Indicateur de biodiversité

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Depuis le Sommet de la terre de Rio et la conférence de Johannesbourg, le suivi de la biodiversité est reconnu comme urgent et nécessaire. Mais il pose des problèmes d'une grande complexité.

Il est humainement et techniquement impossible d'appréhender et suivre la biodiversité dans son ensemble ; Pour le seul domaine des espèces, seule 1,4 million d'espèce ont été identifiées sur un potentiel de 15 à 100 millions, et parmi celles qui sont décrites, seules quelques milliers sont relativement bien suivies). On cherche donc à avoir une idée réaliste de la situation via quelques indicateurs pertinents.

Ces indicateurs doivent donner une idée de l'état de la biodiversité, des pressions qu'elle subit, et de la pertinence des réponse apportées par les actions de protection de la Nature. Il s'agit aussi de mesurer les tendances prospectives, pour éventuellement pouvoir les comparer à des situations que la planète a connu dans le passé. Il s'agit enfin d'aider les décideurs et les citoyens à hiérarchiser les priorités.

En 2014, un rapport[1] de l'UICN France, dans le cadre de son travail d'accompagnement des collectivités territoriales[2], a proposé un cadre commun d’analyse et de réflexion pour définir leurs indicateurs de biodiversité.

Lacunes de connaissance[modifier | modifier le code]

Elles ont plusieurs explications, dont ;

  • importance du nombre estimé de taxons (plus de 30 millions d'espèces sur la planète, et peut-être beaucoup plus si l'on compte les virus et des espèces microbiennes du sol)
  • manque de moyens humains (on forme moins de naturalistes et spécialistes de la taxonomie alors que les besoins n'ont jamais été aussi importants), manque de moyens matériels et financiers, notamment dans les pays du sud qui sont souvent les plus pauvres, alors qu'ils ont la plus grande richesse en biodiversité. Les outils de connaissance scientifique, concernant la génétique et la modélisation notamment, sont dans les pays du nord, qui eux ont déjà perdu une grande partie de leur biodiversité ;
  • difficulté à choisir des indicateurs consensuellement reconnus comme représentatifs de tous les pans et aspects de la biodiversité.
  • manque d'outils simples adaptés à l'évaluation des aspects génétiques de la biodiversité ;
  • difficulté à suivre les espèces très mobiles, les espèces des grands fonds, du sol, des zones tropicales éloignées et isolées, virus et bactéries, entités de type "prion", etc.

Quels indicateurs de biodiversité ?[modifier | modifier le code]

Des efforts sont faits pour constituer des référentiels partagés d'indicateurs de biodiversité. Ces efforts sont récents mais nombreux et intenses.
Ces indicateurs sont nécessaires pour comprendre les principes qui régissent l'évolution de la biodiversité, la vitesse et l'ampleur des changements induits par les activités humaines, directs et indirects (ex : impact de l'augmentation des UV lié au trou de la couche d'ozone et impacts des modifications climatiques).

La Convention sur la diversité biologique engage les États signataires (tous les États de la planète) à publier en 2010 une évaluation précise de l'efficacité de leurs actions en faveur de l'arrêt de la régression de la biodiversité. Pour les y aider, le secrétariat a compilé une liste de 236 indicateurs potentiels, qu’il classe par ;

On peut distinguer différents types de variables indicatrices ;

  • variables patrimoniales (ex. : évolution du nombre d’espèces (incluant espèces dites « charismatiques », et « clé de voûte »), évolution de la variabilité génétique totale et de la diversité des écosystèmes) ;
  • variables décrivant le caractère fonctionnel de la biodiversité, comme élément fondamental des écosystèmes (ex. : état des réseaux trophiques, du maillage écologique, ou la résilience des différents services écosystémiques);
  • état - pression - réponse (Les pressions sont décrites par des variables « négatives » (ex : espèces invasives, pollution lumineuse, fragmentation écologique et isolats génétiques...). Des seuils sont proposés ou validés, indiquant des degrés de menace directe ou indirectes, immédiates ou différées et des niveaux de gravité)
  • diversité biologique dans la nature « banale » et/ou 'domestiquée' (espèces élevées et cultivées), qui elle aussi peut se dégrader

Qu'est-ce qu'un indicateur de biodiversité ?[modifier | modifier le code]

Définition[modifier | modifier le code]

De manière générale, un indicateur est le résumé d'une information complexe qui offre la possibilité aux différents acteurs (scientifiques, gestionnaires, politiques et citoyens) de dialoguer entre eux.
Un indicateur de biodiversité doit permettre de quantifier la biodiversité et ses variations de répartition spatio-temporelle. Il doit aider à évaluer quantitativement et qualitativement l'état de santé et la richesse du monde vivant.
Cependant, un indicateur est toujours un modèle de la réalité, non la réalité elle-même ; c'est pourquoi il doit être accompagné d'informations qualitatives et de commentaires.

