Guerre de Vendée et Chouannerie de 1832

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Guerre de Vendée et Chouannerie de 1832
Chouans, tableau de Charles Fortin, XIXe siècle.
Chouans, tableau de Charles Fortin, XIXe siècle.
Informations générales
Date Mai-Juin 1832
Lieu Vendée militaire, Bretagne, Maine
Issue Victoire des Orléanistes
Belligérants
Orléanistes
Drapeau Français Royaume de France
Légitimistes
Pavillon Louis XIV Vendéens et Chouans
Commandants
* Paul Dermoncourt * Caroline de Bourbon-Siciles, duchesse de Berry
* Louis de Bourmont
Forces en présence
45 000 hommes ~ 20 000 hommes
Pertes
20+ morts 100+ morts
Guerre de Vendée et Chouannerie
Batailles
Touchenault - La Hautière - Le Chêne - La Penissière - Riaillé

L’insurrection royaliste dans l’Ouest de la France en 1832 est une tentative suscitée par la duchesse de Berry de relancer les guerres de Vendée afin de renverser la monarchie de Juillet. L’opération échoua rapidement en raison de la mobilisation locale assez faible, l’insurrection se limitant à l’Est de la Loire-Inférieure, le Sud-Est de l’Ille-et-Vilaine et le Nord de la Vendée.

Un soulèvement vite réprimé[modifier | modifier le code]

Après avoir dû abdiquer en août 1830, Charles X a trouvé asile en Écosse, au palais de Holyrood. Le vieux roi semble subordonner les effets de son abdication à l’organisation hypothétique d’une régence pendant la minorité de son petit-fils, le jeune duc de Bordeaux (que les légitimistes appellent « Henri V »).

La mère du duc de Bordeaux, la duchesse de Berry, considère, pour sa part, que la régence lui revient de droit. Conseillée par ses amis, le maréchal de Bourmont et Amédée de Pérusse, duc des Cars, elle estime qu’il n’y a rien à attendre de la diplomatie et qu’une restauration ne peut venir que d’un soulèvement des provinces restées attachées à la monarchie légitime. Malgré les réticences de Charles X, elle organise, pendant l’hiver de 1831, une expédition en Provence et en Vendée.

Au début du printemps 1832, elle quitte l’Angleterre, suivie de près par les agents secrets de Louis-Philippe, traverse l’Allemagne et se rend en Italie auprès du duc de Modène, François IV, seul monarque européen à refuser de reconnaître la monarchie de Juillet. Le 24 avril 1832, dans le port de Viareggio, elle s’embarque avec Bourmont sur un petit bateau à vapeur battant pavillon sarde, le Carlo Alberto, et débarque dans une calanque proche de Marseille dans la nuit du 28 au 29 avril[1].

Une opération a été préparée pour prendre le contrôle de Marseille, mais elle échoue lamentablement. Plutôt que de se rembarquer, la duchesse décide de gagner secrètement la Vendée, où elle parvient le 16 mai.

Le manoir de Bellecour.

La duchesse du Berry se rendit à Nantes durant l’insurrection royaliste de 1832. Partie du château de la Preuille à Saint-Hilaire-de-Loulay, elle fit halte au château du Mortier (aujourd’hui disparu), puis traversa la rivière et séjourna une nuit au hameau d’Écomard (Remouillé). Elle retrouva des légitimistes au hameau de la Fételière appartenant à Benjamin de Goyon[2]. Ensuite elle rallia Montbert[3] et passa les nuits des 18, 19, 20 et 21 mai 1832 au manoir de Bellecour.

Les premiers rassemblements ont lieu dans le bocage à partir du 23 mai.

