Indice planète vivante

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L' IPV ou indice planète vivante (The Living Planet Index ou LPI pour les anglophones) est un indicateur d'état de la diversité biologique mondiale, utilisé pour l'évaluation environnementale, dont par l'ONU.

C'est un indice composite[1] basée sur les tendances observées chez un grand nombre de populations d'espèces de vertébrés du monde entier (les vertébrés sont parmi les mieux connus des taxons animaux[2]) et il vise à mesurer les changements temporels d'état de la biodiversité dans le monde[3].
Il est typiquement utilisé dans les approches évaluatives de l'environnement basées sur le « modèle état-pression-réponse ». Pour les scientifiques qui l'utilisent et qui l'ont évalué, c'est un indicateur fiable pour les vertébrés, et qui a une bonne représentativité car couvrant un large spectre d'espèces, dont beaucoup peuvent être considérées comme biointégratrice ou bioindicatrice de l'état écologique de leur habitat, mais il peut sous-estimer une partie du déclin de la biodiversité et sa gravité[4].

Traduisant aussi les pressions anthropiques exercées sur les milieux et habitats naturels, il fait partie des indicateurs qui ont permis de confirmer la gravité et l'accélération du déclin global de la biodiversité[5].

Utilité[modifier | modifier le code]

Cet indice est pour le grand public, les scientifiques et les décideurs politiques une source synthétique d'informations périodiquement actualisée sur l'efficacité (ou la non-efficacité des mesures prises en matière de protection de la biodiversité, ou d'agriculture ou urbanisme se voulant plus respectueux de l'environnement.

Il permet de quantifier, et de comparer les variations d'abondance des vertébrés à l'échelle d'un pays, continent, biome ou de la planète.

Il fournit aussi d'utiles informations sur les types d'habitats et écosystèmes les plus menacés ou dégradés ou sur les vitesses de déclin.

Cette information est complémentaire de celles fournies par les calculs de l'empreinte écologique de l'Humanité sur la planète et sa capacité bioproductive, pour guider les actions visant à traiter la perte de biodiversité.

Histoire et acteurs[modifier | modifier le code]

L'indice Planète Vivante a été initialement développé par le WWF, en collaboration avec les services et bases de données de l'UNEP-WCMC[6], dans un esprit d'évaluation environnementale, d'évaluation de la biodiversité et d'évaluation des politiques développées par le Programme des Nations unies pour l'environnement.

Le PNUE-WCMC a ainsi recueilli de nombreuses données nécessaires au calcul de l'indice durant les premières années du projet.

Le World Wide Fund for Nature (WWF) continue à collaborer avec l'Institut de zoologie (Ioz) et le Département Recherche de la Société zoologique de Londres (ZSL) pour la continuité du projet lancé en 1997.

Les résultats sont présentés au public et décideurs tous les deux ans, dans un document intitulé « Rapport Planète Vivante du WWF ». Ils sont mis à disposition de tous sur Internet et utilisés par diverses publications dont par exemple par le Millennium Ecosystem Assessment[7] et les évaluations faites par l'ONU sur l'état de l'environnement mondial.

Des rapports nationaux (ex Canada[8], Ouganda[9]...) et régionaux commencent aussi à utiliser cet indice à plus petite échelle géographique.

La Banque mondiale s'est elle-même intéressé à cet indice[10]

Résultats[modifier | modifier le code]

Deux méthodes différentes de calcul ont été testées. Elles ont donné des résultats très similaires :

  • les populations d'espèces terrestres ont diminué en moyenne de 25 % de 1970 à 2000.
  • ce déclin s'est encore accru depuis : de 1970 à 2007, l'indice a chuté de 28 %.
  • l'indice montre que cette tendance est mondiale.

Ceci suggère que nous sommes en train de dégrader les écosystèmes naturels à un rythme jamais atteint dans l'histoire humaine (situation de crise écologique, la crise de la biodiversité étant par ailleurs exacerbée par la crise climatique, avec - si ces tendances devaient se poursuivre - un risque croissant de collapsus écologique à échelle planétaire.


