Incident de la Ligue du sang

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Membres de la Ligue du sang en attente de leur procès.

L'incident de la Ligue du sang (血盟団事件, Ketsumeidan Jiken?) est une vague d'assassinats de 1932 au Japon pendant laquelle des extrémistes ont visé des hommes d'affaires et des politiciens libéraux. Le groupe avait initialement ciblé vingt victimes mais n'a réussi qu'à en tuer deux : l'ancien ministre du Trésor et chef du Rikken Minseito, Junnosuke Inoue, et le directeur-général du zaibatsu Mitsui, Dan Takuma.

L'arrestation des assassins a mené à la découverte de l'existence d'un groupe civil ultranationaliste mené par le prêtre bouddhiste, Inoue Nissho. Né sous le nom d'Inoue Shirō en 1886 dans la préfecture de Gunma, il fut vagabond et aventurier, puis partit en Manchourie recueillir des informations sur l'armée japonaise. Après une série d'expériences mystiques en 1923-24, Inoue devint convaincu que le Japon avait besoin d'une renaissance spirituelle et qu'il était appelé à être son sauveur. Il fonda une école dans la préfecture d'Ibaraki pour soutenir l'agrarisme et les réformes sociales, qui s'est progressivement transformée en centre de formation pour radicaux d'extrême droite. Il adopta le nom de Nissho (« nommé par le soleil ») ainsi que des principes et des symboles dérivés du bouddhisme de Nichiren.

Après l'incident d'octobre, le coup d'État échoué des officiers de l'armée du Sakurakai en 1931, Inoue est devenu convaincu que la réforme nationale ne pourrait être réalisée que par la violence contre ce qu'il voyait comme étant les forces du mal : les politiciens libéraux pro-Occidentaux et les intérêts commerciaux des zaibatsu. Il créa le slogan « ichinin issatsu » (« un homme, un assassinat») et dressa une liste de vingt politiciens et hommes d'affaires dont les assassinats seraient la première étape pour rétablir l'empereur Shōwa à la puissance politique suprême au Japon.

Le groupe initial d'Inoue est entré en contact avec un groupe d'officiers extrémistes de la Marine impériale japonaise, qui s'étaient fortement opposés à l'entrée du Japon dans le Traité naval de Washington de 1922, et avec un groupe d'étudiants de droite de Tokyo. Inoue a distribué des pistolets automatiques Browning à ses disciples ; cependant, deux seulement ont réellement réussi leurs missions.

Le 9 février 1932, Sho Onuma tira sur Junnosuke Inoue pendant qu'il descendait de sa voiture pour aller à l'école primaire de Komamoto à Tokyo, où il devait donner un discours politique.

Le 5 mars 1932, Goro Hishinuma abattit Dan Takuma lors de sa sortie de la banque Mitsui à Nihonbashi, après avoir attendu devant l'entrée avec une photographie de sa victime dans sa poche.

Les deux tueurs furent appréhendés sur place. Le 11 mars 1932, Inoue se rendit au siège de la police métropolitaine de Tokyo où il fut apparemment traité avec le respect dû à un « patriote ».

Deux mois plus tard eut lieu l'incident du 15 mai, des officiers de la Marine, dont certains liés à la Ligue du sang, assassinèrent le premier ministre Tsuyoshi Inukai.

L'expression « Ligue du sang » est un terme mal approprié. Elle se rapportait à un serment de fidélité pris par quelques-uns des conspirateurs, mais il n'y a aucune preuve que ce fut un « serment de sang » d'un point de vue technique. Le terme « Ligue du sang » (血盟団, ketsumeidan?), cependant, apparu dans la presse pendant le procès des membres et fut adopté par le procureur principal, après l'arrivée d'une pétition à la cour contenant plus de 350 000 signatures écrites avec du sang, qui avait été signé par des sympathisants demandant la clémence.

Historiquement, les conséquences les plus importantes de l'incident de la Ligue du sang viennent du procès, car Inoue et ses associés s'en sont servis comme d'une tribune pour diffuser leurs opinions ultranationalistes. Beaucoup de Japonais dans le public eurent de la sympathie envers les motivations des conspirateurs, sinon de leurs méthodes. Après le procès, il est devenu plus difficile pour les tribunaux de traiter sévèrement les terroristes qui prétendaient agir dans l'intérêt de l'empereur. Dans un sens plus général, le procès et ses conséquences ont contribué à l'érosion de l'état de droit dans les années 1930 au Japon.

Condamné à la prison à perpétuité en 1934, Inoue fut libéré après une amnistie générale en 1940, et est décédé en 1967.

Cet incident a inspiré l'intrigue centrale du roman de Yukio Mishima, Chevaux échappés.

Notes[modifier | modifier le code]