Indiana (roman)

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Indiana
Image illustrative de l'article Indiana (roman)
Couverture d'une édition parue chez Calmann-Lévy.

Auteur George Sand
Genre Roman
Pays d'origine Drapeau de la France France
Éditeur J.-P. Roret
Date de parution 1832

Indiana est un roman de George Sand paru le 19 mai 1832 chez J.-P. Roret (Paris). Il s'agit de la première œuvre que George Sand rédigea seule et publia sous ce pseudonyme (G. Sand dans l'édition de 1832). Roman sentimental, cette œuvre lyrique contenant de très belles pages fait partie des romans dits « féministes » de George Sand. L'action se déroule à la fin de la Restauration et au début de la monarchie de Juillet, en Brie et à Paris, ainsi que, à la fin, dans l'île Bourbon (ancien nom de l'île de la Réunion), à Saint-Paul et notamment vers la Ravine Bernica. Les descriptions de l'île avaient été fournies à George Sand par son ami botaniste, Jules Néraud, surnommé « le Malgache », qui avait fait dans sa jeunesse un voyage à Madagascar et dans l'île Bourbon.

Personnages[modifier | modifier le code]

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

  • Le colonel Delmare : Militaire à la retraite, rude et autoritaire, bonapartiste, mari d'Indiana qu'il a épousée à Bourbon. Réside dans le manoir du Lagny, dont dépend une fabrique que le colonel a fait prospérer grâce à ses connaissances techniques et aux fonds de Sir Ralph.
  • Indiana (madame Delmare): Jeune femme créole de dix-neuf ans ; d'abord élevée par un père bizarre et violent, monsieur de Carvajal, un bonapartiste exilé aux colonies après la chute de Napoléon, elle épouse le colonel Delmare lorsque son père meurt ruiné. «En épousant Delmare, elle ne fit que changer de maître ; en venant habiter le Lagny, que changer de prison et de solitude. » Elle n'est pas heureuse de ce mariage et se morfond en espérant l'arrivée d'un messie qui la délivrera.
  • Ralph (Sir Rodolphe Brown) : Jeune homme taciturne et solitaire, cousin d'Indiana (la mère de Ralph était la sœur de celle d'Indiana), ami d'enfance d'Indiana et de Noun. Ralph fut le seul appui, le seul instituteur, le seul compagnon d'Indiana à Bourbon. Il eut le malheur d'avoir un frère plus brillant et plus démonstratif que lui ; ses parents, préférant son frère, le maltraitèrent et l'humilièrent ; il se replia sur lui-même, avec des pensées suicidaires. Lorsque son frère mourut à vingt ans, Ralph fut contraint, pour des raisons de famille, d'épouser la jeune fille destinée à son frère et d'aller vivre en Angleterre. Sa femme n'avait pour lui que du mépris. Lorsqu'elle mourut, il rentra à Bourbon, vendit ses plantations, puis se rendit en France pour rejoindre Indiana.
  • Noun : Jeune fille créole, sœur de lait d'Indiana, qui l'a accompagnée en France pour être sa femme de chambre.
  • Raymon de Ramière : Jeune homme brillant, éloquent, aristocrate, partisan de Martignac et de sa politique de compromis, séducteur impénitent.

Personnages secondaires[modifier | modifier le code]

  • Madame de Carvajal : La tante d'Indiana. Issue d'une grande famille espagnole, « elle est de ces femmes qui ne peuvent se résoudre à être rien ». Son mari bonapartiste est mort lors de la chute de Napoléon. Elle s'est retirée à Paris où elle s'est enrichie grâce à des spéculations de bourse. Elle a obtenu les faveurs de la cour. Elle a acheté pour Indiana le manoir du Lagny et la fabrique qui en dépendait ; elle témoigne au début beaucoup d'affection à sa nièce, parce que son élévation dans le monde pourrait servir ses intérêts, mais elle ne veut plus la revoir après le scandale de la fuite d'Indiana chez Raymon.
  • Madame de Ramière : La mère de Raymon. Une aristocrate ayant survécu à la révolution. Femme bonne, qui témoignera de l'intérêt et de la compassion pour Indiana.
  • Mademoiselle de Nangy : La future femme de Raymon de Ramière.

