Indemnité de guerre

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Guerre austro-prussienne : la ville libre de Francfort-sur-le-Main doit payer 25 millions de florins à la Prusse comme réparations de guerre sous 24 heures (ultimatum du 20 juillet 1866 signé du général prussien Edwin von Manteuffel).

L’indemnité de guerre ou réparation de guerre est une compensation monétaire destinée à couvrir les dommages ou blessures faites pendant une guerre. Généralement, les réparations de guerre font référence à de l'argent ou à des marchandises, ou encore à des transferts de propriété tels que l'annexion de terrains.

Le traité de Tilsit[modifier | modifier le code]

Il semble que la première initiative de ce genre remonte au traité de Tilsit (juillet 1807), qui consacra l'écrasement du Royaume de Prusse et le relégua au rang de puissance de second ordre pour quelques années. Contrainte d’adhérer au Blocus continental, la Prusse fut astreinte à payer 100 000 000 de francs, somme censée couvrir les frais de fourniment de l'armée d'occupation française dans les territoires allemands non-alliés. Territorialement amputé et appauvri, le vaincu d'Iéna s'avéra incapable de payer dès 1810, poussant le ministre Altenstein à envisager la cession de la Silésie à la France[1]. Bientôt mis à l'écart, ce dernier dut céder la place au parti de la revanche contre l'occupant.

Au terme du traité de Paris (1815), la France fut à son tour condamnée à payer à la Sainte-Alliance une indemnité de 700 000 000 de francs-or. C’est l'indemnité de guerre la plus élevée jamais payée par une nation, par rapport à son PIB, selon l'historien économiste François Crouzet. La France la paya intégralement[2].

Réparations de la guerre franco-prussienne de 1870[modifier | modifier le code]

Après la guerre franco-prussienne de 1870, la France, qui a déclaré et perdu la guerre, a dû verser un énorme tribut (environ 5 milliards de francs or en trois ans) à la Prusse pour la dédommager et lui céder les territoires de l'Alsace (sauf Belfort), la Lorraine (actuel département de la Moselle) et une partie des Vosges lors du traité de Francfort signé le 10 mai 1871. L'armée prussienne occupa en outre des territoires au nord de la France jusqu'à ce que le dernier franc soit versé. La France réussit à payer cette somme en un peu plus de deux ans et, en septembre 1873, les soldats allemands quittèrent les territoires du Nord occupés.

Pour le tout jeune Empire allemand, cette manne financière fut un cadeau empoisonné : l'afflux de liquidités provoqua une fièvre immobilière à Berlin, déclenchant la Grande Dépression (1873-1896).

La France avait aussi dû concéder à la Prusse, pour le commerce et la navigation, la « clause de la nation la plus favorisée ». La France respecta jusqu'en 1914 l'intégralité des clauses du Traité de Francfort. L'appellation « Alsace-Lorraine » (pour la partie du territoire français annexé à cette époque) est trompeuse car il s'agit d'une traduction littérale de l'allemand « Elsass-Lothringen ». L'Alsace-Lorraine annexée correspond donc aux départements actuels du Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle.

Réparations de la guerre sino-japonaise de 1894-1895[modifier | modifier le code]

À la suite de la guerre sino-japonaise de 1894-1895, l'Empire du Japon reçoit lors du traité de Shimonoseki de la Chine des réparations d'un montant de 200 millions de tael soit environ 360 millions de yens qui représente trois fois le budget annuel de l'État japonais à cette date. Ce transfert d'or apporte suffisamment de réserves pour que le Japon établisse un véritable régime d'étalon-or qui est adopté le 29 mars 1897[3].

Réparations de guerre de la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Après la Première Guerre mondiale qu'elle avait déclenchée et perdue, l'Allemagne fut contrainte par le traité de Versailles de payer des indemnités de guerre massives. Celles-ci devaient s’élever à 132 milliards de marks-or[4] (dont initialement 50 milliards de marks sous forme d'annuités de 2 milliards) selon la somme fixée en avril 1921 par la commission des réparations, cette commission devant évaluer l'état de l'économie allemande avant de mettre en place la suite du paiement. La France récupéra les territoires perdus lors de la guerre de 1870. La Belgique, le Danemark retrouvèrent aussi certaines de leurs régions. L’Allemagne perdit une partie de ses territoires de l'est (Posnanie, district de Dantzig) pour permettre la création de la Pologne. La région allemande de la Sarre demeura sous contrôle administratif international pendant 15 ans. L'Allemagne dut renoncer à son empire colonial. Elle fut aussi soumise à des restrictions militaires, économiques et financières.