Rôle de l'indicateur[modifier | modifier le code]

  • Des indicateurs synthétiques facilitent la communication, notamment par un langage et référentiel commun.
  • Évaluation des politiques de conservation
  • Évaluation de la compensation d'impacts
    En fournissant des données quantifiées, il permet de déterminer concrètement le nombre et la qualité des dispositifs à mettre en place lors de la perturbation d'un milieu par l'Homme et ses activités.
  • Identification des mécanismes propres à la biodiversité
  • Évaluations particulières, par exemple du degré d'adaptation des espèces et écosystèmes au changement climatique et de l'importance de ce dernier en termes d'impacts écologiques.
  • Information et éducation des citoyens

Pour l'UICN France, cet indicateur doit permettre de :

  • mieux connaître et suivre l’état de la biodiversité sur chaque territoire (caractéristiques de la biodiversité, pressions qui s’exercent sur elle, impacts sur les services qu’elle fournit), et ses enjeux ;
  • suivre et évaluer les dispositifs et moyens qu’elles mettent en œuvre pour y répondre ;
  • rapporter et communiquer sur leur implication pour préserver la biodiversité et les progrès accomplis ;

Caractéristiques de l'indicateur[modifier | modifier le code]

Un indicateur efficace doit répondre à plusieurs critères :

  • Robuste, fiable, précis : il doit refléter effectivement les variations de ce qu'il est censé synthétiser
  • Compréhensible et utilisable par tous les acteurs (Protocole simple et applicable d'année en année)
  • Met en évidence les liens entre les différents composants de l'écosystème
  • Faible coût

Le modèle Pression, État, Réponse[modifier | modifier le code]

Le modèle Pression, État, Réponse a été mis en place par l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Il a servi de base pour de nombreux travaux sur les indicateurs de biodiversité.

Ce modèle est basé sur la notion de causalité : les hommes et leurs activités exercent des pressions sur les écosystèmes et modifient leur qualité et leur quantité. La société répond à ces modifications par différentes mesures de protection, de dépollution.

Indicateurs de pression[modifier | modifier le code]

Ils visent généralement à identifier les causes d'altérations écologiques aux échelles génétique, spécifiques et écopaysagères. On distingue les pressions directes (pollutions, prélèvement) des pressions indirectes (activités humaines à l'origine des altérations). La rapidité de la progression d'un phénomène peut aussi être un indicateur pertinent.

Exemples :

  • diversité génétique (intraspécifique et spécifique)
  • modifications de paramètres concernant les individus d'une espèces considérée comme représentative (indicatrice) d'un milieu, d'une fonction, d'une niche écologique, etc.
  • survie/mortalité (37 cas), temps de développement, masse/taille du corps.

corps/taille (20). Pour les parasitoïdes, 128 paramètres ont été quantifiés, la majorité concernant les lectines ou les inhibiteurs des protéases. Les mesures les plus fréquentes étaient: fécondité (23 expériences), longévité des adultes, taux de parasitisme (17 chacun), taille du corps, mortalité, et temps de développement larvaire (Tableau 4-8). ...et aux échelles paysagères

  • Destruction, fragmentation des habitats (% d'une surface concernée, et rapidité de la progression du phénomène)
    • Connectivité des écosystèmes
    • Surface des forêts
    • Nombre de barrages
  • Exploitation
  • Invasion biologique (nombre d'espèces, surfaces concernées, coût des invasions biologiques)
  • Pollutions

Indicateurs de réponse[modifier | modifier le code]

Ils illustrent l'état d'avancement des mesures prises en faveur de la restauration, de la protection et/ou de la gestion des écosystèmes et de la biodiversité.

Exemples :

  • Zones protégées
    • Nombre de sites
    • Surface des sites
  • efficacité de gestion des zones protégées.

Indicateurs d'état[modifier | modifier le code]

Ils se rapportent à la qualité et la quantité de la diversité génétique, spécifique et écosystémique.

Exemple :

  • État de la diversité intraspécifique (indice de diversité génétique)
    • Changement de la diversité génétique des espèces animales et végétales domestiquées
    • Changement de statut des espèces menacées
  • État de la diversité spécifique
    • Indicateurs relatifs à la population d'une seule espèce (espèce indicatrice, clé de voûte, emblématique ou parapluie)
    • Richesse spécifique (taille de population et variations)
    • Aire de répartition
    • Probabilité d'extinction

(Voir aussi Liste rouge des espèces menacées publiée par l'Union Mondiale pour la Nature)

