Independent WHO
« Independent WHO » (en français : « Pour l'indépendance de l'OMS ») est un collectif créé en 2006, qui réclame la révision de l'accord de 1959 entre l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Cet accord lie les deux organisations concernant leurs programmes de travail et leurs publications, il oblige par exemple à des « mesures restrictives pour sauvegarder le caractère confidentiel de renseignements qui leur auront été fournis » (Article III §1)[1].
Le collectif est présent chaque jour ouvrable depuis le 26 avril 2007 devant les bâtiments de l'OMS à Genève. Le 26 avril commémore l'accident nucléaire de Tchernobyl du 26 avril 1986, dont les importantes conséquences sanitaires font l'objet de controverses.
Sommaire |
Le collectif [modifier]
Huit organisations ont fondé le collectif Independent WHO.
- Enfants de Tchernobyl – Bélarus[2]
- PSR/IPPNW, section suisse de IPPNW. Médecins pour une responsabilité sociale (Physicians for Social Responsibility - PSR)[3] / Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW)
- Mouvement pour la santé des peuples (People's Health Movement - PHM)[4]
- La Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD)
- Le Réseau Sortir du nucléaire (fédération de plusieurs centaines d'organisations en France)
- Brut de Béton Production (structure de réflexion, de proposition et de réalisation d’actes artistiques)[5]
- ContrAtom (association antinucléaire genevoise)[6]
- Sortir du nucléaire – Loire et Vilaine[7]
En outre, plusieurs dizaines d'organisations ont déclaré leur soutien[8].
L'accord contesté [modifier]
Le 28 mai 1959, La résolution WHA12.40[1] a fait entrer en vigueur l'accord contesté. Cet accord est analogue à d'autres passés entre les agences onusiennes et l'OMS. Mais selon le collectif Independent WHO, il provoque un « conflit d'intérêts patent »[9]. En particulier, cet accord contient un point qui impose à l'OMS la confidentialité sur des « renseignements spéciaux » et certains sujets (à la discrétion de l’AIEA pour ce qui concerne le nucléaire), ceci afin de « sauvegarder le caractère confidentiel de renseignements qui leur [à l'une et/ou l'autre des deux agences] auront été fournis. Elles [l’AIEA et l’OMS] conviennent donc que rien dans le présent Accord ne peut être interprété comme obligeant l’une ou l’autre partie à fournir des renseignements dont la divulgation, de l’avis de la partie qui les détient, trahirait la confiance de l’un de ses Membres ou de quiconque lui aurait fourni lesdits renseignements, ou compromettrait d’une manière quelconque la bonne marche de ses travaux[10]. »
Un exemple d'application de cet accord concerne la non-publication des actes des conférences de 1995 à Genève et de 2001 à Kiev sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl[11]. Le Dr Hiroshi Nakajima, directeur général de l'OMS de 1988 à 1998, a notamment déclaré à la télévision suisse que ces documents avaient été censurés à cause de l'accord avec l'AIEA[12] (il y a dans ce cas une importante controverse sur les chiffres).
Dès les années 1990, Vassili Nesterenko a critiqué cet accord[13].
En 1996, les médecins Michel Fernex et Youri Bandajevsky affirment que l'accord a pour conséquence de minimiser les risques de la radioactivité pour la santé publique[14].
En 2010, un nouvel ouvrage intitulé « Consequences of the Catastrophe for People and the Environment »[15] [Conséquences de la catastrophe de Tchernobyl sur la population et l'environnement], coécrit par Alexey Yablokov, Vassili et Alexei Nesterenko, avec une introduction du Pr Dimitro M. Grodzinski (directeur du Département de biologie de l'Académie nationale des sciences d'Ukraine et directeur de la commission nationale de radioprotection, Ukrainian National Commission on Radiation Protection) ; publié par l'Académie des sciences de New York, fait état d'études et de nombreuses données fournies par des médecins, chirurgiens et spécialistes de la radioactivité en Ukraine et Belarus notamment, laissant penser que les impacts de l'accident sur les humains, la faune et la flore ont été fortement sous-estimés. Les auteurs ont réévalué le nombre de victimes de la catastrophe, en le portant à 824 000 décès (dans le monde et pour la période 1987-2004), ajoutant que ce bilan va continuer à s'alourdir et ceci sur plusieurs générations[16].
Sur cette base (environ 5 000 études utilisées, sur environ 30 000 publications scientifiques disponible vers 2010[17] sur la catastrophe, pour la plupart en russe ou langues slaves, alors que le rapport de l'OMS n'en cite que 350 environ, presque toute en anglais), les auteurs et la toxicologue Janette Shermann réinsistent sur le besoin d'une indépendance de l'OMS par rapport à l'AIEA[18].
