Insurrection d'Ilinden

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Insurrection d'Ilinden
Le détachement du VMRO d'Ohrid lors de l'insurrection.
Le détachement du VMRO d'Ohrid lors de l'insurrection.
Informations générales
Date 2 août 1903 -
Novembre 1903
Lieu Macédoine (Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman)
Issue Victoire ottomane, écrasement de la révolte
Belligérants
Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman Flag of IMRO.svg Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (VMRO)
Forces en présence
170 700 hommes[1] 26 408 hommes[2]
Pertes
 ? 5 000 morts[3]

L'insurrection d'Ilinden–Préobrajénié, ou simplement insurrection d'Ilinden (en bulgare Илинденско-Преображенско въстание, Ilindensko-Preobrajensko văstanie ; en macédonien : Илинденско востание, Ilindensko vostanie ; en grec Εξέγερση του Ίλιντεν, Ekségersi tou Ílinden) appelé également insurrection de la Saint-Élie et de la Transfiguration[4], est un soulèvement populaire de la population bulgare de la Macédoine et de la Thrace qui a éclaté le 2 août 1903. Il était mené par les habitants de la Macédoine historique qui réclamaient leur indépendance vis-à-vis de l'Empire ottoman. La Macédoine était alors, depuis l'indépendance de la Serbie et de la Bulgarie en 1878, le dernier territoire européen non-turc inclus dans l'Empire.

La région après le traité de Berlin de 1878.

Le soulèvement a touché la plupart des territoires du centre et du sud-est du vilayet de Monastir, autour de Bitola. Les insurgés ont reçu un soutien mitigé de la part des paysans macédoniens locaux, mais ils ont bénéficié de l'appui de quelques Valaques. Ils réussirent notamment à proclamer l'éphémère République de Krouchevo, centrée autour de la ville de Krouchevo.

La plupart des grands dirigeants du VMRO avaient été tués avant même le commencement du soulèvement, et celui-ci ne dura que quelques mois. Les derniers combattants sont défaits par l'armée ottomane en novembre 1903. Néanmoins, le VMRO poursuivit par la suite ses activités, et l'insurrection eut un impact sur les puissances occidentales, qui essayèrent par la suite de convaincre le sultan d'adopter une conduite plus souple vis-à-vis de ses sujets chrétiens d'Europe.

L'insurrection d'Ilinden causa de nombreuses pertes humaines ainsi que d'importants dégâts matériels, laissant des milliers de personnes sans logis. Elle fut aussi un grand échec pour le VMRO, qui perdit de nombreux combattants. Néanmoins, l'événement est resté un moment crucial dans l'histoire macédonienne et il a acquis un statut pratiquement mythologique. Son souvenir a été régulièrement employé, aussi bien par les nationalistes que sous le régime socialiste yougoslave.

Contexte[modifier | modifier le code]

La Turquie d'Europe au début du XXe siècle. Elle comprend notamment l'Albanie, l'Épire, la Macédoine et la Thrace.

Au tournant du XXe siècle, l'Empire ottoman est en déclin. Contrairement aux puissances occidentales, le pays ne s'est pas industrialisé et il est resté très rural et peu développé. La partie européenne de l'empire a été secouée par des mouvements nationalistes au cours du XIXe siècle, et les nations chrétiennes qui l'occupaient sont peu à peu devenues indépendantes, comme la Grèce, la Serbie et la Bulgarie. La Macédoine, tout comme la Thrace, est cependant restée ottomane, et elle ne possédait pas d'identité suffisamment forte pour devenir indépendante elle aussi. Au contraire, les habitants de la Macédoine appartenaient à plusieurs peuples, il y avait des Slavo-macédoniens, des Turcs, des Albanais, des Grecs, des Roms, etc, et aucun groupe ethnique ne formait une majorité, même si les Slaves étaient le groupe le plus nombreux.

Des Macédoniens de Prilep au début du XXe siècle.

