Indice des prix à la consommation harmonisé

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L’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) est un indice des prix à la consommation (IPC) calculé pour chacun des pays de l’Union européenne et quelques autres pays européens ; il permet de calculer le niveau de l'inflation de façon la plus comparable possible pour tous les pays et est utilisé par la Banque centrale européenne comme indicateur de stabilité des prix et comme moyen de vérifier le respect du critère de convergence concernant l’inflation.

Ne pas confondre avec l'indice harmonisé des prix à la consommation (IHPC) de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Objectifs[modifier | modifier le code]

L’objectif premier des indices des prix à la consommation harmonisé est de fournir un indicateur d’inflation dans chaque État membre qui soit comparable entre pays, susceptible d’agrégation pour des groupes de pays et utilisable pour déterminer le degré de stabilité des prix et la convergence entre pays. Il sert également pour évaluer le respect du critère de convergence concernant l’inflation par les pays désirant adopter l’euro comme monnaie et ceux qui l’ont adopté.

Des IPCH sont produits par tous les États Membres de l’Union européenne et par un nombre croissant d’États européens hors UE. Même le Bureau des statistiques du travail des États-Unis calcule à titre expérimental un IPC qui suit autant que possible les règles des IPCH[1].

Ayant leurs objectifs propres, les IPCH ne sont pas destinés à remplacer les indices des prix à la consommation nationaux.

Historique et textes législatifs[modifier | modifier le code]

Le principe de l’harmonisation des indices des prix à la consommation au sein de l’Union européenne découlait du Traité de Maastricht. Le 23 octobre 1995 le Conseil des ministres de l'Union européenne adoptait un règlement[2] qui fixait un cadre pour la production des IPCH et était suivi le 9 septembre 1996 d'un second règlement sur les mesures initiales à prendre[3].

Depuis, une vingtaine de règlements et autres documents méthodologiques ont été publiés pour expliciter la méthodologie à mettre en œuvre. Un document reproduit l’ensemble des textes adoptés jusqu’en mars 2004[4]. On peut trouver les textes plus récents sur le site d'EUR-Lex[5].

La famille des IPCH[modifier | modifier le code]

Les IPCH incluent d’abord les IPCH nationaux et les IPCH provisoires pour les pays candidats et les pays en voie d’adhésion, désagrégés par groupes de consommation, avec leurs pondérations annuelles nationales de « dépense monétaire de consommation finale des ménages ». À partir de ces indices nationaux, on calcule différents indices régionaux  :

  • l’indice des prix à la consommation européen (IPCE), qui couvre les États membres de l’UE
  • l’indice des prix à la consommation de l’Union monétaire (IPCUM) pour les pays de la zone euro,
  • l’indice des prix à la consommation de l’Espace économique européen (IPCEEE).

On peut aussi calculer divers indices spéciaux comme l'IPCH hors produits pétroliers, l'IPCH hors tabac, etc. Pour mieux refléter l’inflation ressentie par les ménages, on peut calculer un indice des prix des dépenses fréquentes en liquide (DFL) et autres dépenses (non-DFL) [6] ou un « indice expérimental basé sur l’IPCH des prix administrés dans la zone euro »[7].

Spécificités et différences avec les indices des prix à la consommation usuels[modifier | modifier le code]

Eurostat a publié en mars 2004 une brève description des caractéristiques principales des IPCH[8]. Une comparaison entre IPCH et IPC usuels est fournie (en anglais) du manuel de l' OIT[9].

Population couverte[modifier | modifier le code]

Une première différence concerne la population concernée. Habituellement, un IPC national est destiné à déflater la consommation des ménages résidents. Cette consommation inclut (en théorie au moins) les dépenses de consommation des ménages sur le sol national et à l’étranger et exclut les dépenses sur le sol national des non-résidents (touristes, personnel d’ambassades ou de bases militaires étrangères, etc.). L’IPCH couvre la totalité des dépenses de consommation des ménages réalisées sur le territoire national, y compris par les ménages non résidents.

