Internement des Japonais-américains

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Carte des camps.
Pancarte présentant les personnes d'ascendance japonaise sommées de se présenter avant leur déplacement.

L’internement des Japonais-américains est l'incarcération dès 1942 d'environ 110 000 civils ressortissants japonais et américains d'origine japonaise dans des centres appelés « War Relocation Camps », à la suite de l'attaque de Pearl Harbor, durant la Seconde Guerre mondiale[1],[2],[3].

L'origine[modifier | modifier le code]

L'attaque de Pearl Harbor, en 1941, qui fit entrer les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, renforce le sentiment anti-japonais dans la population américaine même à l'encontre des nippo-américains bien intégrés. Entre le 7 et le 11 décembre 1941, le FBI a procédé à l’arrestation de 1 370 nippo-américains[4]. Le 2 janvier 1941, le Joint Immigration Committee de la Législature affirme dans un manifeste que « les Japonais ethniques sont totalement inassimilables » et loyaux à l'empereur[5].

Cette suspicion va prendre de l'ampleur avec la crainte d’une invasion japonaise et le mythe de la « cinquième colonne» jusqu'au 1er mars 1942, sur une proclamation du général John DeWitt qui a notamment déclaré que les Japonais « sont des gangsters qui doivent être traités comme tels » et qu'« un Jap est un Jap »[6][réf. insuffisante], de donner aux autorités le pouvoir d'arrêter systématiquement tous les Japonais, y compris les Japonais naturalisés américains, et de les enfermer dans des camps de détention comme ceux de Manzanar et de Terminal Island, dans la visée d'assurer la sécurité de l'État[7]. L'objectif était ainsi d'empêcher les opérations d'espionnage ou de sabotage sur le territoire américain[8].

Le président Franklin Delano Roosevelt a autorisé ces internements par le Décret présidentiel 9066, qui a permis aux commandants militaires locaux de désigner des « zones militaires » en tant que « zones d'exclusion », à partir de laquelle « toutes les personnes pouvaient être exclues ». Cette faculté a été utilisée pour déclarer que toute personne d'ascendance japonaise était exclue de l'ensemble de la côte Ouest, notamment la Californie dans sa totalité, ainsi qu'une grande partie occidentale des territoires de l'Oregon et de l'État de Washington, mais aussi le Sud de l'Arizona.

Cette disposition a été diversement appliqué à travers les États-Unis : les Japonais-américains résidant sur la côte ouest ont tous été internés. La population japonaise ne représentait que 1,2 % de celle de la Californie. À Hawaii, où les Américains d'origine japonaise étaient au nombre de 150 000 et composaient près d'un tiers de la population de l'archipel formant l'ossature de l’économie des îles, leur traitement était un peu moins drastique que celui réservé à ceux du continent et c'est entre 1 200 et 1 800 Nippo-américains qui ont été touchés par cette mesure. Au total, sur tous les internés, 62 % étaient des citoyens américains.

Parmi les Japonais internés, 62 % étaient des « Nisei », autrement dit des Japonais américains de seconde génération donc de citoyenneté américaine et 38 % des « Issei », c'est-à-dire des Japonais de première génération résidents aux États-Unis.

Les camps[modifier | modifier le code]

Dix camps d'internement, appelés « Relocation Centers » (centres de relogement), disséminés dans l'ouest du territoire américain, ont été mis en place en 1942 par la War Relocation Authority (WRA, « autorité de relogement par temps de guerre »), une agence fédérale créée spécialement à cet effet.

Centre de Manzanar (près de Independence, Californie), 110 000 internés

Le camp de Manzanar qui signifie « pommeraie » en espagnol, est le camp d’internement le plus connu aux États-Unis parmi les dix camps d'internement. Il accueillit des citoyens japonais ainsi que des citoyens américains d’origine japonaise. Manzanar est situé au pied de la Sierra Nevada dans la vallée d’Owens en Californie entre les villes de Lone Pine au sud et Independence au nord, à environ 370 km au nord-est de Los Angeles. Manzanar est aujourd'hui un site historique national[9].

Centre de Jerome (près de Jerome, Arkansas), 8 500 internés

Jerome War Relocation Center dans l’Arkansas est le premier camp qui a fermé ses portes le 30 juin 1944.

Centre de Tule Lake (près de Tulelake, Californie), 19000 internés

Le camp de Tule Lake, où l’on dénombra jusqu’à 18 789 internés est le camp de haute sécurité qui a interné les éléments les plus réfractaires, c'est la raison pour laquelle c'est le dernier camp à fermer ses portes, en mars 1946.

Centre de Minidoka (près de Twin Falls, Idaho), 9 000 internés

Le camp de Minidoka est créé le 10 août 1942 à Hunt dans l'état du Idaho était constitué de 600 baraques sur 13000 hectares[10]. Il est fermé le 28 octobre 1945[11].