Les pays voisins, c'est-à-dire la Bulgarie, la Grèce et la Serbie, cherchaient, pour des motifs historiques ou ethniques, à annexer la Macédoine, et ils voyaient l'assimilation des Slavo-macédoniens comme un moyen d'affirmer leurs prétentions territoriales. Chaque ville comptait ainsi au moins une école et une église bulgare, une école et une église grecque, une école et une église serbe, etc. Le sentiment d'appartenance à la nation bulgare était le plus développé, mais beaucoup de Slavo-macédoniens n'avaient aucune identité ethnique. Ce sentiment d'incertitude a perduré jusqu'aux premières décennies du XXe siècle[5].

Comme le reste de l'Empire ottoman, la Macédoine était alors une région très pauvre et arriérée. 80 % de la population vivait de l'agriculture et 70 % des paysans ne possédaient pas de terres mais travaillaient sur les domaines de propriétaires ottomans[6]. La région compte alors 2 200 000 habitants, dont 1 150 000 Slavo-macédoniens, 500 000 Turcs, 250 000 Grecs, 120 000 Albanais, 90 000 Valaques, 75 000 Juifs et 50 000 Roms[7].

Alors que les musulmans sont favorisés par le régime ottoman qui applique le droit musulman, les chrétiens sont soumis à la dhimma. Cela signifie par exemple qu'ils paient plus d'impôts. L'insécurité dans la région est très importante, des petits soulèvements slaves ont lieu régulièrement et, selon une estimation de 1895, il existe alors 150 bandes armées de musulmans qui terrorisent les villages, en commettant notamment des meurtres, des viols et des extorsions[8].

L'Organisation révolutionnaire macédonienne intérieure (VMRO), fondée en 1903, est le principal mouvement nationaliste slavo-macédonien. Il soutient aussi la libération de tous les autres peuples qui vivent dans la région vis-à-vis du pouvoir ottoman[9]. Néanmoins, ses objectifs ne sont pas toujours très clairs, notamment parce qu'il existe de profondes divergences entre les dirigeants. Certains souhaitent simplement l'autonomie de la Macédoine au sein de l'Empire ottoman, d'autres l'indépendance, ou encore le rattachement à la Bulgarie, voire la création d'une grande fédération slave dans les Balkans. Les dirigeants de droite sont généralement bulgarophiles, tandis que ceux de gauche, comme Gotsé Deltchev et Damé Grouev, penchent plutôt pour l'autonomie macédonienne et souhaitent appliquer leurs idées socialistes. Pendant ses dix premières années d'existence, ce sont les dirigeants de gauche qui contrôlent le mouvement, donc le mouvement cherche l'autonomie macédonienne et s'oppose à toute annexion bulgare[10].

Datation[modifier | modifier le code]

Pour la compréhension de l'article, les dates sont dans le calendrier grégorien. L'Empire ottoman puis la Turquie, utilisait à la fois le calendrier musulman (affaires religieuses) et le calendrier rumi (affaires civiles), jusqu'au 1er janvier 1927. Le soulèvement a donc bien eu lieu le jour de la saint-Élie dans le calendrier julien, le 20 juillet 1903 (20 Temmuz 1319 du calendrier rumi), qui correspond au 2 août 1903 du calendrier grégorien.

Préparation[modifier | modifier le code]

Ivan Garvanov.

L'insurrection d'Ilinden n'est pas une soulèvement spontané, et elle succède à plusieurs événements tragiques pour le VMRO. Tout d'abord, en janvier 1902, un activiste est arrêté par les autorités ottomanes à Salonique et il révèle sous la torture le nom de membres de l'organisation. Près de 200 personnes sont alors emprisonnées, dont tous les membres du comité central, à l'exception d'Ivan Hadjinikolov. Ce dernier contacte Ivan Garvanov, le chef du comité régional de Salonique, et lui donne toutes les informations confidentielles du VMRO, afin de reconstituer le mouvement avec lui. Cependant, Ivan Garvanov avait autrefois été membre d'une organisation ennemie, qui plaidait l'annexion de la Macédoine par la Bulgarie[11].

