Incendie de l'Innovation

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Incendie de l'Innovation
L'Innovation, en 1901
L'Innovation, en 1901
Généralités
Type Incendie
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Localisation Rue Neuve, Bruxelles
Coordonnées 50° 51′ 11″ N 4° 21′ 23″ E / 50.853014, 4.356315 ()50° 51′ 11″ Nord 4° 21′ 23″ Est / 50.853014, 4.356315 ()  
Date 22 mai 1967
Victimes
Blessés 150 blessés
Morts 323 morts

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Incendie de l'Innovation

L'incendie de l'Innovation a lieu le 22 mai 1967 à Bruxelles, en Belgique, et détruit le grand magasin « À l’Innovation » (aujourd'hui Galeria Inno) de la rue Neuve[1]. Mobilisant plus de 150 pompiers, cet incendie fait 323 victimes et 150 blessés. Un deuil national est déclaré en Belgique.

Cela reste actuellement l'incendie le plus meurtrier qu'ait connu le pays.

Les bâtiments[modifier | modifier le code]

L'édifice est construit en 1901 par l'architecte Victor Horta. Il est par la suite profondément remanié pour finalement compter cinq étages et un total de 24 000 m2 de rayonnage et 8 000 m2 d'entrepôts : « Temple de la mode, palais des ménagères, bazar du luxe où l'on pouvait [presque] tout trouver »[2]. Le chiffre d'affaires moyen journalier était de 30 millions de francs belges en 1967 (750 000 euros).

Déroulement du drame[modifier | modifier le code]

Le 22 mai 1967, vers 13h, à sa reprise de service, une employée de l'Innovation aperçoit une fumée noire qui s'échappe au premier étage. Le feu s'est déclaré dans une réserve construite quelques années auparavant dans une ancienne cage d'ascenseur proche du rayon enfant. Appelés par une employée, trois des quatre pompiers « internes » se rendent sur place et tentent de maîtriser l'incendie au moyen d'extincteurs. Ils renoncent à faire usage des lances incendie pourtant à leur disposition. À 13h27, une sonnerie d'alerte retentit mais elle fut confondue avec le signal de la fin de la pause-déjeuner de 13h30. 13h29, le feu ne peut plus être contenu dans la réserve. À 13h34, les pompiers de Bruxelles sont informés par un coup de fil donné par une personne qui ne sera jamais identifiée. L'information est succincte: « Il y a un dégagement de fumée à l'Innovation côté rue du Damier ». Le lieutenant André Mulkay qui coordonnera les secours, caserné à la Place du Jeu de balle, témoigne, 40 ans après les faits:« « Nous sommes partis avec deux autopompes, une échelle aérienne et une ambulance, mais en arrivant au boulevard du Midi, j'ai vu un véritable champignon atomique au-dessus de l'Innovation. J'ai directement demandé des renforts et les premières autopompes sont arrivées sur place à 13 h 38. C'était hallucinant à voir. Le rez-de-chaussée était déjà complètement en feu. Les gens essayaient de se sauver» »[3].

Ils sont rejoints quelques minutes plus tard par une seconde équipe de soldats du feu. Le feu se propage rapidement au premier étage profitant des nombreux matériaux inflammables. Au troisième étage le self-service est comble et personne ne se doute encore de rien. Des fumées toxiques se répandent rapidement dans le bâtiment. À mesure que les personnes prennent conscience du danger qui les menace, des mouvements de panique se déclenchent. Les issues de secours, trop peu nombreuses, sont mal renseignées. Certaines fenêtres ont été condamnées. De nombreuses personnes se réfugient sur les balcons, les seuils de fenêtre, les corniches et les plateformes. Certains progressent de toit en toit pour échapper au brasier. Des désespérés se jettent dans le vide depuis les étages. Vers 14h, les forces de l'ordre, pour empêcher les personnes qui souhaitent entrer de force dans le bâtiment à la recherche d'un proche, décident d'en condamner l'accès. À 14h09, la grande verrière Horta s'effondre créant une véritable cheminée centrale déclenchant un déluge de flammes. Vers 15h30, le bâtiment s'effondre à son tour. Le feu se propage à des bâtiments et des entrepôts voisins. Tout le quartier est la proie des flammes. Un ballet incessant d'ambulances emmène les victimes vers les hôpitaux de la ville au départ du parvis de l'église du Finistère. Le roi Baudouin, le premier ministre Paul Vanden Boeynants, le bourgmestre de Bruxelles, Lucien Cooremans se rendent sur place. Un deuil national est décrété[2],[4]

Les victimes[modifier | modifier le code]

De deux à quatre mille personnes devaient être présentes à l'Innovation ce jour-là. Pourtant, les premiers communiqués ne font état que d'une dizaine de morts. Il s'agit de ceux qui se sont défenestrés. Tout le monde nourrissant encore l'espoir que la plupart des personnes aient pu sortir de l'immeuble. La suite s'avéra bien plus tragique. Des listes furent dressées dans les différents hôpitaux et au Centre Rogier pour ce qui concerne les membres du personnel de l'Innovation. Après plusieurs jours, le bilan final de la catastrophe put être établi. 323 morts dont 263 furent identifiés. Parmi ceux-ci, 67 membres du personnel de l'Innovation et 150 blessés. Entre 150 et 200 pompiers sont intervenus sur le lieu du sinistre[2],[4].

