Initiatives et Changement

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Initiatives et changement international (IofC, soit Initiatives of Change) est une organisation non gouvernementale internationale qui regroupe les associations ou structures Initiatives et Changement d’une quarantaine de pays[1],[2]. Elle entend fédérer et former tous ceux qui sont prêts à s’impliquer personnellement pour œuvrer à la promotion de la paix, la bonne gouvernance, une économie juste et durable. Elle promeut la pratique du dialogue, le changement des comportements et le rétablissement de la confiance interpersonnelle[3]. Elle jouit d'un statut consultatif auprès de l'Ecosoc (Nations unies) et du Conseil de l'Europe. Elle est pilotée par un président international entouré d’un conseil international[4]. Son siège est à Genève.

Il est issu des conceptions des mouvements évangéliques, mais en a rejeté le coté prosélyte[5].

Vision et mission[modifier | modifier le code]

Ses principaux champs d'actions sont la création de la confiance et la réconciliation, débouchant sur des relations respectueuses entre les communautés culturelles, la bonne gouvernance et un développement économique équitable et durable.

Historique[modifier | modifier le code]

Avant d’être une organisation non gouvernementale, Initiatives et changement a d’abord été un « réseau d'hommes et de femmes de toutes origines engagés en faveur de la réconciliation et de la création de liens de confiance, au-delà des différences »[6]. Ce réseau a été fondée en 1938 sous le nom de Moral Rearmament (Réarmement moral) par un pasteur luthérien américain Frank Buchman sur la base des Groupes d’Oxford, qu'il avait lui-même lancés en 1921[7]. Son idée est alors - face à la course aux armements et à la montée des risques de guerre - de « rallier les forces positives de tous les pays ». Dès cette époque, il a donc renoncé à tout prosélytisme chrétien et multiplie les contacts avec des leaders d'autres familles spirituelles. Il avait été particulièrement influencé par le Mahatma Gandhi qu'il avait rencontré dès 1921[7]. Les Groupes d'Oxford inspirèrent directement la création en 1935 du mouvement des Alcooliques anonymes[8]. Le succès des Alcooliques Anonymes est à l'origine de la création des thérapies de groupe par les psychologues anglo-saxons et de la multiplication des groupes de parole et d'entraide[9].

Après la guerre, le Centre de rencontres de Caux, près de Montreux, en Suisse, a pu être acquis grâce à l'effort des amis suisses de Frank Buchman : quatre-vingt-quinze familles de toutes conditions, convaincues de l’importance de faciliter la réconciliation en Europe, ont mis en commun leur épargne et ainsi sauvé le bâtiment de la destruction. Ce centre de rencontres de Caux va dès lors être au centre d'innombrables initiatives dans de domaine de la réconciliation nécessaire à la reconstruction d'une Europe plus unie[10], mais aussi dans le domaine de la recherche d'une plus grande justice à l'échelle internationale : un certain nombre de décolonisations, accords de stabilisation des cours des matières premières, conventions collectives, accords de paix entre communautés opposées trouvent leurs racines dans la méthode d'Initiatives et Changement[11].

Certains analystes considèrent que l'organisation s'est le plus souvent associée à des positions conservatrices, aussi bien dans ses pays d'origine (États-Unis et Angleterre), que dans des pays comme la Colombie où elle intervient avec ses groupe locaux, dans le contexte de ces pays[5]. Toutefois, la grande ouverture d'Initiatives et Changement aux positions des peuples colonisés a également beaucoup indisposé « ceux qui regardent l'idéologie du compromis, du dialogue et de la paix comme le prélude à de futurs abandons. »[12]

A l'initiative de ses équipes indiennes et australiennes inspirées par Rajmohan Gandhi, un deuxième centre de rencontres, dénommé Asia Plateau, a été créé à Panchgani en Inde en 1967. Outre les rencontres internationales, il se consacre à des formations délivrées à des bénéficiaires indiens : entreprises, ONGs, administrations (dont l'armée), étudiants[13]... Les présidents successifs d'Initiatives et Changement international ont été le Suisse Cornelio Sommaruga, l’Algérien Mohamed Sahnoun et l’Indien Rajmohan Gandhi. Son président actuel (2012) est la pédiatre égyptienne Omnia Marzouk.