Il dénonce Hadjinikolov, qui se retrouve en prison, et décide d'agir rapidement. Jusqu'alors, le VMRO avait adopté une ligne souple et patiente, mais Garvanov décide de préparer un soulèvement. Afin de fixer une date, il convoque un congrès en janvier 1903. Ce congrès, qui ne respecte pas le règlement du VMRO, ne réunit que 17 délégués choisis par Garvanov. Ils prévoient un soulèvement au printemps, mais quelques grandes figures du mouvement qui n'avaient pas été convoquées, comme Yané Sandanski, Guiortché Pétrov ou Gotsé Deltchev, rejettent la décision. Deltchev, l'un des meilleurs éléments du VMRO, aurait pu conduire lui-même un soulèvement. Il est néanmoins tué par des troupes ottomanes le 4 mai 1903[11].

Le cargo Guadalquivir de la Compagnie des messageries maritimes, navire français endommagé par les Bateliers de Salonique. Remorqué à Marseille, il sera démoli

Fin avril, les Bateliers de Salonique, des révolutionnaires et anarchistes macédoniens, lancent des attaques à la bombe dans la ville, faisant par exemple sauter une bombe à bord d'un navire français dans le port le condamnant à être ferraillé[12]. Les puissances occidentales réagissent en demandant au Sultan d'octroyer des droits à ses sujets chrétiens, tandis que plus de 500 personnes sont arrêtées. L'atmosphère entre les nationalistes macédoniens et les autorités turques est alors très tendue. Le VMRO ne peut plus revenir sur ses décisions et le soulèvement doit avoir lieu[13].

Le musée de Smilevo, qui commémore le congrès du 2 mai 1903.

Le comité de Bitola se réunit en congrès le 2 mai à Smilevo et décide d'agir au nom de l'ensemble du VMRO. Il planifie un soulèvement après les moissons. Les membres du comité sont plutôt sûrs d'eux, car leur territoire, qui compte Prilep, Ohrid, Demir Hisar et Kostur (Kastoria), est en grande majorité peuplé de Slavo-macédoniens et de Valaques, souvent bulgarophiles et attachés au VMRO. Par ailleurs, ce territoire est surtout montagneux, donc propice à la guérilla, et le sentiment anti-ottoman est fort parmi la population, car les violences perpétrées par les autorités turques étaient particulièrement fréquentes dans le vilayet de Bitola. Damé Grouev assiste au congrès de Smilevo en tant que représentant du comité central, et il apporte son accord au soulèvement, bien qu'il pense qu'une telle action était prématurée[14].

Fin juillet, les dirigeants du VMRO décident que le moment était propice pour l'insurrection, et ils font imprimer une circulaire annonçant la date du 2 août. Cette circulaire invite tous les Macédoniens à se joindre au combat, et s'adresse aussi aux puissances occidentales, rappelant la situation désastreuse de la Macédoine et l'espoir de réformes[1].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Les insurrections d'Ilinden (jaune), de Préobrajénié (orangé), de Krastovden (turquoise) et de Rhodope (bleu ciel).
Le socialiste Nikola Karev.

Le dimanche 2 août 1903, le jour de la saint-Élie, les insurgés du vilayet de Bitola attaquent des propriétés tenues par des beys ottomans, ils détruisent les lignes de télégraphe et de téléphone, dynamitent des ponts et quelques bâtiments officiels. À certains endroits, ils attaquent aussi les garnisons locales. Le 3 août, ils s'emparent de la ville de Krouchevo, située à 1 250 m d'altitude, qui compte 10 000 habitants, essentiellement slaves et valaques. Sous le commandement du socialiste Nikola Karev, ils y établissent un gouvernement provisoire et proclament la République de Krouchevo[1].

Des actions sont aussi menées dans les régions de Kostur (auj. Kastoria, Grèce), Lerin (auj. Flórina), Ohrid, Kitchevo et Prilep. La plupart des habitants non-musulmans du vilayet soutiennent les insurgés, et pratiquement tous les villages apportent leur aide[1].

Le drapeau de la République de Krouchevo.

