Incorporation du Tibet à la République populaire de Chine

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L'incorporation du Tibet à la République populaire de Chine est le processus via lequel la République populaire de Chine a pris le contrôle de l'actuelle Région autonome du Tibet. Les territoires tibétains ont été absorbés par la Chine après que le gouvernement du Tibet a tenté de faire reconnaître son indépendance au niveau international, de moderniser son armée et de négocier avec la Chine ; le Tibet a finalement été envahi par la Chine en 1950 et contraint de signer l'« accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet ». Le gouvernement tibétain est demeuré en place jusqu'au soulèvement de 1959 ; le 14eme dalaï-lama a ensuite fui le pays, et le gouvernement du Tibet a été dissous. La Région autonome du Tibet a été finalement proclamée en 1965.

Contexte[modifier | modifier le code]

Dans le courant du XIXe siècle, le Royaume-Uni a successivement pris le contrôle du Népal, du Sikkim, de la Birmanie et du Bhoutan, seul le Tibet échappant, dans l'Himalaya à l'influence britannique. Durant plusieurs décennies, le Royaume-Uni a eu des relations avec le Tibet par l'intermédiaire de l'Empire chinois des Qing, qui conservait la souveraineté sur le Tibet via un gouverneur local (Ambam). En 1903, le Royaume-Uni envahit le territoire tibétain, provoquant la fuite du 13eme dalaï-lama et faisant du Tibet un protectorat via un « traité inégal », le traité de Lhassa.

Après la chute de la Dynastie Qing, l'expulsion des représentants chinois au Tibet et l'échec de l'expédition montée par la République de Chine pour le récupérer, l'essentiel du territoire de l'actuelle Région autonome du Tibet connaît une indépendance de facto, sous la supervision des Britanniques. Des régions frontalières demeurent sous le contrôle du Kuomintang ou de seigneurs de la guerre locaux. Le gouvernement tibétain ne parvient à contrôler l'ensemble de son territoire qu'en 1917. La société tibétaine, dans l'entre-deux-guerres, demeure pour l'essentiel dans un état médiéval ; les efforts du 13eme dalaï-lama pour moderniser l'armée tibétaine échouent, notamment du fait de l'opposition de l'aristocratie locale et des moines. Le Tibet n'a guère de contacts avec le monde extérieur, sorti de relations avec l'Inde britannique, le Royaume-Uni et les États-Unis.

En juillet 1949, alors que les communistes chinois prennent l'avantage dans la guerre civile chinoise afin de prévenir toute agitation politique chinoise au Tibet, le gouvernement tibétain expulse la délégation de la Chine nationaliste. En novembre de la même année, alors que la République populaire de Chine vient d'être proclamée, le Tibet adresse au Département d'État des États-Unis une lettre - dont une copie est adressée à Mao Zedong - dans laquelle il annonce son intention de défendre son territoire contre d'éventuelles incursions des troupes chinoises.

En mars 1950, après plusieurs tentatives pour fixer un lieu de pourparlers, une délégation tibétaine rencontre à New Delhi le général Yuan Zhongxian, ambassadeur de la République populaire de Chine, qui leur transmet une proposition en trois points, impliquant que le Tibet soit considéré comme partie intégrante de la Chine, et que la Chine soit responsable de la défense comme des relations commerciales du Tibet. La délégation tibétaine répond que le Tibet souhaite entretenir avec la Chine des relations étroites, « de prêtre à paroissien », mais entend conserver son indépendance, et n'a pas besoin d'être « libéré », n'étant plus menacé par l'impérialisme de l'Inde, du Royaume-Uni ou du Kuomintang, ce qui rend inutile le stationnement de troupes chinoises au Tibet. Tandis que le gouvernement tibétain délibère sur la proposition chinoise à Lhassa, l'armée chinoise avance vers la frontière tibétaine, qu'elle traverse le 7 octobre.

Invasion et Accord en 17 points[modifier | modifier le code]

Après avoir traversé la frontière, l'Armée populaire de libération encercle rapidement les troupes tibétaines à Chamdo ; la ville est prise le 19 octobre, après des combats ayant entraîné la mort de 114 soldats de l'APL. Environ 180 soldats tibétains auraient été tués ou blessés dans les combats ; Thomas Laird parle pour sa part de 5000 Tibétains « liquidés » lors de l'invasion chinoise. Selon le témoignage du 14eme dalaï-lama, les soldats chinois se seraient comportés correctement avec les civils. Les combats se limitent à la région frontalière ; après la prise de Chamdo, les Chinois envoient un émissaire à Lhassa pour proposer la reprise des négociations, et attendent la réponse des délégués tibétains à Pékin. Le 23 mai 1951, les représentants tibétains, qui n'avaient pas été autorisés à communiquer avec leur gouvernement à Lhassa, signent l'Accord en 17 points sur la « libération pacifique du Tibet », qui reconnaît le bien-fondé de l'intervention chinoise, autorise l'APL à stationner au Tibet et prévoit le maintien d'une autonomie régionale tibétaine ainsi que de l'autorité du dalaï-lama. Les troupes chinoises pénètrent ensuite sans heurt à Lhassa.

Après 1951[modifier | modifier le code]

Pendant plusieurs années, le gouvernement tibétain demeure en place au Tibet, à l'exception de la région de Chamdo occupée par l'APL en 1950, qui est sous l'autorité d'un comité de libération. Le gouvernement du Tibet conserve durant cette période un large degré d'autonomie et peut maintenir l'ensemble des structures sociales traditionnelles. Le 22 avril 1956, le gouvernement chinois crée le Comité préparatoire à l'établissement de la région autonome du Tibet, dans le but officiel de préparer la transformation du Tibet en une région autonome de la République populaire.

En 1956, des affrontements, causés par l'opposition à la réforme agraire, commencent dans la région de Kham, située hors du territoire de la région autonome, mais peuplée de Tibétains. L'insurrection s'étend jusqu'à Lhassa et débouche sur le soulèvement de 1959, qui est écrasé par les troupes chinoises. Le dalaï-lama fuit le Tibet et dénonce les accords avec la Chine ; le gouvernement tibétain est dissous et le Comité préparatoire se substitue à lui. En 1965, la Région autonome du Tibet est officiellement constituée. Le dalaï-lama anime quant à lui en Inde un gouvernement tibétain en exil. Les indépendantistes tibétains dénoncent une politique meurtrière menée par la Chine au Tibet, et qui aurait causé jusqu'à 1,2 millions de morts[1],[2]. Aucun consensus n'existe cependant quant au nombre de victimes directement causées par la répression politique chinoise, et le « génocide tibétain » dénoncé par les milieux pro-indépendantistes n'est pas reconnu au niveau international. Aux plans social, démographique et culturel, la Chine suit une politique de sinisation du Tibet via l'assimilation culturelle, l'installation en masse au Tibet de populations de l'ethnie Han, et, de nos jours, l'adoption de l'économie de marché.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Tseten Samdup, Chinese Population - Threat to Identity, 1993 : « The exiled Tibetan government […] revealed in 1984 that since the invasion over 1.2 million Tibetans died as a result of China's invasion of their nation. This figure was compiled after years of analysis of documents, refugee statements and interviews, and by official delegations sent to Tibet by the Tibetan Government between 1979 and 1983 ».
  2. Compte rendu de l'audition du mardi 17 octobre 2000, Audition du professeur Samdhong Rinpoche, président du Parlement tibétain en exil.