Interprétation du patrimoine

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L’interprétation ou l’interprétation du patrimoine est un concept visant à faire vivre une expérience aux publics sur un site patrimonial (naturel, culturel, historique...). L'interprétation n'est pas information! Elle doit inciter le visiteur à s'interroger....

Le Conseil international des musées (ICOM) dans leur guide terminologique (2010) utilise le mot médiation pour ce concept.

Elle permet de donner du sens aux différents éléments observés par un visiteur sans entrer dans des explications ou une démarche scientifique. Elle est axée sur une approche systémique et sur la vulgarisation de l'information.

Le concept d'interprétation est née à la suite d'une étude menée par Freeman Tilden auprès des animateurs des parcs nationaux américains dans les années 1950. Ce journaliste a extrait les règles qui lui semblaient expliquer la réussite des visites de ces sites remarquables auprès des visiteurs. En 1957, il a formalisé le concept d'interprétation dans un ouvrage intitulé « Interpreting our Heritage ».

Définitions[modifier | modifier le code]

Freeman Tillden (1957):

« L'interprétation du patrimoine est une activité éducative qui vise à révéler des significations et des relations grâce à l'utilisation d'objets originaux, par l'expérience personnelle, et par les médias illustratifs, plutôt que de simplement de communiquer des informations factuelles[1]. »

ICOM (2010):

« médiation désigne l’action visant à réconcilier ou mettre d’accord deux ou plusieurs parties et, dans le cadre du musée, le public du musée avec ce qui lui est donné à voir[2]. »

Le Charter de Ename (2007) du Comité scientifique de l'ICOMOS sur l’interprétation et la présentation:

« l’interprétation envoie à l’ensemble des activités potentielles destinées à augmenter la conscience publique et à renforcer sa compréhension du site culturel patrimonial. Ceci peut inclure des publications, des conférences, des installations sur site, des programmes éducatifs, des activités communautaires ainsi que la recherche, la formation et l’évaluation permanente du processus même d’interprétation[3]. »

L’Office québécois de la langue française:

« transmettre de l’information aux clients, de manière à leur faire comprendre, apprécier et respecter divers éléments du patrimoine naturel et culturel[4] »

Principes de Tilden[modifier | modifier le code]

Le concept tient en 5 grands principes :

  1. Se demander pourquoi les visiteurs viennent et ce qu'ils attendent du site
  2. Offrir un tout plutôt qu'une partie
  3. Ancrer une révélation dans la personnalité des visiteurs
  4. Couler la matière brute dans des formes artistiques
  5. Se garder de tout excès

Le premier principe invite à se mettre à la place des visiteurs en essayant d'éliminer nos particularités culturelles de cette analyse. Le concepteur de la visite doit faire preuve d'empathie et tenter de trouver « Pourquoi ils sont venus ? ».

Le deuxième principe évoque le fait que nous retenons plus facilement une histoire construite plutôt qu'une multitude d'éléments séparés sans liens entre eux.

Le troisième principe propose de s'appuyer sur la personnalité des visiteurs pour leur parler avec les mots qu'ils comprendront le mieux. Il faut utiliser des éléments familiers et faire des analogies avec la vie quotidienne pour permettre au visiteur de se projeter dans le site qu'il visite. Tant que faire se peut, pour toucher un maximum de personnes, il faut appuyer la démarche sur des éléments non circonstanciés de la personnalité (i.e. qui ne sont pas liés à nos origines, notre génération, notre activité professionnelle).

Le quatrième principe propose d'utiliser l'ensemble des connaissances pour construire une « œuvre artistique » afin de livrer au visiteur un objet accessible et non une somme de renseignements « universitaires ». Il invite également à une certaine provocation devant amener le visiteur à aller plus loin.

Le cinquième principe rappelle que trop d'informations ou trop peu nuisent à l'appropriation du site par le visiteur. De même, un objet trop artistique nuit à la compréhension du visiteur.

