Innovation ouverte

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L’Innovation Ouverte ou Open Innovation (parfois aussi Innovation Distribuée) est un terme promu par Henry Chesbrough, professeur et directeur du Center for Open Innovation à Berkeley.

C'est un mode d'innovation basé sur le partage, la coopération entre entreprises, à la fois compatible avec une économie de marché (via les brevets et licences), ou d'Intelligence économique, mais cette approche permet aussi des démarches basées sur des alternatives éthiques ou solidaires (économie solidaire) de partage libre des savoirs et savoir-faire modernes ou traditionnels, avec notamment l'utilisation de licences libres dans un esprit dit ODOSOS (qui signifie : Open Data, Open Source, Open Standards).

Elle peut concerner tous les domaines de la recherche et du développement. De la perspective d'une entreprise pratiquant l'Open Innovation on peut distinguer deux modalités : la modalité outside-in (ou inbound) et la modalité inside-out (ou outbound). Lorsqu'elle pratique l'Open Innovation outside-in, une entreprise cherche à trouver des connaissances, méthodes ou technologies à l'extérieur de l'entreprise pour enrichir ses propres processus d'innovation. Lorsqu'elle pratique l'Open Innovation inside-out, elle cherche à mieux valoriser sa propriété intellectuelle à l'extérieur, la plupart du temps sous forme de licences.

Duval et Speidel distinguent sept manières de pratiquer l'Innovation Ouverte : 1. La résolution de problèmes, 2. Le concours d'idées, 3. Les boîtes à idées, les portails, les réseaux sociaux d'entreprise, 4. les communautés de bêta-testeurs, 5. l'utilisation de l'Open Data & des APIs, 6. les partenariats avec les entrepreneurs 7. le Corporate Venturing[1].

Dans sa matérialisation économique, elle se traduit souvent par des plates-formes et outils d'échanges de type Give and Get (donner/recevoir) ou des plates-formes mutualisées d'innovation. On peut distinguer l'innovation ouverte transactionnelle qui vise une transmission unique de propriété intellectuelle ou de savoir-faire et le partenariat où deux entreprises s'engagent sur le long terme à collaborer de manière pré-compétitive (collaboration de plusieurs entreprises pharmaceutiques dans la recherche fondamentale) ou non-compétitive (par exemple Mercedes et Swatch pour créer la Smart).

Dans certains cas, par exemple pour les prix (allant jusqu'à 1 million de US dollars) délivrés par une entreprise qui joue le rôle d'intermédiaire en innovation ouverte comme InnoCentive, il s'agit d'inviter les « esprits créatifs » de résoudre des problèmes que se posent les entreprises ou organisations non-gouvernementales. Dans certains cas, ces problèmes peuvent être d'intérêt public[2] (problèmes de biodiversité, pollution, climat, santé environnementale, alimentation, développement, éducation).

Dans ce cas, en échange des bourses scientifiques qui sont offertes aux chercheurs retenus, il leur est demandé de publier leurs résultats sous une licence perpétuelle, libre, gratuite[3],[4].

Selon les cas, cette approche peut être considérée comme innovante et altruiste, ou au contraire comme un moyen de distribuer (concours) ou de partager (partenariat) le risque et l'investissement vers l'extérieur d'une organisation.

Histoire[modifier | modifier le code]

Jusqu'aux années 1960-70, les entreprises vivaient plutôt dans un monde d'innovations « fermées », c'est-à-dire principalement développées « en interne » et mises en œuvre au sein de l'entreprise, sous le sceau du secret industriel ou de fabrication.

Les entreprises innovantes cherchaient à protéger leurs découvertes en les maintenant confidentielles. Elles faisaient peu d'efforts pour assimiler des innovations venant de l'extérieur de leurs laboratoires de recherche et développement, d'autant que ces innovations n'étaient elles-mêmes diffusées qu'avec retard en raison du secret qui entourait leur élaboration.

Principes[modifier | modifier le code]

L' innovation ouverte postule qu'il est plus efficace et rapide — dans un esprit de travail collaboratif — de ne plus se baser principalement sur sa seule et propre recherche pour innover.

De plus, les innovations internes qui ne sont pas utilisées par une entité (groupe, think tank, laboratoire, entreprise) peuvent être « sorties » de cette entité, par l'intermédiaire de publications, bases de données, brevets, entreprise commune, spin-off...

Une grande part de l'innovation ouverte se rapporte à de l'innovation incrémentale de processus.

Plus largement, on peut inclure dans l'innovation ouverte la création de nouveaux modèles économiques construit sur la base d'idées empruntées à des domaines différents mais constituant finalement un tout cohérent.

Comme le laisse penser la similitude des noms, l'innovation ouverte (open innovation) a certains rapports avec l'open source, sans en être un équivalent. Open Innovation et Open Source s'appuient sur les valeurs et outils juridiques de protection de la propriété intellectuelle, mais pour en permettre le partage.

À ce jour, la dynamique open-source aboutit à un partage généralement gratuit et une élaboration collective de code, tandis que les mécanismes d'innovation ouverte s'appuient plutôt sur un licensing payant.

