Isabelle d'Angoulême

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Gisant d'Isabelle d'Angoulême, église de l'abbaye royale de Fontevraud

Isabelle d'Angoulême (née vers 1188[1] et morte le 4 juin 1246[1]), est comtesse d'Angoulême de son plein droit (suo jure). En 1200, elle devient reine consort d'Angleterre après avoir épousé le roi Jean sans Terre († 1216).

Biographie[modifier | modifier le code]

Reine d'Angleterre[modifier | modifier le code]

Elle est le seul enfant d'Aymar Taillefer († 1202), comte d'Angoulême, et d'Alice de Courtenay, petite-fille du roi de France Louis VI[1],[2].

Au début de l'année 1200, alors qu'elle aurait 12 ans, elle est promise à Hugues IX, comte de Lusignan, qui a récemment reçu le comté de la Marche du roi d'Angleterre Jean sans Terre[1]. Leur mariage établirait Hugues de Lusignan comme comte de Lusignan, de la Marche et d'Angoulême. Il pourrait ainsi contrôler un vaste territoire, riche et stratégique, puisque placé entre les deux places fortes des Plantagenêts que sont Bordeaux et Poitiers[1]. Le roi anglais décide alors d'épouser lui-même Isabelle. Le mariage a lieu à Angoulême, le 24 août 1200[1].

Les chroniqueurs commentant les faits ont écrit que Jean sans Terre aurait été si ébloui par la beauté d'Isabelle qu'il l'aurait ravie et épousée[1]. En réalité, ses intentions sont bien moins romantiques, et bien plus politiques[1]. En effet, en entrant en possession du comté d'Angoulême, Hugues de Lusignan serait devenu si puissant qu'il aurait pu devenir un sérieux rival et déstabiliser l'empire Plantagenêt. Pour empêcher cette menace, Jean sans Terre épouse donc la jeune fille[1]. Les nouveaux époux vont ensuite à Chinon, puis partent pour l'Angleterre, où Isabelle est couronnée le 8 octobre 1200[1].

Ses actions causent un grand émoi en France, et Hugues de Lusignan, qui était jusque-là son allié, se rallie à Philippe Auguste, le roi de France, et se plaint à lui[1]. Ce dernier condamne finalement Jean sans Terre pour forfaiture, et la commise est prononcée sur ses biens du Royaume de France, biens qui doivent donc revenir au roi de France. Il s'ensuit trois années de campagnes militaires contre les possessions du roi Plantagenêt qui perd la Normandie, l'Anjou et le Poitou[1].

De son mariage avec Jean sans Terre naissent cinq enfants qui atteignent tous l'âge adulte[1]. Les chroniqueurs contemporains mentionnent qu'elle serait infidèle[1]. Quoi qu'il en soit, elle n'est que rarement en compagnie de son époux après 1205[1]. En 1214, ils vont ensemble à Poitiers, Jean ayant finalement réussit à prendre le contrôle de l'héritage d'Isabelle, le comté d'Angoulême[1].

Durant la guerre des barons, qui opposent une partie des barons anglais au roi, elle est mise en relative sécurité dans l'ouest du royaume[1].

Second mariage[modifier | modifier le code]

À la mort de Jean sans Terre en octobre 1216, son fils aîné devient roi d'Angleterre sous le nom d'Henri III. Il semble qu'elle ait été exclue du cercle restreint des nouveaux conseillers du roi[1]. Elle se voit aussi confisquer une partie de son douaire, suite à quoi elle abandonne ses enfants en Angleterre et part en France pour pouvoir s'occuper de son héritage[1].

Durant les trois années suivantes, elle prend progressivement le contrôle effectif de ses terres, écartant peu à peu les administrateurs qu'avait nommés son mari[1]. En avril ou mai 1220, elle épouse Hugues X de Lusignan, comte de la Marche, le fils de son ancien fiancé[1]. Celui-ci vient de succéder à son père et leur mariage permet de former le territoire (Lusignan, la Marche et Angoulême) que Jean sans Terre redoutait en 1200[1].

Hugues demande immédiatement à entrer en possession du douaire de sa femme[1]. Henri III d'Angleterre lui donne donc les terres anglaises[N 1], normandes, et surtout les seigneuries de Saintes et Niort[1]. En 1221, après une dispute, ses terres anglaises sont brièvement saisies[1]. Elles sont définitivement confisquées en juin 1224, lorsque Hugues de Lusignan s'allie au roi de France Louis VIII, ce qui déclenche une invasion française du Poitou[1].

Toutefois, en 1226, la mère et le fils se réconcilient, et en 1230, ils se rencontrent pour la première fois depuis 1217[1].

Fin de vie et personnalité[modifier | modifier le code]

C'est sans doute sous son influence que Henri III d'Angleterre et Hugues de Lusignan organisent un front commun contre le roi de France Louis IX, dont le contrôle du Poitou semble devoir devenir encore plus oppressant[1]. Le roi anglais organise alors, à grands frais, une intervention armée dans cette région. Ses troupes sont battues à Taillebourg (dans l'actuel département de la Charente-Maritime), le 21 juillet 1242[3]. C'est ce moment que choisit Hugues de Lusignan pour se rallier à nouveau au roi de France[3].

Isabelle d'Angoulême se retire peu après à l'abbaye de Fontevraud[1]. C'est là qu'elle meurt, le 4 juin 1246, après avoir pris le voile sur son lit de mort[1]. Elle est inhumée dans la salle capitulaire de l'abbaye[1]. En 1254, son fils Henri III fait transférer son corps à l'intérieur de l'abbatiale, dans une tombe proche de celles de ses ancêtres Plantagenêt[1]. Malgré d'importantes tensions familiales, des obsèques sont célébrées en Angleterre, et des dons à des maisons religieuses sont faits en son nom[1].

