Invitation à la vie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir IVI.

Invitation à la Vie est une association spirituelle d'inspiration chrétienne, fondée en 1983 par Yvonne Trubert, née Dolo (1932-2009), déclarée à Paris le 16 mars 1983. En 1995 et 1999, elle a été classée dans la catégorie «sectes guérisseuses pseudo-catholiques» par la commission d'enquête parlementaire sur les sectes[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Yvonne Trubert est née le 23 octobre 1932 à Laurenan (Côtes-d'Armor), dans une famille modeste et nombreuse.

« Il est difficile de situer le début de la mission d’Yvonne Trubert. Aussi loin qu’elle peut remonter dans sa mémoire, elle se souvient d’avoir été attentive à la souffrance : la sienne, celle de l’enfant asthmatique, celle des autres enfants mis en quarantaine, parce que contagieux, qu’elle allait voir quand même, celle des femmes qui venaient lui confier leurs problèmes lorsqu’elle exerçait son métier de commerçante. »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

Mère de famille de quatre enfants, elle quitte sa Bretagne natale pour s'établir en Île-de-France. Gérante d'un magasin de remaillage-stoppage dans le 11e arrondissement de Paris. Persuadée qu'elle dispose d'un pouvoir de guérison, elle fait la connaissance de guérisseurs ou magnétiseurs, s'initie à la littérature ésotérique et occultiste, et s'entraîne à soigner de nombreuses personnes. Sa réputation s'étend, en particulier dans un milieu bourgeois et catholique, littéralement séduit par Yvonne Trubert, qui se dit catholique et affirme que ses "guérisons" ne sont obtenues que par la prière[2]. Elle s'installe en 1976 comme voyante dans un appartement du 16e arrondissement de Paris, rue Michel-Ange[3].

Pendant l'année 1980, elle anime un groupe de prière catholique. Ce groupe se développe à un tel point qu'il est obligé de se structurer.

«  (…) ne pouvant plus répondre aux nombreuses demandes d’aide, Yvonne Trubert souhaite être secondée dans sa mission. (…) Le 29 janvier 1982, elle réunit (…) dix-sept personnes parmi celles qu’elle a en charge et qui ont accepté de l’aider. (…) Elle a enseigné les manières d’aider ceux qui souffrent et à la surprise de beaucoup d’entre eux, elle a parlé de spiritualité. Elle a repris les prières : le Notre Père, le Je vous salue Marie et six mois plus tard, elle aborde le chapelet. »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

Les statuts d'Invitation à la Vie sont déposés à la préfecture de Police de Paris le 16 mars 1983.

En 1987, Le Nouvel Observateur dénonce «le système christo-maristo-hinduisto-naturopathicobioénergétique» de ce mouvement, qui avait rapidement fait des milliers d'adeptes, y compris chez des médecins, en prétendant guérir des maladies aussi graves que le cancer, la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques et même la trisomie 21 par la prière, l'imposition des mains ou encore l'«harmonisation des centres énergétiques» du corps, ou «chakras»[4].

La même année le secrétariat général de l'épiscopat français publie un mise au point à propos du mouvement : « Il est urgent et nécessaire de mettre en garde les catholiques de France contre les thèses réductrices et destructrices de la foi enseignée par le mouvement Invitation à la Vie (I.V.I.) [...] La doctrine d'Invitation à la Vie est en effet une véritable gnose en opposition radicale avec la foi chrétienne, constituée par un curieux amalgame de théories empruntées au christianisme, à l'hindouisme et à la bio-énergie[5]

But[modifier | modifier le code]

Invitation à la Vie se définit comme « une association laïque qui propose à chacun - dans sa singularité - de recentrer son existence sur une valeur universelle christique : l'amour. » Elle affirme transmettre le message d'amour, de paix de confiance et de vie apporté par le Christ. Dans ses statuts, l'association déclare : « Dans un but humanitaire et d'intérêt général, elle s'efforcera d'œuvrer pour le développement spirituel et harmonieux de l'être humain, ainsi que d'enseigner tous moyens et toutes méthodes destinés à favoriser l'épanouissement de l'être, l'accomplissement bénéfique de la Vie et sa plénitude, dans le strict respect des libertés » (article 3). Sur le site de l'association figure le slogan « Apprendre à aimer les autres, la terre, soi-même. »

Convictions[modifier | modifier le code]

Invitation à la Vie revendique l’enseignement du Christ appliqué à trois domaines principaux : spirituel, santé, social.

Spirituelles[modifier | modifier le code]

« Invitation à la Vie est hybride. On constate qu’il réhabilite des dévotions du catholicisme : les pèlerinages, la récitation du rosaire, la réhabilitation du culte marial, l’exercice des vertus, mais on constate aussi qu’il insiste sur l’Amour, sur le rayonnement personnel, qu’il pratique des vibrations, des harmonisations, qu’il fait référence aux chakras (sans pourtant faire de syncrétisme avec les religions asiatiques). »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

Par ailleurs, le fidèle peut fréquenter une autre Église s'il le souhaite.