Calcul[modifier | modifier le code]

La base de données Planète Vivante (LPD) est mise à jour et entretenue par ZSL ; Fin 2004, la base de données utilisée pour le calcul de l'indice contenait environ 3 000 séries chronologiques concernant les populations de plus de 1 100 espèces. Elle a plus que doublé en 6 ans, avec en 2010 plus de 10 000 données de tendances et dynamiques de populations mesurées pour plus de 2 500 espèces de poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères.

L'indice mondial est calculé sur une base très large (données aggrégées provenant du suivi de séries chronologiques pour plus de 7 000 de ces tendances, via des séries chronologiques recueillies à partir de diverses sources telles que des revues, bases de données en ligne et rapports gouvernementaux.

Un cadre général de modélisation est utilisée pour mettre en évidence les tendances de fond dans chaque population de séries chronologiques. Des taux moyens de variation sont calculés et agrégés pour chaque espèce.

Ces tendances par espèces sont regroupées (agrégées) pour produire trois indices spécifiques (terrestre, marin et d'eau douce). Ces 3 indices sont ensuite agrégées pour produire un indice mondial.

Pour l'instant, la gravité de la situation pourrait néanmoins être sous-estimée par cet indice, pour deux raisons :

- l'indice est encore cantonné aux vertébrés, et avec une surreprésentation des oiseaux et mammifères parmi tous les vertébrés, qui reflète leur surreprésentation dans les études et bases de données environnementales[11].
- les espèces des régions tempérées sont surreprésentés par rapport aux espèces des régions tropicales (où le suivi scientifique est moins important, proportionnellement aux territoires et au nombre d'espèce à suivre)[11].

Il y a cependant peu de différence dans la prise en compte et représentation entre les espèces menacées et non-menacées[11].

Quelques-uns des problèmes posés par la sur-représentation sont réduits lors du calcul de l'indice par des facteurs de pondération[11].

Indice et Convention de Rio sur la diversité biologique[modifier | modifier le code]

En avril 2002, 188 nations s'étaient engagées, sous l'égide de l'ONU, à mettre en œuvre la Convention sur la diversité biologique (CDB).
Elles devaient notamment «... réaliser, avant 2010, une réduction significative du rythme actuel de perte de diversité biologique aux niveaux mondial, régional et au niveau national ... ».
L' Indice Planète Vivante est l'un des indicateurs utilisés par l'ONU et le secrétariat de la CDB comme un moyen de mesurer les progrès vers l'objectif de 2010. Les scientifiques du ZSL sont les garants de l'utilisation des méthodes de calcul les plus rigoureuses et robustes.

Limites actuelles de l'indice Planète vivante[modifier | modifier le code]

À la fin des années 2000, selon les études scientifiques disponible, il ne semble pas y avoir de risque de biais en faveur des espèces protégées lors du calcul de l'indice tel qu'il est pratiqué ; mais

  • il y a cependant encore prédominance de données ornithologiques[3]. Or, les oiseaux sont volants et souvent très mobiles. Ils sont donc probablement bien moins touchés par la fragmentation écologique que certains invertébrés peu mobiles.
  • De plus, la couverture des données de démographie des populations n'est pas encore homogène non plus[3].
  • Les données proviennent inévitablement surtout des zones du monde les mieux couvertes par la surveillance environnementale. Il existe aussi encore des lacunes dans la couverture géographique des populations suivies d'espèces tropicales[3]
  • Les vertébrés (sans être en soi de mauvais indicateurs) ne sont peut être pas des indicateurs suffisants (par exemple, dans le domaine macroscopique, « la plupart des espèces décrites et probablement non décrite sur la Terre sont des insectes »[12].
    Pour le domaine des forêts, des travaux récents (sur la base de la diversité et de l'endémicité des fourmis évaluées pour 13 000 échantillons collectés dans plus de 350 régions couvrant une grande partie du globe) suggèrent que les régions a priori les plus susceptibles de découvertes (les "hot-spots de découverte", dont certains sont éloignées ou difficiles d'accès pour des raisons sociopolitiques) sont aussi celles qui régressent actuellement le plus vite ou exposées à des menaces disproportionnées de déforestation[12]. Dans ces régions, plus encore qu'ailleurs, en se concentrant presque exclusivement sur les besoins en habitat de groupes relativement bien connus comme les vertébrés, on risque de ne pas conserver ou de mal conserver la diversité beaucoup plus grande des espèces de petite taille, encore à découvrir pour la plupart[12].

