à Bristol[81].

Là, le mieux qu’Édouard parvienne à faire est d’offrir une récompense de 1 000 £ pour la tête de Mortimer. Isabelle répond en offrant 2 000 pour celle du roi, qui s’enfuit à nouveau devant l’avancée de son épouse.

Hugues le Despenser le Jeune et Edmund FitzAlan, 2ème comte d'Arundel, amenés devant Isabelle lors de leur procès en 1326

Hugues le Despenser l’Ainé continue à tenir Bristol face à Isabelle et Mortimer, qui mettent le siège du 18 au 26 octobre. Lorsque la ville tombe, la reine peut enfin retrouver ses enfants, Aliénor et Jeanne, qui étaient toujours sous la garde de Despenser[82]. Sa force militaire assurée, Isabelle proclame son fils Édouard gardien du royaume, le 26 octobre. Hugues l'Aîné pris, acculés, désertés par la Cour, Édouard et Hugues le Jeune tente de faire voile vers Lundy, une petite île au large du Devon ; mais les vents contraires les obligent après plusieurs jours à revenir en pays de Galles[83]. Bristol sécurisée, Isabelle déplace sa base d’opération vers la ville frontière de Hereford, d’où elle commande à Henri de Lancastre de trouver et d’arrêter son époux[84]. Après une nuit passée à tenter d’échapper aux forces de Lancastre dans la Galles du Sud, Édouard et Hugues sont finalement rattrapés et arrêtés près de Llantrisant à Glamorga, le 16 novembre.

Supplice de Hugues le Despenser (manuscrit de Froissart)

L’épuration commence immédiatement. En dépit de quelques tentatives d’Isabelle pour le protéger, Hugues l’Ainé est rapidement exécuté par ses ennemis, son corps dépecé et jeté aux chiens[85]. Ce qui reste de l’entourage du roi est amené auprès d’Isabelle. Edmond Fitzalan, comte d'Arundel, l’un des piliers de l’ancien gouvernement et qui a reçu de nombreuses terres confisquées à Mortimer en 1322, est exécuté le 17 novembre. Hugues le Despenser le Jeune est condamné à l’être brutalement le 24 du même mois. Une immense foule se rassemble afin d’assister à ses derniers instants. On le fait tomber de son cheval, on lui arrache ses vêtements, on lui gribouille des versets bibliques sur le corps dénonçant la corruption et l’arrogance. Puis on le traîne vers la cité, où il est présenté à Isabelle, Mortimer et le parti Lancastre. Il est condamné à être pendu en tant que voleur, à être châtré et écartelé comme traître, ses membres dispersés à travers l’Angleterre. Simon de Reading, l’un des soutiens des Despensers, est pendu à ses côtés, sous l’accusation d’insultes à la reine[86]. Une fois débarrassés du cœur du régime, Isabelle et Mortimer fléchissent leurs rigueurs : la petite noblesse est pardonnée, et les clercs au centre du gouvernement renversé, pour la plupart nommés par Stapleton, confirmés dans leurs charges[87]. Tout ce qui reste en suspens désormais est la question d’Édouard II, encore officiellement mari d’Isabelle et roi de plein droit[88].

La mort d’Édouard, 1327[modifier | modifier le code]

Une interprétation médiévale imaginaire de l'arrestation d'Édouard, à laquelle Isabelle assiste, à droite

Dans l’attente d’une décision, Édouard a été placé sous la garde de son cousin, Henri de Leicester, comte de Lancastre, qui a envoyé à Isabelle le Grand Sceau d’Angleterre[89]. La situation reste tendue, car Isabelle redoute une contre-attaque des derniers serviteurs du roi et, en novembre, elle a mis la main sur la Tour de Londres, a nommé maire l’un de ses hommes, et réuni une assemblée de seigneurs et d’ecclésiastiques à Wallingford afin de discuter du sort d’Édouard[90]. Le conseil a conclu que le roi devait être déposé et placé sous arrêts jusqu’à la fin de sa vie. Dominé par les affidés de la reine et de Mortimer, un Parlement convoqué à Londres le 7 janvier 1327 confirme cette décision. De Kenilworth où il est retenu, le roi Édouard est informé qu'il a été décidé que « à cause de son incompétence à diriger le royaume ; pour avoir été sous la domination de mauvais conseillers et pour avoir perdu des territoires hérités de son père, il sera déposé et que son fils Édouard prendra sa place ». Tout d'abord, le roi refuse d'abdiquer, mais il lui est répondu qu'en ce cas, son fils se verra refuser la couronne, qu'un nouveau roi sera désigné, et la lignée des Plantagenêts détruite. Privé de choix, le roi Édouard II donne le trône à son fils. Le prince Edouard, maintenant reconnu comme Édouard III, est couronné le 1er février, et sa mère désignée régente du royaume[91]. Afin de fournir une explication à la fois officielle et acceptable pour les mentalités de l’époque au fait qu’Isabelle demeure brouillée avec son époux et ne tente rien pour le rejoindre dans sa retraite, ses soutiens expliquent à l’assemblée que l’ancien roi l’a menacée de la tuer si jamais elle venait à lui et, en avril, le conseil excuse la reine, qui continue cependant à remplir les devoirs d’une épouse en envoyant des présents à son mari, désormais désigné sous le nom de « seigneur Édouard, autrefois roi d'Angleterre ».