En avril 1832, le gouvernement a envoyé le général Dermoncourt dans la Haute-Bretagne avec l’intention de mettre fin aux agitations qu’il avait laissé grandir jusqu’alors. À peine arrivé à Nantes, le général a eu vent qu’on était en train d’ourdir une grande conspiration et qu’elle ne tarderait pas à éclater ; il a appris qu’un chef est attendu, et que ce chef ne peut être que la duchesse de Berry. Il a pris en conséquence ses dispositions militaires et le gouvernement est parfaitement informé de la situation. Louis-Philippe n’est nullement inquiet : « Il n’y a pas d’homme sensé, écrit-il au maréchal Soult le 30 mai, qui ne sache que la France repoussera toujours ce qui lui viendrait de la Vendée et des Chouans, que leurs insurrections doivent nécessairement finir par leurs défaites, et par fortifier le gouvernement qu’ils attaquent. »[4]

Article détaillé : Armée catholique et royale (1832).

Du côté des légitimistes, l’unanimité fait défaut, puisque de douze divisions dont on veut composer l’armée royale, sept se prononcent contre le soulèvement, soit parce qu’on manquait de fusils et de munitions, soit parce que les événements du Midi n’étaient point de nature à encourager, soit enfin, comme l’écrivait, le 17, M. de Coislin à la duchesse, qu’une prise d’armes sans le concours de l’étranger parût devoir amener l’entière destruction du parti royaliste en France.

La duchesse de Berry persiste et ordonne à tous d’être prêts pour le 24. Le commandement en chef est déféré à Bourmont. Mais celui-ci pense comme M. de Coislin, et les royalistes de Paris, qui partagent l’opinion de Coislin et de Bourmont, ont envoyé Berryer à la duchesse, afin de l’éclairer sur sa position; de là l’indécision des ordres et des mouvements. La duchesse, malgré sa promesse à Berryer, se décide à agir, et la prise d’armes est fixée par elle, d’accord avec Bourmont, à la nuit du 3 au 4 juin.

Pour le général Dermoncourt, auquel les détails échappent, la guerre civile est imminente. Il prend aussitôt son parti : s’emparer des chefs et multiplier ses postes à l’effet d’empêcher les rassemblements. Le 4 juin, le tocsin se fait entendre, et la guerre commence, guerre d’embuscade et de surprise, qui coûte du sang et qui se prolonge sans résultats définitifs. Marches et contre-marches, visites et attaques des châteaux, combats partiels, arrestation de quelques chefs, poursuite incessante des autres, direction militaire qui ne laisse aucun repos, et qui exige une activité et une intelligence peu communes, voilà ce que fait et fait faire le général Dermoncourt pendant la durée de ce mouvement insurrectionnel. L’insurrection est rapidement matée, les conjurés dispersés, mais la duchesse de Berry reste introuvable.

Les troupes royales ignorent que, le 9 juin, elle est entrée dans Nantes, mis en état de siège le 15, sous un déguisement de paysanne et y a trouvé un asile secret dans une maison d’où elle entretient une correspondance avec les cours européennes. Lorsque cette correspondance est éventée, le roi et le gouvernement – accusés soit d’incompétence, soit de complicité – sont fort embarrassés.

L’arrestation de la duchesse de Berry[modifier | modifier le code]

La situation change lorsque Thiers remplace Montalivet au ministère de l’Intérieur, le 11 octobre 1832. Le nouveau ministre souhaite un succès rapide qui assure sa popularité, si possible avant l’ouverture de la session parlementaire le 19 novembre.

Thiers reprend contact avec un fils de rabbin converti au catholicisme et introduit dans les entours de la duchesse de Berry, Simon Deutz, qui avait déjà fait des ouvertures à Montalivet. Thiers l’envoie à Nantes, accompagné d’un officier de police nommé Joly, et précédé d’un nouveau préfet, Maurice Duval. Pour justifier sa conduite, Deutz évoquera le patriotisme, la duchesse étant en relation avec Guillaume Ier des Pays-Bas qu’elle encourage à attaquer l’armée française en Belgique[5] afin de créer une situation de trouble plus favorable à une insurrection en Vendée.

Deutz voit la duchesse une première fois, le 31 octobre, et la seconde et dernière fois le 6 novembre, sous le prétexte de communications graves que, dans l’émotion qu’il avait éprouvé lors de l’entretien du 31, il avait entièrement oublié de lui faire.