Remarques :

  • Il peut aussi s'agir de diffuser de l'information sur les solutions qui ne marchent pas, afin que d'autres ne répètent pas les mêmes erreurs ou trouvent des causes d'échec non détectées par les premiers opérateurs ;
  • L'innovation ouverte est comme la prose : on peut la pratiquer sans le savoir ; réduire cette idée aux seuls mécanismes théorisés par Henry Chesbrough serait donc réducteur.
  • L'innovation ouverte modifie en profondeur les frontières de l'entreprise.

Diffusion[modifier | modifier le code]

Ces dernières années plusieurs ouvrages, articles ont été écrits sur le thème de l'innovation ouverte. On y cite souvent l'exemple de Procter & Gamble avec le lancement en 1999 de son initiative« Connect and Develop ».

Un nouveau métier, les intermédiaires en innovation ouverte[modifier | modifier le code]

Pour faciliter l'innovation ouverte, un nouveau métier a vu le jour celui « d'intermédiaires de l'innovation ouverte » et un grand nombre de sociétés de conseil se proposent pour jouer ce rôle. Citons :

La société offre un service de mise en relation entre des « demandeurs » (entreprises, laboratoires ou financeurs publics de la Recherche) et des entités (ce sont les «Solvers) susceptibles d'avoir une solution aux défis critiques que l'humanité doit résoudre.
Les solveurs étaient en 2010 environ 185 000 membres inscrits à la plate-forme InnoCentive qui proposent des solutions aux demandeurs. Les Solvers dont les solutions sont retenues par les demandeurs sont indemnisés par InnoCentive pour leurs idées qui agit ici à titre de courtier dans le processus d'échange.
En 2007, la société a conclu un partenariat avec la Fondation Rockefeller pour tenter d'accélérer le traitement des maladies orphelines, via des solutions proposées par la foule de solvers potentiels d'InnoCentive.
Le partenariat porte aussi sur d'autres initiatives, philanthropiques et sociales[6].
  • ideXlab : cette plateforme dédiée à l'innovation ouverte propose des services permettant d'effectuer une grande partie des projets en "libre service". Recherche des meilleurs experts dans une base de 10 millions, rédaction des Challenges et échanges avec les Experts sont facilités par des outils intelligents et permettent de conduire des projets d'innovation ouverte à un coût réduit.
  • InnovationXchange : ce vendeur d'innovation ouverte met, aux États-Unis, l'accent sur la diversité des communautés.
Il aide à trouver des solutions apportées par des experts ou novices créatifs à des problèmes rencontrés par des entreprises. Des entreprises parrainent des défis qui sont examinés par les particuliers, les personnes travaillant dans des équipes ad hoc, ou par des PME volontaires.
Contrairement à d'autres sites axés sur l'innovation en sciences dures, ce site favorise, les solutions de type service, procédé, et l'innovation commerciale (business model innovation) ;
  • Presans, fondée en 2008 et issue de l'École polytechnique, cette société a inventé et mis en œuvre le "sourcing intelligent d'experts" (Multistep Dynamic Expert Sourcing)[7].
La société repose sur l'alliance d'une technologie informatique de cartographie automatique de compétences et d'experts au niveau mondial X-Search, et d'une méthode de résolution de problèmes en ligne. Grâce à cette approche, les experts n'ont pas besoin de s'inscrire sur la plateforme web de la société car une technologie propriétaire permet de les identifier (grâce aux «traces numériques » qu'ils laissent sur Internet) et de les contacter automatiquement et à la demande en fonction des besoins des clients de société[8].
  • Expernova : base de relations d'affaires en innovation,
  • Spigit, fondée en 2007, vend des outils d'innovation, et propose au secteur privé et à des organismes gouvernementaux et à des citoyens volontaires une plate-forme qui peut être utilisée pour créer des communautés ouvertes, d'évaluer, de contribuer ou choisir des idées pour la mise en œuvre de solutions. Des organisations de parrainage sont possibles.
  • Inventive, société française fondée en 2011, propose une approche différente, appelée Crowdinnovation. Cette société qui est à l'origine de ce concept, vise à assurer une performance rapide et pérenne des organisations publiques et privées par l'innovation ouverte, grâce à un éveil ludique et un traitement équitable des contributeurs (Crowd). L'éveil ludique se fait par une plateforme de référence en jeu sérieux en créativité. Inventive utilise d'une part la communauté du grand public afin d'obtenir le maximum de diversité et d'originalité, d'autre part avec une équipe d'experts en techniques de créativité et d'innovation pour assurer la réussite d'émergence et de transformation des innovations. Le processus de crowdinnovation implique la recherche à 360° de toutes les formes de contributeurs et de données, à des étapes différentes afin de créer un véritable catalyseur de performance pour les organisations en demande. Ce qui permet de bénéficier des avantages du crowdsourcing ainsi que d'y ajouter une forme de design thinking. Enfin, un système de reconnaissance sociale et de redistribution est mis en place afin de traiter équitablement les contributeurs de la communauté.

