Industrie spatiale européenne

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'industrie spatiale européenne, composante de l'industrie spatiale mondiale, concerne la fabrication des éléments du programme spatial de pays européens ou de celui de l'Union européenne. Elle est constituée des entreprises industrielles du secteur privé répondant à la commande des agences européenne et des agences gouvernementales nationales. Elle a été fortement aidée sur le plan budgétaire par des contrats de recherche et développement de l'Agence spatiale européenne et d'agences nationales française ou italienne notamment.

Construction des composants de programmes nationaux[modifier | modifier le code]

Le développement de l'industrie spatiale en Europe s'est appuyé sur la fabrication des composants des programmes spatiaux des agences nationales. Aucun pays n'ayant la capacité à réaliser seul tous les composants « qualifiés Espace », les agences ont dû faire appel, dès le début, à des firmes étrangères.

France[modifier | modifier le code]

En France, c'est le général de Gaulle qui a donné l'impulsion nécessaire à l'élaboration d'une politique spatiale nationale en créant le CNES. L'agence spatiale française lance alors l'étude de programmes purement nationaux (fusée Diamant, satellite Diadème, D2, EOLE) dont elle confie la réalisation aux entreprises Nord-Aviation (devenu aerospatiale en 1970), Sud-Aviation (devenu aerospatiale en 1970), Société européenne de propulsion (SEP), Compagnie Française Thomson-Houston (CFTH) (devenu Thomson-CSF en 1969), Compagnie Générale de Télégraphie sans fil (CSF) (devenu Thomson-CSF en 1969) ou Matra.

Le CNES est également à l'origine de programmes incorporant une certaine forme de coopération internationale : SPOT, HELIOS, PROTEUS, plate-forme multimission résultant d'un accord CNES/aerospatiale, réalisée dans le Centre spatial de Cannes - Mandelieu. La France abrite les deux principaux acteurs de l'industrie spatiale européenne : Astrium, qui a des établissements à Toulouse, à Élancourt, aux Mureaux, à Saint-Médard-en-Jalles et à Kourou et Thales Alenia Space, qui a des établissements à Cannes, à Toulouse et à Colombes.

Allemagne[modifier | modifier le code]

En République fédérale allemande, MBB, Dornier, Bosch SatCom à Backnang, qui fabrique des équipements de charge utile de satellites de télécommunication, furent historiquement impliqués dans les programmes nationaux. Ils sont désormais tous regroupés au sein d'Astrium. Une entreprise de plus petite taille joue maintenant un rôle croissant dans l'industrie spatial allemande : OHB-System, notamment maître d'œuvre industriel du programme radar spatial militaire SARLupe, ainsi que sa filiale KayserThrede.

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Deux industriels historiques, British Aerospace et Marconi (en), maintenant intégrées au sein d'Astrium et un industriel spécialiste des microsatellites, SSTL (Surrey Satellite Technology Ltd), racheté par Astrium en 2008 construisent les composants des programmes de la British National Space Centre.

Italie[modifier | modifier le code]

Une grande entreprise démarra dans le secteur spatial : Selenia Spazio, qui deviendra Alenia Spazio, puis Alcatel Alenia Space, puis Thales Alenia Space. D'autres entreprises suivirent comme Laben, désormais filiale de Thales Alenia Space, Selex Galileo (it), anciennement connue sous le nom d'Officine Galileo, Carlo Gavazzi Spazio, filiale de l'entreprise allemande OHB.

Espagne[modifier | modifier le code]

Construcciones Aeronáuticas Sociedad Anónima (EADS CASA), notamment maître d'œuvre industriel du programme national Ingenio-Seosat, EADS Astrium CRISA (Computadoras, Redes e Ingeniería, S.A.), Thales Alenia Space España, GMV, Sener et Deimos Space sont les constructeurs pour les programmes du Centro para el Desarrollo Tecnológico Industrial (CDTI), organisme dépendant du ministère des Sciences et de l'Innovation, chargé de la recherche et du développement dans l'industrie en général.

Suède[modifier | modifier le code]

Deux industriels principaux, Swedish Space Corporation et Ruag Space (anciennement Saab Space) sont les constructeurs pour la Swedish National Space Board.

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

L'entreprise Fokker, racheté par EADS en 2005.

Premières coopérations européennes[modifier | modifier le code]

Les premières coopérations européennes ont débuté dans le domaine des lanceurs après la création de l'Organisation européenne pour la mise au point et la construction des lanceurs (ELDO) et la tentative de mise au point de la Fusée Europa. Toujours pour les lanceurs, elle s'est poursuivie après la création de l'Agence spatiale européenne et le développement et la production en série de la Fusée Ariane. En parallèle, se développaient des coopérations, avec souvent les mêmes acteurs, dans le domaine des satellites.

Consortium CIFAS[modifier | modifier le code]

Une première coopération franco-allemande a été menée par un consortium créé pour la réalisation du satellite Symphonie, le Consortium industriel franco-allemand pour le satellite Symphonie (CIFAS).