Mais la position d’Isabelle reste précaire, les bases légales de la déposition d’Édouard étant minimes aux yeux de beaucoup de juristes de l’époque, dont certains continuent à considérer Édouard comme le souverain légal, en dépit de la déclaration du Parlement. La situation peut donc s’inverser à tout moment, et Édouard est connu pour son esprit de revanche.

Maquette du château de Kenilworth en 1575-1580

La fin d’Édouard et le rôle qu’Isabelle y aurait joué demeurent un sujet de discussion parmi les historiens. Le point minimal sur lequel on s’accorde est qu’Isabelle et Mortimer font déplacer Édouard du château de Kenilworth à celui, plus sûr, de Berkeley, sur les marches frontières, où Édouard est placé sous la garde du seigneur du lieu, le baron Thomas Berkeley, gendre de Mortimer et que le 23 septembre, on informe Isabelle et Édouard III qu’Édouard est mort au château, d’un « fatal accident ». Le corps d’Édouard est apparemment enterré en la cathédrale de Gloucester, son cœur déposé dans un coffret confié à Isabelle. Mais après les funérailles, des rumeurs courent plusieurs années durant, disant qu’Édouard a survécu et vit quelque part en Europe, rumeurs dont on trouve l’écho dans la « lettre Fieschi », écrite dans les années 1340 – bien qu’aucune preuve concrète ne vienne étayer ces dires. Il y a cependant des interprétations historiques variées à cette suite d’évènements.

Selon l’histoire la plus répandue, Isabelle et Mortimer auraient organisé la meurtre d’Édouard, de telle façon qu’on ne puisse les en accuser formellement. Une lettre aurait été envoyée à Berkeley, rédigée dans une formule latine qui pouvait être traduite de deux façons totalement opposées (« Eduardum occidere nolite timere bonum est » qui peut se traduire soit par « Ne craignez pas de tuer Édouard, c’est une bonne chose » soit par « Tuer Édouard est une chose à craindre », selon que l’on place la virgule avant ou après timere). Dans les faits, il n’y a aucune preuve que quiconque ait donné l’ordre d’exécuter l’ancien roi, ni même que de tels mots aient été écrits. De la même façon, aucune source contemporaine ne permet de soutenir l’histoire selon laquelle Édouard aurait été tué à l’aide d’un tison chauffé à blanc et introduit dans son fondement. De nos jours, on n’avance deux hypothèses seulement : soit Édouard a été exécuté sur ordre d’Isabelle, soit il est décédé de maladie, conséquemment à ses conditions de vie en détention. Quant aux rumeurs autour de sa survie, elles seraient comparables à celles qui ont accompagné Jeanne d’Arc ou d’autres après leur mort.

Trois récents historiens cependant (Paul Doherty, Ian Mortimer et Alison Weir) soutiennent l’idée, chacun à leur manière, qu’Édouard n’est pas mort et a vécu ensuite caché ou incognito. Mais d’autres spécialistes ont critiqué la méthodologie derrière cette approche révisionniste et s’opposent à leurs conclusions[92].

La reine régente[modifier | modifier le code]

Isabelle et Mortimer gouvernent conjointement durant quatre années marquées par l’enrichissement de la reine et d’importantes acquisitions de terres. Quand l’alliance politique avec le parti Lancastre commence à s’effriter, Isabelle continue à soutenir son amant. Isabelle perd le pouvoir lorsque son fils Édouard III reprendra le pouvoir en déposant Mortimer.

