Incendie de Windscale

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54° 25′ 29″ N 3° 30′ 00″ O / 54.42486111, -3.5

Le site de Sellafield (mars 2002)

L'incendie de Windscale s'est produit le 10 octobre 1957 dans la première centrale nucléaire britannique (le site a ensuite été rebaptisé Sellafield). L'accident a été jugé de niveau 5 sur l'échelle INES.

Contexte[modifier | modifier le code]

La centrale de Sellafield (anciennement Windscale) est située à proximité du village de Seascale, dans le comté de Cumbrie sur la côte de la mer d'Irlande. Elle a été construite sur le site de l'une des usines d'armement du gouvernement britannique (Royal Ordnance Factories) fabricant du TNT, qui a été transformée après la Seconde Guerre mondiale par le Ministry of Supply (en) afin de produire du plutonium et autres éléments nécessaires pour doter le pays de l'arme nucléaire.
Les travaux débutent en 1947 et sont achevés fin 1950. Deux réacteurs nucléaires, dits Windscale Pile 1 et Pile 2, sont construits. Ils sont modérés au graphite, comme le réacteur américain de Hanford, mais refroidis par air[1],[2].
Ce site est le principal complexe de la filière électronucléaire britannique.

Article détaillé : Windscale.

L'incendie nucléaire[modifier | modifier le code]

L'accident survient dans le réacteur numéro 1 de la centrale. Lors d'une opération d'entretien du graphite, un incendie nucléaire se produit et dure plusieurs jours[3], pendant lesquels des produits de fission, essentiellement 740 térabecquerels (740 mille milliards de becquerels) d'iode 131, sont rejetés à l'extérieur. Le nuage radioactif parcourt ensuite l'Angleterre, porté par les vents, puis touche le continent sans que la population ne soit avertie.

Il ressort de documents officiels, tombés dans le domaine public au 1er janvier 1988 après avoir été classés "confidentiels" pendant trente ans que le premier ministre conservateur britannique de l'époque, Harold Macmillan, avait ordonné d'étouffer le rapport détaillé sur les causes de l'incendie[4],[5]. Windscale a ensuite été rebaptisé en Sellafield.

Impact sanitaire[modifier | modifier le code]

Il n'y eut aucune évacuation dans les environs, mais les autorités sanitaires se sont préoccupées de ce que le lait ait pu être contaminé à des niveaux le rendant impropre à la consommation. Le lait produit dans les 500 km2 environnant fut collecté et détruit (dilué au millième et rejeté en mer d'Irlande) pendant près d'un mois.

La principale préoccupation à cette époque a été l'iode 131, qui n'a qu'une demi-vie de huit jours, mais est incorporé dans le corps humain et est concentré par la thyroïde. En conséquence, la consommation d'aliments contaminés à l'iode 131 conduit fréquemment à un cancer de la thyroïde.

Sur les 238 personnes examinées, 126 sont légèrement contaminées au niveau de la thyroïde ; la dose maximale relevée est de 0,16 sievert. En comparaison, la limite annuelle d'incorporation de l'iode 131 à ne pas dépasser pour le personnel du nucléaire correspond à une dose de 0,05 sievert à la thyroïde. Parmi le personnel de l'installation, 96 personnes présentent, malgré le port d'un masque, des doses à la thyroïde allant jusqu'à 0,1 sievert. 14 autres agents subissent une faible irradiation externe qui reste inférieure à celle que délivrent certaines radiographies médicales. Les doses les plus élevées mesurées sur ces agents sont égales à 0,047 sievert, soit un peu moins que la limite annuelle d'irradiation de l'organisme entier à ne pas dépasser pour le personnel du nucléaire. En 1983, une enquête journalistique britannique annonçait un taux de cancers, parmi les enfants, plus élevé que la moyenne nationale dans le village de Seascale, situé non loin de Sellafield; ce point n'a pas été confirmé par le COMARE (Committee on Medical Aspects of Radiation in the Environment) britannique[6].

Il a été initialement estimé que l'incident de Windscale a pu être à l'origine de 200 cancers supplémentaires pour la population concernée. En 2007, ce chiffre a été réévalué à 240 cas[7]. Ces estimations sont cependant fondées sur la modélisation linéaire sans seuil, utilisée en radioprotection individuelle, mais dont l'application à l'exposition de populations à de faibles doses d'irradiation est considérée comme non légitime par les autorités de protection radiologique[8].

De fait, une étude menée en 2010 auprès des travailleurs directement impliqués dans le nettoyage - et formant la population la plus exposée - n'identifia aucune conséquence significative à long terme sur leur santé[9],[10].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Robert William Kupp, A nuclear engineer in the twentieth century : an autobiography, Trafford Publishing,‎ 2005, 372 p. (ISBN 9781412050036, lire en ligne), p. 182-183
  • (en) Janet Wood, Nuclear power, Institution of Engineering and Technology,‎ 2007, 239 p. (ISBN 9780863416682, lire en ligne), p. 47-52

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Sarah Aspinall, Windscale: Britain's biggest nuclear disaster, documentaire BBC, 2007

Notes et références[modifier | modifier le code]