Ailleurs en Macédoine, la lutte est moins intense. Des actions sont toutefois menées dans les régions de Skopje et Salonique, notamment sur la voie ferrée entre les deux villes. La voie entre Skopje et Bitola est elle-aussi attaquée, et des ponts sur le Vardar sont détruits[1]. Au bout d'un mois, le VMRO contrôle une région de près de 10 000 kilomètres carrés[15]. Le VMRO a annoncé en 1904 que 26 408 combattants ont participé à l'insurrection. La majorité d'entre-eux (19 850 ont livré bataille dans le vilayet de Bitola, tandis que 3 544 ont opéré dans le vilayet de Salonique, et 1 042 dans celui de Skopje[1]. À la mi-août, ils devaient faire face à 167 000 soldats d'infanterie turcs, 3 700 soldats de cavalerie et 444 canons. Beaucoup d'insurgés étaient des émigrés macédoniens, des travailleurs et des étudiants installés dans les pays voisins[15].

Des soldats turcs lors de l'insurrection, accompagnés par l'évêque grec de Kostur.

L'action du VMRO est parfois ternie par certains insurgés qui ne suivent pas le règlement et attaquent des civils turcs et albanais ; en réaction, ces derniers ont souvent constitué des organes de protections[16]. Par ailleurs, l'insurrection ne reçoit pas systématiquement le soutien des Slaves et certains vont même dénoncer des rebelles aux autorités ottomanes[17].

La contre-offensive turque est rapide et elle a pour but l'isolement et l'élimination des foyers d'insurrection. L'armée ottomane commence par reprendre Smilevo, puis elle se dirige vers Krouchevo entre le 9 et le 10 août. La ville, défendue par 1 200 rebelles, est attaquée par 20 000 soldats ottomans. La bataille dure jusqu'au 12 août, puis les insurgés rompent le siège et prennent la fuite[1].

En septembre, l'armée ottomane mène une grande contre-offensive sur l'ensemble du territoire, poursuivie jusqu'à mi-octobre[1]. Les actions du VMRO continuent cependant jusqu'en novembre dans certaines zones, date à laquelle l'insurrection est neutralisée[3].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Conséquences immédiates[modifier | modifier le code]

Le bilan humain de l'insurrection est lourd pour les Macédoniens. Les sources donnent souvent des chiffres différents, mais le nombre total de victimes peut être estimé à au moins 8 816 morts, dont des femmes et des enfants. Les dégâts matériels sont eux aussi très importants : 200 villages sont détruits, 12 440 maisons sont détruites ou endommagées et près de 70 836 personnes se retrouvent sans logis[18]. Par ailleurs, plus de 30 000 personnes se réfugient en Bulgarie ou aux États-Unis[19].

La répression menée par les autorités ottomane se poursuit bien après la fin du conflit, et des bandes armées de musulmans mènent une véritable campagne de terreur. Le VMRO lui-même est ébranlé par son échec. Il connaît des divisions internes et ne retrouve plus jamais la force et le prestige qu'il avait avant 1903. Le soulèvement avait fait naître de grands espoirs et un optimisme très fort chez les militants, et la défaite est d'autant plus difficile à surmonter[18].

Le soulèvement n'a reçu aucune aide étrangère, mais il intéresse les médias étrangers et les puissances occidentales font peu à peu pression sur le gouvernement ottoman, qui accepte le programme de réformes Mürzsteg, qui permet notamment à l'Autriche-Hongrie et à l'Empire de Russie d'envoyer des moniteurs chargés d'organiser une nouvelle police et de restaurer l'ordre. Ce programme n'améliore en rien la vie des Slavo-macédoniens et les encourage plutôt à poursuivre leurs idées autonomistes[20]. En effet, une présence étrangère en Macédoine signifie pour eux la fin proche de la domination ottomane[21].

Conséquences à long terme[modifier | modifier le code]

Les Balkans à l'issue des Guerres balkaniques en 1913. Comme le reste de la Turquie d'Europe, la Macédoine est libérée de la domination ottomane, mais elle est partagée entre la Grèce (jaune), la Serbie (vert) et la Bulgarie (rose).