Résumé de l'intrigue[modifier | modifier le code]

Indiana se morfond au Lagny en compagnie de son vieux mari, rude et autoritaire ; elle attend un messie qui la délivrera. Raymon de Ramière, qui a séduit Noun, la femme de chambre, rencontre Indiana lorsqu'elle fait son apparition dans le monde, à un bal. Il en tombe amoureux et décide de la séduire. Noun se suicide. Les affaires du colonel périclitent et il décide de retourner à Bourbon avec Indiana. Un matin, Raymon rentrant d'un bal trouve Indiana chez lui ; elle veut qu'il la cache et la protège car elle ne veut pas retourner à Bourbon avec son mari ; malgré toutes les promesses de séducteur qu'il lui avait faites, il la chasse.

Indiana part à Bourbon. Raymon lui écrit une lettre en lui disant à mots couverts qu'il l'attend. Le colonel découvre le journal intime d'Indiana et la frappe. Elle décide de fuir, prend le bateau et rentre en métropole ; elle retrouve Raymon, pour apprendre qu'il est marié, et elle se fait chasser par sa femme ! Ralph rentré en France retrouve Indiana désespérée et ils décident de repartir à Bourbon pour se suicider sur les lieux de leur enfance, en se jetant dans le ravin de Bernica. Cependant, en raison d'une maladresse ou d'une intervention divine, le suicide échoue au moment où ils allaient se jeter dans le vide ; ils décident finalement de vivre ensemble, en pleine nature, retirés du monde.

Citations[modifier | modifier le code]

Le roman contient de très belles pages, dignes de figurer dans un recueil de « Pages choisies ».

Par exemple, le Chapitre I, dont voici le début :

Par une soirée d'automne pluvieuse et fraîche, trois personnes rêveuses étaient gravement occupées, au fond d'un petit castel de la Brie, à regarder brûler les tisons du foyer et cheminer lentement l'aiguille de la pendule. Deux de ces hôtes silencieux semblaient s'abandonner en toute soumission au vague ennui qui pesait sur eux. Mais le troisième donnait des marques de rébellion ouverte ; il s'agitait sur son siège, étouffait à demi-haut quelques bâillemens mélancoliques ; il frappait la pincette sur les bûches pétillantes, avec une intention marquée de lutter contre l'ennemi commun. Ce personnage, beaucoup plus âgé que les deux autres était le maître de la maison, le colonel Delmare, vieille bravoure en demi-solde, homme jadis beau, maintenant épais, au front chauve, à la moustache grise, à l'œil terrible ; excellent maître devant qui tout tremblait, femme, serviteurs, chevaux et chiens.

Citons aussi un extrait du Chapitre VII :

Elle lui fit traverser la cour, apaisa les chiens, ouvrit les portes sans bruit, et, le prenant par la main, elle le guida en silence dans les corridors sombres. Enfin elle l'entraîna dans une chambre circulaire élégante et simple, où des orangers en fleurs répandaient leurs suaves émanations. Des bougies diaphanes brûlaient dans les candelabres. Noun avait effeuillé des roses du Bengale sur le parquet, le divan était semé de violettes, une douce chaleur pénétrait tous les pores, et les cristaux étincelaient sur la table parmi les fruits qui présentaient coquettement leurs flancs vermeils parmi la mousse verte des corbeilles. Ébloui par la transition brusque de l'obscurité à une vive lumière, Raymon resta quelques instants étourdi ; mais il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre où il était. Le goût exquis et la simplicité chaste qui présidaient à l'ameublement, ces livres d'amour et de voyages épars sur les planches d'acajou, ce métier chargé d'un travail si joli et si frais, œuvre de patience et de mélancolie, cette harpe dont les cordes semblaient encore vibrer des chants d'attente et de tristesse, ces gravures qui représentaient les pastorales amours de Paul et de Virginie, les cimes de l'Ile-Bourbon et les rivages bleus de Saint-Paul, mais surtout ce petit lit à demi caché sous les rideaux de mousseline, ce lit blanc et pudique comme celui d'une vierge, orné au chevet, en guise de rameau béni, d'une palme enlevée peut-être le jour du départ à quelque arbre de la patrie : tout révélait madame Delmare, et Raymon fut saisi d'un étrange frisson en songeant que cette femme enveloppée d'un manteau, qui l'avait conduit jusque-là, était peut-être Indiana elle-même. Cette extravagante idée sembla se confirmer, lorsqu'il vit apparaître dans la glace en face de lui une forme blanche et parée, le fantôme d'une femme qui entre au bal et qui jette son manteau pour se montrer radieuse et demi-nue aux lumières étincelantes. Mais ce ne fut que l'erreur d'un instant. Indiana eût été plus cachée..... Son sein modeste ne se fût trahi que sous la triple gaze de son corsage ; elle eût peut-être orné ses cheveux de camélias naturels, mais ce n'est pas dans ce désordre excitant qu'ils se fussent joués sur sa tête ; elle eût pu emprisonner ses pieds dans des souliers de satin, mais sa chaste robe n'eût pas ainsi trahi les mystères de sa jambe mignonne.