Collaboration Recherche/Entreprises[modifier | modifier le code]

C'est un des axes de partenariats explorés par l' Open Innovation, par exemple au travers de PPP (Partenariats publics-privés).

Les laboratoires de Recherche peuvent en effet apporter des compétences de pointe aux industriels sous forme de prestations de services, de missions de consultance ou de collaborations de Recherche.

Cependant, il serait réducteur de considérer la collaboration Recherche/Entreprises, qui est principalement orientée sur l'innovation technologique et l'innovation "de rupture", comme le seul type d'innovation ouverte.

Critiques[modifier | modifier le code]

La notion d'Open innovation a aussi ses critiques.

Ainsi, des chercheurs en innovation soulignent que Chesbrough a créée une fausse dichotomie entre les firmes qui suivent aveuglément leur agenda de R&D et les autres firmes ouvertes sur l'extérieur (Trott et Hartmann, 2009).

D'autres chercheurs critiquent le caractère "universel" de l'open innovation en s'appuyant sur des exemples d'industries fermées (industrie pharmaceutique, militaire) inadaptées à ce mode de valorisation ou sur des entreprises réputées pour le cloisonnement de leur R&D et pourtant affichant une performance record (Apple Inc.) (Benkeltoum, 2011 : 205-213).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Martin Duval, Klaus Speidel, Open Innovation, Paris, Dunod,‎ 2014, 186 p. (ISBN 978-2-10-070519-1), p. XII
  2. « creative minds solve some of the world's most important problems »
  3. « You are required to give the Seeker a free, perpetual, and non-exclusive license to use any information submitted for this Challenge. »
  4. Page d'InnoCentive consacrée à la campagne Nature de 2010, dans le cadre du pavillon du challenge à l'Innovation du Journal Nature (consultée 2010/11/03)
  5. http://www.jvl.fr/index.php/component/content/article/9-uncategorised/324-news-venguard.html
  6. Partenariat Rockefeller-InnoCentive, 2007 (consulté le 17/11/2007). La Fondation Rockefeller finance les coûts d'accès à ces nouvelles classes de "demandeurs" et le financement de « bourses de résolution de problèmes »
  7. (en) Paul Sloane, Crowdsourcing-Expert/dp/0749463074 « Un guide pour ouvrir l'Innovation et Crowdsourcing: conseils d'experts de renom »,‎ 2011
  8. (en) Paul Sloan et al., A Guide to Open Innovation and Crowdsourcing,‎ 2010

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Rapport[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Martin Duval/Klaus Speidel, Open Innovation. Développez une culture ouverte et collaborative pour mieux innover, Paris, Dunod, 2014, EAN13 : 9782100705191
  • Nordine Benkeltoum, Gérer et comprendre l'open source : une modélisation en termes de régimes, Paris, Presses des Mines-Transvalor (ISBN 9782911256493)
  • Christensen, Jens Frøslev, Michael Holm Olesen and Jonas Sorth Kjær, (2005). The industrial dynamics of Open Innovation - Evidence from the transformation of consumer electronics ; Research Policy Vol. 34, pp. 1533-1549
  • (en) Henry Chesbrough, Open innovation : the new imperative for creating and profiting from technology, Boston, Mass, Harvard Business School Press (ISBN 9781578518371)
  • Guetteville, Jean Béhue Open-Source: le management à la source, in La Tribune, avril 2009, Texte en ligne
  • (en) C.K. Prahalad et M.S. Krishnan, The new age of innovation : driving cocreated value through global networks, New York London, McGraw-Hill Professional McGraw-Hill distributor (ISBN 9780071598286)
  • (en) A.G. Lafley et Ram Charan, The game-changer : how you can drive revenue and profit growth with innovation, New York, Crown Business (ISBN 9780307381736)
  • Penin, Julien, Caroline Hussler and Burger-Helmchen, Thierry, (2011): New shapes and new stakes: a portrait of open innovation as a promising phenomenon Journal of Innovation Economics, n°7, 11-29.
  • Rohrbeck, R., Hölzle K. and H.G. Gemünden (2009): Opening up for competitive advantage - How Deutsche Telekom creates an open innovation ecosystem R&D Management, Vol.39, S. 420-430.
  • Don Tapscott, Anthony D. Williams (2007) Wikinomics, Wikipedia, Linux, You Tube, comment l'intelligence collaborative bouleverse l'économie ; Village Mondial
  • Trott, Paul and Hartmann, Dap (2009), Why 'Open Innovation' Is Old Wine In New Bottles, International Journal of Innovation Management, December, Vol. 13, No. 04 : pp. 715-736. http://www.hamafarini.com/images/EditorUpload/1.pdf

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Hippel Eric von (2011), Open User Innovation  ; Encyclopedia of Human-Computer Interaction (Free educational materials - made by the world's technology elite); Ed:The Interaction Design Foundation ;Aarhus, Danemark
  • DOI:10.1162/itgg.2007.2.3.97