La régente, 1326–1330[modifier | modifier le code]

Une illustration du XIVe siècle montrant Isabelle et Roger Mortimer à Hereford; l'exécution de Hugues le Despencer le Jeune est visible à l'arrière-plan

Le règne d’Isabelle en tant que régente n’a duré que quatre ans, avant que la fragile alliance qui l’avait portée au pouvoir avec Mortimer ne commence à s’effondrer. L’année 1328 voit le mariage d’Édouard III avec Philippa de Hainaut, comme il avait été convenu quelques années auparavant : la somptueuse cérémonie se tient à Londres, acclamée par la foule[93]. Isabelle et Mortimer ont amorcé une tendance qui se poursuivra durant la régence, à accumuler les richesses autour de leurs deux personnes. Déjà avec le retour de ses propres domaines, Isabelle est exceptionnellement riche, mais elle s’est mise à accumuler davantage. Dans les toute premières semaines, Isabelle s’est déjà gratifiée de presque 12 000£ [94]: trouvant dans le Trésor d’Édouard 60 000 £, une rapide période de joyeuses dépenses suit[95]. Isabelle ne tarde pas à se récompenser à nouveau de 20 000£, prétendument pour solder les dettes du règne précédent[96]. Lorsque son fils est couronné, Isabelle étend ses propres possessions territoriales, passant d’un revenu de 4 400£ à celui, extraordinaire, de 13 333, faisant de la reine l’une des plus grandes propriétaires du royaume[97]. Isabelle refuse également de confier à Philippa le douaire qui lui est du après son mariage avec Édouard III, contre tous les us et coutumes[98]. Le style de vie somptueux de la reine répond parfaitement à ses nouveaux revenus[99]. Mortimer, amant, premier ministre effectif, se met également, après de plus modestes « débuts », à accumuler terres et titres dans les marches à un rythme effréné[100].

Le nouveau régime doit cependant faire face à des problèmes de politiques étrangères centraux, qu’Isabelle affronte avec réalisme[101]. Le premier est la situation en Écosse, où les échecs militaires d’Édouard ont laissé une guerre inachevée, gouffre financier pour le Trésor. Isabelle se consacre à trouver une solution par la voie diplomatique, bien que son fils, dans un premier temps, s’y oppose avant de cêder[102]. Rédigé en français, le Traité de Northampton, signé à Édimbourg le 17 mars 1328 par Robert Bruce et ratifié par le Parlement d’Angleterre le 1er mai, prévoit le mariage de Jeanne de la Tour, fille d’Isabelle et sœur du roi, avec David Bruce, héritier présomptif de la couronne d’Écosse, ainsi que la renonciation par Édouard III aux territoires écossais, en échange de l’aide militaire écossaise contre tout ennemi extérieur, excepté la France, et le versement d’une somme de 20 000£ en compensation des raids écossais passés dans le nord de l’Angleterre. Aucune compensation en revanche n’est prévue pour les comtes ayant perdu leurs possessions écossaises – et Isabelle gardera pour elle la plus grosse partie des 20 000£[103]. Bien que stratégiquement efficace et, au moins historiquement, « une réussite en termes de décisions politiques »[104], les choix d’Isabelle ne rencontrent aucune approbation populaire et contribuent à un désaccord général avec le nouveau régime. Le second problème est la situation en Gascogne, qu’Édouard II a laissée en suspens. Isabelle rouvre des négociations à Paris, aboutissant à un traité de paix par lequel la majeure partie du territoire, amputé cependant de l’Agenais, revient à l’Angleterre, en échange de 50 000 marcs de pénalité[105]. Mais la clause « agenaise » rend le traité tout aussi impopulaire auprès des Anglais que le Traité de Northampton[101].

L’oncle d’Isabelle, Henri Plantagenêt, comte de Leicester et de Lancastre, est parmi les premiers à rompre avec la reine et Mortimer. En 1327, le comte était déjà irrité par le comportement de Mortimer, et Isabelle y avait répondu en écartant son oncle de son gouvernement[106]. Lancastre avait été furieux du traité de Northampton et avait décidé de ne plus paraître à la Cour[107], soutenu par une partie des Londoniens[108]. Isabelle para au mécontentement en entreprenant une profonde réforme de l’administration royale et l’application du Droit[109]. Dans le but de s’attirer le soutien populaire, Isabelle décide également de soutenir les revendications de son fils à la Couronne de France depuis l’extinction de la branche des Capétiens directs, en envoyant ses conseillers porter officiellement la demande en France[109]. Mais la noblesse française, peu impressionnée par les prétentions d’une reine à court d’argent pour entreprendre une quelconque opération militaire, rejette les prétentions anglaises et Isabelle commence alors à courtiser les voisins de la France, allant jusqu’à proposer son fils Jean d’Eltham en mariage à la famille royale de Castille[110].