Thèmes abordés[modifier | modifier le code]

  • L'aspect autobiographique : Dans Histoire de ma vie, George Sand s'est défendue de tout parallèle entre la situation d'Indiana et la sienne : «On n'a pas manqué de dire qu'Indiana était ma personne et mon histoire. Il n'en est rien.» On ne peut néanmoins s'empêcher de constater que les malheurs d'Indiana ressemblent à ceux d'Aurore Dudevant ; il y a une parenté entre le colonel Delmare, «vieille bravoure en demi-solde» , et Casimir Dudevant, officier démissionnaire.
  • L'aspect féministe : George Sand s'en explique clairement dans sa préface à l'édition de 1842 :
« Ainsi, je le répète, j’ai écrit Indiana, et j’ai dû l’écrire ; j’ai cédé à un instinct puissant de plainte et de reproche que Dieu avait mis en moi, Dieu qui ne fait rien d’inutile, pas même les plus chétifs êtres, et qui intervient dans les plus petites causes aussi bien que dans les grandes. Mais quoi ! celle que je défendais est-elle donc si petite ? C’est celle de la moitié du genre humain, c’est celle du genre humain tout entier ; car le malheur de la femme entraîne celui de l’homme, comme celui de l’esclave entraîne celui du maître, et j’ai cherché à le montrer dans Indiana. On a dit que c’était une cause individuelle que je plaidais ; comme si, à supposer qu’un sentiment personnel m’eût animé, j’eusse été le seul être infortuné dans cette humanité paisible et radieuse ! Assez de cris de douleur et de sympathie ont répondu au mien pour que je sache maintenant à quoi m’en tenir sur la suprême félicité d’autrui.
Je ne crois pas avoir jamais rien écrit sous l’influence d’une passion égoïste ; je n’ai même jamais songé à m’en défendre. Ceux qui m’ont lu sans prévention comprennent que j’ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, il est vrai, mais profond et légitime, de l’injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l’existence de la femme dans le mariage, dans la famille et la société. Je n’avais point à faire un traité de jurisprudence, mais à guerroyer contre l’opinion ; car c’est elle qui retarde ou prépare les améliorations sociales. La guerre sera longue et rude ; mais je ne suis ni le premier, ni le seul, ni le dernier champion d’une si belle cause, et je la défendrai tant qu’il me restera un souffle de vie. »
  • Le contexte historique et politique : George Sand laisse apparaître en filigrane l'évolution entre le ministère Martignac (la politique des concessions), le ministère Polignac (la ligne dure) et la chute de Charles X (le drapeau tricolore flotte sur Bordeaux quand Indiana revient en métropole).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Édition de 1832 : George Sand, Indiana, 2 tomes, J.-P. Roret (Paris),‎ 1832 (résumé). [Tome 1] [Tome 2]
  • George Sand, Indiana, Calmann Lévy (Paris),‎ 1883. [lire en ligne]. Cette édition contient la notice (édition de 1852), la préface à l'édition de 1832 et la préface à l'édition de 1842. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Liste des éditions : Georges Vicaire (préf. Maurice Tourneux), Manuel de l'amateur de livres du XIXe siècle, 1801-1893 : éditions originales, ouvrages et périodiques illustrés, romantiques, réimpressions critiques de textes anciens ou classiques, bibliothèques et collections diverses, publications des sociétés de bibliophiles de Paris et des départements, curiosités bibliographiques, etc., t. VII (SA-ZU), Paris, A. Rouquette,‎ 1910 (résumé, lire en ligne), p. 194-196 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Albert Le Roy, George Sand et ses amis, Paris, Ollendorff,‎ 1903 [lire en ligne] Document utilisé pour la rédaction de l’article

Adaptations au théâtre[modifier | modifier le code]

  • Ludovic Halévy et Francis, Indiana, drame en cinq parties. Représenté pour la première fois sur le théâtre de la Gaîté, le 2 novembre 1833, Barba, libraire au Palais-Royal (Paris),‎ 1833

Adaptations à la télévision[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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