Ceci laisse penser que cet indice pourrait sous-estimer l'importance du déclin global de la biodiversité.

Vers de nouveaux développements ?[modifier | modifier le code]

Parmi les pistes envisagées

  • calcul d'un indice de tendances pour des espèces exploitées
  • calcul d'un indice de tendances pour des espèces envahissantes
  • construction d'un « réseau LPD »  ; ce réseau élargi d'organisations es en cours de constitution, pour recueillir des données à une échelle la plus large possible[3]. L'ajout régulier de données de haute qualité à la base de donnée devrait permettre de calculer l'indice pour un panel plus large encore d'espèces et de groupes taxonomiques (encore peu connus parfois) et dans un plus grand nombre de régions.
    Le ZSL et le WWF ont (récemment) commencé à développer des partenariats pour le calcul d'un indice similaire pour les invertébrés (dont les inventaires commencent à être plus communs en France[13]) et les plantes.
    La diversité génétique et spécifique des animaux de ferme et d'élevage pourrait aussi faire l'objet d'un indice de ce type [14]. Les données disponibles montrent en effet aussi une grave érosion de la diversité biologique chez les animaux de ferme[14].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Jonathan Loh; Rhys E Green, Taylor Ricketts, John Lamoreux, Martin Jenkins, Valerie Kapos et Jorgen Randers, The Living Planet Index: using species population time series to track trends in biodiversity , l'un des articles issu des rencontres ‘Beyond extinction rates : monitoring wild nature for the 2010 target’ organisées par A. Balmford, P. R. Crane, R. E. Green and G. M. Mace ; doi: 10.1098/rstb.2004.1584 Phil. Trans. R. Soc. B 28 February 2005 vol. 360 no. 1454 289-295 (résumé)
  • Collen, B., McRae, L., Kothari, G., Mellor, R., Daniel, O., Greenwood, A., Amin, R., Holbrook, S., and Baillie, J. (2008) 2010 and Beyond: Rising to the biodiversity challenge, (eds J. Loh and S. Goldfinger). WWF, Gland, Switzerland.
  • Stuart H. M. Butchart a al. (2010), Global biodiversity: indicators of recent declines ; Journal Science, 328, 1164 (2010);, DOI: 10.1126/science.1187512 (résumé)
  • (en) Glasson, J., Thérivel, R., Chadwick, A., 1999. Introduction to Environmental Impact Assessment: Principles and Procedures, Process, Practice and Prospects, 2nd ed. UCL Press, London
  • (en) Partidário, M.R., 1999. Strategic environmental assessment: principles and potential. In: Petts, J. (Ed.), Handbook of Environmental Impact Assessment, vol. 1. Blackwell Scientific Publications, Oxford, pp. 60–73.
  • (en) Treweek, J., 1999. Ecological Impact Assessment. Blackwell Science, London.
  • Loh, J., Green, R.E., Ricketts, T., Lamoreux, J., Jenkins, M., Kapos, V., and Randers, J., 2005. The Living Planet Index: using species population time series to track trends in biodiversity. Phil. Trans. R. Soc. B. 360: 289–295.
  • Loh, J., Collen, B., McRae, L., Holbrook, S., Amin, R., Ram, M., and Baillie, J. (2006) Living Planet Index. Living Planet Report (ed. By J. Loh & S. Goldfinger), WWF, Gland, Switzerland. (pdf)
  • Collen, B., McRae, L., Kothari, G., Mellor, R., Daniel, O., Greenwood, A., Amin, R., Holbrook, S. and Baillie, J. (2008) Living Planet Index. 2010 and beyond: rising to the biodiversity challenge (ed. By J. Loh), WWF, Gland, Switzerland. (pdf)