À la fin de l’année 1328, le pays est de nouveau aux bords de la guerre civile, Lancastre réunissant ses troupes contre Isabele et Mortimer[111]. En janvier 1329, les forces d’Isabelle, sous le commandement de Mortimer, s’empare de la forteresse de Lancastre, de Leicester, suivie de Bedford : Isabelle – revêtue d’une armure, montée sur un cheval de guerre – et Édouard III marchent rapidement vers le Nord, forçant la reddition d'Henri de Lancastre. S’il échappe à la mort, il se voit imposer une colossale amende, qui neutralise de fait son pouvoir[112]. Isabelle pardonne à ceux qui avaient rejoint Lancastre, bien que certains – parmi lesquels l'ancien ami d’Isabelle, Henri de Beaumont, dont la famille, qui a perdu énormément de biens lors du traité avec l’Écosse – s’enfuit vers la France[113],[114].

Malgré la défaite de Lancastre, le mécontentement continue à enfler. Le frère du roi, le comte Edmond de Kent, qui avait rejoint Isabelle en 1326, commence à remettre en question ses choix, et se rapproche petit à petit d’Édouard. Déjà en juillet 1327, le roi déposé a failli être secouru par une conspiration conduite par Thomas Dunhead et, en septembre, un autre complot est découvert peu avant sa mort : en dépit de son impopularité, certains continuent à le regarder comme le souverain légitime, dont la déposition par sa femme et son amant est à la fois choquante et illégale. Le comte de Kent avait pris langue avec des seigneurs plus âgés qui remettaient en question le gouvernement d’Isabelle, dont Henri de Beaumont et Isabelle de Vesci. En mars 1330, Edmond se retrouve finalement impliqué dans un complot, prétendu vouloir restaurer Édouard sur le trône, que la rumeur dit toujours vivant. Isabelle et Mortimer abattent le complot, arrêtent Edmond et les autres conspirateurs, dont Simon Mepeham, évêque de Cantorbéry[115]. Edmond peut espérer un pardon, au moins d’Édouard III, mais Isabelle insiste pour qu’il soit exécuté[116]. L’exécution elle-même est un fiasco, puisque le bourreau refuse d’y participer, et que le comte doit finalement être tué par un collecteur de fumier, lui-même condamné à mort et à qui on a promis la vie sauve s’il se charge de l’exécution[117]. Isabelle de Vesci échappe à la punition, bien que très impliquée dans le complot. Mortimer s’arrange pour obtenir les terres de Kent, ce qui est considéré par beaucoup comme un avertissement à tous ceux qui voudraient s’élever contre le régime ; mais désormais, Isabelle et Mortimer se sont aliénés ceux qui les avaient regardés comme des libérateurs quatre ans auparavant.

En octobre 1330, inquiets, Isabelle et Mortimer se penchent cette fois sur l'entourage du jeune roi et sa loyauté au régime. Édouard III comprend que ses amis sont menacés, et c'est cette menace qui va conduire à l'enchaînement rapide d'évènements qui aboutiront à l'arrestation d'Isabelle et de Mortimer, dans la chambre même d'Isabelle au château de Nottingham, par Édouard III et ses partisans.

La chute de Mortimer, 1330[modifier | modifier le code]

Le château de Nottingham

Au milieu de l'année 1330, le régime d’Isabelle et de Mortimer devient de plus en plus précaire et le fils de la reine, Édouard III, frustré de la mainmise de Mortimer sur le pouvoir. Bien qu'aucune preuve ne vienne étayer une quelconque connivence du jeune prince de Galles et du comte de Lancastre en vue de déposer Isabelle et Mortimer, les récents évènements les mettent cependant dans une situation délicate : les deux amants sont devenus dangereusement incontrôlables aux yeux de tous. L'historienne Miri Rubin décrit la période d'hégémonie de Mortimer aux côtés d'Isabelle comme « sans repos et troublée ».