Deux exemples de programme d'indicateur de la biodiversité spécifique:
* STOC (Suivi temporel des oiseaux communs)
Ce programme se base sur les variations d'abondance des oiseaux. Le succès de ce programme est du en partie à la robustesse de l'indicateur, à la simplicité du protocole et au fait qu'il soit abordable pour le grand public
* Living Planet Index
Ce programme est basé sur les variations d'abondances des vertébrés. L'indicateur est un ratio des tailles de population entre la date t et 1970.
  • État de la diversité écosystémique

Les bio-indicateurs[modifier | modifier le code]

Définition[modifier | modifier le code]

Un bioindicateur est un élément appartenant au monde du vivant (molécule, végétal, animal, fongique…) donnant des informations sur son milieu et son environnement. Du fait de leurs particularités écologiques, ces bioindicateurs constituent l'indice précoce de modifications biotiques ou abiotiques de l'environnement dues à des activités humaines. On distingue deux types de bioindicateur :

  • Bioindicateur d'accumulation
    Il s'agit d'organisme, partie d'organisme ou communauté d'organismes qui accumulent certaines substances présentes dans son environnement.
  • Bioindicateur d'effet ou d'impact
    Il s'agit d'organisme, partie d'organisme ou communauté d'organismes qui présentent des modifications ou non en fonction de leur exposition à diverses substances présentes dans leur environnement. Ces modifications proportionnelles ou non à l'exposition se traduisent entre autres, par des modifications d'ordre morphologique, cellulaire, comportementale, etc.

En plus des caractéristiques de l'indicateur, le bioindicateur doit être bien connu sur le plan scientifique (alimentation, reproduction, voie d'exposition aux polluant, place dans la chaîne alimentaire, etc.)

Acteurs des indicateurs de la biodiversité[modifier | modifier le code]

À échelle mondiale, c'est le « World Conservation Monitoring Center » qui centralise la plupart des données principalement regroupées par ; de grandes institutions (Museums) et ONG comme le WWF (World Wildlife Fund), l'IUCN (l'Union Mondiale pour la Nature) ou l'UNEP (Programme des Nations unies pour l'environnement). Et d'autre part des réseaux d'amateurs et diverses institutions et associations (Ligue pour la protection des oiseaux, Inventaire national du patrimoine naturel, Institut Français de la Biodiversité, etc.)

Les citoyens naturalistes ont aussi un rôle essentiel à jouer dans la récolte des données sur de larges territoires. Une expérience de comptage des papillons par les particuliers déjà réalisée en Grande-Bretagne a été lancée en France par le Muséum national d'histoire naturelle et Noé conservation. L’« Observatoire des Papillons des jardins », première expérience d’observatoire grand public de la biodiversité en France, est un des outils pour construire dans un futur proche des actions de protection des papillons et de la biodiversité en général. En 2008, pour mieux suivre les réponses phénologiques aux changements climatiques, le CNRS a en mars 2008 proposé d'associer tous les jardiniers de Rrance volontaires à un « observatoire des saisons ».

À titre d'exemple, l'Union européenne a retenu 26 indicateurs de la biodiversité[3] (qu'elle s'est engagée à stabiliser d'ici 2010 dans le cadre du Processus SEBI 2010)

1 Abondance et répartition d’espèces sélectionnées (pour leur représentativité et disponibilité de données)
2 Liste rouge européenne des espèces menacées
3 espèces d'intérêt européen
4 « Ecosystem coverage »
5 habitats d'intérêt européen
6 diversité génétique chez les espèces vivantes
7 aires désignées comme « protégées », par pays de l’UE
8 sites désignés dans le cadre de la Directive Habitats et de la Directive Oiseaux
9 dépassement du seuil critique pour l'azote
10 Espèces exotiques invasives en Europe
11 évolution du nombre d’espèces indicatrices de changements de température
12 Indice trophique marin (pour les mers européennes)
13 Degré de fragmentation écologique des écosystèmes naturels et semi-naturels
14 Fragmentation des cours d’eau
15 Taux de nutriments dans les eaux de transition (estuaires), côtières et marines
16 qualité des eaux douces
17 Forêt : « matériel » sur pied, taux d’accroissement et coupes
18 Forêts : Indicateur « Bois-mort »
19 Agriculture: bilan azoté
20 Agriculture: zone relevant de pratiques de gestion potentiellement favorables à la biodiversité
21 Pêche: état et évolution des stocks de poisson commercialisés
22 Aquaculture: qualité des effluents de piscicultures
23 Empreinte écologique des pays européens
24 Demandes de brevets fondées sur les ressources génétiques
25 Financement de gestion de la biodiversité
26 Sensibilisation du public

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. UICN France (2014) Indicateurs de biodiversité pour les collectivités : cadre de réflexion et d’analyse pour les territoires. Paris, France.
  2. UICN France Page intitulée "Collectivités et Biodiversité", consulté 2014-07-02
  3. Halting the loss of biodiversity by 2010: proposal for a first set of indicators to monitor progress in Europe, EEA Technical report No 11/2007, ISSN:1725–2237