Invictus (poème)

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Invictus est un court poème de l'écrivain William Ernest Henley qui fut cité à de très nombreuses reprises dans la culture populaire, ce qui contribua à le rendre célèbre. C'était le poème préféré de Nelson Mandela. Il est notamment repris dans le film Invictus de Clint Eastwood. Quelques vers de ce poème sont également cités par un personnage (Ashley Williams) dans Mass Effect 3.

Publication[modifier | modifier le code]

Le titre latin signifie « invaincu, dont on ne triomphe pas, invincible »[1] et se fonde sur la propre expérience de l'auteur puisque ce poème fut écrit en 1875 sur son lit d'hôpital, à la suite de son amputation du pied. William Henley disait lui-même que ce poème était une démonstration de sa résistance à la douleur consécutive à son amputation.

Lorsque le texte est écrit, William Henley a vingt-cinq ans. Il survivra à son opération et vivra avec un seul pied jusqu'à l'âge de cinquante-trois ans. Ce poème est publié pour la première fois en 1888 dans un recueil d'Henley, au sein d'une série de quatre textes sur la vie et la mort. À l’origine, ce poème ne possédait pas de titre, celui-ci fut ajouté par Arthur Quiller-Couch en 1900.

Portée philosophique du poème[modifier | modifier le code]

Comme le célèbre poème If de Rudyard Kipling (traduit par André Maurois sous le titre « Tu seras un homme mon fils »), Invictus est souvent cité en exemple pour illustrer le stoïcisme victorien. Caractérisé par le devoir de retenue des émotions («stiff upper lip ») et mis en exergue par le système éducatif des "public school", ce stoïcisme s’est répandu dans les couches élevées de la société britannique et a créé l'image parfois perçue d'un peuple britannique dénué d'émotions[2].

Ceci dit, les valeurs du stoïcisme exaltées par le poème (résistance à la douleur, absence de peur de la mort, maîtrise de soi et de ses actes), sont aussi celles de l'Epicurisme. L’éthique de l’épicurisme repose en effet sur 4 règles (le tétrapharmakon) qui sont de ne pas craindre les dieux (puisqu’ils vivent dans un monde qui n’interfère pas avec les hommes), ni la mort (qui ne fait pas souffrir), ni la douleur (par la volonté on peut la limiter) et de ne pas faire d’excès (de plaisirs).

Si l’épicurisme et le Stoïcisme ont le même objectif, la recherche du bonheur par la tranquillité de l’âme, ces philosophies se distinguent dans leur vision du monde et leur morale. Les stoïciens ont une vision panthéiste tandis que les épicuriens une vision matérialiste. Les premiers sont investis par l'ordre du monde, les seconds simplement par eux-mêmes et leur entourage.

La personnalité de Henley laisse penser à un homme plus proche de l'épicurisme que du stoïcisme, puisque Lloyd Osbourne le décrit ainsi : « ...Un grand et rayonnant gaillard, large d'épaules, avec une grosse barbe rousse et une béquille; jovial, d’une intelligence extraordinaire, et d'un rire semblable à un roulement de tambour ; d’une vitalité et d’un feu inimaginable, il fascinait ».

Par contre, si le poème a soutenu et inspiré Nelson Mandela pendant 27 années de captivité, nul doute que c'est l'évocation du stoïcisme qui a résonné en lui [3].

Texte[modifier | modifier le code]

Texte original de 1931[4]
Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate :
I am the captain of my soul.

Traduction :[modifier | modifier le code]

Dans les ténèbres qui m'enserrent
Noires comme un puits où l'on se noie
Je rends grâce aux dieux, quels qu'ils soient
Pour mon âme invincible et fière.'


Dans de cruelles circonstances
Je n'ai ni gémi ni pleuré
Meurtri par cette existence
Je suis debout, bien que blessé.'


En ce lieu de colère et de pleurs
Se profile l'ombre de la Mort
Je ne sais ce que me réserve le sort
Mais je suis, et je resterai sans peur.'


Aussi étroit soit le chemin
Nombreux, les châtiments infâmes
Je suis le maître de mon destin
Je suis le capitaine de mon âme.'

Influences[modifier | modifier le code]

Ce poème joue un grand rôle dans la vie de Nelson Mandela durant sa période d'incarcération à Robben Island. À ce titre, il donne son nom au film de 2009.

Il est également cité par le psychiatre Parris Mitchell (joué par Robert Cummings) dans le film Crimes sans châtiment à son ami Drake McHugh (joué par Ronald Reagan) avant de lui révéler que son amputation n'était pas nécessaire.

Plusieurs références à ce poème se retrouvent dans la première saison et lors de l'épisode 6 de la troisième saison de la série Les Frères Scott.

Le deuxième quatrain du poème est cité dans le jeu vidéo Mass Effect 3 par le personnage d'Ashley Williams.

Il est aussi repris dans le livre Cœur Brisé Par La Maladie d'Adrien Michon.

L'artiste TheLvPringles a également repris ce poème dans une de ces chansons de l’album intitulé Let's Ride.

Des extraits de ce poème sont cités dans le roman Le Quatrième Soupirail de Marie-Sabine Roger.

P.G. Wodehouse l'évoque dans Toujours prêt, Jeeves ? (Jeeves and the Feudal Spirit, 1954).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire Gaffiot Latin-Français, édition Hachette, 1934
  2. http://www.phrases.org.uk/meanings/keep-a-stiff-upper-lip.html
  3. Mandela’s Stoicism - blog de Jules Evans du 24/10/2010 -
  4. Texte original dans le Oxford Book of English Verse 1250-1900 par Arthur Quiller-Couch en 1931 par les Clarendon Press. Disponible sur la Wikisource anglophone : Invictus.