Programmes internationaux actuels[modifier | modifier le code]

Creators of Peace / Femmes, artisans de paix[modifier | modifier le code]

L’initiative « Femmes, artisans de paix » a été lancée en 1991 en réponse à l’appel d’Anna Abdallah Msekwa, dirigeante politique tanzanienne respectée et dirigeante d’un collectif d’organisations féminines de son pays. Le but est d’encourager les femmes à prendre des initiatives en faveur de la paix et à s’attaquer aux racines mêmes des conflits, grâce à une dynamique de transformation des comportements et en s’impliquant personnellement. Ce programme organise des « cercles de paix » : de petits groupes de femmes qui collaborent à des actions préventives de la violence dans leur milieu. Le programme a essaimé un peu partout dans le monde : en Australie, en République démocratique du Congo (Kinshasa, Lubumbashi…), au Kenya, au Koweït, en Indonésie, en Malaisie, en Ouganda, en Afrique du Sud, au Royaume-Uni, en Suisse[14]...

Réconciliation dans les Grands Lacs Africains[modifier | modifier le code]

Ce programme déclare en exergue de sa présentation cet extrait de charte de l’UNESCO : « La guerre naît dans le cœur et l'esprit des hommes. C'est dans le cœur et l'esprit des hommes qu'il faut ériger les remparts de la paix. » Lancé par des Africains provenant de la région des grands lacs installés en France, notamment le Français d’origine congolaise Michel Kipoké, ce programme s’est avant tout déployé au Burundi, où il a permis à plusieurs reprises de rétablir le contact et d’entrer en dialogue avec des mouvements rebelles durs, fermés aux autres médiateurs. Le programme se consacre aujourd’hui à la consolidation de la paix dans la région des grands lacs au travers de formations et de rencontres dédiées. Au cours de son développement, ce programme s’est internationalisé dans son approche et a reçu l’appui de plusieurs chancelleries d’Europe occidentale. Depuis plusieurs années, le principal soutien de ce programme est le Département Fédéral des Affaires Étrangères suisse, qui a par ailleurs reconnu le rôle déterminant joué par Initiatives et Changement sur place[15].

Dialogue entre agriculteurs/ Farmers’ Dialogue[modifier | modifier le code]

Le programme international Dialogue entre agriculteurs/ Farmers’ Dialogue dispose de relais dans de nombreux pays (France, Suisse, Grande-Bretagne, Inde, Kenya, Ouganda…). L’objectif est de développer une réflexion dans les milieux agricoles à propos du rôle des agriculteurs du monde entier dans la production alimentaire, la sauvegarde de l'environnement et l’éradication de la pauvreté[16]. Cette réflexion s’appuie sur des rencontres ou des missions internationales permettant de confronter les expériences de terrain voire les techniques agricoles mais aussi les points de vue et présupposés. Les souhaits de ce réseau, selon leur charte, est de :

  • Redonner la priorité à la production alimentaire.
  • Trouver par eux-mêmes le chemin pour sortir de la pauvreté.
  • Assurer localement un minimum d'autosuffisance alimentaire.
  • Faire de la conservation des sols un facteur essentiel dans l'équilibre du milieu rural.
  • Développer un partenariat avec l'industrie agro-alimentaire et avec les consommateurs.

Des échanges d’expériences sur des microréalisations de terrain, avec la participation d’écoles d’agriculture et d’institutions du monde agricole permettent de rendre les démarches concrètes, et de tirer un retour d’expérience valable universellement.

Fondations pour la liberté/ Foundations For Freedom[modifier | modifier le code]

Créé en 1993, Fondations pour la Liberté propose une formation et un accompagnement aux jeunes d'Europe centrale et orientale. Il les aide à comprendre et à défendre les valeurs fondatrices d'une vraie liberté à tous les échelons du pouvoir, puis à développer les qualités nécessaires dans la vie politique et associative d’une démocratie. Des cours, des ateliers, un suivi, surtout en Europe centrale et orientale, accompagnent personnes ou groupes jusqu'à ce qu'ils puissent eux-mêmes mener à bien leurs initiatives de changement sur le plan personnel ou celui de la société. Aujourd'hui, ces formations ont été adaptées pour être utilisée dans d’autres contextes politiques et sociaux. Une association de droit ukrainien a été fondée à Kiev pour poursuivre cette action qui est dans l’axe « bonne gouvernance »[17].

