Ionie

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Position de l'Ionie en Asie mineure

L'Ionie est une région historique du monde grec antique située à l'ouest de l'Asie mineure, entre Phocée et Milet. Elle correspond à la région située dans un rayon de 170 km autour de la ville actuelle d'Izmir. Elle emprunte son nom à Ion, ancêtre légendaire des peuples de cette région. C'est en Ionie que se sont développées les premières formes de science de la philosophie en Occident, chez les penseurs appelés Présocratiques, dont une école particulière, celle des Physiciens, est aussi appelée l'École Ionienne.

Les côtes ioniennes présentent beaucoup d'avantages économiques : de bons abris naturels facilitant l'établissement de ports pour le commerce avec des communications aisées vers l'arrière-pays, un climat agréable, des vallées ouvertes pour la culture des céréales et l'élevage des chevaux, des plateaux pour l'élevage des moutons, des collines pour les arbres fruitiers et les oliviers.

Origines[modifier | modifier le code]

Son peuplement issu de la deuxième vague de migration achéenne, au XIe siècle av. J.-C., avait intégré, à la suite de nombreux mariages mixtes, des Doriens et des populations pré-helléniques. Cette population était unie par un dialecte commun, et un sanctuaire religieux commun, le Panionion situé sur le territoire de Priène.

Dans l'Antiquité, elle fédérait douze cités grecques, du continent et des îles : Chios, Éphèse, Érythrée, Clazomènes, Colophon, Lébédos, Milet, Myonte, Phocée, Priène, Samos et Téos. Halicarnasse les rejoignit après. Brillant foyer de la civilisation hellénique aux VIIe et VIe siècle av. J.-C., elle appartient à une ensemble plus vaste appelé « Grèce d'Asie » ou « Grèce de l'Est ».

Chaque cité était indépendante et avait son propre gouvernement et sa propre organisation sociale, mais elles eurent la même évolution politique, vers la tyrannie, que les autres cités grecques, avec lesquelles elles étaient unies par une communauté de culture, même s'il y avait de nombreux conflits frontaliers.

Civilisation[modifier | modifier le code]

L'Ionie est la première région de Grèce où la philosophie, l'art (en particulier l'architecture avec l'ordre ionique) et les sciences se sont développés, bénéficiant des richesses intellectuelles du Proche-Orient et de l'Égypte. Les cités ioniennes ont donné de nombreux grands penseurs présocratiques, des grands artistes et de grands architectes, comme Thalès de Milet, Anaximandre, Anaximène, Leucippe, à Priène, Héraclite à Éphèse, Anaxagore à Clazomènes et Pythagore dans l'île de Samos.

L'Ionie fut convoitée pour sa richesse économique et son développement intellectuel, par des voisins puissants, ambitieux et entreprenants. Les Ioniens avaient développé les produits de luxe et de qualité, les banquets et les courtisanes élégantes et cultivées fascinaient. Ils étaient représentatifs du point très élevé de sophistication atteint par la civilisation grecque. Or, les Ioniens étaient de mauvais combattants, peu entraînés, [réf. nécessaire] leurs cités étaient souvent désunies, leurs routes étaient aisées pour le commerce et les échanges, mais aussi pour les invasions.

Histoire[modifier | modifier le code]

Après avoir essaimé de prospères colonies vers le nord (Pont Euxin) et vers l'ouest (Mer Ionienne ; pays Massaliote), l'Ionie passa d'abord sous protectorat des Lydiens, puis après la victoire de Cyrus sur Crésus, sous domination des Perses, auxquels elle devait payer de lourds tributs et entretenir les garnisons, en contrepartie d'une certaine autonomie et de la liberté laissée aux tyrans locaux.

Cette situation empira avec le roi de Perse Darius Ier et aboutit en 499 av. J.-C. à une révolte de l'Ionie, favorisée par les revers militaires des Perses dans la steppe danubienne, et l'appui militaire d'Athènes et d'Érétrie. Mais la révolte tourna au désastre malgré quelques victoires, et la population paya lourdement cet épisode : destruction et incendie d'Éphèse et de Milet, déportation des populations comme esclaves en Mésopotamie en 494 av. J.-C., jusqu'à leur totale allégeance.

De nombreux habitants (marchands, artisans, poètes, penseurs), émigrèrent, emportant avec eux les raffinements de leur culture. Ce fut un coup d'arrêt à l'essor intellectuel de l'Ionie.

Ce n'est qu'après les victoires des cités de la Grèce continentale à Marathon, puis à la Bataille de Salamine, en -480, à la Bataille de Platées, et à la Bataille du cap Mycale en -479, que les Ioniens recouvrèrent leur liberté, l'expansion de l'Empire perse vers l'ouest était définitivement arrêtée.

Athènes qui avait joué un rôle prépondérant dans la victoire, en tira gloire et profit, et en -478, par la création de la Ligue de Délos, elle entreprit de constituer autour d'elle un empire maritime assurant son hégémonie sur la mer Égée, désormais interdite aux vaisseaux perses, et sa domination sur le monde grec. La guerre se termina en 449 av. J.-C. et la défaite des Perses fut confirmée par la paix de Callias.

L'Ionie suivit ensuite le destin du monde hellénistique, passant des Séleucides au Royaume de Pergame, puis à l'Empire romain qui, en se christianisant, devint Byzantin : elle passa au XIVe siècle aux Gênois et finit par tomber définitivement aux mains des Turcs au XVe siècle, sans pourtant jamais perdre sa prospérité ni son caractère hellénique.

Mais, à la suite de la défaite ottomane de 1918, la Grèce, gouvernée par Eleftherios Venizelos, demanda l'annexion de la Ionie, qu'elle occupa militairement, dans un contexte où l'Empire Ottoman déclinant semblait sur le point d'être démembré entre les puissances coloniales victorieuses (Traité de Sèvres).

Mustafa Kémal Atatürk leva en 1919 une armée nationaliste et entreprit de chasser les armées grecques d'Anatolie : la guerre se termina en septembre 1922 par la reprise de Smyrne/Izmir. La moitié de la ville (les quartiers des Européens) brûla et ne fut reconstruite que lentement. L'échange de population qui fut décidé entre la Grèce et la nouvelle République de Turquie à la suite du Traité de Lausanne (1923) aboutit à l'exode des Grecs d'Asie mineure (à l'exception d'Istanbul), remplacés par les Turcs - moins nombreux - venant de Grèce.

À la suite de l'échange de populations, on ne peut plus parler de civilisation ionienne, et le mot a disparu du vocabulaire administratif turc. Mais pas sa prospérité : l'Ionie demeure une des régions les plus dynamiques de la Turquie, les investissements européens y sont très nombreux.

Ionie et Grèce[modifier | modifier le code]

  • En araméen, le nom « ܝܘܢ » désigne l'ensemble du territoire grec. Il en est de même pour le nom « يونان » (Yūnān) en arabe qui désigne la Grèce, de même que « Yunan » en turc et « יון » (Yawan, Yavane) en hébreu. Il est passé en sanskrit sous la forme Yavana (यवन), avec un sens secondaire d'étranger ou de barbare, qui est arrivé jusqu'en khmer sous la forme Yuon (យួន), aujourd'hui dépréciative, qui désigne les Vietnamiens. La forme arabe donne son nom à la médecine traditionnelle yunâni (ou unani) pratiquée en Inde.

Articles connexes[modifier | modifier le code]