La belle-soeur de l'auteur russo-américain Vladimir Nabokov se trouvait parmi les victimes — il l'évoqua dans son autobiographie[réf. souhaitée].

L'AVADI, l'Association des victimes et ayants droit de l'incendie de l'Innovation, fut créée[2].

Les causes du sinistre[modifier | modifier le code]

Les causes de l'incendie n'ont pas pu être établies avec certitude. Au lendemain même de la catastrophe, la piste d'un attentat mené par des extrémistes de gauche entendant lutter contre l'impérialisme américain a été évoquée. En effet, à cette époque, l'Innovation était en pleine quinzaine américaine, ce qui, compte tenu de la guerre du Vietnam, paraissait comme une manifestation de plus de la propagande US que les anti-impérialistes entendaient dénoncer par de nombreux moyens pour faire entendre leur volonté comme le mentionnait un tract lancé du toit de l'Innovation par deux activistes la semaine précédent le drame. Le 19 mai, l'Innovation avait été l'objet d'une alerte à la bombe, mais si ce n'est une ronde discrète de policiers, le magasin avait ouvert ses portes normalement.

La vétusté du bâtiment construit par Victor Horta en 1901 pour sa partie la plus ancienne a également joué un rôle dans l'ampleur que le sinistre a pu prendre ainsi que le délai entre le constat du début d'incendie et l'appel des secours (plus d'une demi-heure). Une culture d'entreprise invitant ses travailleurs à "tout gérer à l'interne", l'absence de formation du personnel, la signalétique inexistante, la condamnation de certaines issues sont autant d'éléments qui, pris conjointement, ont conduit à la plus grande catastrophe connue par la Belgique en temps de paix[5].

Déblaiement[modifier | modifier le code]

Au lendemain de l'incendie, 20 heures après le début du sinistre, des équipes de bénévoles de la Croix-rouge s'attelèrent à la tâche pour déblayer le site à la recherche des corps des victimes. Leur travail était éprouvant et ils devaient être fréquemment relevés. Lorsqu'ils détectaient une victime, il fallait, avec minutie, fouiller l'endroit pour y retrouver une montre, une boucle d'oreille, un bracelet qui permettrait, peut-être, d'identifier le corps. Face à la tâche colossale, les bénévoles furent bientôt rejoints par le 11e Génie de Burcht en vue de la reconstruction.

Couverture médiatique[modifier | modifier le code]

Répercussions[modifier | modifier le code]

Suite à ce drame, la loi sur les normes de protection incendie sera modifiée et conduira à un nouvel arrêté royal qui sera promulgué le 10 mai 1968. Il sera désormais obligatoire de placer des sprinklers dans les grandes surfaces. Par ailleurs, plus funestement, le gouvernement belge et, dans la foulée, d'autres pays conseillèrent l'usage de l'amiante dans tous les bâtiments publics pour diminuer le risque d'incendie.

Jugement[modifier | modifier le code]

L'enquête se terminera le 3 juin 1970 sur un non-lieu laissant à de nombreuses parties prenantes le sentiment que les pistes n'ont pas été suivies jusqu'au bout[6].

Reconstruction[modifier | modifier le code]

Émile Bernheim (1886–1985), patron de l'Innovation (81 ans au moment des faits) put, grâce aux interventions des assurances, reconstruire la surface commerciale. Lors de l'inauguration, le 11 mars 1970, plus de 100 000 personnes vinrent découvrir ce magasin de l'an 2000[7].

Commémorations[modifier | modifier le code]

Mémorial dédié aux victimes de l'incendie

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Houssiau, 22 mai 1967 - L'incendie de l'Innovation - 35 ans déjà !, éditions Luc Pire, 2002[8]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Incendie Innovation - catastrophe »
  2. a, b, c et d Bernard Houssiau, 22 mai 1967 - L'incendie de l'Innovation - 35 ans déjà !, éditions Luc Pire, 2002
  3. Le Soir, Emile Haquin, Il y a quarante ans, l'Innovation brûlait, le Soir, mardi 22 mai 2007
  4. a et b La Libre Belgique, Christian Laporte, L'incendie le plus meurtrier dans la Belgique de l'après-guerre, mardi 22 mai 2007
  5. a et b Pierre Stéphany, Les années 1960 en Belgique, éditions Lannoo, 2006, 398 p.
  6. La Dernière heure.be, propos recueillis par Eddy Przybylski, Une enquête très curieuse, 21 mai 2007.
  7. a et b Le Soir, Daniel Couvreur et Martine Duprez, "La rue Neuve s'embrasait - Mortelle fournaise à l'Innovation", le Soir, jeudi 22 mai 1997, p. 18
  8. « Un livre, 35 ans après l'incendie de l'Innovation », sur DHnet.be