Le château de Berkhamsted, où Isabelle fut initialement détenue après sa chute et celle de Mortimer en 1330

Discrètement, Édouard III rassemble des soutiens au sein de l’Église et d’une noblesse choisie[118], tandis qu’Isabelle et Mortimer, prudemment, se rendent au château de Nottingham, accompagnés de troupes loyales[119]. À l’automne, Mortimer enquête au sujet d’un nouveau complot contre lui, au cours duquel il menace un jeune noble, Montague, lors d’un interrogatoire. Mortimer déclare alors que sa parole prévaut sur celle du roi, inquiétante déclaration que Montague reporte immédiatement à Édouard III[120]. Édouard est désormais convaincu que le moment d’agir est venu et le 19 octobre, Montague conduit une troupe de 23 hommes armés à l’intérieur du château par un tunnel secret. À l’intérieur du donjon, Isabelle, Mortimer et d’autres membres sont en train de discuter d’une arrestation de Montague, lorsque celui-ci apparaît avec ses hommes[121]. À l’issue du combat, Mortimer est arrêté dans la chambre d'Isabelle. La régente se jette aux pieds de son fils, avec cette célèbre supplique : « Beau fils, faites grâce au gentil Mortimer ! »[121] Les troupes de Lancastre prennent rapidement le reste du château, donnant pour la première fois au roi Édouard III le contrôle de son propre gouvernement.

Le mois suivant, le Parlement est réuni, afin de juger Mortimer pour trahison. Il est intéressant de noter que la seule charge retenue contre lui qui impliquât Isabelle fut qu'il avait été cause de discorde entre la reine et son époux le roi. Isabelle fut reconnue victime innocente durant le procès[122], et aucune mention publique de sa liaison avec Mortimer ne fut faite[123]. L’amant d’Isabelle fut exécuté à Tyburn, mais Édouard III se montra magnanime et Mortimer ne fut ni écartelé, ni éviscéré[124].

La reine douairière[modifier | modifier le code]

La retraite, 1330–58[modifier | modifier le code]

Le Château de Castle Rising acheté par Isabelle en 1327, et son lieu de résidence durant ses dernières années

Le chroniqueur Henri Knighton[125] attribue la chute d'Isabelle à cinq causes principales : « usurpation ; dilapidation des revenus de la couronne ; liens avec Mortimer ; exécution de son beau-frère le comte de Kent ; paix honteuse avec l'Écosse. »

Après la prise de pouvoir de son fils, Isabelle est tout d’abord transférée à Berkhamsted Castle[126], puis placée sous bonne garde au château de Windsor jusqu’en 1332, année de son transfert vers son propre château de Rising, dans le Norfolk[127]. Agnes Strickland, une historienne de l’ère victorienne, estime qu’Isabelle a souffert d’occasionnels accès de folie durant cette période ; mais les interprétations plus modernes évoquent au pire une forme de dépression, à la suite de la mort de son amant Mortimer[127]. Isabelle est restée extrêmement riche : bien qu’elle ait dû rendre la plupart de ses possessions après avoir perdu le pouvoir[128], en 1331, elle se voit réassigner un revenu annuel de 3000£, porté à 4 000 £ dès 1337 : Édouard III a restauré sa mère dans les possessions dont elle avait joui en tant que reine consort[127]. Un inventaire de ses biens après sa mort, prouve que la reine-mère vécut très confortablement, selon son rang. Dans son château du Norfolk, elle entretient une bibliothèque variée, qui suggère une femme cultivée, et la tombe de son fils, Jean d'Eltham, qui est exécutée à sa demande, prouve ses goûts sûrs et cosmopolites. Isabelle possède des livres religieux ; sa chapelle est richement décorée ; elle fait des aumônes. Elle vit une existence somptueuse, entourée de ménestrels, domestiques, veneurs, palefreniers, entre autres luxe, avec tout le respect dû à une reine douairière, fille, épouse et mère de roi[129]. Elle voyage bientôt à nouveau à travers l’Angleterre et en 1342, il est même question qu’elle parte pour Paris, participer à des négociations de paix, mais cette idée est finalement repoussée[130]. Isabelle est cependant missionnée pour négocier avec la France six ans plus tard, en 1348, et impliquée dans les pourparlers avec Charles le Mauvais en 1358[131] : malgré sa retraite de la vie publique officielle, Isabelle conservera un intérêt constant pour les affaires européennes, que prouve une importante correspondance entre elle et beaucoup des dirigeants de son temps.

Isabelle s'intéressa également toujours de près aux affaires de son pays natal et, à la mort inattendue de son dernier frère, Charles IV, en 1328, sans héritier mâle, qui voit s'éteindre la lignée capétienne directe, Isabelle encouragera activement son fils à prétendre à la couronne de France qui, selon elle, lui revient en tant que plus proche parent mâle du dernier roi et unique représentant du tronc de la dynastie capétienne, à travers Philippe le Bel. En s'en tenant à une interprétation simple des lois féodales, Édouard III est l'héritier légitime du trône de France.