Santé[modifier | modifier le code]

L’approche de la médecine par Invitation à la Vie a suscité des polémiques. Régis Dericquebourg[6] s’est particulièrement penché sur cette question.

« Dans les vues de Mme Trubert, la maladie est la conséquence des « blessures de la mémoire » : les déceptions, le manque d’amour pendant l’enfance, les deuils, les mauvais traitements, les humiliations qui finissent par rendre malade. Dès lors, les soins passent par la guérison de la mémoire blessée et culpabilisée par un don d’amour-énergie au cours de l’harmonisation. »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

Mais il ne semble pas que ce point de vue exclue pour autant les pratiques médicales. [réf. nécessaire]

« Dans un groupe qui a des pratiques de guérison, il était nécessaire de savoir si les adhérents consultent un médecin quand ils tombent malades. 97 % des personnes parmi les 217 qui ont répondu ont recours à un médecin. »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

« D’autre part, nous nous sommes demandé si les disciples d’Yvonne Trubert avaient une préférence pour les médecines alternatives comme les adeptes du Nouvel Age. Notre enquête montre que 5 % consultent uniquement des allopathes. 35 % consultent des homéopathes, et 59 % les deux. »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

Néanmoins, le fait que 95 % des membres consultent d'autres types de médecine témoigne d'un profil psychologique particulier des membres.

Les pratiques médicales d'Invitation à la Vie ne s'appuient sur aucune étude psychologique, psychiatrique ou médicale.

Pratiques[modifier | modifier le code]

Les membres participent à de nombreuses pratiques :

  • les séances d'harmonisation ;
  • les séances de vibrations ;
  • les entretiens privés
  • les purifications privées
  • le groupe de prière (réunion hebdomadaire chez un membre avec utilisation du chapelet et écoute d'une cassette d'Yvonne Trubert, suivi d'un repas fraternel) ;
  • les réunions mensuelles des maisons et des missions ;
  • une douzaine de pèlerinages par an, très fréquemment dans des lieux saints catholiques, en France ou à l'étranger ;
  • les conférences d'Yvonne Trubert ;
  • les fêtes annuelles, notamment le 15 août, aux Solstices, Noël et les Assemblées générales ;
  • les visites dans les hôpitaux et les prisons (concerts, harmonisations).

Organisation[modifier | modifier le code]

Hiérarchie[modifier | modifier le code]

Le mouvement est dirigé par un conseil élu de façon démocratique par tous les membres pour une durée de trois ans. Ce conseil tient une réunion annuelle afin de rendre public sa gestion de l'association (notamment dans les domaines moral et économique).

La hiérarchie se compose ainsi :

  • Groupe de base : composé d'un nombre très variable, il a un nom et tient une réunion de prière chaque semaine chez un membre du groupe. Un responsable de base le dirige et un coordinateur itinérant le supervise ;
  • Maison : elle est composée de douze groupes, (quatre en formation, quatre en maturation, et quatre de province), et est animée par douze personnes (le responsable de maison, quatre animateurs de base des quatre groupes en formation, et sept animateurs itinérants) ; sa dénomination comporte le nom d'un saint ;
  • Triade : rattachée à un centre, elle regroupe trois ou quatre groupes de base dont l'initiation est achevée.

L'initiation est constitué de deux cycles de neuf mois chacun :

  • un cycle de formation comprenant six mois de formation dans le groupe de base, la participation à un séminaire d'initiation à Cros, et trois mois de formation ;
  • un cycle de maturation, assuré par le responsable de maison et les animateurs itinérants.

Autres structures[modifier | modifier le code]

Pour répondre à ses différents objectifs, le groupe a organisé des 'maisons fonctionnelles' :

  • Maison des jeunes, composée des jeunes jusqu'à trente ans ;
  • Maison de la santé, réunissant des membres exerçant une profession médicale pour une réunion mensuelle, ainsi que des groupes de futures mères ;
  • Maison des arts, accueillant des artistes donnant des spectacles dans les prisons, les maisons de retraite, les hôpitaux... ;
  • Maison de l'éducation, regroupant les membres travaillant dans l'enseignement.

Par ailleurs, sept 'missions' ont été créées, avec à leur tête les responsables de mission :

  • Découvrir : pour l'organisation de manifestations ;
  • Écouter : pour la formation de ceux qui écoutent les personnes en difficulté sur SOS Écoute ;
  • Écrire : pour la diffusion du message d'Yvonne Trubert et du témoignage des membres de l'association ;
  • Enseigner : pour l'éducation des formateurs ;
  • Harmoniser : pour enseigner la méthode de l'harmonisation des chakras;
  • Ouvrir : pour la création de contacts et l'information ;
  • Relier : pour permettre les échanges et la communication entre les membres de l'association et avec ceux des pays étrangers.