Dépenses couvertes[modifier | modifier le code]

Les IPC couvrant la totalité des dépenses de consommation finale des ménages résidents, ils couvrent également les dépenses non monétaires : services « fictifs » de logement produits et consommés par les propriétaires occupant leur logement, autoconsommation par des producteurs non marchands (jardins potagers). Au contraire, les IPCH ne concernent que les dépenses monétaires des ménages.

La différence la plus importante entre IPC et IPCH est ainsi l’exclusion des dépenses de logement des ménages propriétaires, ce qui se comprend vu les grandes différences dans les méthodologies utilisées par les IPC nationaux pour ces dépenses. Un accord s’est cependant fait jour pour l’adoption d’une méthodologie commune. Celle-ci consiste en la création d’un indice des acquisitions nettes de nouveaux logements par le secteur des ménages, excluant ainsi les ventes de logements anciens entre ménages. Cette méthode a été jugée préférable à celle consistant à évaluer l’indice des prix des loyers fictifs que les ménages propriétaires de logement se versent à eux-mêmes à partir des variations de prix des loyers effectivement versés par les locataires non propriétaires. Un manuel provisoire a été publié[10] et un manuel international sur les indices des propriétés résidentielles[11] est en cours de préparation. Ce manuel devrait être prêt fin 2010.

Il existe une série de biens et services de consommation non couverts pas les IPCH, soit parce que les méthodologies diffèrent entre pays et qu’un accord n’est pas encore obtenu, soit parce que certains IPC ne les couvrent pas. C’est le cas des achats de consommation de biens d’occasion.

Classification des biens et services[modifier | modifier le code]

La classification utilisée est la « Classification des fonctions de la consommation individuelle des ménages adaptée aux exigences du calcul des IPCH » (COICOP-HICP)[12].

  • 01 Produits alimentaires et boissons non alcoolisées
  • 02 Boissons alcoolisées et tabac
  • 03 Articles d’habillement et articles chaussants
  • 04 Logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles
  • 05 Ameublement, équipement ménager et entretien courant de la maison
  • 06 Santé
  • 07 Transports
  • 08 Communications
  • 09 Loisirs et culture
  • 10 Enseignement
  • 11 Restaurants et hôtels
  • 12 Autres biens et services

Le traitement des impôts, taxes et remboursements[modifier | modifier le code]

Les IPCH mesurent le prix réel payé par les consommateurs, prenant en compte les taxes et impôts indirects, et après déduction des remboursements reçus (notamment dans les domaines de la santé et de l'éducation). Par exemple, une baisse de remboursement des médicaments induira une hausse de l’IPCH[13]. Les IPC nationaux, quant à eux, diffèrent dans leurs pratiques et peuvent même exclure totalement de l’indice certaines de ces dépenses.

Autres différences[modifier | modifier le code]

Les IPCH peuvent différer des indices nationaux sur de nombreux points :

Traitement des changements de qualité Traitement des promotions et soldes Inclusion et traitement des loteries, jeux de hasard, services financiers Formules de calcul des indices, notamment au niveau le plus détaillé et pour leur agrégation. Classification des biens et services.

Comme les IPC, les IPCH excluent les dépenses de biens et services dont les variations de prix sont très difficiles à mesurer, comme la consommation de stupéfiants.

En pratique, au niveau national, les évolutions de l’IPC et de l’IPCH sont assez similaires, surtout si on élimine de l’IPC la composante « loyers fictifs ». Mais il faut noter que certains pays ne suivent pas totalement les recommandations et que leur IPCH n’est qu’un IPC légèrement modifié[14].

Critiques[modifier | modifier le code]

Les critiques concernant les IPCH sont relativement modérées. Elles concernent:

  • les objections classiques aux IPC[15] ;
  • la primauté donnée au marché et à la macro-économie par les IPCH (déflation de la consommation finale globale sur le territoire économique national) alors que les IPC sont beaucoup plus concernés par la dimension sociale (mesure du pouvoir d'achat, inclusion partielle de la consommation non monétaire)[16] ;
  • les différentes sources de biais des IPCH[17].