Isabelle accueille régulièrement son fils et sa femme Philippa de Hainaut, quand ils viennent lui rendre visite[132] et, dans les derniers années de sa vie, elle devient très proche de sa fille Jeanne, reine d'Écosse, qui est venue vivre auprès d'elle après avoir quitté son volage époux, le roi David II d’Écosse[133]. C’est d’ailleurs Jeanne qui la veillera lors de sa mort. Isabelle s’entiche de ses petits-enfants, particulièrement du fils aîné d’Édouard III, le prince de Galles Édouard de Woodstock, que l’Histoire a retenu sous le nom très postérieur de Prince Noir (ses contemporains n'utilisèrent jamais ce surnom). À mesure qu’elle vieillit, Isabelle se tourne de plus en plus vers la religion, multipliant pèlerinages et visites pieuses[134]. Elle n’en demeure pas moins une personnalité de la Cour, recevant de constants visiteurs, parmi lesquels la fille de Roger Mortimer, Agnès, comtesse de Pembroke, ainsi que le petit-fils de Roger, du même nom, qu’Édouard III a restauré dans le titre de comte de March[135]. Elle continue à s’intéresser au cycle arthurien et à la joaillerie : en 1358, elle apparaît à la fête de la Saint-Georges revêtue d’une robe de soie et d’argent, enrichie de 300 rubis, de 1800 perles et d’un bandeau d’or[129]. Il semble qu’elle ait également développé un intérêt pour l’astrologie et la géométrie vers sa fin, plusieurs présents qu’elle a reçus s’y rapportant directement[136].

La mort[modifier | modifier le code]

Isabelle tombe malade quelques jours avant sa mort, et prend l’habit des clarisses. Elle meurt le 23 août 1358. Elle laisse la majeure partie de ses propriétés, notamment le château de Rising, à son petit-fils favori, le prince de Galles ; quelques-uns de ses effets personnels à sa fille Jeanne[137]. Son corps est envoyé à Londres pour ses funérailles en l’église franciscaine (en) de Newgate, célébrées par l’archevêque Simon Islip[138]. Isabelle a demandé à être enterrée dans sa robe de noces, et le cœur d’Édouard, enfermé depuis trente ans dans un coffret, à ses côtés. Sa tombe d'albâtre a disparu lorsque le prieuré est devenu une église paroissienne en 1550.

Il n'existe aujourd'hui aucune représentation certifiée de cette beauté unanimement louée par ses contemporains.

Descendance[modifier | modifier le code]

Édouard et Isabelle eurent quatre enfants, et la reine souffrit d’au moins une fausse couche. Leurs enfants furent :

  1. Édouard de Windsor, né en 1312, futur roi d'Angleterre
  2. Jean d'Eltham, comte de Cornouailles, né en 1316
  3. Aliénor de Woodstock, née en 1318, épouse de Renaud II de Gueldre
  4. Jeanne de la Tour, née en 1321, épouse de David II d'Écosse

Ascendance[modifier | modifier le code]

Armes[modifier | modifier le code]

Les Armes d'Isabelle de France, reine d'Angleterre[139]

L’illustration des armes d’Isabelle n’est pas constante : en certains cas, l’écu est parti d’Angleterre et de France ancien ; dans d’autres, il est parti d’Angleterre (en référence à son époux), de France ancien (en référence à son père), de Navarre et de Champagne (en référence à sa mère).

Postérité[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

La reine Isabelle apparaît dans la pièce Edward II de Christopher Marlowe, où elle tient un rôle majeur. Par la suite, on la retrouve fréquemment dans d’autres pièces, des livres, des films, souvent représentée comme une femme belle, mais manipulatrice et cruelle.

Thomas Gray, poète du XVIIIe siècle, réunit aux caractéristiques que Marlowe attribue à Isabelle à le surnom que Shakespeare donne à une autre princesse française, Marguerite d’Anjou (épouse d’Henri VI d’Angleterre) : la louve de France, dans son poème anti-français The Bard ("Le Barde"), dans lequel Isabella déchiquette les intestins d’Edward II de ses « crocs acharnés »[140]. L’épithète de louve est restée, et Bertolt Brecht l’utilise dans sa Vie d’Édouard II d’Angleterre[140].

De façon similaire, Isabelle apparaît dans le roman de Jean Plaidy Les Folies du Roi et le Vœu du Héron comme une sociopathe meurtrière depuis l’enfance, héritière des tendances sanguinaires de son père. Vaniteuse, égoïste, sadique, elle est profondément homophobe et obsédée par l’idée de détruire son mari et ses favoris, plus à cause de sa fierté blessée que d’un amour déçu.