Rayonnement et effectifs[modifier | modifier le code]

En France, des centres existent dans la quasi-totalité des départements de la métropole, et une antenne d'accueil est implantée en Guyane.

Des centres sont également installés dans d'autres pays d'Europe : en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas, Italie, en Espagne, au Royaume-Uni, en Bulgarie, en Estonie.

On trouve Invitation à la Vie au Niger, au Mexique, en Colombie, en Équateur, au Chili, au Brésil, en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Vanuatu.

Des antennes d'accueil sont implantées en Roumanie, en Lettonie, en Lituanie, en Grèce, en Autriche, en Liban, au Turkménistan, en Égypte, au Sénégal, au Cameroun, à Madagascar, au Canada, aux États-Unis, au Pérou, en Argentine, au Paraguay, aux Philippines, au Japon, en Thaïlande, et en République populaire de Chine.

Le nombre de membres en France est en baisse constante : 7 000 en 1987, 2 000 en 1995, 900 aujourd'hui.

Le groupe comporte dans ses rangs des personnalités aisées, dont Georgina Dufoix qui a fait l'éloge du mouvement.

« On trouve 23 % d’hommes et 77 % de femmes. »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

« Origine géographique : on constate que 24 % des personnes ont vécu leur jeunesse dans un village, 14 % dans une petite ville, 28 % dans une ville moyenne et 41 % dans une grande ville. (le % est supérieur à 100 car certains ont vécu dans plusieurs lieux). »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

Controverses et polémique[modifier | modifier le code]

Accusations de dérives sectaires[modifier | modifier le code]

En France, Invitation à la Vie a été listée comme secte dans les rapports n°2468 et n°1687 (1995 et 1996) réalisés par la Commission d'enquête parlementaire. Le mouvement, classé parmi les groupes ayant de 500 à 2 000 adeptes, a pour type dominant « pseudo-catholique », et pour type associé « guérisseur ».

Les rapports rendus par ces commissions ne constituent néanmoins qu'un élément d'information et de proposition, ils n’emportent pas de valeur juridique, et le gouvernement français a rappelé à diverses reprises qu'ils ne pouvaient justifier aucune mesure discriminatoire à l'encontre des groupes qui s'y trouvent listés. Le premier rapport officiel datant de 1995 a établi une liste de 173 « mouvements sectaires », qui a été considérée comme « plus d'actualité » par la MIVILUDES, en 2001 et « de moins en moins pertinente » par la circulaire Raffarin de 2005 qui ajoute que le recours à des listes est à éviter « au profit de l'utilisation de faisceaux de critères »[7].

Elle a été dénoncée dans ce sens par d'anciens adeptes[8].

En 2013 le président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, Serge Blisko, expliquait au journal Le Figaro : « Nous n'avons pas reçu de signalement récent, mais nous continuons à surveiller ce mouvement de très près. »[4]

Contrairement à ce qui a été allégué, le Docteur Nadine Schuster a été lavée des accusations portées contre elle par un arrêt de la Cour d'Appel de Paris en date du 30 juin 2005 (CA. Paris, 30/06/05 n°04/05798) qui a confirmé un jugement du Tribunal Correctionnel de Paris du 16 juin 2004 (TGI 16/06/04 n°9520800023). Ces deux décisions ont déclaré ce médecin non coupable des reproches qui lui ont été faits et ont condamné le Conseil départemental de l'ordre des médecins de la ville de Paris aux frais.

Financement[modifier | modifier le code]

Données chiffrées[modifier | modifier le code]

La Commission parlementaire française, qui a classé le groupe parmi les 'sectes moyennes' d'un point de vue financier, estime :

  • le patrimoine immobilier à plus de 4 millions de francs (609 000 €) ;
  • l'actif net comptable du mouvement à 1,5 million de francs (228 600 €) (au 31 décembre 1997).

Provenance[modifier | modifier le code]

Les ressources proviennent :

  • principalement des règlements pour les séances d'harmonisations (entre 15 et 30 €) ;
  • des cotisations annuelles (entre 15 à 30 €) ;
  • des versements mensuels (entre 7 à 23 €) ;
  • de l’abonnement à la revue de groupe ;
  • des bénéfices de l’agence de voyages ;
  • de séminaires (plus de 450 € le week-end) ;
  • de subventions très généreuses de membres fortunés.

Membres ou anciens membres[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Voir également[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Liens liés à Invitation à la Vie[modifier | modifier le code]

Autres liens[modifier | modifier le code]