Taux de croissance annuel de l'IPCH dans quelques pays[modifier | modifier le code]

Pays 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Belgique 1,5 0,9 1,1 2,7 2,4 1,6 1,5 1,9 2,5 2,3 1,8 4,5
Bulgarie  : 18,7 2,6 10,3 7,4 5,8 2,3 6,1 6,0 7,4 7,6 12,0
Danemark 2,0 1,3 2,1 2,7 2,3 2,4 2,0 0,9 1,7 1,9 1,7 3,6
Allemagne 1,5 0,6 0,6 1,4 1,9 1,4 1,0 1,8 1,9 1,8 2,3 2,8
Irlande 1,3 2,1 2,5 5,3 4,0 4,7 4,0 2,3 2,2 2,7 2,9 3,1
Grèce 5,4 4,5 2,1 2,9 3,7 3,9 3,4 3,0 3,5 3,3 3,0 4,2
Espagne 1,9 1,8 2,2 3,5 2,8 3,6 3,1 3,1 3,4 3,6 2,8 4,1
France 1,3 0,7 0,6 1,8 1,8 1,9 2,2 2,3 1,9 1,9 1,6 3,2
Italie 1,9 2,0 1,7 2,6 2,3 2,6 2,8 2,3 2,2 2,2 2,0 3,5
Pays-Bas 1,9 1,8 2,0 2,3 5,1 3,9 2,2 1,4 1,5 1,7 1,6 2,2
Autriche 1,2 0,8 0,5 2,0 2,3 1,7 1,3 2,0 2,1 1,7 2,2 3,2
Pologne 15,0 11,8 7,2 10,1 5,3 1,9 0,7 3,6 2,2 1,3 2,6 4,2
Portugal 1,9 2,2 2,2 2,8 4,4 3,7 3,3 2,5 2,1 3,0 2,4 2,7
Roumanie 154,8 59,1 45,8 45,7 34,5 22,5 15,3 11,9 9,1 6,6 4,9 7,9
Finlande 1,2 1,3 1,3 2,9 2,7 2,0 1,3 0,1 0,8 1,3 1,6 3,9
Suède 1,8 1,0 0,5 1,3 2,7 1,9 2,3 1,0 0,8 1,5 1,7 3,3
Royaume-Uni 1,8 1,6 1,3 0,8 1,2 1,3 1,4 1,3 2,1 2,3 2,3 3,6
Turquie 85,6 82,1 61,4 53,2 56,8 47,0 25,3 10,1 8,1 9,3 8,8 10,4
Islande 1,8 1,3 2,1 4,4 6,6 5,3 1,4 2,3 1,4 4,6 3,6 12,8
États-Unis 2,3 1,6 2,2 3,4 2,8 1,6 2,3 2,7 3,4 3,2 2,8 3,8
Japon 1,8 0,6 -0,3 -0,7 -0,7 -0,9 -0,3 0,0 -0,3 0,3 0,0 1,4