  • UNEP (2006) Report on the eighth meeting of the Conference of the Parties to the Convention on Biological Diversity In: CBD, editor. pp. 374.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Buckland, S. T., Magurran, A. E., Green, R. E., and Fewster, R. M. 2005. Monitoring change in biodiversity through composite indices. Philosophical Transactions of the Royal Society of London B 360:243-254.
  2. Collen, B., Loh, J., McRae, L., Holbrook, S., Amin, R., & Baillie JEM, Monitoring change in vertebrate abundance: the Living Planet Index. Conservation Biology
  3. a, b, c, d et e Ben Collen & al, Monitoring change in vertebrate abundance: the Living Planet Index ; Conservation Biology ; Vol.23, Chap2, pp 317–327, avril 2009, en ligne 2008-11-18 ; DOI: 10.1111/j.1523-1739.2008.01117.x (résumé)
  4. Matt Walpole1 & al., Policy Forum Ecology Tracking Progress Toward the 2010 Biodiversity Target and Beyond ; Science 18 September 2009: Vol. 325 no. 5947 pp. 1503-1504 DOI: 10.1126/science.1175466 (résumé)
  5. Global Biodiversity: Indicators of Recent Declines Science 28 May 2010: 1164-1168
  6. PNUE-WCMC (UNEP World Conservation Monitoring Centre ), via la base de données des espèces du PNUE-WCMC (nomenclature, distribution, données juridiques... pour la conservation des espèces dans le monde entier). Website du WCMC (ONG basée au Royaume-Uni)
  7. United Nations, Millennium Development Goals Indicators (ONU), Content=Indicators/OfficialList.htm Liste officielle des indicateurs, 2008).
  8. McRae, L., Loh, J., Collen, B., Holbrook, S., Amin, R., Latham, J., Tranquilli, S. and Baillie, J. (2007) Living Planet Index. Canadian Living Planet Report 2007 (ed. S. Mitchell and A. Peller), WWF-Canada, Toronto, Canada.
  9. Pomeroy, D., Lutaaya, B., and Tushabe, H. (2006) State of Uganda’s Biodiversity 2006. National Biodiversity Databank and Makerere University Institute of Environment and Natural Resources, Kampala, Uganda.
  10. Jenkins, M, Kapos, V., Loh, J. (2004) Rising to the Biodiversity Challenge: The role of species population trend indices like the Living Planet Index in tracking progress towards global and national biodiversity targets. World Bank; Washington, DC
  11. a, b, c et d Jonathan Loh & al. The Living Planet Index: using species population time series to track trends in biodiversity ; doi: 10.1098/rstb.2004.1584 Phil. Trans. R. Soc. B ; 2005-02-28 ; vol.360, N°1454 289-295 (résumé)
  12. a, b et c Global models of ant diversity suggest regions where new discoveries are most likely are under disproportionate deforestation threat ; Proc. Natl. Acad. Sci. USA 2012-05-08 ; mis en ligne 2012-04-23 (avant impression), doi: 10.1073/pnas.1113867109 PNAS May 8, 2012 vol. 109 no. 19 7368-7373 (résumé)
  13. Inventaire et cartographie des invertébrés comme contribution à la gestion des milieux naturels français ; Collection patrimoines naturels, vol 25, Muséums d'histoire naturelle, acte du séminaire de Limoges, 17-19 nov 1995 (Publications Scientifiques du Muséum)
  14. a et b Fewster, R. M., Buckland, S. T., Siriwardena, G. M., Baillie, S. R., and Wilson, J. D. 2000. Analysis of population trends for farmland birds using generalized additive models. Ecology 81:1970-1984