Bien que l'insurrection fut une défaite pour le VMRO, les Macédoniens s'en souviennent comme d'un événement héroïque. Le soulèvement est d'ailleurs considéré comme l'un des moments les plus importants de l'histoire macédonienne. En effet, il est l'une des premières expressions d'une spécificité macédonienne. Il s'agit de la première révolte menée pour la Macédoine, et son objectif était le soulèvement de la région entière. C'était aussi la première insurrection menée pour une autonomie de l'ensemble de la Macédoine. Le problème de la Macédoine n'apparaissait plus comme un problème bulgare, grec ou serbe, il apparaissait simplement comme un problème macédonien.

Après le soulèvement, le nationalisme macédonien a beaucoup changé. Les membres de l'aile gauche du VMRO réalisent que leur ennemi n'était plus l'Empire ottoman, mais les nations balkaniques. En effet, les pays voisins revendiquent la Macédoine et divisent sa population en tentant de l'assimiler. Même le soutien bulgare, auparavant bienvenu, leur apparait comme néfaste, car les intérêts du gouvernement bulgare ne correspondent plus à leurs aspirations. Si la Macédoine demeure ottomane, le régime du Sultan peut encore interdire l'assimilation des Macédoniens et ainsi garantir leur union. Ensuite, une standardisation de la langue macédonienne ou encore la création d'une Église orthodoxe macédonienne permettrait de renforcer l'identité locale. Par ailleurs, les militants savent que si la Macédoine était libérée de la domination turque, elle serait inévitablement partagée entre la Serbie, la Bulgarie et la Grèce, et que ce serait alors la fin définitive de l'unité du peuple macédonien. C'est ce qui se produit en 1912, lorsqu'à l'issue de la Première Guerre balkanique, la Macédoine est délivrée des Turcs, mais partagée en trois. L'assimilation des populations slaves est alors beaucoup plus soutenue et seule la partie serbe, qui correspond à l'actuelle République de Macédoine, conserva une identité macédonienne bien distincte[18].

Les membres de l'aile droite du VMRO devinrent quant à eux beaucoup plus bulgarophiles. Pour eux, l'aide de la Bulgarie était une condition essentielle pour libérer la Macédoine. Ensuite, la région toute entière devrait être annexée par la Bulgarie. Cependant, les bulgarophiles virent leurs espoirs trahis en 1904, lorsque le gouvernement bulgare accepta avec la Serbie de diviser la Macédoine en aires d'influence, préfigurant ainsi un futur partage. Les sentiments pro-bulgares et pro-macédoniens n'étaient donc plus compatibles, et il fallait choisir entre les deux[22].

Le soulèvement aida grandement à la propagation d'une conscience macédonienne, notamment auprès de l'élite économique et culturelle. L'écho international dont bénéficiait le soulèvement augmenta la notoriété de la Macédoine, y compris au niveau local, et de nombreux habitants découvrirent alors qu'en dehors de leur petite région, d'autres personnes parlaient des dialectes similaires au leur et qu'ils connaissaient les mêmes difficultés au quotidien. Néanmoins, parmi la plupart des paysans, la conscience macédonienne s'installa plus lentement, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale[22].

Postérité[modifier | modifier le code]

Commémoration du 2 août à Krouchevo en 2011.

L'insurrection d'Ilinden devint un sujet de choix pour le folklore macédonien. De nombreuses chansons et des contes ont glorifié l'événement, et il a été abondamment commenté dans des textes politiques[23]. Il est aussi abordé par des romans et des films. Il a été récupéré autant par les nationalistes que les communistes macédoniens et il a servi à consolider l'identité macédonienne lorsque la République socialiste de Macédoine a été proclamée en 1944. L'instance responsable de cette proclamation, l'Assemblée anti-fasciste pour la Libération du Peuple macédonien, a d'ailleurs tenu sa première séance le 2 août 1944, jour anniversaire du soulèvement[24].

Le 2 août est devenu un jour férié en République de Macédoine, la « fête de la république », et l'hymne national, Denes nad Makedonija, composé en 1944, fait référence à la République de Krouchevo et aux combattants d'Ilinden, tout en traçant un parallèle entre l'insurrection de 1903 et la Résistance au fascisme. Une telle association d'idées est courante parmi les historiens macédoniens, qui voient la Libération de 1944 comme un « second Ilinden »[24].