Pour l'historien britannique Nicholas Vincent, Isabelle d'Angoulême semble avoir été une femme de caractère, puisqu'elle fut capable d'imposer sa domination sur son comté d'Angoulême[1]. Elle manqua néanmoins d'affection maternelle pour ses enfants avec le roi Jean sans Terre, puisqu'elle les abandonna en Angleterre en 1217[1]. Pour Vincent, son caractère difficile, relevé par quelques chroniqueurs, peut peut-être s'expliquer par son mariage précoce (environ douze ans) et ses deux maris infidèles[1].

Après la mort de sa mère, Henri III s'occupe de ses demi-frères et soeurs et contribue à leur enrichissement[4]. En 1247, il en fait venir quatre à Westminster. Aymar se voit proposer un siège épiscopal, étudie à Oxford[3], et devient évêque de Winchester en 1250 ; Guillaume est marié à Joan de Munchensi, une cohéritière de la famille le Maréchal qui lui apporte la seigneurie de Pembroke ; enfin, Alice épouse John de Warenne, 6e comte de Surrey[3]. Ces rapprochements avec les Lusignans effectués par Henri III sont probablement aussi de nature politique. En effet, à cette époque, le roi anglais craint une invasion française du duché d'Aquitaine[3].

Descendance[modifier | modifier le code]

Elle a cinq enfant de sa première union avec le roi Jean d'Angleterre, tous parvenus à l'âge adulte[1] :

  1. Henri III d'Angleterre (1207-1272), succède à son père sur le trône ;
  2. Richard (1209-1272), comte de Cornouailles, roi des Romains de 1257 à 1272 ;
  3. Jeanne d'Angleterre (1210-1238), épouse du roi Alexandre II d'Écosse ;
  4. Isabelle d'Angleterre (1214-1241), épouse de Frédéric II du Saint-Empire ;
  5. Aliénor Plantagenêt (1215?-1275), épouse Guillaume le Maréchal, 2e comte de Pembroke puis Simon V de Montfort, 6e comte de Leicester.

De sa seconde union, avec Hugues X de Lusignan naissent neuf enfants[1], tous parvenus à l'âge adulte, qui sont[5] :

  1. Hugues XI de Lusignan († 6 avril 1250), comte de la Marche ;
  2. Agnès de Lusignan († ap. le 7 avril 1269), épouse de Guillaume II de Chauvigny ;
  3. Alice de Lusignan († ap. le 9 février 1256), épouse de John de Warenne, 6e comte de Surrey[4] ;
  4. Guy de Lusignan († ap. le 18 octobre 1281) ;
  5. Geoffroy de Lusignan († av. mars 1274), seigneur de Jarnac et Châteauneuf, épouse Jeanne, vicomtesse de Châtellerault, en 1259 ;
  6. Guillaume de Valence († 16 mai 1296), comte de Pembroke[6] ;
  7. Aymar (vers 1228-1260), évêque de Winchester à partir de 1250[7] ;
  8. Isabelle de Lusignan († 14 janvier 1300), épouse de Maurice de Craon ;
  9. Marguerite de Lusignan († 22 octobre 1288), épouse Raymond VII de Toulouse, puis Aimery IX de Thouars, vicomte de Thouars, et en troisièmes noces, après 1256, Geoffroy V de Châteaubriand, baron de Châteaubriand.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Constitué par son mari, son douaire est composé en Angleterre du Rutland et de la ville de Rockingham ; de l'honneur de Berkhamsted ; de la ferme de Waltham dans l'Essex ; et des villes d'Exeter, Wilton, Ilchester et Malmesbury (Vincent, 2006).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa, ab, ac, ad, ae, af, ag, ah, ai, aj, ak et al (en) Nicholas Vincent, « Isabella, suo jure countess of Angoulême (c.1188–1246) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, édition en ligne, janvier 2006.
  2. Généalogie d'Isabelle d'Angoulême sur le site Medieval Lands
  3. a, b, c, d et e H. W. Ridgeway, « Henry III (1207–1272) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, édition en ligne, septembre 2010.
  4. a et b Scott L. Waugh, « Warenne, John de, sixth earl of Surrey (1231–1304) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.
  5. Généalogie et descendance d'Hugues X de Lusignan sur le site Medieval Lands
  6. H. W. Ridgeway, « Valence, William de, earl of Pembroke (d. 1296) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, édition en ligne, janvier 2008.
  7. Nicholas Vincent, « Lusignan, Aymer de (c.1228–1260) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, édition en ligne, janvier 2008.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • F. A. Cazel et S. Painter, « The marriage of Isabelle of Angoulême », The English Historical Review, vol. 67 (1952), p. 233-235.
  • Isabelle d'Angoulême, comtesse-reine et son temps (1186-1246): actes du colloque tenu à Lusignan du 8 au 10 novembre 1996, volume 5 de Civilisation médiévale, Centre d'études supérieure de civilisation médiévale, Université de Poitiers, 1999, 193 pages.

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) Nicholas Vincent, « Isabella, suo jure countess of Angoulême (c.1188–1246) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, édition en ligne, janvier 2006. DOI:10.1093/ref:odnb/14483 (accès payant). Lire en ligne.

Liens externes[modifier | modifier le code]