Actions [modifier]
Vigies [modifier]
La « vigie d'Hippocrate » est une manifestation permanente devant les bâtiments de l'OMS à Genève, demandant la révision de l'accord avec l'AIEA. Depuis le 26 avril 2007, chaque jour ouvrable et de 8 à 18 heures, une à trois « vigies » du collectif sont présentes avec des calicots[9].
Plusieurs manifestations plus larges ont été organisées par Independent WHO devant le siège de l'OMS à Genève. D'autres actions se sont déroulées à Paris (sur le parvis des droits de l'homme), Troyes (concernant le centre de stockage de l'Aube) et Vienne (au siège de l'AIEA).
Appels [modifier]
Independent WHO relaye « l'Appel des professionnels de la santé pour l'indépendance de l'OMS » initié par une vingtaine de personnalités dont : Youri Bandajevsky (ancien recteur de la Faculté de médecine de Gomel, Biélorussie), Christopher Busby (en) (chimiste, Grande-Bretagne), Marina Carobbio (médecin, conseillère nationale, Suisse), Michel Fernex (médecin, Suisse), Liliane Maury Pasquier (sage-femme, conseillère aux États, Suisse), Maria Roth-Bernasconi (infirmière, conseillère nationale, Suisse).
Independent WHO publie le « Manifeste pour l’indépendance de l’OMS », qui demande à l'OMS qu’elle remplisse son mandat constitutionnel, et donc qu'elle remette en question l'accord existant avec l'AIEA.
Rencontres avec l'OMS [modifier]
Independent WHO s'est adressé à l'OMS, en particulier à Margaret Chan, directrice générale depuis janvier 2007. Une rencontre a eu lieu en juillet 2009 avec cinq responsables de l'OMS à divers niveaux (mais sans la directrice).
Une seconde rencontre a eu lieu le 4 mai 2011 au siège de l'OMS à Genève, à l'invitation de la directrice, entre six représentants de Independent WHO (dont Wladimir Tchertkoff et Rémy Pagani) et six personnes de l'OMS (dont la directrice et le directeur général adjoint Anarfi Asamoa-Baah). À la suite de cette rencontre, l'OMS a indiqué « qu’elle va enquêter sur les raisons pour lesquelles les actes d’une conférence organisée à Kiev en 2001 sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl n’ont pas été publiés ». Margaret Chan aurait affirmé que l’accord de 1959 entre l'OMS et l'AIEA « ne nuit pas à l’indépendance de l’OMS », il ne serait pas question de réviser cet accord. Le Conseil administratif de Genève, qui soutient l'action d’Independent WHO, était représenté par Rémy Pagani qui a « critiqué "l'inertie" de l’OMS en matière de rayonnements radioactifs »[19].
Soutiens [modifier]
Le journaliste Wladimir Tchertkoff, qui a réalisé plusieurs documentaires sur le nucléaire et Tchernobyl, apporte son soutien à Independent WHO. Il a participé à plusieurs « vigies » devant l'OMS. C'est aussi le cas de personnalités politiques comme Danielle Mitterrand (présente sur la vigie le 28 mars 2008), Rémy Pagani (maire de Genève, le 6 juillet 2009), Jean Ziegler (politicien et sociologue suisse, le 26 avril 2011), et de scientifiques comme Rosa Goncharova (généticienne bélarusse), Alexey V Yablokov (écologue russe), Vassili Nesterenko (physicien bélarusse, les trois le 27 avril 2008).
Le liquidateur Valéry Zaïtsev, président de l'association de liquidateurs et veuves de liquidateurs « DAPAMOGA » à Mazyr en Biélorussie, est présent les 3 et 4 décembre 2009[20].
L'association ContrAtom est aussi engagée depuis 2001 contre l'accord OMS-AIEA[21],[22].
Notes et références [modifier]
- Texte complet de l'accord sur Wikisource
- Enfants de Tchernobyl – Bélarus.
- Physicians for Social Responsibility.
- People’s Health Movement
- Brut de Béton.
- ContrAtom.
- Sortir du nucléaire
- « Nos soutiens dans nos actions », sur le site de Independent WHO.
- Site de Independent WHO.
- Accord entre l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique et l’Organisation Mondiale de la Santé (en Français)
- « Les dossiers enterrés de Tchernobyl », article signé Alison Katz, Le monde diplomatique, mars 2008.
- Interview du Dr Nakajima par le Dr Michel Fernex, enregistrée dans le film de Wladimir Tchertkoff, Controverses nucléaires.
- Voir les films de Wladimir Tchertkoff.
- « À propos des congrès officiels (OMS, AIEA…) sur Tchernobyl », Michel Fernex, 1996.