Le 6, en quittant la duchesse, et contre une forte somme d’argent[6], il livre l’adresse au préfet. Aussitôt, la maison est investie par la police, fouillée et, après seize heures de recherches, la duchesse sort de sa cachette, où il lui est impossible de rester plus longtemps, et demande le général Dermoncourt. En le voyant, elle court à lui :

— Général, lui dit-elle, je me rends à vous, et me remets à votre loyauté.
— Madame, répond le général, Votre Altesse est sous la sauvegarde de l’honneur français.

La duchesse de Berry est faite prisonnière le 7 novembre 1832 à Nantes. Le surlendemain, tandis que le général se rend au château de la Chaslière pour s’emparer de Bourmont, qu’on dit s’y trouver, elle est embarquée pour la forteresse de Blaye où elle est incarcérée.

Une prisonnière embarrassante[modifier | modifier le code]

Avec l’arrestation de la duchesse de Berry, Thiers a atteint son but : sa réputation est faite. Officiellement, le roi et le gouvernement se réjouissent. Mais la prisonnière est encombrante ; comme le déclare Louis-Philippe à Guizot : « Les princes sont aussi incommodes en prison qu’en liberté : [...] leur captivité entretient chez leurs partisans plus de passions que n’en soulèverait leur présence[7]. »

Le roi aimerait faire expulser la duchesse de France en invoquant la récente loi du 10 avril 1832 condamnant au bannissement perpétuel tous les membres de la famille de Charles X. Mais la duchesse est prévenue de complot et de rébellion armée, et il semble difficile de la faire échapper à la justice. En même temps, en cas de procès, toutes les issues possibles apparaissent également mauvaises : « l’acquittement ferait du roi un usurpateur, la condamnation, un bourreau, et la grâce, un lâche[8] ! »

Pour éviter d’avoir à trancher à chaud, le gouvernement fait interner la princesse dans la citadelle de Blaye, sur l’estuaire de la Gironde, sous la garde du général Bugeaud[9].

En janvier 1833, le bruit court que la duchesse de Berry est enceinte. Le 29 février, Le Moniteur publie une déclaration de la princesse, datée du 22, dans laquelle elle affirme s’être mariée secrètement pendant son séjour en Italie. Les légitimistes – d’ailleurs épaulés par quelques républicains comme Armand Carrel[10] – ont beau fustiger l’inélégance du procédé du gouvernement, le mal est fait : la princesse passe désormais, selon le mot du comte Apponyi, pour une « aventurière de bonne maison[11] », et l’épisode ne manque pas de jeter le doute sur la légitimité de l’« enfant du miracle », le duc de Bordeaux lui-même[12].

Le 10 mai 1833, la duchesse de Berry donne naissance à une fille, qu’elle déclare née de son époux secret, le comte Lucchesi-Palli, second fils du prince de Campo-Franco, vice-roi de Sicile, que toute la France ne tarde pas à appeler ironiquement saint Joseph.

Le 8 juin, la princesse, complètement déconsidérée, est embarquée sur l’Agathe et transportée à Palerme. L’opposition[13] multiplie les demandes d’explications et les interpellations, auxquelles le garde des sceaux, Félix Barthe, répond le 10 juin en invoquant « des circonstances rares, extrêmement rares sans doute, où un gouvernement doit, sous sa responsabilité, [...] prendre sur lui de mettre les intérêts du pays au-dessus de l’exécution des lois[14]. »