Consortium COSMOS[modifier | modifier le code]

Créé en 1970 pour répondre aux appels d'offres de l'Agence spatiale européenne pour le programme Météosat, le consortion COSMOS comprend notamment les entreprises aerospatiale, Matra, MBB, Marconi et Selenia Spazio.

Eurosatellite GmbH[modifier | modifier le code]

En 1978 un consortium franco-allemand est créé par Aerospatiale, MBB et ETCA (Belgique), pour l'étude conjointe de satellites de télévision directe Eurosatellite GmbH. Son siège social est installé à Munich. En avril 1980 les gouvernements allemands et français ont signé un accord pour le développement et la production conjointement de deux satellites de télévision pour les besoins nationaux TDF 1 et 2 pour la France, TV-SAT, pour l'Allemagne. Deux actionnaires supplémentaires rejoignent le consortium, AEG Telefunken, RFA et Thomson-CSF, France. Les satellites sont développés sur la base d'une plate-forme modulaire qui sera nommée plus tard Spacebus 300. L'équipe de programme TV-SAT s'installe à Ottobrunn, chez MBB ; l'équipe de programme TDF 1 et 2 s'installe à Cannes. En octobre 1982 Eurosatellite signe avec la Swedish Space Corporation (en) le programme nordique Tele-X (en). L'industrie nordique entre dans le programme avec Saab-Scania et Ericsson, Suède.

Consortium STAR[modifier | modifier le code]

Le consortium STAR est constitué des entreprises British Aircraft Corporation Ltd (BAC) au Royaume-Uni, Dornier Systems GmbH en République fédérale d'Allemagne, Thomson-CSF (ex-CFTH)en France, Contraves AG en Suisse, CGE FIAR en Italie, Fokker VFW-NV aux Pays-Bas, Montedel (it) (Montecatini Edison Electronica SPA) en Italie, LM Ericsson Telefonaktiebolaget en Suède et Société européenne de propulsion (SEP) en France.

Consortium MESH[modifier | modifier le code]

Restructurations dans l'industrie spatiale européenne[modifier | modifier le code]

Historique[modifier | modifier le code]

Les grandes dates dans les restructurations :

Rapprochements dans les satellites[modifier | modifier le code]

Dès 2000 et la création d'EADS, sont évoqués un rapprochement possible entre les deux grands constructeurs de satellites : EADS Astrium et Alcatel Space. Cette opération possible va faire l'objet d'hypothèses persistantes au fil des années :

Guerre commerciale avec les États-Unis[modifier | modifier le code]

L'Industrie spatiale européenne utilise des composants américains. Elle doit passer par la procédure ITAR d'autorisation d'exportation de matériels comportant des composants jugés sensibles par les États-Unis. Falcon Eye a du attendre plus de six mois pour obtenir le précieux sésame. Ce contrat a été gagné face à la concurrence de la société américaine Lockheed Martin[2]. Mais c'est grâce à un accord obtenu par le Président français, François Hollande et son homologue américain, Barack Obama, lors de sa visite d'État aux États-Unis le 13 février 2014, que le frein à sa mise en oeuvre a pu être levé[3] ; laissant planer un soupçon de protectionnisme économique.

Les satellites Spacebus, construits par Thales Alenia Space, ont une version dite ITAR-Free permettant une exportation dans certains pays "sensibles" selon le droit américain, comme la Chine. La règle ITAR s'est durcie dans les années 2010, empêchant le lancement des satellites par les lanceurs chinois.

Effet de la crise ukrainienne[modifier | modifier le code]

La crise ukrainienne et les sanctions américaines contre l'activisme de Vladimir Poutine risquent d'avoir des conséquences graves notamment pour les deux constructeurs européens Airbus Defence & Space et Thales Alenia Space[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christian Lardier, Théo Pirard, « EADS Astrium acquiert 80 % du britannique SSTL », dans Air & Cosmos, no 2120, 11 avril 2008
  2. Véronique Guillermard, « Entrée en vigueur imminente du contrat Falcon Eye avec Abu Dhabi », dans Le Figaro, 13 février 2014, Entrée en vigueur imminente du contrat Falcon Eye avec Abu Dhabi
  3. Stefan Barenski, « Imbroglio autour de Falcon Eye », dans Air & Cosmos, no 2394, 21 février 2014
  4. Vincent Lamigeon, « Pourquoi la crise ukrainienne menace les champions européens du spatial », dans Challenges, 15 mai 2014, Pourquoi la crise ukrainienne menace les champions européens du spatial

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Valéry Autin, L'industrie spatiale mondiale : Ses enjeux économiques et sociaux- Évolution et perspectives de 1950 à 2010, Nicolas van Zeebroeck
  • Forces et faiblesses de l'industrie spatiale européenne, Space Corner, Avril 2000.
  • Philippe Gsell, L'espace européen et l'espace US en 2000 - Les atouts de l'industrie spatiale européenne, Philippe GSELL
  • L’industrie aérospatiale européenne, Europeagenda 2000
  • L'industrie spatiale européenne: 50 ans de réorganisation, Eurespace

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]