En 1932, les alliés renoncèrent à toute indemnité de guerre (moratoire Hoover) car l'Allemagne était durement touchée par la crise financière et économique de 1929. Elle n'aura versé au total que 22,8 milliards de marks-or mais devait toujours honorer ses dettes de guerre qui furent soumises à de fréquents recalculs, comme lors des plan Dawes et Young[5]. Les versements aux débiteurs internationaux furent suspendus après l'avènement d'Hitler. Le 6 mars 1951, le chancelier Konrad Adenauer reconnaît les dettes passées mais l'Accord sur les dettes extérieures allemandes (en) signé à Londres en 1953 réduit la dette de moitié[6], rééchelonne les paiements sur une longue période et ces derniers sont à nouveau conditionnés à la bonne santé économique de l'Allemagne[7]. En 1983, la RFA rembourse les derniers emprunts d'après-guerre mais la réunification allemande en 1990 réactive une clause de l'accord de Londres concernant le paiement d'intérêts d'emprunts entre 1945 et 1952[8]. Ainsi entre 1990 et 2010, presque 200 millions d'euros sont payés et le 3 octobre 2010, l'Allemagne règle sa dernière dette de paiement de 69,9 millions d'euros[9].

Réparations de guerre de la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Réparations allemandes[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, selon la Conférence de Potsdam tenue entre du 17 juillet au 2 août 1945, l'Allemagne dut payer aux Alliés 20 milliards de reichsmarks, soit environ 315 millions USD, surtout en termes de machines et d'usines. Les réparations à l'Union soviétique ont été interrompues en 1953. De plus, conformément à une politique systématique de désindustrialisation et de pastoralisation de l'Allemagne, un grand nombre d'usines civiles ont été démontées pour être transportées en France, en Union soviétique, au Royaume-Uni ou tout simplement détruites.

Après la capitulation allemande et au cours des deux années suivantes, les États-Unis et l'Union soviétique poursuivirent un programme vigoureux de pillage du savoir-faire technologique et scientifique allemand ainsi que des brevets déposés en Allemagne durant la période de guerre. L'historien John Gimbel établit[10] que les « réparations intellectuelles » prises par les États-Unis et le Royaume-Uni se sont élevées à près de 10 milliards de dollars.

Les réparations allemandes devaient partiellement prendre la forme de travail forcé. En 1947, environ 4 000 000 Allemands ont été utilisés pour le « travail de réparation » en Union soviétique, en France, au Royaume-Uni, en Belgique et dans la zone allemande sous contrôle américain.

Autres réparations de guerre[modifier | modifier le code]

Les autres membres des puissances de l'Axe (la Hongrie, l'Italie, la Roumanie, la Finlande et la Bulgarie) devaient aussi payer après la Deuxième Guerre mondiale des indemnités de guerre dont l'étendue était réglée par le Traité de Paris (1947).

Tous ont dû céder des territoires acquis au cours de la guerre, et durent payer des sommes d'argent importantes notamment à l'URSS, la Grèce et la Yougoslavie.

Une partie de la Finlande fut utilisée comme une base militaire soviétique.

Selon le Traité de San Francisco et des accords bilatéraux, le Japon a accepté de payer environ 10 000 milliards de yens. Le Japon a accepté de payer des indemnités, conformément aux accords bilatéraux, aux pays et aux victimes de son expansionnisme militaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Heinz Gollwitzer, Neue Deutsche Biographie, vol. 1,‎ 1953 (lire en ligne), « Altenstein, Karl Sigmund Franz Freiherr von Stein zum Altenstein », p. 216 et suiv.
  2. Cf. E. N. White, « Making the French pay: the cost and consequences of the Napoleonic reparations », European Review of Economic History, no 5,‎ 2001, p. 337–65.
  3. Dominique Lacque-Labarthe, « YEN 3. L'étalon or », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 25 octobre 2014).
  4. Au taux de conversion de 1914, c'est-à-dire un mark-or pour 0,358425 g d'or fin, ces 132 milliards de marks-or correspondent à 47 312,1 tonnes d'or, lesquelles vaudraient, au cours actuel (avril 2014), environ 1 420 milliards d'euros, 1 960 milliards de dollars américains, 2 160 milliards de dollars canadiens ou 1 730 milliards de francs suisses.
  5. André Tardieu, L'Heure de la décision, Flammarion,‎ 1934
  6. Taux d'emprunts Dawes et Young diminués, clause « or » supprimée.
  7. Frédéric Colin, L'essentiel des grands arrêts du droit administratif 2013-2014, Gualino éditeur,‎ 2013, p. 196
  8. Eric Chol et Romaric Godin, « L'Allemagne a remboursé ses dernières dettes datant de la 1ère Guerre mondiale », sur La Tribune,‎ octobre 2010
  9. « Financièrement, la Première Guerre mondiale se termine dimanche », sur Slate,‎ 28 septembre 2010
  10. John Gimbel : Science Technology and Reparations: Exploitation and Plunder in Postwar Germany (Science technique et réparations : l'exploitation et le pillage dans l'Allemagne d'après-guerre)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • General Bourelly, La Guerre de 1870-1871 et le traité de Francfort d'après les derniers documents, Perrin, 1912
  • Marcel Berger et Paul Allard, Les Dessous du traité de Versailles, 1933

Lien externe[modifier | modifier le code]