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lane, Walter and Schmidt, Mary Lynn, Comparing U.S. and European Inflation: the CPI and the HICP, Monthly Labor Review, May 2006, pp. 20-27.
  2. Règlement (CE) n° 2494/95 du Conseil, du 23 octobre 1995, relatif aux indices des prix à la consommation harmonisés, Journal officiel n° L 257 du 27/10/1995 p. 0001–0004.
  3. Règlement (CE) n° 1749/96 de la Commission du 9 septembre 1996 sur les mesures initiales de la mise en application du règlement (CE) nº 2494/95 du Conseil concernant les indices des prix à la consommation harmonisés, JO L 229 du 10.9.1996, p. 3–10. Version pdf ici ou ici
  4. Eurostat Recueil de documents de référence sur l’ICPH (2/2001/B/5), Communautés européennes, mars 2004, ii + v + 334 pp.
  5. En juin 2009, le portail d’Eurostat sur les IPCH n’avait toujours pas de version française et ne donnait aucun accès aux textes récents.
  6. Mile, Ibolya HICP - Frequent Out-of-pocket Purchases - A New Special Aggregate, Statistics in Focus, Economy and Finance, No. 15/2009, Eurostat, Feb. 2009, 8 pp.
  7. European Central Bank, Experimental HICP-Based Estimates of Administered Prices in the euro Area, March 2009, 5 pp. Données, 1 p.
  8. Eurostat, Indices des Prix à la Consommation Harmonisés (IPCH). Petit guide de l’utilisateur, Communautés européennes, mars 2004, i + 15 pp.
  9. Annex 1. Harmonized Indices of Consumer Prices (European Union), Aug. 2007, 21 pp. in ILO, IMF, OECD, Eurostat, United Nations and World Bank, Consumer Price Index Manual: Theory and Practice, International Labour Organization, Geneva, Aug. 2004, xxxi + 537 pp. Dernière révision : nov.2008. 32 fichiers pdf ici ; 18 fichiers pdf de mise à jour ici. Voir aussi OFS, Suisse, Indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). Aperçu des méthodes et pondération 2008, Office fédéral de la statistique OFS, Département fédéral de l’intérieur DFI, Confédération Suisse, Neuchâtel, mars 2008, 23 pp. (aussi disponible ici.
  10. Eurostat, Draft Technical Manual on Owner-Occupied Housing for Harmonised Index of Consumer Prices, Eurostat, June 2008, 51 pp.
  11. International Handbook on Residential Property Price Indices.
  12. La dernière version est disponible sur le serveur Ramon d’Eurostat.
  13. À noter que la hausse ne concerne que les bénéficiaires de remboursements, Par exemple, le prix réel payé par les non résidents est en général hors remboursement.
  14. Au Luxembourg, l’IPC national n’est autre que l’IPCH ; voir Astin, John, The European Union Harmonized Indices of Consumer Prices (HICP), Aug. 2000, 12 pp. (p. 4).
  15. Par exemple le statisticien trouvera « évident » (et a certainement raison) de comparer le prix du journal du 1er janvier vendu au 1er janvier au prix du journal du 1er février vendu le 1er février (et non au prix du même journal du 1er janvier vendu le 1er février, qui ne vaut presque plus rien) mais trouvera « totalement aberrant » de faire de même pour des ordinateurs ou des postes de télévision.
  16. Astin, John, The European Union Harmonized Indices of Consumer Prices (HICP), Aug. 2000, 12 pp., publié également in in the Statistical Journal of the United Nations ECE Vol. 16, 1999, pp. 123-135.Diewert, Erwin Harmonized Indexes of Consumer Prices: their Conceptual Foundations, Working Paper No. 130, European Central Bank, March 2002, i + 80 pp.
  17. Camba-Mendez, Gonzalo; Gaspar, Vítor and Wynne, Mark, Measurement Issues in European Consumer Price Indices and the Conceptual Framework of the HICP, European Central Bank, Frankfurt am Main and Centre for Economic Policy Research, London, 2002, ii + 38 pp., également disponible ici.
    Výškrabka, Milan Bias in Consumer Price Indices: Case of the Economic and Monetary Union, Discussion Paper No. 2006. 165, CERGE-EI, Charles University, Center for Economic Research and Graduate Éducation, Academy of Sciences of the Czech Republic, Economics Institute, March 2006, i + 31 pp.
    Wynne, Mark A. An Estimate of the Measurement Bias in the HICP, Research Department Working Paper 0509, Federal Reserve Bank of Dallas, October 2001, Revised October 2005, ii + 8 pp.
    Wynne, Mark. A. and Palenzuela, Diego Measurement Bias in the HICP: What do we Know, what do we Need to Know?, Journal of Economic Surveys, Vol. 18, Dec. 2004, pp. 79-112. Aussi Working Paper No 131, European Central Bank, March 2002, i + 58 pp. ou Research Department Working Paper 0206, Federal Reserve Bank of Dallas, 2002, iii + 49 pp.

Voir aussi[modifier | modifier le code]