Centre de Poston (près de Parker, Arizona), 17 000 internés

Le camp de Poston est créé le 10 août 1942 en Arizona pour regrouper les Japonais et les citoyens américains d'origine japonaise de la côte ouest des États-Unis. Poston était composé de trois camps distincts, implantés dans la réserve indienne Colorado River et cela malgré l'avis négatif des autorités tribales[12].

Centre de Rohwer (près de McGehee, Arkansas), 8 475 internés

Le camp de Rohwer est créé le 18 septembre 1942 dans le comté de Desha. Ce camp a emprisonné jusqu'à 8 475[13] Japonais américains. Il ferme le 30 novembre 1945. Aujourd'hui, il ne subsiste plus que le cimetière du camp qui est devenu un monument local[14].

Camp de Gila River (au sud-est de Phoenix, Arizona), 13 000 internés
Centre de Topaz (près de Delta, Utah), 9000 internés
Centre de Heart Mountain (près de Ralston, Wyoming), 10 800 internés[15]

Le Heart Mountain Relocation Center (centre de relogement de guerre de Heart Mountain) est un camp d'internement situé dans le nord-ouest du Wyoming. Il ouvre le 11 août 1942. Sa population maximum sera de 10 767 internés (en janvier 1943), ce qui en fit provisoirement la 3e ville du Wyoming en termes de population. Les internés étaient soumis à la conscription militaire, 85 iront en prison pour refus de s'y soumettre et 799 jeunes seront envoyés dans l'armée. Le camp ferme le 10 novembre 1945.

Centre de Granada ou « camp Amache » (près de Granada, Colorado), environ 10 000 internés[16]

Le Granada War Relocation Center (centre de relogement de guerre de Granada) est un camp d'internement situé dans le sud-est du Colorado. Il ouvre en août 1942[16] et sa population maximale sera de 7 318 personnes[16] (en octobre 1942) provenant principalement de Los Angeles. Environ 10 000 internés passeront par ce camp de 1942 à 1945. Le centre est renommé « camp Amache » pour éviter des perturbations postales avec la ville voisine de Granada. Il ferme en octobre 1945[16]. Ce fut le seul camp où le gouverneur (Ralph Lawrence Carr, républicain, 29e gouverneur du Colorado, de 1939 à 1943) se déplaça pour accueillir les déportés et leur souhaiter la bienvenue dans l'État[16], contrastant ainsi avec les sentiments anti-japonais de l'époque. Cela lui fera perdre sa course au Sénat en 1942 et signera la fin de sa carrière politique. Le camp Amache fut le plus petit camp des 10 camps de la WRA et probablement le moins coercitif[16].

La déportation[modifier | modifier le code]

Deux enfants déportés dans le camp de Manzanar.

Les mesures discriminatoires envers la communauté japonaise avaient commencé en mars 1942 par des couvres-feu, le blocage des comptes bancaires et l’interdiction de s’éloigner de cinq miles autour de son domicile. Puis le FBI, appuyé par des soldats, ont mené des rafles expulsant sommairement de leur foyer chaque occupant. Les déportés étaient rassemblées dans des centres de triage improvisés afin qu'ils comparaissent devant le « conseil d’évaluation du loyalisme de la Commission de contrôle des ressortissants d’un pays ennemi ». À l’issue de cet interrogatoire, sous surveillance étroite, des trains fermés les amenèrent dans des régions désertiques, inhospitalières où ils sont parqués dans des baraques en bois.

Les conditions variaient selon les camps, on allait des étables aux villes fantômes du désert. Ces camps étaient entourés de miradors et de fil de fer barbelé. À ce moment, pour expliquer ces mesures, le gouvernement prétextait la protection de gens à qui la propriété et la dignité avaient été enlevées. Ces camps d’internement étaient alors nommés de « camp de relocalisation ».

L'impact sur la population nippo-américaine[modifier | modifier le code]

La déportation des Japonais-américains se passe dans le calme, les files de familles japonaises chargées de ballots se dirigent docilement vers une destination inconnue. Dans son livre Farewell to Manzanar, Jeanne Wakatsuki Houston consacre un chapitre au concept de Shikata ga nai et s'en sert pour expliquer pourquoi les Américains d'origine japonaise ont peu réagi à leur internement.

De 1943 à 1946, Marvin Opler fut Community Analyst dans le camp d'internement pour Américano-Japonais à Tule Lake. Il donna ses vues critiques sur l'internement des Américains d'origine japonaise et avisa les autorités des abus qui s'y commettaient. Il dénonça aussi le November Incident, quand les résidents du camps se révoltèrent contre la prise en main de celui-ci par les autorités militaires. De plus Marvin Opler avait remarqué que les Américano-Japonais, lors de leur internement, avaient renforcé leur identité d'origine en réaction à la nouvelle identité nationale qui désormais les opprimait.