Isabelle est l'un des personnages du cycle romanesque Les Rois maudits, de Maurice Druon : le cinquième tome, La Louve de France, est centré sur elle.

Le roman de Ken Follett de 2007, Un monde sans fin met en scène le meurtre d’Édouard II et l'épisode de la lettre à Berkeley,

Isabelle apparaît dans Le Calice des esprits, premier livre de la série historique « Mathilde de Westminster » de Paul Charles Doherty, aux éditions 10/18.

Cinéma[modifier | modifier le code]

À l’opposé de ces représentations négatives pour la plupart, Isabelle apparaît comme un personnage beaucoup plus sympathique et positif dans le film de Mel Gibson, Braveheart, où elle est interprétée par Sophie Marceau. Dans ce film qui prend de très grandes libertés avec l'Histoire, Isabelle est envoyée négocier avec le rebelle indépendantiste écossais William Wallace, avec qui elle a une liaison : dans la réalité, Isabelle avait neuf ans au moment de la mort de Wallace[141]. De plus, Wallace y est présenté comme le véritable père d’Édouard III[142].

Tilda Swinton interprète la reine Isabelle dans le film Edward II, réalisé par Derek Jarman et adapté de la pièce de Marlowe : l'actrice a obtenu pour ce rôle la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine lors de la Mostra de Venise 1991.

Télévision[modifier | modifier le code]

Dans les feuilletons télévisés tirés des Rois maudits de Maurice Druon, son rôle est interprété par Geneviève Casile dans la version de 1972 (adaptation signée Marcel Jullian et Claude Barma), puis par Julie Gayet dans la version de 2005 (réalisée par Josée Dayan).