En Bulgarie, l'insurrection d'Ilinden est aussi célébrée comme un événement national, en raison des sentiments pro-bulgares de nombreux militants du VMRO et de l'existence d'une Macédoine bulgare, annexée en 1912. Par ailleurs, une importante diaspora macédonienne se trouvait en Bulgarie, et elle célébra activement l'événement. Alors que toute commémoration d'Ilinden était interdite en Macédoine serbe, ce sont les Bulgares qui y ont instauré les premières célébrations officielles, lorsqu'ils ont occupé la région lors de la Seconde Guerre mondiale[24].

L'héritage de l'insurrection fait polémique entre la République de Macédoine et la Bulgarie, car l'un et l'autre pays considère qu'il n'appartient qu'à lui. Néanmoins, une célébration commémorative conjointe a eu lieu en 2006, avec la présence des premiers ministres Vlado Bučkovski et Sergueï Stanichev[24].

Le nom d'Ilinden a été donné à un certain nombre de lieux, comme le village et la municipalité d'Ilinden en République de Macédoine, une municipalité de Sofia, ou encore à un sommet de l'Île Greenwich (Shetland du Sud).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Richard J. Crampton, Bulgaria 1878-1918 : A History, New York, East European Monographs, Boulder, distributed by Columbia University Press,‎ 1983, 580 p. (ISBN 0-88033-029-5)
  • (en) Hugh Poulton, Who are the Macedonians ?, C. Hurst & Co. Publishers Ltd,‎ 2000, ? p. (ISBN 1850655340)
  • (en) Andrew Rossos, Macedonia and the Macedonians: A History, Hoover Press,‎ 2008, ? p. (ISBN 978-0-8179-4882-5)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Rossos 2008, p. 110
  2. Poulton 2000, p. 109
  3. a et b Messieurs Wendel, Rizoff et Tomitch, « Bilan d'Ilinden », dans Op. cit., p. 16
  4. Christo Anguelov Christov, L'Insurrection de la Saint-Elie et de la Transfiguration 1903, Sofia presse,‎ 1983, 83 p..
  5. (en) Messieurs Wendel, Rizoff et Tomitch, Macedonia and the Macedonians, C. Colombo,‎ 1918, p. 22
  6. Poulton 2000, p. 100
  7. « Population de la Macédoine », dans Encyclopædia Britannica,‎ 1911, p. 217
  8. Poulton 2000, p. 101
  9. Poulton 2000, p. 105
  10. Poulton 2000, p. 102-104
  11. a et b Rossos 2008, p. 106-107
  12. « cargo GUADALQUIVIR », sur French Lines (consulté le 21 juillet 2014).
  13. Rossos 2008, p. 108
  14. Rossos 2008, p. 109
  15. a et b (en) Council for Research into South-Eastern Europe of the Macedonian Academy of Sciences and Arts Skopje, Macedonia, 1993, « Macedonian Uprisings in the 19-th and the Beginning of the 20-th Century » (consulté le 2 avril 2011)
  16. Poulton 2000, p. 57
  17. Poulton 2000, p. 56
  18. a, b et c Rossos 2008, p. 111
  19. (en) Dimitar Bechev, Historical dictionary of the Republic of Macedonia, Scarecrow Press, Lanham, Md.,‎ 2009 (ISBN 978-0-8108-5565-6), p. 95
  20. (en) Valentina Georgieva et Sasha Konechni, Historical Dictionnary of the Republic of Macedonia, Scarecrow Press,‎ 1998 (ISBN 0810833360), p. 13
  21. (en) John R. Lampe, Yugoslavia as History: Twice there was a Country, Cambridge University Press,‎ 2000 (ISBN 0521773571), p. 92
  22. a et b Rossos 2008, p. 112
  23. Rossos 2008, p. 113
  24. a, b, c et d (en) Dimitar Bechev, Historical dictionary of the Republic of Macedonia, Scarecrow Press, Lanham, Md.,‎ 2009 (ISBN 978-0-8108-5565-6), p. 96