- (en) Alexey V Yablokov, Vassili Nesterenko et Alexei Nesterenko « Chernobyl: Consequences of the Catastrophe for People and the Environment » Annals of the New York Academy of sciences Vol. 1181, Consulting editor J.D. sherman-Nevinger ; en anglais, ISSN:0077-8923 [impression]; ISSN: 1749-6632 [en ligne], 349 pages, [PDF], 4,3Mo) et Index des mots clé (39 pages, 165 Ko)
- « It is safe to assume that the total Chernobyl death toll for the period from 1987 to 2004 has reached nearly 417,000 in other parts of Europe, Asia, and Africa, and nearly 170,000 in North America, accounting for nearly 824,000 deaths worldwide. 5. The numbers of Chernobyl victims will continue to increase for several generations. », (Voir p. 343/349 de l'ouvrage Chernobyl: Consequences of the Catastrophe for People and the Environment, référencé en bibliographie de cet article)
- Source : p 16/349 du livre Chernobyl ; Consequences of the Catastrophe for People and the Environmentcité en Bibliographie
- Interview de Janette Shermann toxicologue par Karl Grossman (de Enviro-close-up), anglais sous-titré français.
- « La directrice générale de l’OMS rencontre des ONG anti-nucléaires », ATS, 4 mai 2011, dans La Tribune de Genève.
- « Séjour de Valery Zaïtsev – Décembre 2009 », Catherine Fuchs, 23 décembre 2009.
- « Un accord contre nature empêche l’OMS de remplir sa mission », Paul Bonny, 2001.
- « L’OMS toujours sous tutelle », Anne-Cécile Reimann, 2006.
Voir aussi [modifier]
Articles connexes [modifier]
- Organisation mondiale de la santé (OMS)
- Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)
- Catastrophe de Tchernobyl
- Conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl
- Michel Fernex (médecin)
- Youri Bandajevsky (médecin)
- Vassili Nesterenko (physicien)
- Christopher Busby (en) (chimiste)
- Wladimir Tchertkoff (journaliste)
- Conflit d'intérêt
- éthique environnementale
- bioéthique, éthique médicale
Bibliographie [modifier]
- (ru) Alexey V. Yablokov Le mythe de l'insignifiance des conséquences de la Catastrophe de Tchernobyl / Myth of the Insignificance of the Consequences of the Chernobyl Catastrophe, Center for Russian Environmental Policy, Moscow : 112 p., 2001, [PDF] en Russe.
- (en) Yablokov, Alexey V, Labunska, I. et Blokov, I. [www.greenpeace.org/international/press/reports/chernobylhealthreport The Chernobyl Catastrophe–Consequences on Human Health] ; Ed : Greenpeace, Amsterdam, 2006, 137 p.
- (en) Alexey Yablokov, Vassili Nesterenko & Alexei Nesterenko Chernobyl ; « Consequences of the Catastrophe for People and the Environment » Annals of the New york Academy of sciences Vol. 1181, Consulting editor J.D. sherman-Nevinger ; en anglais, ISSN 0077-8923 [impression]; ISSN 1749-6632 [en ligne], 349 pages, [PDF] 4,3Mo) et Index des mots clés ([PDF] 39 pages, 165 Ko) [Catastrophe de la catastrophe de Tchernobyl sur la population et l'environnement], coécrit par Alexey Yablokov, Vassili et Alexei Nesterenko, avec une introduction du Pr Dimitro M. Grodzinski (directeur du Département de Biologie de l'Académie ukrainienne des sciences et directeur de la commission nationale de radioprotection, Ukrainian National Commission on Radiation Protection), publié par l'académie des sciences de New York, fait état d'études et de nombreuses données fournies par des médecins, chirurgiens et spécialistes de la radioactivité en Ukraine et Belarus notamment, laissant penser que les impacts de l'accident sur les humains, la faune et la flore ont été fortement sous-estimés ; Les auteurs ont réévalué le nombre de victimes de la catastrophe, en le portant à 824 000 décès (dans le monde et pour la période 1987-2004), ajoutant que ce bilan va continuer à s'alourdir sur plusieurs générations.
- (en) Blokov I, Sadownichik T, Labunska I et Volkov I. The Health Effects of the Human Victims of the Chernobyl Catastrophe, Collection of Scientific Articles, Ed : Greenpeace, Amsterdam, 2007, 235 p.
Liens externes [modifier]
- Site officiel
- « Collectif Independent WHO (OMS indépendante) » : Interview de Christophe Elain sur TV5 Monde, mardi 29 mars 2011, par Frédéric Boutet.
- « Le black-out de l'OMS », article de Robert James Parsons, in Politis, 21 avril 2011.