Le personnage d'Isabelle, interprété par Aure Atika, apparaît dans le feuilleton télévisé Un monde sans fin, tiré du roman éponyme de Ken Follett et réalisé par Michael Caton-Jones.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Weir 2006, p. 8-9.
  2. Jones et McKitterick, p.394.
  3. Weir 2006, p.12.
  4. a et b Weir 2006, p.13.
  5. Weir 2006, p.13-4.
  6. a et b Weir 2006, p.25.
  7. Weir 2006, p.243.
  8. Mortimer, 2004, p.36.
  9. Pour un résumé de cette période, voir Weir 2006, chapitres 2–6; Mortimer, 2006, chapitre 1; Doherty, chapitres 1–3.
  10. (en) Lisa Hilton, Queens Consort, England's Medieval Queens, Great Britain, Weidenfeld & Nichelson,‎ 2008 (ISBN 978-0-7538-2611-9), p. 247
  11. Doherty, p.46.
  12. Weir 2006, p.39.
  13. Weir 2006, p.37.
  14. a et b Doherty, p.37.
  15. Doherty, p.38.
  16. Doherty, pp47-8.
  17. Doherty, p.49.
  18. a et b Weir 2006, p.58.
  19. Weir 2006, p.63.
  20. Doherty, p.54.
  21. Weir 2006, p.68.
  22. Doherty, p.56.
  23. a et b Weir 2006, p.92.
  24. Weir 2006, p.92, 99.
  25. Doherty, p.61.
  26. Doherty, p.60.
  27. Doherty, pp.60–1.
  28. Doherty, pp.61–2.
  29. Doherty, p.62.
  30. a et b Doherty, p.64.
  31. Weir 2006, p.120.
  32. Doherty, p.66.
  33. Weir 2006, p.132.
  34. Doherty, p.67.
  35. Doherty, p.67; Weir 2006, p.132.
  36. Doherty, p.70.
  37. Doherty, p.70-1; Weir 2006, p.133.
  38. a et b Doherty, p.71.
  39. a et b Doherty, pp72-3.
  40. Weir 2006, p.138.
  41. Doherty, pp74-5.
  42. Doherty, p.73.
  43. Weir 2006, p.143.
  44. Weir 2006, p.144.
  45. Doherty, p.75.
  46. Doherty, pp.76–7.
  47. a, b et c Doherty, p.77.
  48. a et b Doherty, p.78.
  49. a et b Doherty, p.79.
  50. Doherty, p.80.
  51. Pour un résumé de cette période, voir Weir 2006, chapitres 6–8; Doherty, chapitre 4; Mortimer, 2006, chapitre 2; Mortimer, 2004, chapitres 9-11.
  52. Ainsworth, p.3.
  53. a et b Holmes, p.16.
  54. Neillands, p.30.
  55. Neillands, p.31.
  56. Kibler, p.314.
  57. Doherty, pp.80–1.
  58. Sumption, p.97.
  59. a, b et c Doherty, p.81.
  60. Kibler, p.314; Sumption, p.98.
  61. Weir 2006, p.153.
  62. Weir 2006, p.154; voir aussi Mortimer, 2004 pp128-9.
  63. Weir 2006, p.194.
  64. Mortimer, 2004, p.140.
  65. Weir 2006, p.197.
  66. Mortimer, 2004, p.141.
  67. Kibler, p.477.
  68. Lord, p.47.
  69. a et b Weir 2006, p.221.
  70. Weir 2006, p.222.
  71. Weir 2006, p.223.
  72. a, b, c, d et e Doherty, p.90.
  73. Mortimer, 2004, p.148-9.
  74. Weir 2006, p.225.
  75. Weir 2006, p.227.
  76. Doherty, p.91.
  77. Doherty, p.92
  78. Extrait de Weir 2006, chapitre 8; Mortimer, 2006, chapitre 2; et la Carte du système de transport dans l'Angleterre médiévale, Myers, p.270.
  79. Weir 2006, p.228.
  80. Weir 2006, p.228-9; p.232.
  81. Weir 2006, p.232.
  82. Doherty, p.92; Weir 2006, pp233-4.
  83. Weir 2006, p.233.
  84. Weir 2006, p.236.
  85. Doherty, p.93.
  86. Mortimer The Greatest Traitor, pp. 159–162.
  87. Doherty, p.107.
  88. Weir 2006, p.242.
  89. Doherty, p. 108.
  90. Doherty, p. 109.
  91. Doherty, pp 114–15.
  92. Voir Carpenter 2007a, Carpenter 2007b.
  93. Doherty, p. 142.
  94. Weir 2006, p.245.
  95. Weir 2006, p.248.
  96. Weir 2006, p.249.
  97. Weir 2006, p.259.
  98. Weir 2006, p.303.
  99. Weir 2006, p.258.
  100. Doherty, p.156.
  101. a et b Weir 2006, p.261.
  102. Weir 2006, p.304.
  103. Weir 2006, p.305, p.313.
  104. Weir 2006, p.306.
  105. Weir 2006, p.261; Neillands, p.32.
  106. Weir 2006, p.307.
  107. Weir 2006, p.314.
  108. Weir 2006, p.315.
  109. a et b Weir 2006, p.309.
  110. Weir 2006, p.310.
  111. Weir 2006, p.322.
  112. Weir 2006, p.322; Mortimer, 2004, p.218.
  113. Doherty, p.149.
  114. Weir 2006, p.333.
  115. Doherty, p.151.
  116. Doherty, p.152.
  117. Doherty, p.153.
  118. Doherty, pp158-9.
  119. Doherty, p.159.
  120. Doherty, p.160.
  121. a et b Doherty, p.161.
  122. Doherty, p.162.
  123. Doherty, p.172.
  124. Doherty, p.163.
  125. Henry Knighton, Knighton's Chronicle 1337–1396, ed. G. H. Martin, Clarendon Press, Oxford, 1995. (ISBN 0198205031).
  126. Weir 2006, p347.
  127. a, b et c Doherty, p.173.
  128. Weir 2006, p.353.
  129. a et b Doherty, p.176.
  130. Doherty, p.174.
  131. (en) Ian Mortimer, The Perfect King The Life of Edward III, Father of the English Nation,‎ 2008, p. 332
  132. Mortimer 2008, p. 332
  133. Doherty, p.175.
  134. Doherty, pp175-6.
  135. Doherty, p.177.
  136. Weir 2006, p.371.
  137. Weir 2006, p.373.
  138. Weir 2006, p. 374.
  139. Boutell, p.133.
  140. a et b Weir 2006, p. 2.
  141. (en) « The lying art of historical fiction », Guardian,‎ 6 août 2010 (lire en ligne)
  142. Ewan, pp. 1219–1221.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Ainsworth, Peter. (2006) Representing Royalty: Kings, Queens and Captains in Some Early Fifteenth Century Manuscripts of Froissart's Chroniques. in Kooper (ed) 2006.
  • Boutell, Charles. (1863) A Manual of Heraldry, Historical and Popular. Londres, Winsor & Newton.
  • Carpenter, David. (2007a) "What Happened to Edward II?" London Review of Books. Vol. 29, No. 11. 7 juin 2007.
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