Principaux programmes issus d’associations nationales[modifier | modifier le code]

Espoir pour les villes / Hope in the cities (États-Unis)[modifier | modifier le code]

Le programme Espoir pour les villes a été lancé à Richmond, capitale de l’État de Virginie, en 1990, pour porter remède à la division interraciale. Il s’est fixé pour mission de réunir des représentants de toutes les communautés ethniques et religieuses au sein de groupes de parole afin d’inciter à des changements d’attitude aux plans personnel et institutionnel. Il a aussi développé des formations et une marche commémorative à travers la ville de Richmond sur les traces presque effacées de l’esclavage – Richmond étant une cité symbole, ancienne capitale des États confédérés à la prospérité largement bâtie sur la culture du tabac par des esclaves[18]. Les méthodes de travail développées par ce programme ont été intégrées au document signé par le président Bill Clinton en mars 1998 et diffusé par la Maison Blanche comme guide pour le dialogue interracial et intercommunautaire[19]. Le programme à présent a essaimé dans plusieurs autres États américains et en dehors des États-Unis (Canada, Royaume-Uni, Australie, Afrique du Sud, Brésil et Inde.)[20]

Éducation à la paix (France)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Initiatives et Changement France.

Initiative Dialogue (France)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Initiatives et Changement France.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Le 6 juillet 2014, Initiatives et Changement a reçu le quatrième Prix de la tolérance par la Fondation Ousseimi. Dans leur lettre adressée à la présidente internationale d'Initiatives et Changement, le Conseil de la Fondation Ousseimi a écrit que « l’attribution du prix reconnaît la contribution remarquable de votre organisation à plus de tolérance dans le monde depuis les années 1930. »[21]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. http://www.iofc.org/fr/qui-sommes-nous
  2. http://www.iofc.org/sites/all/files/I&C%20Pr%C3%A9amble%20final%20version%20adopt%C3%A9e%20par%20GA%202011-FR.pdf
  3. Préambule des statuts de l’Association internationale Initiatives et Changement http://www.iofc.org/sites/all/files/I&C%20Pr%C3%A9amble%20final%20version%20adopt%C3%A9e%20par%20GA%202011-FR.pdf
  4. http://www.fr.iofc.org/abt/organisation/international
  5. a et b Sandrine Lefranc, « Des pacificateurs inspirés », revue Terrain, no 51,‎ septembre 2008 (lire en ligne)
  6. www.iofc.org/fr/
  7. a et b Garth Lean, Frank Buchman - a life, Editions Constable, Londres, 1985
  8. (fr) Joseph Kessel, Avec les alcooliques anonymes, Gallimard, coll. « L'air du temps », Paris, 1960 ; rééd 1985 (ISBN 2-07-070414-9) et 1996 (ISBN 2-07-074785-9).
  9. {fr}Jeremy Rifkin, Une nouvelle conscience pour un monde en crise, vers une civilisation de l'empathie,Editions LLL, 2011 (ISBN 2918597279)
  10. Douglas Johnston and Cynthia Sampson, Religion, the Missing Dimension of Statecraft, Oxford University Press, 1994
  11. voir une liste à l'article Caux-Palace
  12. Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa, Kamerun, une guerre cachée aux origines de la Françafrique, La Découverte,‎ 2011, 742 p. (ISBN 978-2707159137), p. 199
  13. http://www.iofc.org/en/panchgani
  14. http://www.iofc.org/sites/all/files/docs/public/websitedocs/global/3-factsheet_f4f_web_fr.pdf
  15. Rapport sur la politique extérieure 2009 au Conseil Fédéral du 2 septembre 2009, pages 124 et 125 ; http://www.sinoptic.ch/textes/rapports/2009/2009_DFAE_rapport.politique.etrangere-fr.pdf
  16. http://www.iofc.org/fr/projets/agriculture
  17. http://www.tools4change.my/t4c/index.php/programms/foundations-for-freedom.html
  18. Trustbuilding: an honest conversation on race, reconciliation, and responsibility, by Rob Corcoran, University of Virginia Press
  19. One America in the 21st Century: The President’s Initiative on Race, pp.17 et 27 ; https://www.ncjrs.gov/pdffiles/173431.pdf
  20. http://www.hic.iofc.org/
  21. Site de la Fondation Ousseimi [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]