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Librairie Arthème Fayard, 2002, (ISBN 2-213-59222-5)
  • Aurélien de Courson, Dernier effort de la Vendée (1832), Paris, E. Paul,‎ 1909 (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article ;
  • Laure Hillerin, La duchesse de Berry, l’oiseau rebelle des Bourbons, Paris, Flammarion, coll. Grandes Biographies, 2010, (ISBN 978-2-0812-2880-1)
  • Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852 [détail de l’édition]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Jean de La Varende, Man' d'Arc, Paris, Grasset, 1939. Roman dont l’action se situe au cœur des événements du 4 au 9 juin 1832.
  • Alexandre Dumas, "Les Louves de Machecoul" 1858. Écrit en collaboration avec Gaspard-Georges de Pecou, Marquis de Cherville . Roman peu connu d'Alexandre DUMAS, l'action se situe entre 1831 et 1832 et met en scène,en arrière plan d'une histoire d'amours contrariées et ses personnages fictifs, la Duchesse de Berry et le Général Dermoncourt.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le bateau fut ensuite contraint par une avarie de mouiller près de La Ciotat et vit ses passagers capturés par la gendarmerie. Parmi eux, le général de Saint-Priest et d’autres personnalités légitimistes comme Louis et Florian de Kergorlay, amis d’Alexis de Tocqueville. Leur procès se déroula à Montbrison du 25 février au 9 mars 1833 et la Gazette des Tribunaux rendit compte des audiences.
  2. de Courson 1909, p. 77
  3. Histoire de la Vendée du Bas Poitou en France - Madame la Duchesse de Berry à la Preuille (1832), consulté le 12-04-2010.
  4. Cité par Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Fayard, 2002, p. 691.
  5. À la tête de 70 000 hommes, le maréchal Gérard a mis le siège devant Anvers, occupée par les Pays-Bas en violation des résolutions de la conférence de Londres sur la question de Belgique (Voir l’article : Politique extérieure de la France sous la monarchie de Juillet#La prise d'Anvers). Deutz prétendra qu’en livrant la duchesse de Berry, il voulait épargner des vies de soldats français en Belgique : « Je suis, Sire, cet homme de Nantes qui, par son dévouement à V. M. et à la France, a empêché le massacre de plusieurs milliers de Français. Sans que je l’aie demandé, sans que je l’aie désiré, V.M. a royalement payé mes services. » (Simon Deutz à Louis-Philippe, 23 décembre 1841, cité par Guy Antonetti, op. cit., p. 702) Dans la même lettre, Deutz explique qu’il a dilapidé cet argent à « faire du bien » et, réduit à la misère, sollicite un secours « au nom de la Miséricorde divine ».
  6. On a évoqué la somme de 500 000 francs, sans doute exagérée.
  7. Cité par Guy Antonetti, op. cit., p. 703.
  8. Guy Antonetti, op. cit., p. 703.
  9. Que la propagande légitimiste n’appellera plus que le « geôlier de Blaye ».
  10. Celui-ci écrit dans Le National : « Il n’y a certainement pas dans Paris une pauvre famille d’ouvriers qui voulût, au prix de son dernier morceau de pain, imprimer publiquement au front d’un de ses membres […] l’ignoble écriteau dont la chancellerie de Louis-Philippe va fièrement grossir ses archives. […] Dans nos humbles familles plébéiennes, on ne sait pas livrer à la malignité publique les faiblesses de son sang pour en retirer un grossier profit. Cette protestation d’un genre tout particulier n’est faite que pour les royautés parvenues. Elle marque Louis-Philippe au front du signe de Caïn, elle l’attache au pilori et le met au niveau des habitants des bagnes. » (cité par Guy Antonetti, op. cit., p. 704).
  11. On se souvient qu’en 1815, le duc de Wellington avait écarté l’hypothèse d’une accession au trône du duc d’Orléans en disant qu’il n’aurait été qu’« un usurpateur de bonne maison ». « Comment Madame, mariée en Italie, pourrait-elle être régente de France, alors que, par son mariage, elle-même n’est plus française ? », s’interroge encore Rodolphe Apponyi qui poursuit : « Son expédition n’est donc plus autre chose qu’une mauvaise plaisanterie, qu’une supercherie bien cruelle pour ceux qui ont versé leur sang. [...] Pour moi, j’estime que Madame aurait dû partir quand elle s’est sentie grosse ; mais il paraît que ceux de la branche aînée s’en vont quand ils devraient rester, et qu’ils restent lorsqu’ils devraient s’en aller… » (cité par Guy Antonetti, op. cit., p. 703)
  12. né posthume le 29 septembre 1820 après l’assassinat, le 13 février, de son père, le duc de Berry
  13. notamment Étienne Garnier-Pagès, Eusèbe de Salverte, François Mauguin
  14. cité par Guy Antonetti, op. cit., p. 704.

Articles connexes[modifier | modifier le code]