Illustration du concept[modifier | modifier le code]

L’objectif des plans d’interprétation à vocation touristique est, à partir d’une analyse des richesses patrimoniales et naturelles, d’identifier les atouts d’un site ou d’une vallée. Les parcs nationaux et parcs naturels régionaux multiplient ce type d’initiative. Le plan d’interprétation permet de structurer une image propre à un territoire (Exemple une vallée), en prenant en compte toutes les données (économiques, humaines, patrimoine naturel et culturel). Cette image, une fois identifiée, est destinée à devenir un élément de notoriété et un support d’aménagement et de communication pour l’ensemble des acteurs. Elle donnera aux gestionnaires les moyens de retenir les meilleures options dans leurs projets de développement. Ensuite, l’ensemble des partenaires du développement de la vallée définit la stratégie et les actions à conduire autour de cette image[5].

Autre exemple : Pour amener un visiteur à appréhender l'eau, on peut présenter deux démarches :

  • une démarche classique et scientifique : on présente aux visiteurs un article encyclopédique comme celui-ci eau.
  • une démarche d'interprétation : on présente une boîte fermée dans laquelle on est amené à mettre la main pour sentir le contact avec cet élément, puis on invite le visiteur dans une pièce reconstituant une ambiance de pluie avec une « douche » et les bruits des gouttes qui tombent sur le sol, la végétation ou un toit. Ces démarches peuvent être accompagnées ou non d'éléments plus cognitifs.

Difficulté sémantique[modifier | modifier le code]

Comme l'illustrent bien les exemples précédents la notion "d'interprétation" est devenue de plus en plus floue et englobante : entre information, pédagogie, planification, valorisation patrimoniale et touristique etc. Les "principes" qui en font la spécificité ne sont pas toujours perceptibles dans l'analyse des réalisations. Pourtant, et même en considérant qu'il est normal que cette notion évolue depuis sa formalisation par Tilden au siècle dernier, sa caractérisation passe par :

  • la mise en valeur par la spécificité du lieu ("nulle part ailleurs..."),
  • l'accroche immédiate au public destinataire (ça "lui" parle, personnellement, ça le fait réagir...),
  • l'intégration dans la culture et la société locale ("allez le voir, je vous le recommande...ça parle vraiment de chez nous"),
  • le déploiement d'un fil conducteur englobant dans une seule thématique diverses approches et faisant appel à plusieurs types "d'intelligence" (affective, visuelle, kinesthésique, poétique, humoristique etc.) ainsi à la perception par les cinq sens,
  • enfin une réalisation faisant appel à des compétences diversifiées (artistiques, littéraires, pratiques, techniques etc.) .

Un aménagement ne présentera jamais toutes les caractéristiques de l'interprétation (ainsi définie) mais un projet qui ne vise pas ces cibles-là a toutes les chances de passer à côté du sujet quant à l'efficacité supposée de cette technique vis-à-vis de publics diversifiés.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Heritage interpretation is an educational activity which aims to reveal meanings and relationships through the use of original objects, by firsthand experience,and by illustrative media, rather than simply to communicate factual information.
  2. http://icom.museum/fileadmin/user_upload/pdf/Key_Concepts_of_Museology/Museologie_Francais_BD.pdf
  3. http://enamecharter.org/downloads/ICOMOS_Interpretation_Charter_FR_10-04-07.pdf
  4. http://teoros.revues.org/1544
  5. Plan d’interprétation et de développement touristique durable de la vallée de la Tnée présentée à l’occasion de la journée d’étude du SITALPA (Syndicat mixte des Alpes-d’Azur), et associant les Communautés de communes de la Tinée, le Parc national du Mercantour, le Comité régional au tourisme Riviera Côte d’Azur…à Saint-Étienne-de-Tinée (Alpes-Maritimes), le 17 mai 2003.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tilden Freeman, 1957 .- Interpreting our Heritage .- Chapel Hill : University of North Caroline : Carolina Press, 1957 .- 119 p.
  • Journal Monts & Merveilles, Les plans d’interprétation et de développement touristique durable, Journal du Parc national du Mercantour, juillet 2003, N°13 p.8.
  • Le centre d’interprétation au cœur d’un processus de valorisation, s.m. scipion, la lettre de l’ocim, n°61, 1999, pp.1-5.

Liens externes[modifier | modifier le code]