Intelligence des abeilles

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Abeille ouvrière qui ventile à l'entrée de la ruche, diffusant ainsi la phéromone de Nasonov (en) qui oriente le retour des butineuses à la ruche[1].

L’intelligence des abeilles fait l'objet de nombreuses études. Les expériences réalisées par les éthologistes sur les abeilles montrent que ces animaux à l’organisation sociale particulière (animaux eusociaux) ont des facultés cognitives étonnantes de telle sorte qu'on puisse parler d'intelligence individuelle alors qu'elles sont pourvues d'un mini-cerveau de 1 mm3 contenant seulement 960 000 neurones[2]. Elles forment de plus des communautés sociales capables d'adaptation intelligente lorsqu'elles sont en groupe : on parle alors d'intelligence collective.

Apprentissage et mémorisation[modifier | modifier le code]

Abeille collectant du pollen.

L'abeille individuelle est dotée de capacités cognitives telles que les facultés d'apprentissage, de mémorisation, de communication, voire d'abstraction[3].

Les éclaireuses et butineuses des abeilles à miel pourraient avoir une carte cognitive (cognitive map) qui leur donne une représentation spatiale de leur environnement[4] comme le suggéraient déjà en 1983 les expériences de l'éthologiste James L. Gould (en)[5]. Privée de sommeil, elles perdent leur capacité de mémorisation[6]. Le sommeil permet de consolider leurs facultés de mémorisation concernant l'orientation, comme le montrent des expériences dans lesquelles des émetteurs radio miniature sont collés sur le dos de butineuses[7].

La vitesse d'apprentissage d'une abeille dépend du type de stimulus visuel, temporel et olfactif (couleur et forme de la fleur[8], humidité, heure du jour, forme et lieu géographique, danger[9] grâce à la perception d'une phéromone d'alarme[10] à effet répulsif, charge électrique négative de la plante, l'abeille se chargeant d'électricité statique positivement dans l'atmosphère[11]), les stimuli n'étant pas mémorisés séparément mais sous forme de « paquets d'apprentissages » (sets). Une abeille apprend ainsi le signal coloré d'une source de nectar en deux secondes mais mémorise les caractéristiques du panorama environnant le butin qu'à la fin du processus d'aspiration, lors de son envol[12].

L'abeille ouvrière qui vit deux à trois mois fait preuve d'adaptation, exerçant dans la ruche plusieurs activités successives, s'éloignant progressivement du centre de la ruche selon une spirale : nettoyeuse (d'abord de son alvéole puis celles voisines), puis de 5 à 15 jours nourrice (des petits et de la reine) ou de 5 à 20 jours bâtisseuse (d'abord des gâteaux de cire des alvéoles contenant les œufs et les petits, puis un peu plus en périphérie des alvéoles contenant le pollen et le miel), ventileuse à des âges variables[13], receveuse du pollen collecté par les butineuses et dont la qualité est évaluée par d'autres receveuses, et enfin sentinelle à l'entrée de la ruche (ailes déployées,mandibules ouvertes, pattes avant levées). Elle sort de la ruche vers l’âge de trois semaines et peut devenir butineuse, se spécialisant progressivement sur un type de fleur, sur du nectar ou du pollen. Enfin de 5 à 20 % des butineuses se transforment en éclaireuses explorant de nouveaux sites de nourritures[14].

Communication[modifier | modifier le code]

Abeille, abdomen relevé, ventilant la phéromone de Nasonov (la tache blanchâtre entre les deux derniers tergites de l'abdomen est la glande de Nasanov) pour favoriser l'essaimage dans une ruche vide.

La communication chimique chez les abeilles est réalisée essentiellement à l'aide de phéromones qui se fixent sur les récepteurs membranaires des antennes (65 000 cellules sensorielles sur une antenne d'ouvrière, 30 000 sur une antenne de mâle)[15]. L'antenne est ainsi un organe du goût, de l'odorat mais aussi du toucher et participe activement à la communication tactile entre les abeilles. Cette communication élaborée permet la cohésion de la ruche, la reconnaissance entre individus, la diffusion des alertes[16].

La danse des abeilles est un système de communication animale par lequel des abeilles butineuses ou exploratrices transmettent aux réceptrices restées dans la colonie la distance, la direction et la qualité de la source de nourriture où elles peuvent obtenir le nectar et le pollen des fleurs nécessaires à la production de miel.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mark L. Winston, La biologie de l'abeille, Frison-Roche,‎ 1993, p. 47
  2. Jacques Vauclair et Michel Kreutzer, L'éthologie cognitive, Éditions Ophrys,‎ 2004 (lire en ligne), p. 92
  3. (en) Aurore Avarguès-Weber, Adrian G. Dyer, Maud Combe, Martin Giurfa, « Simultaneous mastering of two abstract concepts by the miniature brain of bees », Trends in cognitive sciences,‎ 16 mars 2012 (lien DOI?)
  4. (en) Randolf Menzel et col, « Honey bees navigate according to a map-like spatial memory », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 203, no 8,‎ 14 février 2005, p. 3040-3045 (lien DOI?)
  5. (en) J. L. Gould, « The Locale Map of Honey Bees : Do Insects Have Cognitive Maps ? », Science, vol. 232, no 4752,‎ 16 mai 1986, p. 861-863 (lien DOI?)
  6. (en) Klein B, Klein A, Wray M et coll., « Sleep deprivation impairs precision of waggle dance signaling in honey bees », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 107,‎ 2010, p. 22705-9
  7. (en) Beyaert L, Greggers U, Menzel R, « Honeybees consolidate navigation Memory during sleep », The Journal of Experimental Biology, vol. 215,‎ 2012, p. 3981-8=
  8. (en) J. L. Gould, « How bees remember flower shapes ? », Science, vol. 227, no 4693,‎ 22 mars 1985, p. 1492-1494
  9. (en) Leonard A, Dornhaus A, Rapaj D. Flowers help bees cope with uncertainty : signal detection and the function of floral complexity. The Journal of Experimental Biology, « Flowers help bees cope with uncertainty : signal detection and the function of floral complexity », The Journal of Experimental Biology, vol. 214,‎ janvier 2011, p. 113-121 (lire en ligne)
  10. Composé d'acétate d'isoamyle
  11. (en) Clarke D, Whitney H, Sutton G, et coll., « Detection and learning of floral electric fields by bumble bees », Science, vol. 340, no 6128,‎ 5 avril 2013, p. 66-69 (lien DOI?)
  12. Rüdiger Wehner, Walter Gehring, Biologie et physiologie animales : bases moléculaires, cellulaires, anatomiques et fonctionnelles, De Boeck Supérieur,‎ 1999, p. 486
  13. La ventilation par le battement des ailes permet de contrôler la température, le taux d’humidité et de gaz carbonique de la ruche. Elle sert aussi à concentrer le nectar en miel et battre le rappel lors de l’essaimage.
  14. Paul Dessart, L'abeille, Patrimoine de L'Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique,‎ 1975, p. 32
  15. Gérard Brand, L'olfaction, Groupe de Boeck,‎ 2001 (lire en ligne), p. 81
  16. La communication chez les abeilles

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « L'intelligence des abeilles. Elles savent même compter ! », revue Pour la Science n° 429, juillet 2013
  • Robert E. Page, Jr. (en), The spirit of the hive, Harvard University Press, 2013

Articles connexes[modifier | modifier le code]