La libération[modifier | modifier le code]

Il faut attendre la fin du conflit pour que ces prisonniers, dont le nombre dépasse 110 000 personnes dans le pays, soient libérés, sur ordre du président Harry S. Truman[7]. Les Nippo-Américains furent libérés dès 1944 du camp Jerome en Arkansas et en 1945 pour Manzanar et les autres camps[17]. À leur sortie, les déportés reçoivent un ticket de bus et la modique somme de 25 dollars, versés en espèces, les mêmes aides que celles allouées aux criminels à leur libération[18],[19],[20].

La réparation[modifier | modifier le code]

La commission spéciale d'enquête mise sur pied par le président Jimmy Carter en 1980 établit que la décision de déplacer les individus d'origine japonaise dans des camps de prisonniers s'expliquait par « le préjugé racial, l'hystérie de guerre et les ratés du leadership politique », non par des nécessités de défense. En 1988, le Congrès présenta ses excuses aux survivants et leur accorda une compensation personnelle de 20 000 $ par prisonnier toujours vivant.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Les camps[modifier | modifier le code]

Films traitants de ce sujet[modifier | modifier le code]

Déportés célèbres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Hirasaki National Resource Center : « Resources – Frequently Asked Questions », sur le site du Japanese American National Museum (en), janm.org, consulté le 28 octobre 2009.
  2. Élise Prébin, « Mémoire des camps américains. L’exemple japonais », Ateliers, no 30, « Ethnographies japonaises », avril 2006, p. 251-282, mis en ligne le 8 juin 2007, consulté le 28 octobre 2009.
  3. [PDF] Daniel Sabbagh, « Le statut des « Asiatiques » aux États-Unis – L’identité américaine dans un miroir », Critique internationale no 20, juillet 2003, p. 77-78, sur le site ceri-sciencespo.com, consulté le 28 octobre 2009.
  4. Bruno Rochette, « L’histoire cachée des « Japonais-Américains » », Le Monde diplomatique, décembre 2004
  5. (en) Andrew E. Taslitz, « Stories of Fourth Amendment Disrespect: From Elian to the Internment », 70 Fordham Law Review, 2257, 2306-07 (2002)
  6. André Kaspi, Franklin Roosevelt, Fayard, 2012, 540 pages.
  7. a et b (en) Kevin Starr, California : A History, p.227
  8. (en) Transcript of Executive Order 9066: Resulting in the Relocation of Japanese (1942), consulté le 21 juillet 2008
  9. (en) Manzanar National Historic Site, U.S. National Park Service
  10. Christian Kessler, « U.S.A. / Japon : l’anniversaire du Civil Liberties Act du 10 août 1988 », La Revue des Ressources, le 25 octobre 2013
  11. Minidoka shūyō-jo (Idaho. - camp de concentration), Ressources de la Bibliothèque nationale de France
  12. Poston relocation center (Ariz.. - camp de concentration), Ressources de la Bibliothèque nationale de France
  13. (en) « Report to the President: Japanese-American Internment Sites. Rohwer Relocation Center, Arkansas », sur National Park Service, U.S. Department of the Interior,‎ 2001 (consulté le 24 avril 2014)
  14. http://www.intheirwords.org/the_home_front_experience/internment_camp/rohwer_internment_camp
  15. (en) « Heart Mountain Relocation Center », sur National Park Service, U.S. Department of the Interior,‎ 2008 (consulté le 24 avril 2014)
  16. a, b, c, d, e et f (en) National Park Service, « National Historic Landmark Nomination » [PDF], sur nps.gov, United States Department of the Interior, National Park Service,‎ 2006 (consulté le 24 avril 2014)
  17. (en) Japanese Canadian Internment, University of Washington Libraries
  18. http://www.civilrights.org/resources/features/018-civil-liberties-act.html
  19. http://americanhistory.about.com/cs/worldwarii/a/internment.htm
  20. http://wondersofwyoming.com/heart-mountain-relocation-center/
  21. (en) Rohwer Internment Camp, In Their Words
  22. (en) Actor Pat Morita on being held in a Japanese Internment camp during WWII, EMMYTVLEGENDS.ORG sur YouTube, le 5 décembre 2011

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • The Issei : The World of the first generation Japanese immigrants, 1885-1924 de Yuji Ichioka, éd. The Free Press, New York, 1988
  • Democracy on trial : The Japanese American and Relocation in World War II de Page Smith, éd. Simon & Schuster, New York, 1995.